Suites rapides en 2015. 522 km de voies à renouveler

 

Suites rapides en 2015. 522 km de voies à renouveler

« Pour la première fois, sur les dix premiers chantiers programmés au cours de l’année 2014, nous en sommes à dix terminés ». Didier Dubus, directeur des suites rapides à SNCF Infra, peut se réjouir. Sous réserve qu’il n’y ait pas eu d’intempéries, notamment de la neige ou du gel fort en décembre, le programme de régénération des voies principales classiques a été tenu à 100 %. Au total, 540 km de voies ont été renouvelés par les moyens lourds mécanisés dits « de suites rapides ». En 2015, il devrait y en avoir 522 km.
« Jusqu’en 2012, entre 92 et 94 % du programme prévu était réalisé. En 2013, on a fait 501 km de linéaire, soit 95,6 % du programme. Cela faisait plus de vingt ans que la barre des 500 km n’avait pas été franchie ». Il existe une explication simple à cela. Les trains de suites rapides n’étaient que deux. Ils sont trois depuis 2013, année de démarrage du marché 2013-2015.
Théoriquement ce marché s’achève donc à la fin de cette année, mais il comporte une tranche optionnelle pour un prolongement du contrat sur 2016 et 2017. La décision devait être prise en décembre par RFF conjointement avec la SNCF. Les deux entités s’accordent à vouloir confirmer cette option et souhaitent de façon unanime continuer avec les trois suites. Mais tout dépend maintenant des budgets que l’Etat, en l’occurrence le ministère des Finances à Bercy, va débloquer… « Le problème est purement budgétaire. Le réseau en a besoin. Les entreprises donnent entière satisfaction, les suites n’ont même jamais aussi bien fonctionné. Il faut que la trajectoire de régénération continue à augmenter dans les prochaines années », insiste Didier Dubus. Les suites rapides représentent un sujet sur lequel l’ensemble des intervenants, RFF, SNCF et entreprises, ont intérêt à la réussite. On travaille tous dans le même sens, tout le monde a bien joué le jeu. Ce sont des travaux stratégiques, et il est impossible de remplacer une entreprise par une autre du jour au lendemain ».
Les pourcentages de linéaires réalisés le prouvent, les démarches d’amélioration menées depuis 2008 et amplifiées à partir de 2011 avec les entreprises portent leurs fruits. Dans le marché en cours celles-ci sont quatre, Colas Rail et TSO (avec TSO Caténaires) étant toutefois en groupement sur le lot n° 1 pour exploiter leur TSV21 Framafer. Après un arrêt volontaire de six mois en 2013 au cours duquel de grosses modifications ont été menées, en particulier le changement des automates de dépose et de pose, ce train, de nouveau opérationnel depuis décembre 2013, offre de meilleurs rendements. Pendant cette immobilisation forcée, le groupement a assuré malgré tout son programme de régénération avec le train P95 loué à la société ETF qui n’avait pas été retenue dans le marché actuel. A partir de juin 2015, le groupement Colas Rail-TSO va s’engager pour sept mois sur un chantier complexe, sans doute « phare » de l’année : un peu plus de 85 km à renouveler sur la ligne Narbonne – Sète – Montpellier, de nuit, avec la voie contiguë circulée. Les 8h30 d’interception devraient lui permettre un avancement de 780 m par amplitude de travail.
Meccoli qui assure le lot n° 3 (VFLI à la traction) avec son train TCM60 construit par la société suisse Matisa, travaille différemment. Sur chacun de ses chantiers, elle bénéficie systématiquement de la simultanée, c’est-à-dire de l’interruption totale des deux voies, celle à renouveler et celle contiguë pour amener un train chargé d’évacuer les rails, les traverses et le ballast déposé. Un avantage qui lui permet de travailler avec du matériel plus simple que les autres. Le TCM60 est un train de pose, mais pas de substitution. Le marché 2013-2015 et ses deux années optionnelles ont été bâtis ainsi. Mais comme il s’avère de plus en plus difficile d’obtenir des simultanées, la question se pose pour l’appel d’offres du futur marché qui démarrera en 2018. Faudra-t-il ou non garder ce principe ?
Le lot n° 2 est assuré par Transalp Renouvellement, association de l’italien Rossi, spécialiste des grands renouvellements dans ce pays, de DFC (Delcourt Ferroviaire), de ESAF qui intervient pour des opérations hors suite sur le réseau français et ETMF pour la traction. En 2013, année du démarrage de leur train P95 flambant neuf (construit par Matisa) et en fait de la toute nouvelle société peut-on ajouter, le nouveau venu dans le paysage ferroviaire français n’avait pas renouvelé une douzaine de kilomètres de voie sur son premier grand chantier entre Pau et Dax. Ce retard, dû à certains péchés de jeunesse sur le plan organisation et à quelques mises au point sur le train, a été vite rattrapé début 2014. La société a aussi apporté une nouvelle méthodologie issue de l’expérience italienne. Le train de substitution des rails et des traverses est placé devant la dégarnisseuse chargée, elle, d’extraire le ballast sur la plateforme. Un tel positionnement des deux principaux trains-travaux ne se faisait jusqu’alors qu’exceptionnellement sur le réseau français. La raison ? La voie est systématiquement remontée puisqu’il n’y a pas retrait de ballast avant substitution et qu’il y a même un ajout nécessaire pour les opérations de bourrage. Le problème n’a plus lieu d’être avec le P95 de Transalp. Il est en effet équipé d’une charrue qui écarte le ballast et permet ainsi à l’arrière de rendre la voie pratiquement à son niveau d’origine. Avantage de substituer avant de dégarnir, principe désormais appliqué sur plus de la moitié des chantiers menés par les trois entreprises, le matin, après la première journée de travail principal, la voie est neuve. Un critère indispensable pour améliorer les limitations temporaires de vitesse au droit des travaux. 
Autre nouveauté, alors qu’en général deux journées séparent le passage du train de substitution et celui de la dégarnisseuse, Transalp a proposé de « coller » les deux engins. La méthode a bien fonctionné sur le premier chantier d’essai en 2013 en Lorraine mais nécessite cependant la voie contiguë pendant quelques heures pour qu’un train puisse récupérer et évacuer le ballast usagé. La méthode, qui a été améliorée en laissant quelques centaines de mètres entre substitution et dégarnissage, permet de diminuer la longueur des zones de ralentissement d’un bon kilomètre. Pas négligeable, sachant qu’en général 6 km de limitation temporaire de vitesse (LTV) à 40 km/h sont nécessaires sur la voie qui vient tout juste d’être renouvelée, auxquels s’ajoutent 7 km avec une LTV à 100 km/h. « Notre objectif vise à rendre les travaux le plus transparent possible vis-à-vis de l’exploitation commerciale et au final réduire l’irrégularité. Cela conduit à produire plus pour demander moins d’interceptions, à diminuer les longueurs de LTV et à augmenter leur taux de ralentissement qui peut désormais passer de 40 à 60 km/h », conclut Didier Dubus.
Michel BARBERON
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136 millions d’euros en 2015 pour régénérer les LGV

