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Réalité augmentée : une boussole des transports dans votre mobile

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«Excusez-moi, je cherche l’arrêt du bus n° 7 ? », « Savez-vous où se trouve la station de vélos ? » Dans une petite dizaine de villes françaises, ce genre de demandes va peu à peu disparaître. Car de nombreux réseaux ont lancé des applications sur téléphones portables capables de vous renseigner sur les emplacements d’arrêts de bus et les horaires de ces derniers, la station de vélos la plus proche, etc. Ces applications utilisent la technique de la réalité augmentée. Sous ce terme un peu barbare, directement traduit de l’anglo-saxon augmented reality, se cache une technique informatique qui permet l’ajout d’informations locales sur l’image filmée en temps réel par un téléphone portable.
Prenons un exemple : vous êtes place de la Concorde à Paris, disons, au milieu, sur le terre-plein central, près de la fontaine, et vous voulez prendre le bus pour vous rendre à Châtelet. Vous dégainez votre portable, choisissez la fonction appareil photo, puis l’application ad hoc du réseau de transports, et vous tournez sur vous-même comme si vous souhaitiez faire une photo panoramique de cette superbe place. Apparaissent alors, en surimpression des images, les arrêts de bus du réseau de transports symbolisés par un logo. Vous pouvez ainsi parfaitement situer chaque arrêt, les lignes qui desservent ce réseau et, dans certains cas, les horaires.
Cet outil peut également servir à connaître l’emplacement des stations de vélos en libre service… et renseigner sur les places ou les bicyclettes disponibles, évitant à l’utilisateur la mauvaise surprise de ne pas trouver de place ou de vélo.
Metro Paris Application est apparue en août 2009, développée par Presselite, une société totalement indépendante de la RATP, même si elle utilise les données de la Régie. L’inconvénient, c’est que Metro Paris Application ne fournit pas de données en temps réel. Pour une raison simple : l’accord passé entre Presselite et la RATP est limité aux données « passives ». L’application est pourtant la 5e meilleure vente en France sur l’App Store. Position totalement inverse à Rennes où la Star a, dès 2009, donné accès à ses données afin que les ingénieurs informatiques imaginent les meilleures solutions. Résultat, la réalité augmentée y a très vite fait son apparition. Sans doute un peu tôt, puisqu’à l’époque peu de téléphones étaient capables d’exploiter cet outil. En janvier 2011, Actigraph et Idélis, le réseau de Pau, géré par Keolis, lançaient une application de réalité augmentée. « L’agglomération et nous cherchons à rendre le réseau attractif vis-à-vis des utilisateurs. La réalité augmentée participe de cette attractivité », explique-t-on chez Idélis, qui récuse le terme de gadget. « L’idée, c’est d’être utile, en donnant une information au voyageur : où se trouve l’arrêt de bus, la station de vélos, à quelle heure passe le bus 25, ou le 4 ». Et toutes ces informations sont disponibles dans la rue, juste en sortant son portable. « C’est la continuité de l’information. Il y a quelques mois encore, il fallait préparer son trajet sur le site Internet. Aujourd’hui, tout cela est disponible depuis un portable, pour une plus grande mobilité et une plus grande souplesse », explique Sylvain Crampon, chef de projets communication chez Transpole, la société qui gère les transports lillois pour le compte de Lille Métropole. Les historiens de l’Internet vont dans ce sens. Ils prédisent que l’accès à la Toile dans les prochaines années ne se fera plus par les ordinateurs mais via les smartphones et les tablettes.
