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Courtrai. Priorité à l’électromobilité

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A Paris, le 30 novembre prochain, s’ouvre la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques dite COP21. Elle arrive à point nommé : cette année, la planète aura connu les températures les plus élevées jamais encore enregistrées ! Assez naturellement, les problématiques de pollution urbaine s’invitent au cœur des débats, et il ne faut donc plus s’étonner qu’un vent se soit levé, notamment chez les élus des grandes métropoles d’Europe occidentale, pour que l’« après-pétrole » et le « zéro émission » dans les transports urbains deviennent très vite réalités. Aussi, malgré les efforts considérables qu’ils avaient déjà déployés afin d’honorer le délicat rendez-vous d’Euro 6, les constructeurs européens ont-ils dû se lancer, sans doute plus rapidement qu’ils ne l’auraient souhaité, dans l’étude de véhicules 100 % électriques (ou hybrides à traction majoritairement électrique), emboîtant le pas des BYD (Build Your Dreams) et autres industriels chinois sortis les premiers du bois. En juin dernier, au 61e congrès UITP (Union internationale des transports publics) à Milan, l’électromobilité dominait ainsi très nettement l’offre présentée. Busworld 2015 à Courtrai n’infirmera pas cette tendance de fond. Mieux encore, les constructeurs d’autobus se rapprochent davantage aujourd’hui des fournisseurs d’équipements électriques pour que soient jetées les bases d’une vraie standardisation des futures installations de charge, afin d’éviter d’emblée le piège potentiel des « systèmes propriétaires ». Un exemple en est donné par la coopération entre Volvo et Siemens, où l’électricien allemand souligne que les équipements qu’il fournit sont compatibles avec les développements de n’importe quel autre constructeur. Depuis l’été dernier, la ligne 55 de Göteborg, en Suède, sur les traces de la 109 de Hambourg et de la 73 de Stockholm, est devenue la vitrine des dernières expérimentations high-tech de l’industriel suédois en hybride « plug-in » de 12 m et, surtout, en midi « 100 % électrique » à charge rapide. Nous y reviendrons dans un prochain numéro. A Courtrai, Volvo présente, en première mondiale, son standard 7900 électrique. Le groupe Bombardier se veut, lui aussi, ouvert à la coopération avec tous les constructeurs d’autobus dans le cadre de son système original Primove de charge par induction, qui évite tout contact physique entre le véhicule et les installations à terre. Courant septembre, quatre Urbino de 12 m à batteries de type lithium-ion fabriqués par le polonais Solaris, avec des équipements électriques de Vossloh-Kiepe intégrant Primove, doivent entrer en service sur la ligne 204 de Berlin. Pour l’heure, chacun coûterait encore presque quatre fois le prix de la version diesel. Un véhicule semblable doit justement être présenté à la COP21, et essayé par la RATP sur les lignes 21 et 147. Le nouveau Solaris Urbino électrique sera, au demeurant, l’une des grandes premières mondiales de Courtrai. Le constructeur néerlandais VDL se veut également particulièrement combatif sur ce marché prometteur du zéro émission en s’attaquant, cette fois, à l’articulé de 18 m à vocation BHNS. Lui a opté pour la recharge par conduction avec pantographe sur la toiture. Huit de ces BHNS Citea de nouvelle génération entreront en service, l’an prochain, sur la ligne 133 de Cologne. Dans cette course à l’électromobilité, l’une des surprises les plus inattendues est l’arrivée sur le marché d’outsiders auxquels personne n’aurait a priori songé. Ainsi l’espagnol Irizar qui, dans un passé récent, n’avait pour seule activité que la carrosserie d’autocar (on lui doit le célébrissime Century sur châssis Scania !), en a étonné plus d’un en développant ex nihilo son propre autobus intégral i2e de 12 m. Pour le stockage d’énergie, Irizar a choisi l’association de supercondensateurs et de batteries de type sodium-chlorure de nickel. La charge s’effectue à partir d’un câble de raccordement depuis des colonnes qu’il a spécialement conçues. Les trois prototypes et véhicules