Renouvellement de ballast, remplacement de rails, d’appareils de voie et de dilatation… Les lignes à grande vitesse font désormais l’objet de vastes opérations. Les marchés viennent d’être renouvelés. 136 millions d’euros vont leur être consacrés en 2015.
Maintenir les lignes à grande vitesse à leur top-niveau, ce sont les objectifs des schémas directeurs de grands travaux. Un premier a déjà été mené sur les années 2009-2014. Les prochains marchés de régénération LGV viennent tout juste d’être validés par RFF. Comme au cours de l’exercice précédent, ETF groupée avec Colas Rail, est chargée du renouvellement de ballast pour la période 2016-2021 (quatre ans fermes + deux optionnels), au cours de laquelle 344 km de linéaire vont être concernés. La société Meccoli adjudicatrice, groupée avec TSO, hérite sur la période 2015-2021 (sept années fermes) du marché de remplacement de 65 appareils de dilatation sur la LGV Méditerranée et de 28 appareils de voie sur la LGV Atlantique. TSO adjudicatrice d’un marché pour les années 2015 à 2021 (six ans fermes + un optionnel) va, pour sa part, poursuivre ses missions de remplacements de rails avec son train BOA développé avec le suisse Scheuchzer. 64 km de voies dès 2015 et au total 423 km sont prévus sur les LGV Sud-Est, Atlantique, Nord et Méditerranée. Mais la charge LGV ne s’étalant que sur cinq mois de l’année, dans le cadre d’un deuxième lot confié au même attributaire, le train sera utilisé six autres mois pour effectuer des missions semblables en Ile-de-France, à un rythme annuel de 35 à 100 km de voies. « Cela prouve la volonté forte de régénérer les voies sur le réseau Ile-de-France. Il y a plus de trafic, les composants davantage sollicités s’usent plus vite. Il faut donc les remplacer plus vite. Mais l’objectif consiste maintenant à régénérer en fonction de ces sollicitations et pas forcément en fonction de règles empiriques », explique Philippe Achour qui fait partie de l’entité GIU IDF (Gestionnaire d’infrastructure unifié Ile-de-France). Là où la durée de vie d’une voie atteint en général 40 ans, en Ile-de-France il est envisagé de la remplacer à 25 ans et même, sur des zones très circulées, de substituer les rails au bout de 10 à 15 ans. A titre de comparaison, sur certains secteurs très spécifiques du RER A, en courbe et là où une usure maximale est constatée, à titre préventif la RATP remplace les rails au bout de cinq ans ! M. B.
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Prévision des investissements en 2015

