Votre panier est actuellement vide !
Congrès Velo-City : le vélo est-il rentable ?

Écrit par
dans
Par kilomètre parcouru, les accidents de vélo coûtent plus cher que ceux des automobilistes : 14,71 centimes du kilomètre parcouru contre 3,29. Voici un des nombreux paradoxes auxquels peuvent mener les calculs économiques. Si l’on poursuit l’addition au tableau noir en gardant cette logique, le vélo revient aussi plus « cher » au kilomètre que la voiture, qui transporte en moyenne 1,36 personne contre 1 pour le vélo et roule en moyenne à 25 km/h contre 15. Mais si l’on se penche sur les coûts pour l’ensemble de l’économie, alors, tout change.
Lors du congrès Velo-City, qui s’est tenu à Séville au mois de mars, le chercheur Michael Meschick a démontré que le vélo revenait à 10,20 c./km, contre 38,30 pour l’auto, à partir du moment où l’on incorpore dans le coût la valeur du temps de travail nécessaire à son acquisition, le stationnement et l’entretien…
Les gains en santé, cependant, l’emportent sur toutes les autres considérations, et cela fut répété plusieurs fois, notamment par Francesca Racioppi, responsable du programme transport, santé et environnement de l’OMS. Ils battent tous les records, même si l’on ignore les effets indirects de l’automobile que sont le bruit, la pollution et les gaz à effet de serre.
Au bout du compte, les coûts externes de l’automobile sont très élevés, alors que le vélo apporte gain économique et usage raisonné des ressources.
Toujours selon Michael Meschick, le vélo « économise » 89,89 c./km en santé et coûte 8,42 c./km en accidents, tandis que l’automobile coûte 4,35 c./km en bruit, accidents, polluants et CO2. Des coûts de -81,47 c./km contre +4,35…
Si, comme l’a dit en ouverture Manfred Neun, le président de l’ECF (European Cyclist’ Federation), les enjeux majeurs d’aujourd’hui sont bien la raréfaction de la ressource en énergie fossile, la gestion des déplacements dans les grandes villes, les changements climatiques, la santé et la bonne gestion des deniers et des espaces… alors, c’est bien sur les externalités que le vélo trouve sa pleine rentabilité.
Ces externalités ont aussi été calculées par le chercheur madrilène Joaquìn Nieto. Selon ses calculs, les externalités des transports représenteraient 13 % du PIB si on comptait ce qui devrait l’être, à savoir accidents, bruit, changement climatique, gaz à effet de serre. Mais, comme sa collègue Pilar Vega, il met l’accent sur notre modèle de société.
La productivité du travail a été multipliée par 3 depuis vingt ans. Or, fait-il remarquer, aujourd’hui, on a besoin à la fois de plus d’emplois et de moins de pollution. Cela implique de modifier nos modes de vie, notamment pour les déplacements. Selon ses calculs les plus ambitieux, il y aurait entre la construction, la vente, les services, un emploi pour 53 bicyclettes… Le président de l’ECF estime également que le vélo est surtout un investissement qui bénéficie à l’ensemble de la société.
Pour Eva Willumsen, économiste et mathématicienne de Copenhague, le plus gros des effets du vélo est le gain en santé, bien supérieur à ce qu’on peut attendre des gains en sécurité. Autrement dit, les effets de la pratique du vélo sont tels qu’ils annulent largement sa lenteur, en termes économiques, mais aussi les accidents, la pollution, le bruit et la congestion. « Au total, la bicyclette a les coûts largement les plus bas de tous les modes de transport », conclut-elle. Elle ajoute que le bon emploi des deniers publics implique d’établir clairement les coûts et avantages de chaque projet. Par exemple, la construction d’une passerelle cyclable, bien que chère, peut avoir un retour sur investissement de 7,6 % si on y inclut l’économie de temps de déplacement, l’entretien de l’infrastructure et les accidents évités. Par contre, la même passerelle aurait plutôt un effet positif sur la santé, puisque les temps de vélo diminuent et le risque d’accident avec lui ! Plus flagrant encore, la réduction de la largeur d’un carrefour, qui fait chuter le nombre d’accidents, peut coûter peu, et avoir finalement un taux de rentabilité calculé de 33 %, alors que le rendement d’une nouvelle ligne de chemin de fer sera, selon ses calculs, de 5,8 %.
L’Espagnol Manel Feri montre que l’emploi dans les chemins de fer espagnols avait baissé de 18,67 % entre 2003 et 2008, et augmenté dans les autobus, métros, tramways et location d’autos, portant le solde d’emplois dans les transports soutenables à 5,10 %.
Mais il a aussi calculé que pour 2020 le secteur du vélo pouvait, si l’on en faisait une priorité, atteindre à Madrid 20 562 emplois directs, contre 15 500 pour le métro et 2 760 pour le tramway.
Encadré
Une déclaration pour promouvoir le vélo en outil de politiques publiques
Dans la « Déclaration de Séville », signée le dernier jour, il est souhaité que soient reconnus par tous les avantages du vélo, notamment en ce qu’il :
• permet la mobilité pour tous, à tous âges, et encore plus désormais avec les assistances électriques,
• invite les sociétés à prendre davantage en compte les petits budgets,
• se répare facilement,
• améliore l’environnement et la santé, et réduit le danger,
• diminue les sous-produits de la motorisation que sont la pollution, le bruit et les gaz à effet de serre,
• réduit les embouteillages et participe à une meilleure utilisation de l’espace public.
En outre,
• les vélos en libre-service améliorent la qualité des services publics de transport,
• la combinaison des TC et du vélo pour les moyennes et grandes distances est un moyen optimal de se déplacer,
• le potentiel de transport de marchandises à vélo est sous-estimé,
• les investissements publics dans le vélo sont hautement rentables,
• beaucoup de villes ont déjà renoncé à tout organiser autour de l’automobile, mais elles attendent le soutien de leur gouvernement.
Cette déclaration devait être soumise en mai aux ministres des Transports, lors du Forum international des transports,
à Leipzig, dont le thème sera « transport et société ».