de présérie ont apparemment convaincu la puissante autorité organisatrice TfL (Transport for London) à Londres, et la RTM (Régie des transports de Marseille), qui ont décidé d’acquérir les tout premiers i2e de série. Fidèle à ses habitudes, TfL préfère toutefois les autobus dont au minimum la caisse, à défaut du soubassement, demeure produite par l’industrie du Royaume-Uni. C’est ainsi que le britannique Alexander Dennis va carrosser pas moins de 51 « single-deckers » sur châssis chinois BYD, propulsant ainsi Londres très loin devant toutes les autres capitales européennes ! Ces véhicules rouleront sur les lignes 507 (Waterloo – Victoria) et 521 (Waterloo – London Bridge) héritières du célèbre réseau Red Arrow. Deux autobus intégraux BYD avaient déjà roulé dix-huit mois, à titre probatoire, dans les rues de Londres, et TfL a fait part, à cette occasion, de sa grande satisfaction, tant à l’égard de l’industriel chinois que de la technologie qu’il a privilégiée, à savoir les batteries de type fer-phosphate. Dans la foulée, le nouveau partenaire d’Alexander Dennis devrait aussi présenter le tout premier autobus intégral à étage zéro émission spécifiquement développé pour le marché londonien ! L’empire du Milieu n’a jamais été aussi so british… Autre surprise, l’arrivée de Bozankaya, un industriel turc qui possède une implantation à Salzgitter, en Allemagne, dévolue à la R&D ainsi qu’à l’assemblage final. Presque inconnu il y a encore quelques mois, ce sous-traitant de MAN est parvenu, sans faire aucun bruit, à forger, une fois encore ex nihilo, une véritable gamme d’autobus électriques qu’il commercialise désormais sous la marque Sileo. L’an prochain, Bonn met en service six exemplaires de son articulé 100 % électrique à moteurs de roue sur les essieux 2 et 3 : une particularité qui va conférer à ce véhicule une adhérence exceptionnelle et une propension élevée à récupérer l’énergie au freinage. S’il progresse donc à pas de géant, l’autobus électrique ne saurait toutefois apporter, dès aujourd’hui, la seule réponse viable aux dernières préoccupations environnementales. En France notamment, le GNV (Gaz naturel pour véhicule) reste plus que jamais d’actualité. Aussi, le révolutionnaire Citaro NGT, autre première mondiale de Courtrai, arrive-t-il à point nommé sur le marché. Son constructeur Mercedes s’est également lancé, depuis quelque temps, sur la piste du 100 % électrique, en parallèle avec la pile à combustible dont il détient le leadership. On murmure que le constructeur à l’étoile y travaillerait même d’arrache-pied. Mais à la différence de ses concurrents, lui a décidé de ne rien présenter avant de n’être parvenu au stade de la production d’un véhicule de série qu’il considère idéal en termes de coûts, de performances et de fiabilité. C’est le cas du nouveau Citaro NGT. Grâce à son moteur ultracompact M936G de 7,7 l de cylindrée, actuellement de loin le plus innovant du marché, la consommation a pu encore être réduite de 20 % par rapport à celle de son prédécesseur, le Citaro CNG. Par ailleurs, si l’on prend en compte l’intégralité du cycle depuis la production du carburant diesel jusqu’à sa combustion en passant par son acheminement, le gaz s’avère au minimum 10 % plus performant en termes de réduction des émissions de CO2, chiffre qui passe tout de suite à 80 % dès lors qu’il s’agit de biogaz ! Voilà qui peut aussi faire réfléchir quant à la pertinence réelle des solutions complexes de type « classique hybride diesel »… Enfin, le véhicule à étage réapparaît – même en Europe continentale – sous les feux de la rampe. Côté autobus, Berlin essaie deux prototypes très innovants de Scania et VDL. Et côté autocars, le constructeur néerlandais présente, en première mondiale à Courtrai, son Futura FDD2 capable d’emporter 96 voyageurs. L’immense pare-brise aérodynamique du FDD2 (heureusement divisé en plusieurs parties pour limiter les coûts de remplacement !) met en valeur sa hauteur impressionnante de 4 m. L’une des cibles du nouveau produit est à l’évidence le marché « intercity », actuellement en plein essor avec la libéralisation du transport par autocar.
Philippe Hérissé