LGV : 136 millions d’euros
UIC 2 à 4 : 558 millions d’euros
UIC 5 à 6 : 474 millions d’euros
UIC 7 à 9 : 117 millions d’euros
Appareils de voie : 193 millions d’euros
Total renouvellement voie : 1 478 millions d’euros
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Des rendements horaires de plus en plus élevés

Le programme des suites rapides 2015 prévoit 522 km de voies principales à renouveler. Tout dépend des capacités, c’est-à-dire des heures d’interceptions travaux accordées. Les grands renouvellements concernant essentiellement le réseau structurant des groupes 2 à 4 – les lignes nobles les plus circulées –, les activités commerciales cherchent en effet à les diminuer. Synonymes de perturbations pour le trafic, les interceptions sont pourtant indispensables pour maintenir le réseau à niveau. « Il devient de plus en plus difficile d’obtenir 8h30 ou 9h de coupure », reconnaît Hervé Mortaigne, adjoint à la Direction opérationnelle SNCF des suites rapides. Elle essaie malgré tout de produire autant avec moins de capacité et par conséquent demande une augmentation des rendements horaires aux entreprises. Dans de bonnes conditions, celles-ci sont maintenant capables de faire du1 000 m/jour d’avancement, voire un peu plus. Se baser cependant stricto sensu sur un rendement journalier ne reflète pas vraiment la réalité. Les chantiers en nocturne font baisser le rendement d’au moins 10 %. Une voie contiguë circulée complique le déroulement des travaux et exige une sécurité renforcée du personnel. La rencontre d’obstacles, tels que passages à niveau, appareils de voie ou quais de gares, freine la production. « Nous mesurons l’évolution pour chacune des entreprises et tout au long de ce marché pluriannuel, il a évolué positivement », ajoute Hervé Mortaigne. La barre est mise un peu plus haute chaque année. D’environ 200 m/heure, aujourd’hui, selon les chantiers, elles arrivent à 220-240 m, voire quelques pointes à 280 m/heure. M. B.
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Suites rapides en 2015. Une suite rapide « Ile-de-France » attribuée en mars

En Ile-de-France, mener de grosses opérations de régénération des voies avec les suites rapides existantes s’avère délicat, voire quasiment impossible à cause de leur taille et des périodes d’interceptions nocturnes réduites. Un nouveau matériel plus compact, spécifique aux zones denses, est en gestation.
 
