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Atmosphère, atmosphère : qu’est ce que c’est une gare ?

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Défenseur de la « ville sensuelle », Jacques Ferrier a été retenu le 10 mai dernier par la Société du Grand Paris pour élaborer la charte des 57 gares du futur réseau. Trois chartes plutôt, l’une d’architecture concernant les espaces, une autre de design concernant les équipements, et une troisième, l’intégration des équipements dans les espaces. Jacques Ferrier Architectures (JFA) ne concevra pas les gares elles-mêmes, dont les premières seront attribuées avant la fin de l’année, à l’issue d’une consultation nouvelle que la SGP vient de lancer. Mais les architectes choisis devront s’inspirer des « tables de la loi » élaborées par JFA.
Pourquoi le choix de cette équipe ? Pour Etienne Guyot, président du directoire de la SGP, Jacques Ferrier a « délivré un message partant de l’individu, de la perception du voyageur ». Il a présenté une sorte de « chaîne, reliant l’homme et les espaces de la gare, la gare et la cité ». C’est ce qui permet le mieux de concevoir les gares dans leur double mission, « à la fois objets transport et centre de vie ». La méthode de travail aussi a séduit, « itérative et non directive » permettant d’accompagner au mieux les différents architectes qui seront sélectionnés. Démarche jugée par Etienne Guyot « très intéressante pour la logique de dialogue avec les territoires ». Ainsi peut-on au mieux satisfaire deux exigences : « air de famille et individualisation par rapport au territoire ». Valérie Vernet, responsable de l’unité gares à la SGP, complète : « On va laisser s’exprimer la créativité de chaque concepteur tout en apportant un fil rouge, un schéma directeur. On est sur l’accompagnement, le faire faire, pas la production. »
Si, au tout début de la démarche on a pu parler de la recherche d’un nouveau Guimard, la mission confiée à JFA sera en fait différente. Moins détaillée peut-être que celle de Guimard, qui a précisément dessiné les entrées de métro, mais plus vaste à coup sûr : bien au-delà des entrées, il s’agira donc de donner de multiples éléments communs aux stations du Grand Paris. Lesquels précisément ? On ne le sait pas pour l’instant, une des premières tâches de Jacques Ferrier, dont la mission va durer sept ans, sera de répondre à la question. Les mobiliers seront concernés, la signalétique aussi, et la nature des espaces, mais on ne sait pas encore de quelle façon. Au bout du compte, précise Valérie Vernet, « chaque gare sera le résultat d’un équilibre entre la nécessité de répondre à des standards favorisant une conception efficace et rapide et à l’expression de caractères multiples, propres aux territoires ».
Pour élaborer ses réponses, Jacques Ferrier Architectures (JFA) va s’appuyer sur le laboratoire de prospection Sensual City Studio, ainsi que sur le laboratoire Senseable City Lab, rattaché au Massachusetts Institute of Technology, et sur des bureaux d’études spécialisés : C&E pour les structures, Inex pour le génie climatique électrique et environnemental, 12Eco pour l’économie du projet, ACV pour la qualité acoustique, Coup d’éclat pour la conception des éclairages, APC+AIA/Arter pour le développement d’actions culturelles et artistiques.
Jacques Ferrier, qui a réalisé le pavillon français de l’exposition universelle de Shanghai, ou les ateliers et bureaux des tramways de Bordeaux et Valenciennes, a donc pour étendard la « ville sensuelle ». Et bien entendu, pour le réseau du Grand Paris, le thème se décline en gares sensuelles. Mais encore ? Pour Jacques Ferrier, qui s’expliquait en 2010 dans Le Moniteur sur la ville sensuelle, les architectes doivent créer un nouvel environnement urbain. La ville d’aujourd’hui, marquée par une « hyperfonctionnalité et une hypertechnicité » est en quelque sorte « propulsée hors du monde ». Jacques Ferrier ne veut pas céder à une « fatalité qui mette en opposition la ville contemporaine avec la nature, le climat, les sens, la vie collective, la variation des saisons, la mémoire du temps qui passe ». Autre défi à relever, la ville fonctionnelle entraîne dans sa croissance démesurée « des risques sérieux d’explosion sociale ». Chacun, disait-il en 2010, « ressent que pour jouir de la ville il faut que celle-ci offre des espaces publics, collectifs, intimes qui se distinguent ou qui se mêlent de façon subtile ». C’est à quoi va justement être invité le groupement qu’il anime, qui doit aider à apporter aux diverses questions des réponses « sensuelles » ou « sensorielles » qui doivent s’adresser à l’ensemble des sens. Mais pour l’instant, les sens sont peu mis en éveil et il faut se contenter de déclarations programmatiques. Exemple : « L’équipe a pour ambition d’élaborer des chartes fortes pour assurer l’homogénéité globale du réseau, sans entraver l’imagination et la créativité des futurs maîtres d’œuvre et autres designers. Dans ce sens, sa stratégie est de raisonner plus en termes d’expériences sensorielles et donc d’ambiance, qu’en termes de matérialité à proprement parler. » Ce doit être vulgaire, mais avouons-le : on est un peu impatient de voir ou sentir la matérialité à proprement parler.
F. D.
Avant les travaux, les consultations continuent
Alors qu’elle présente les options du lauréat de la consultation des gares, la SGP progresse sur les consultations de maîtrise d’oeuvre et d’assistance à maîtrise d’ouvrage. Début juin, la SGP lançait les premières consultations sur la conception des gares et des tunnels du Grand Paris Express dont elle assure la maîtrise d’ouvrage. La partie de la ligne rouge allant du Bourget au pont de Sèvres, via Noisy-Champs, comprenant 23 gares sur un trajet entièrement souterrain de 62 km, devait faire à partir de juin l’objet de consultations de maîtrise d’oeuvre d’infrastructure, en trois lots : Bourget – Noisy, Noisy – Villejuif, Villejuif – Pont-de-Sèvres. Les consultations s’adressent à des groupements de maîtrise d’oeuvre, associant des architectes à des ingénieries. Dans la foulée, la SGP lançait les consultations sur la maîtrise d’oeuvre du site de remisage et de maintenance de Champigny, sur celle des systèmes de transport, ainsi que les consultations pour l’assistance à maîtrise d’ouvrage générale et pour l’assistance à maîtrise d’ouvrage systèmes.
Quatre gares d’exception
Quatre gares, jugées emblématiques, vont faire l’objet d’une consultation particulière. Villejuif, au croisement de la ligne rouge et de la ligne bleue, au coeur du projet campus santé, desservant l’Institut Gustave Roussy. Noisy-Champs, dans la Cité Descartes, pôle du développement durable. Clichy – Montfermeil, à l’est de la Seine-Saint-Denis, qui doit grâce à la ligne rouge être désenclavé. Et la gare du Bourget-RER, dans un territoire d’excellence notamment dédié à l’aéronautique.