Si les réseaux qui ont mis en place ce genre de service y voient quelque chose d’utile – forcément puisqu’ils l’ont développé –, ils ne jugent pas pour autant cet outil comme essentiel et unique. D’ailleurs, leur communication sur le sujet est souvent discrète. Et la mise en place se fait souvent à la faveur d’un renouvellement de DSP. Mais chaque réseau a le sentiment de travailler pour l’avenir. « Avec ce genre d’application, on touche une cible de jeunes, mais aussi de jeunes actifs à qui on montre que les transports publics vivent avec leur temps », assure-t-on chez Idélis, qui a fait ses preuves en matière d’attractivité. « Et puis, c’est un vrai atout pour l’utilisateur que de savoir où se trouve la station de vélos, celle du métro, et de savoir s’il faut presser le pas pour attraper le prochain bus, ou si on a le temps de passer à la pharmacie, chez le marchand de journaux ou au tabac. » On peut toutefois raisonnablement se poser la question de la pertinence d’un tel outil pour des usagers qui connaissent bien leurs lignes, sinon les horaires, pour les utiliser quotidiennement. A cela, Sylvain Crampon, répond que « l’application de réalité augmentée leur permet de changer d’itinéraire facilement, à la faveur d’un rendez-vous, d’une course à faire ou d’une visite surprise ». Bref, qu’elle offre plus de souplesse dans les déplacements et rassure les casaniers pour partir à l’aventure. « Et puis, l’application mobile de Transpole donne les heures de passages », poursuit Christian Crampon. Aux habitants de l’agglomération qui empruntent occasionnellement une ligne, s’ajoutent aussi les utilisateurs occasionnels : les touristes de loisirs ou d’affaires. Ne connaissant pas ou peu la ville qu’ils visitent, ils représentent les parfaits clients de la réalité augmentée dans les transports urbains.
Dans les grands réseaux, la forte fréquence des transports, notamment aux heures de pointe, ne justifie que très peu d’avoir recours à la réalité augmentée. Pourtant, elle prend tout son sens aux heures creuses, sur des lignes à la fréquence détendue. Donc dans des réseaux de villes moyennes. D’ailleurs, le coût de développement n’est pas très élevé, abordable pour des réseaux de taille moyenne. « Entre 5 000 et 7 000 euros pour créer l’application version iPhone », annonce Thierry Den Hartog, président d’Actigraph. « 4 700 euros pour le développement », confirme-t-on chez Idélis. Pour peu onéreux qu’il soit, l’investissement peut avoir du mal à passer. « C’est toujours difficile de convaincre des techniciens d’investir dans ce genre de fonctionnalités », explique un ancien responsable informatique qui se souvient avoir plaidé ce genre de projet pour une très grande métropole. « Même si la somme représente une miette par rapport à l’achat d’un bus, pour eux, il est toujours préférable d’investir dans le matériel. C’est finalement l’éternel débat entre les techniciens, qui pensent “exploitation”, et les commerciaux, plus tournés vers le service aux usagers », conclut ce spécialiste.
Y. G.
Une application développée aussi bien en interne qu’en externe
Fin août, le réseau Tadao, dans l’agglomération lensoise, lançait une version pour téléphones portables de son site Internet. Parmi les nouvelles fonctionnalités, la réalité augmentée pour repérer les arrêts. En juillet, il y avait eu Transpole à Lille. En début d’année, c’était Idélis, le réseau de Pau. « On peut citer aussi le Sitram au Mans, lancé en avril, Divia à Dijon, en mai », ajoute Thierry Den Hartog, le directeur d’Actigraph, une société de services informatiques qui a réalisé les sites de tous ces réseaux filiales du groupe Keolis. « Nous croyons à cette technologie qui allie le pratique et le ludique, poursuit-il. Elle réinvente l’information-voyageurs ». Chez Transpole, on ne dit pas autre chose. « C’est l’une des composantes de l’information-voyageurs », dit Sylvain Crampon, chef de projets communication de la société lilloise. D’ailleurs, Transpole ne s’est pas arrêté à la réalité augmentée. D’autres réseaux ont choisi des voies originales. A l’image du réseau Star de l’agglomération de Rennes, qui a choisi de mettre à disposition des développeurs informatiques, les (très nombreuses) données