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Grand Paris Express : les lignes sur la sellette

Fin octobre ou début novembre, le chef de l’Etat devrait annoncer la « simplification drastique » du Grand Paris. On évoque un renforcement de la Métropole du Grand Paris et la suppression des départements de petite couronne. A côté des réformes institutionnelles, ce pourrait être l’occasion de revenir sur le calendrier de réalisation du Grand Paris Express. Voire sur la consistance du projet. Le gouvernement travaille sur plusieurs scénarios qui ne sont pas publics. Le préfet d’Ile-de-France, Michel Cadot, lui a remis diverses propositions. Selon nos informations, Keolis a transmis au préfet un scénario permettant aux yeux du transporteur de sauver l’essentiel. L’attitude nouvelle du gouvernement – priorité aux transports du quotidien, optimisation de l’existant, méfiance envers les grands travaux – montre qu’aucun projet n’est sanctuarisé. Cependant, la pause décrétée sur le canal Seine Nord Europe ou sur le tunnel Lyon – Turin ne suffit manifestement pas à arrêter des projets politiquement ou techniquement fort engagés. Le Grand Paris est pris à son tour dans le dilemme : la posture « on revoit tout » ; l’agenda politico-technique d’un projet déjà fort engagé.
Certains élus sont particulièrement inquiets. Christian Fautré, maire par intérim de Champigny-sur-Marne, redoute « un effet pervers » de l’organisation des JO. Qu’on se précipite pour faire tout ce qui est prévu pour 2024, – voire pour 2025, compte tenu de la candidature de Paris à l’Expo universelle. Et que le reste soit reporté. Certes, Champigny n’est pas la plus mal lotie. Elle est sur la ligne 15 Sud, Pont-de-Sèvres – Noisy-Champs, promise pour 2022. Mais la ville est à la croisée des chemins. C’est de Champigny que part la ligne 15 Est, aujourd’hui programmée en 2030. La peur, c’est que faute de financement, la 15 Est soit quasiment remise sine die.
Même inquiétude, toujours au sud, mais tout à fait à l’ouest, du côté de Saint-Quentin-en-Yvelines. La ville nouvelle est directement concernée par les JO… mais il n’est pas prévu que la ligne 18 aille jusqu’à elle en 2024. Elle comptait bien sur le coup de fouet des Jeux pour accélérer la réalisation. Aujourd’hui, la ligne 18 est prévue en 2023-2024 pour le plateau de Saclay. Le prolongement jusqu’à Versailles, sur lequel se trouve Saint-Quentin, est attendu pour 2030. Les élus concernés espéraient une accélération : Saint-Quentin en 2024 ; Versailles en 2027. Cela a l’air mal parti, et Véronique Coté-Millard, responsable des déplacements à Saint-Quentin-en-Yvelines, ne cache pas de grandes inquiétudes, qui vont au-delà des JO et concernent toute l’attractivité de la ville nouvelle : des entreprises qui y ont leur siège, dit-elle « pourraient ne pas renouveler leur bail si la ligne 18 n’est pas confirmée ». Le 16 octobre, les élus de 12 communes vont se rassembler sur le site de la future gare de Saint-Quentin. Ils espèrent la venue de Gérard Larcher, le président du Sénat et de Pierre Bédier, le président du conseil départemental des Yvelines. Pour peser pendant qu’il est encore temps. Au nord et à l’est, même scénario et les élus, interrogés par Le Monde (dimanche 8 – lundi 9 octobre) s’inquiètent aussi des réalisations des lignes 16 ou 17.
C’est dans ce contexte que Keolis a transmis au préfet d’Ile-de-France, Michel Cadot, une proposition de Grand Paris qu’on pourrait dire recentrée sur l’essentiel et allégée pour le reste. Idée directrice, selon nos informations : achever en priorité la ligne 15. En effet, les effets de désaturation attendus du Grand Paris Express ne peuvent être importants que si la ligne circulaire est complète. En revanche, les lignes 16 (Saint-Denis – Le Bourget – Clichy-Montfermeil – Noisy-Champs), 17 (Saint Denis – Le Bourget – CDG – Le Mesnil-Amelot) et 18 (Orly – Versailles-Chantiers) seraient reconfigurées. On préconiserait selon nos informations de recourir pour l’essentiel à une réalisation en viaduc au lieu de souterraine et à des matériels moins capacitaires. C’est dans ce contexte très tendu que Philippe Yvin, le président du directoire de la SGP, a répondu à nos questions. « Les échéances approchent », dit-il.
F. D.