Vieillissant, de plus en plus sollicité, caractérisé par sa densité avec ses nœuds d’une extrême complexité, ses obstacles répétés, quais de gares, appareils de voie… le réseau d’Ile-de-France mérite toutes les attentions et doit être régénéré. Si possible à bonne cadence. Pourtant cela ne peut être réalisé raisonnablement avec n’importe quels moyens. « Amener l’une des suites rapides actuelles en proche banlieue, nous l’avons fait dans les années 2009-2010 sur Paris-Lyon et en 2012 sur Paris- Saint-Lazare. Cela n’a pas été concluant du tout. Ce sont des moyens conçus pour traiter d’importants linéaires de pleine voie, mais trop imposants et disproportionnés pour ces zones denses. Il y a aussi trop de trains-travaux, ça cassait la grille de circulation », constate un spécialiste de l’Infra SNCF. Or, justement, là où les impératifs de régularité sont très forts, peut-être plus encore qu’ailleurs, les entreprises n’ont pas droit aux redditions tardives. Pas question, dans la mesure du possible, de perturber la circulation des premiers trains matinaux de banlieue avec de lourdes et longues répercussions sur les suivants.
Une réflexion, visant à définir le type de matériel le mieux adapté pour répondre à ces situations, a abouti au lancement d’un appel d’offres avec des critères d’attribution notablement différents de ceux des classiques marchés de suite rapide. Il a ainsi été demandé aux entreprises, auxquelles a été laissée une certaine latitude, de trouver des méthodes de production adaptées aux contraintes de l’Ile-de-France, de limiter le nombre de trains-travaux principaux à trois et de les raccourcir : moins de 600 m là où habituellement ils atteignent 750 m. Et de prendre en compte aussi le fait que pour impacter au minimum la régularité en journée, la vitesse de ralentissement des trains commerciaux serait portée à 80 km/h au lieu de 60 km/h. « Ce sont de nouvelles exigences techniques de réalisation des travaux qui entraînent des sujétions supplémentaires. C’est comme une certaine marque de boisson. Cela a la couleur d’une suite rapide, cela a le goût d’une suite rapide, mais ça n’est pas vraiment une suite rapide », compare Corinne Bonati, acheteuse experte en charge des suites rapides et travaux sur LGV. Les offres des entreprises ont été ouvertes le 17 octobre dernier. « Il y a une véritable concurrence. Techniquement, elles répondent dans l’ensemble à nos attentes avec des moyens de production innovants ». L’attributaire devrait être connu officiellement en mars et le niveau de prix permettra de statuer sur la durée du marché qui sera comprise entre quatre et sept ans. Prévue pour être opérationnelle le 1er janvier 2017, avec un rythme d’avancement d’environ 500 m par nuit, limité par le temps d’interception inférieur à 6h, la future suite « zones denses » devrait renouveler environ 80 km de voies franciliennes chaque année. M. B.
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Une suite rapide « caténaire » à l’étude

Sur le plan national, la régénération de la caténaire, élément très sollicité qui s’avère sans doute le plus fragile de la chaîne ferroviaire, est un sujet qui émerge peu à peu. A l’image de ce qui existe depuis longtemps pour remplacer les composants de la voie, une suite rapide spécifique destinée à assurer le remplacement de ces éléments de la traction électrique est ainsi à l’étude pour un démarrage des travaux en 2018. Dans un délai plus proche, un appel d’offres actuellement en préparation devrait bientôt être lancé pour un marché de régénération de la caténaire du RER C entre Paris-Austerlitz et Brétigny. Soit une plateforme à quatre voies s’étendant sur une trentaine de kilomètres, donc quelque 120 km de caténaire à substituer. Particularité, ce ne sera pas un appel d’offres classique travaux, mais un appel d’offres d’un nouveau type en conception-réalisation pour lequel les entreprises intéressées vont devoir « inventer » en quelque sorte les structures métalliques, en particulier les poteaux et les poutres. M. B.