de son réseau, comme les lignes, les horaires, la géolocalisation des arrêts, les vélos disponibles. Un concept très en vogue dans l’univers informatique, qui a abouti à l’apparition des logiciels libres. Appliqué au transport rennais, cela a donné J’y GO (jygo.arvyoo.com), lancée en novembre 2010. C’est l’une des nombreuses applications développées par des informaticiens plus ou moins chevronnés et/ou inspirés, qui sont référencées sur le site conjoint de Keolis Rennes et de Rennes Métropole (http://data.keolis-rennes.com/fr/accueil.html). J’y GO, développé par Anthony Hivert et Jonathan Letessier, s’appuie sur un logiciel de réalité augmentée développé par l’américain Layar. C’est sur ce logiciel, téléchargeable gratuitement, que les deux informaticiens viennent ajouter une couche, sorte de calque, qui fait apparaître les informations contextuelles propres au réseau Star. C’est aussi sur ce logiciel que s’est appuyé le réseau d’Angoulême STGA pour développer son outil de réalité augmentée, lancé le 15 juin. Preuve que l’outil fonctionne et qu’il permet à des réseaux de taille modeste de proposer ce genre de service sans faire appel à un prestataire externe et pour un coût légèrement inférieur. Mais s’appuyer sur la technologie Layar, même si cela demande très peu d’investissement, présente un risque. Layar pourrait décider du jour en lendemain d’ajouter une couche publicitaire impossible à écarter. On pourrait voir des logos McDonald ou Subway fleurir à côté de ceux indiquant la station de vélo STGA. C’est ce qui explique que les réseaux développent en interne afin de garder la main sur les infos disponibles. A moins qu’ils n’envisagent de proposer des publicités vendues par leur régie.
Le transporteur public suisse CarPostal s’est lancé en décembre 2010
Le réseau de bus interrégional suisse CarPostal s’est lancé dans une expérience de réalité augmentée en décembre dernier. Contrairement à la plupart des réseaux de transport, qui proposent de retrouver les arrêts de bus ou les stations de vélos, CarPostal a axé son offre sur le tourisme. L’entreprise de transport a rassemblé des informations sur plus de 280 curiosités et offres de loisirs dans toute la Suisse. Toutefois, elle annonce, pour le printemps prochain un élargissement de ce service aux arrêts et horaires de ses bus. Pour ce service, disponible en allemand seulement pour l’instant, CarPostal a choisi de passer par l’application gratuite Layar. Pour « avant tout tester la faisabilité technique du système », explique-t-on chez CarPostal. Et être rapide : « Nous voulions être la première entreprise de transports publics à offrir à nos clients la réalité augmentée. »
Pour le transporteur Suisse, la réalité augmentée n’est pas à elle seule un produit ou un service, mais « constitue un élément d’une offre globale, qui se veut la plus complète possible et qui est développée avec nos commanditaires ». Et si aucun projet concret ne prévoit d’appliquer ce service sur les réseaux français du groupe, CarPostal n’exclut pas de le faire si nécessaire.
iPhone et Androïd
En 2009, les développeurs informatiques n’avaient pas le choix. La réalité augmentée n’existait que sur iPhone. Et pour cause, c’était le premier et seul smartphone disponible. Et pour les informaticiens, c’était le bon temps. Une seule application à créer pour un seul système d’exploitation. Depuis, la situation est presque aussi limpide, même si est apparu l’iPhone 4 et même l’iPad. La difficulté vient aujourd’hui de la concurrence. Et avec elle son cortège de systèmes d’exploitation (Symbian, BlackBerry, iOS, Windows Mobile, Linux), dont certains sont propres à une marque et d’autres dit ouverts, donc utilisés par différents fabricants de smartphones, ce qui complique la tâche de l’information. Le traitement des informations ne sera pas le même d’une marque à l’autre, parfois d’un appareil à l’autre. Autant de particularités dont on doit tenir compte lorsqu’on développe une application. Ce qui conduit à créer autant de versions que de matériels et de systèmes d’exploitations ou, au pire, de choisir parmi ceux qui ont les plus grosses parts de marché : Androïd et Apple. Aujourd’hui,les développeurs informatiques n’ont plus le choix.