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Grand Paris Express. La ligne 15 Sud sort de terre

Quinze des seize gares de la future ligne 15 du Grand Paris Express étaient déjà en chantier fin 2017. 41 grands chantiers qui s’insèrent dans un territoire aux transports saturés et à la congestion automobile. Quatre d’entre eux ont fait l’objet d’une visite de presse au mois de décembre. L’occasion pour faire le point sur des travaux qui ne font que commencer.
En Ile-de-France, c’est la double peine. Et la région en a pris pour environ dix ans. Alors qu’il faut revoir le système ferroviaire existant (voir pages précédentes), les travaux du Grand Paris Express ont commencé. Avec le cortège d’encombrements sur les routes, de bruit pour les riverains, avec, aussi, les perturbations que peut causer sur les réseaux existants la création du nouveau métro. Cohabitation difficile à Arcueil avec le ralentissement du RER B qui a duré sept mois du fait du chantier. Expérience différente à Clamart, sur la ligne N, avec, cette fois, le choix de fermer la gare plusieurs week-ends de suite. Entre les deux systèmes, maintenir chaque jour les circulations en mode dégradé, ou les interrompre complètement le week-end pour préserver l’heure de pointe en semaine, le cœur d’Ile-de-France Mobilités ne balance pas. Valérie Pécresse préfère la seconde solution pour mieux affronter les difficultés. Et des difficultés, il y en aura.
Sur les 68 gares du Grand Paris Express, les deux tiers seront en correspondance avec des modes lourds. Sur les 16 gares de la ligne 15 Sud, 13 seront connectées à un RER ou métro existant et deux d’entre elles avec une autre ligne du Grand Paris Express : Villejuif-Institut-Gustave-Roussy avec la 14 Sud, Champigny-Centre avec la 15 Est. Seule Vitry-Centre, aujourd’hui en chantier, tout près de l’Hôtel de ville, fera exception dans ce système de correspondance. Pour les autres, poussage ou ripage sont au programme.
Un peu partout sur les 33 km de la ligne 15 Sud, de Pont-de-Sèvres à Noisy-Champs, si les tunneliers ne sont pas encore à l’ouvrage, de très grands chantiers sont en cours. 41 sur un total de 54. 15 des 16 gares étaient en chantier à la fin 2017. 23 ouvrages annexes sur un total de 38. Trois autres sites, les centres d’exploitation de Champign y, de Vitry et l’installation terminale embranchée à côté de Bry-Villiers-Champigny, viennent s’ajouter aux précédents pour parvenir à ce total de 41.
Ces grands chantiers, visibles un peu partout, jalonnent la prochaine ligne, avant même que le premier tunnelier ait commencé à forer.
S’il n’est pas question de nier les difficultés, la SGP préfère (on la comprend) insister sur l’impact économique de cette montée en puissance des chantiers. Ainsi, selon le maître d’ouvrage, « fin septembre 2017, 208 millions d’euros étaient déjà engagés auprès de 513 PME sur la ligne 15 Sud. Parmi elles, 337 sont franciliennes. Cela représente près de 30 % du montant total que les entreprises attributaires se sont engagées à sous-traiter ou cotraiter (727 millions d’euros) ». Plus encore que les 20 % que la SGP demande aux majors du BTP de respecter. Autre effet bénéfique : les chantiers de la 15 Sud font travailler 2 000 personnes, dont 170 jeunes en insertion, ce qui est en ligne (un peu mieux, même), avec les 5 % d’emplois en insertion que s’est fixés la SGP. Des effets sur l’emploi, et une réalisation en cours, aujourd’hui visible. Jacques Gauducheau, maire de Vanves, président du Comité stratégique de la SGP (qui regroupe les élus) voit déjà, de chantier en chantier, la ligne s’esquisser et parle de destin commun. Jean-Yves Le Bouillonnec, maire de Cachan, président du conseil de surveillance de la SGP, ne cache pas les difficultés dont lui font part les administrés mais dit : « je relève la tête dès que je montre un chantier. » Chantier de Cachan qu’il a montré le 7 décembre à la mairesse de Montréal. Trois jours auparavant, alors que l’on attend la feuille de route du gouvernement, la SGP a fait découvrir à la presse, avec une certaine fierté, l’avancement de quatre des principaux sites du futur métro.
Noisy-Champs
A Noisy-Champs, site le plus oriental de la ligne 15 Est, long d’1,5 km, s’alignent quatre chantiers. Du sud au nord, le futur puits du tunnelier, l’avant-gare, la gare, puis, de l’autre côté de la ligne A, l’arrière-gare. Cette arrière-gare, tout au nord, servira au retournement et au garage des trains de la ligne 15 Sud. L’avant-gare, elle, sera utilisée pour le retournement et le garage des trains de la ligne 16. La correspondance avec la gare du RER B suppose une opération du type de ce qui a été fait sur les sites des futures gares de Champigny-Centre (ripage du pont-rail sous les voies SNCF dans la nuit du 24 au 25 janvier 2017), de Fort-d’Issy-Vanves-Clamart (ripage de la dalle de couverture de 7 000 tonnes de la future gare le week-end du 15 août) et d’Arcueil-Cachan (ripage de la dalle de couverture de 3 000 tonnes de la gare dans la nuit du 1er au 2 novembre). Ici, c’est en novembre 2018 que la RATP doit effectuer ce ripage d’une dalle sur laquelle s’appuiera la gare. Des opérations semblables sont programmées à Créteil-l’Echat et à Verts-de-Maison. Sur ce même site, on creuse le puits Rû de Nesle, d’où partira le deuxième tunnelier, qui doit commencer son travail au premier semestre 2018, en direction de la gare de Bry-Villiers-Champigny.