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Suites rapides en 2015. Entretien avec Arnaud Manoury,
directeur d’Asset Management Ile-de-France

« Nous avons établi une cartographie des zones prioritaires »

 
Dans le cadre du programme « Infra haute performance » engagé il y a deux ans et demi, l’Asset Management Ile-de-France a été créé fin 2013. Cette création s’inscrit dans la mise en place de la direction Maintenance et Travaux Ile-de-France qui a pour objet de répondre aux spécificités de la zone dense francilienne. Dès janvier 2015, cette direction reprend le pilotage des programmes de régénération sur la région pour améliorer les performances des installations franciliennes où, rien que pour Transilien, 3,2 millions de voyageurs se déplacent quotidiennement. Début 2017, une suite rapide adaptée aux zones denses, soit un linéaire cumulé de 1 250 km, traitera chaque nuit des tronçons de voie afin d’accélérer la régénération du réseau.
 
Ville, Rail & Transports. Pourquoi créer cette entité spécifique chargée du réseau Ile-de-France ?
Arnaud Manoury. Pour illustrer les spécificités, en Ile-de-France quand un train s’arrête en pleine ligne, il existe une bonne probabilité que les voyageurs descendent sur les voies au bout d’un quart d’heure. Cela s’est déjà produit et tout est très vite bloqué. « Un train qui s’arrête, c’est une grenade dégoupillée », selon l’expression de Transilien. En province, au bout de quatre heures, cette probabilité est faible. Rien que cette différence change le contexte. Les règles appliquées pour décider les programmes de régénération sont différentes en Ile-de-France et sur le reste du réseau, d’où le fait que l’Asset Management prenne en main son propre processus d’instruction et de décision des programmes.
 
VR&T. La mise en place progressive du GIU, le gestionnaire d’infrastructure unifié, a-t-elle contribué à cette création ?
A. M. L’arrivée en avril 2013 d’Yves Ramette à la tête du gestionnaire d’infrastructure unifié en Ile-de-France et la mise en place de la direction Maintenance et Travaux Ile-de-France nous ont permis de structurer l’Asset Management. Cela a permis de lancer des actions fortes, claires et précises, notamment le programme de fiabilité IDF 2014-2020, dont les premières opérations ont débuté dès janvier de l’année 2014. C’est la première pierre d’un programme qui va aller croissant sur l’Ile-de-France avec une amplification des travaux.
 
VR&T. Quels sont les grands objectifs de l’Asset Management ?
A. M. Optimiser les infrastructures ferroviaires dans leur nature, dans leur utilisation, dans leur régénération tout en combinant un aspect économique et la prise en compte du client. La rénovation du réseau a pris du retard et il n’a pas la qualité attendue pour répondre aux exigences des autorités organisatrices et de nos clients. La première urgence consiste donc à le remettre à niveau. 
Exemple, ce récent gros incident caténaire sur le RER C cumulé à un problème de géométrie dans le tunnel. Avec ses 500 trains et 540 000 voyageurs/jour sur cette ligne, tout incident a des conséquences insupportables pour nos clients.
 
VR&T. Quelles ont été les premières actions menées ?
A. M. Nous avons traité des zones très impactantes comme le remplacement des rails à la sortie du tunnel du RER C, côté Paris-Austerlitz, où trois ruptures s’étaient produites sur cette zone en fin d’été 2013. Toujours sur cette ligne, des travaux supplémentaires ont été menés dans le cadre de l’opération annuelle Castor pour obtenir un saut de performances. En 2015, il n’y aura pas de Castor classique avec jet grouting (Ndlr : procédé de construction utilisant un jet de fluide à haute énergie cinétique pour déstructurer un terrain et le mélanger avec un coulis liquide visant à former in situ un « béton de sol »). A la place, 5 000 m de voie et ballast vont être renouvelés, ainsi que des d’appareils remplacés. D’autres actions spécifiques ont été menées sur Paris-Saint-Lazare, Paris- Nord et Paris-Sud-Est. 
 