Champigny-Plateau
Le 3 décembre, veille de la visite de presse des chantiers, c’était la Sainte-Barbe, patronne des mineurs (et des pompiers) et, conformément à la tradition, le curé de Champigny a béni le tunnelier. Ou, plutôt, les pièces d’un tunnelier qui n’est pas encore assemblé et qui sont livrées sur ce site. Un puits proche du futur centre d’exploitation, que le tunnelier va relier à la ligne 15.

Ce sera le puits du premier tunnelier, qui arrive, pièce par pièce, depuis l’usine du constructeur Herrenknecht, en Allemagne. Une fois monté, il fera 9,83 m de diamètre. La tête du tunnelier va descendre la première dans son puits, long de 47 m et large de 23 m, et commencer à creuser, pour que puissent descendre ensuite les remorques qui vont former, une fois assemblées avec la tête, une usine longue de 106 m. Préalablement assemblé chez Herrenknecht, pour le testing-commisionning, le tunnelier a été ensuite démonté pour être acheminé. La descente solennelle du premier ensemble est prévue le 3 février. Après sa première fonction de descenderie, le puits, considéré comme ouvrage annexe, servira comme les autres puits à l’aération de l’ouvrage et d’accès ou issue de secours. Le tunnelier doit parcourir 2,4 km en dix mois afin de rejoindre la ligne. C’est 1/7e des déblais de la ligne 15 qui doit être évacué depuis ce site.
Non loin du puits, s’élèvera le futur site de maintenance et de remisage des rames. Sur ce SMR, comportant 19 voies en parallèle, se fera 60 % de la maintenance du matériel roulant (le reste se faisant au SMR de Rosny). Et c’est là, à Champigny, que le matériel roulant de la ligne sera livré. Un matériel dont le fournisseur doit être connu au printemps 2018. Le site, qui sera recouvert d’une toiture végétalisée de deux hectares, abritera aussi le poste de commandement de toute la ligne 15.
Depuis Champigny-Plateau, on voit, au-delà d’une butte, l’emplacement de la future gare de Bry-Villiers-Champigny, site dont l’aménagement a été confié à la Compagnie de Phalsbourg à la suite du concours Inventons la métropole.

Les Ardoines
La gare des Ardoines, à Vitry, est prévue pour accueillir près de 100 000 voyageurs par jour en 2030. 60 % de ces voyageurs seront alors en correspondance avec le RER C, qui enregistre aujourd’hui de 10 000 à 15 000 voyages quotidiens, et dont les quais vont donc être élargis. Juste à côté des voies, la gare est en cours de réalisation, et l’on voit une demi-boîte déjà formée, de 28 m de large sur 55 de long, soit la longueur de la moitié d’un train. La boîte est réalisée en deux temps afin de ménager l’espace pour préfabriquer, à proximité des voies, le passage souterrain qui sera ripé en mai prochain sous les voies du RER. Une interruption de 54 heures des circulations sera alors nécessaire.
La future gare des Ardoines, dans un quartier en pleine transformation, est l’un des sites de l’opération Inventons la Métropole. Et, le 7 décembre, la SGP a signé avec Linkcity, à Vitry, le premier protocole du concours, pour la réalisation de l’immeuble connexe à la gare. Signature en présence de l’Epa Orsa (Etablissement public d’aménagement Orly, Rungis, Seine-Amont). Ce projet de 10 000 m² prend place au sein d’un nouveau quartier de ville de 130 000 m².

Villejuif-Institut-Gustave-Roussy
A Villejuif, c’est tout près du grand centre de traitement du cancer qu’est en cours, dans le parc des Hautes-Bruyères, la réalisation de la future gare. Gare qui, à 49 mètres de profondeur, sera la seconde gare la plus profonde du réseau, après Saint-Maur. Elle nécessitera l’excavation de 100 000 m³. Ce sera à la fois une gare de la ligne 15, et, en correspondance, au dessus, celle du prolongement sud de la ligne 14 en direction d’Orly. Une gare circulaire de 62 m de diamètre, dont on a commencé à réaliser en septembre les parois moulées et qui est un peu, pour l’instant, comme dit Philippe Yvin, une « mine à ciel ouvert ».
F. D.