VR&T. Outre le RER C, il existe beaucoup d’autres installations problématiques ?
A. M. Si on veut répondre aux besoins de l’Ile-de-France, il faut pouvoir intervenir là où c’est le plus difficile. C’est l’un des principes mis dans le cadre de l’Asset Management. Le RER C en intra-muros n’est pas le plus complexe par l’existence des moyens de contournement, le métro, les bus. D’autres zones sensibles ne les ont pas et sont très difficiles à traiter en termes de plages-travaux avec d’importantes conséquences client. Pourtant c’est bien là où le réseau est le plus en difficulté que les travaux sont indispensables. D’où l’intérêt d’outils nouveaux comme la future suite rapide IDF. 
 
VR&T. L’arrivée de cette suite rapide va-t-elle représenter le fer de lance de votre politique de régénération ?
A. M. Cette suite rapide sera conçue pour les zones denses, qui représentent 1 250 km ! La définition de l’appel d’offres a été prévue pour obtenir une réponse totalement adaptée aux contraintes évoquées. Des plages d’intervention assez courtes, des installations fréquentes, une signalisation avec des cantons de 500 m, beaucoup de joints isolants très dimensionnant pour ce type d’engin… De plus, les entreprises vont devoir créer un matériel totalement fiabilisé.
 
VR&T. Parmi les multiples chantiers à entreprendre en Ile-de-France, comment les priorités sont-elles gérées ?
A. M. Toutes techniques confondues, il y a des zones à traiter à peu près partout sur les cinq régions parisiennes. Des réflexions menées avec l’ingénierie de conception et de maintenance pour définir et identifier les zones les plus impactées, ont donné une cartographie de celles prioritaires. Dans un premier temps, les zones assez incidentogènes sont ciblées. Mais c’est un exercice d’équilibre sachant qu’il faut prendre en compte d’autres projets comme, par exemple, le prolongement d’Eole. On ne peut pas programmer n’importe comment face à un tel projet qui a déjà un impact capacitaire colossal.
 
VR&T. Comme pour le réseau principal, de tels travaux doivent être programmés plusieurs années à l’avance…
A. M. Au niveau des règles adaptées, pour obtenir une bonne prévisibilité vis-à-vis du client, nous travaillons à la mise en place de cycles de remplacements, notamment de renouvellements, qui permettrait d’avoir une prévisibilité forte en termes d’empreinte capacitaire et de tenir le rythme. Tout le passif doit déjà être assumé avant de rentrer dans ces cycles. L’Asset Management mène une politique de prévision pluriannuelle. Plus ce sera anticipé et fiabilisé, plus les travaux seront de qualité, fiables et sans surprise pour le client.
 
VR&T. Quels moyens vous donnez-vous pour atteindre vos objectifs ?
A. M. Nous devons nous donner toutes les conditions de réussite. En 2015, quelque 800 recrutements sont prévus dans les métiers de la maintenance et des travaux en Ile-de-France, un rythme que nous tenons depuis trois ans, à rapprocher à un périmètre de 7 000 personnes affectées aux établissements de production Ile-de-France. L’idée c’est avoir les capacités par rapport à la croissance des travaux. Cette trajectoire bien stabilisée, bien travaillée en amont permet de prévenir le client, permet l’adaptation au plan de transport, de dimensionner les études, d’avoir des achats optimisés, des produits innovants.
 
VR&T. Quelle est votre vision à long terme ?
A. M. Nous construisons des schémas directeurs de régénération à échéance d’au moins huit ans pour avoir la visibilité sur le réseau Ile-de-France. Les élus l’ont bien compris et nous accompagnent si besoin, et ils souhaitent un résultat tangible. Ils ont compris que ce résultat s’obtiendra dans la durée et que tout ne pourra pas changer du jour au lendemain, sachant qu’une augmentation de 30 % du trafic voyageur est prévue d’ici 2020.
Propos recueillis par Michel BARBERON

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Suites rapides en 2015. Quatre sociétés se partagent le marché

Actuellement, quatre sociétés spécialisées en grands travaux de maintenance et de régénération de voie se partagent le marché des suites rapides. Colas Rail-TSO en groupement sur le lot 1. Transalp Renouvellement sur le lot 2, Meccoli sur le lot 3. Bilan de l’année écoulée et perspectives 2015. 
 

Colas Rail va mettre en œuvre des ballastières radiocommandées sur le RVB de la ligne Narbonne – Montpellier

Colas Rail, en groupement avec TSO depuis plusieurs années pour mener une suite rapide, ne regrette pas l’investissement lourd consacré aux modifications (automate, groupe de dépose des traverses béton fragilisées…) du train de coupe TSV21. « Cela a fiabilisé ses performances et nous permet d’aborder 2015 avec sérénité. »
Trois chantiers composent le programme de l’année : Redon – Rennes, Bayonne – Hendaye et Narbonne – Montpellier. Ce dernier est de loin le plus important par son linéaire à traiter, proche des 90 km, par sa configuration difficile, liée aux travaux réalisés uniquement de nuit pendant sept mois, enfin, parce que la voie contiguë restera circulée. C’est sur ce RVB que vont être déployées les nouvelles ballastières radiocommandées pour le déchargement automatique du ballast. Un investissement dans cette nouvelle génération de wagons qui « va dans le sens de la sécurité et de la réduction de la pénibilité au travail ». En 2014, quatre chantiers étaient au programme. Angers – Nantes, Dole – Dijon, Rennes – Redon, Busigny – Somain. Ce dernier présentait la particularité d’être en partie exécuté en fermeture de ligne pendant un mois et demi en été. Une situation confortable qui a permis d’approcher un rendement moyen de renouvellement de voie de 1 400 m au quotidien. Cette cadence élevée, outre la sollicitation importante des machines et des hommes en production, engendrait une implication accrue dans la logistique et la gestion des approvisionnements des bases-travaux de Lourches et Pont-à-Vendin. Hormis cette période, tous les RVB ont été réalisés de nuit. Le plus difficile a été celui de Dole – Dijon. La voie contiguë restait circulée une partie de la nuit et les nombreux obstacles, tels que quais de gare et ouvrages d’art, compliquaient le dégarnissage.
 

La pose des voies sur la plateforme de la LGV SEA sera le programme phare de TSO

Même constat sur le chantier dijonnais pour TSO, le partenaire de Colas Rail sur le lot n° 1 de suite rapide. « A cause d’une anticipation et préparation trop superficielles compte tenu des contraintes sur cette ligne, qui avait fait l’objet de traitements en étanchéité de nombreux ouvrages d’art. Beaucoup de zones à traiter en gabarit réduit ont imposé des intervalles simultanés dont l’obtention a été difficile compte tenu du trafic fret la nuit ». Mais la totalité du linéaire programmé a été réalisée dans les délais et, en complément, quelques tronçons hors suite au passage de la ligne de production ont même été exécutés sur un peu plus de 2 km. TSO poursuit son ambitieuse politique d’investissement. Deux locomotives G 1206 par an depuis 2012 et jusqu’en 2016 pour renouveler et renforcer son parc actuel. En 2014, une bourreuse mixte voie et appareils de voie, 21 wagons trémies à ballast équipés télécommandés… Dans le cadre du projet Cross Rail à Londres, la société a acquis un train béton complet avec wagons spéciaux d’approvisionnement des agrégats et un camion rail-route de confection de soudures électriques. Elle envisage un dispositif innovant de renouvellement mécanisé d’appareils de voie. Mais surtout, hormis les suites rapides sur le réseau classique, le chantier phare en 2015 pour l’entreprise concerne le démarrage de la pose des voies sur la plate-forme de la LGV Sud-Europe-Atlantique dont les bases-travaux de Villognon et Nouâtre viennent d’être mises en service. Le groupement sur SEA est composé de TSO (mandataire) et de ETF pour l’ensemble des travaux de superstructures ferroviaires.
 

Transalp Renouvellement conduira les travaux sur Belfort et Saint-Etienne – Lyon

La campagne de régénération 2014 a permis à Transalp Renouvellement d’achever les mises au point de l’ensemble de ses matériels nouveaux, d’améliorer les process et de réaliser des chantiers plus complexes, comme la ceinture de Metz au cours de l’été. « Il a été le plus difficile avec des changements permanents de zones, des plateformes multiples, des changements de sens de travail, des zones sans la voie contiguë en simultanée ». Mais avec le sentiment « d’avoir fait un sans-faute à la reprise après chaque période de révision ». La société a réalisé tout le linéaire de renouvellement programmé et même un peu plus puisqu’une grande partie du chantier de Pau qu’elle n’avait pas pu achever en 2013 a été rattrapée. Les rendements atteints par son train P95 se sont élevés, selon les chantiers, en moyenne entre 220 m/h et près de 300 m/h. En 2014, elle a achevé la mise au point de sa rame de ramassage des rails, complété son parc de convoyeurs WAC constitués de bandes transporteuses du ballast usagé, acquis des pelles pour le conditionnement des traverses et divers autres outillages. Transalp Renouvellement, qui, comme ses homologues, a quelques craintes sur les risques potentiels d’intempéries à la rentrée et l’augmentation demandée des rendements journaliers, va traiter deux grands chantiers en 2015 : Belfort pendant cinq mois et Saint-Etienne – Lyon durant sept mois.
 

Activité forte sur la LGV nord pour Meccoli 

Comme l’année précédente, 2014 a été une réussite pour Meccoli. L’ensemble des chantiers de suite rapide a été réalisé dans les délais et « nous avons respecté les objectifs que nous nous étions fixés. En régularité, un respect total des engagements pris avec la SNCF en ce qui concerne les restitutions chantiers, mais aussi sur la fiabilité du matériel. En qualité sur l’ensemble des chantiers. En sécurité, il n’y a pas eu de problème majeur ». Sur ce dernier plan, l’entreprise a d’ailleurs été certifiée ISO OHSAS 18001 (sécurité) en 2014. Tous les chantiers auront eu leurs particularités. En début d’année, celui de Toulon – Le Luc (27 km) a été marqué par les très fortes perturbations météorologiques. La base de formation des trains travaux de Carnoules a notamment été inondée et de fortes précipitations ont eu lieu ensuite. Sur la région de Paris Saint-Lazare, les 17 km renouvelés entre Argenteuil et Mantes-la-Jolie ont eu, comme cela avait été le cas l’année précédente, une consonance « zones denses ». « Ces deux chantiers 2013 et 2014 ont permis à l’entreprise d’appréhender toutes les difficultés qui vont être rencontrées sur les futurs travaux en zones denses ». Entre Lyon et Ambérieu, le chantier de 77 km effectué pendant quatre mois de nuit, a précédé celui de 38 km entre Laon et Tergnier, « le premier chantier de jour depuis le début de l’année : cela a fait du bien aux hommes ! ». Depuis mi-novembre Meccoli a démarré la suite entre Laon et Reims, réalisée là aussi en journée pendant ce mois de janvier. Outre des remplacements d’appareils de voies en zones denses à Paris Nord et Paris Sud-Est, elle va aussi mener une activité semblable sur la LGV Nord.
Dossier réalisé par Michel BARBERON