« Le Premier ministre assume notre grève »

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DIdier AUBERT
Secrétaire Général
UFCAC CFDT

Le Premier ministre a reçu tour à tour le 7 mai des délégations Unsa, CGT, CFDT, SUD-Solidaires, FO, accompagnées de leurs responsables confédéraux. Didier Aubert, le secrétaire général de la CFDT Cheminots, explique ce qu’il en a retenu et comment il compte peser sur la réforme ferroviaire qui doit être examinée fin mai par le Sénat.

Ville, Rail & Transports. Que retenez-vous de ce que vous a dit le Premier ministre en recevant ce matin les organisations syndicales ?
Didier Aubert. Nous n’avons pas senti une volonté de sa part de faire cesser la grève. Nous assumons la grève, le gouvernement semble l’assumer aussi… Nous aurions préféré négocier avant que le projet de loi n’arrive sur la table. Mais le problème, c’est qu’il n’y avait pas de contenu, juste une tête de gondole !

Aujourd’hui, Edouard Philippe nous dit de travailler avec les services du ministère des Transports et de lui faire passer des amendements « utiles » (c’est son terme !).

VR&T. Quelles réponses avez-vous reçues à vos questions sur la reprise de la dette de la SNCF ?
D. A. Le Premier ministre nous a simplement dit que l’Etat reprendrait, entre 2020 et 2022, une part conséquente qui ne sera ni la totalité, ni le minimum. Selon moi, cela pourrait être aux alentours des deux tiers du total.

Il nous a également indiqué qu’il nous recevrait de nouveau vers le 24 ou le 25 mai. Comme ce sera après la notification de Bruxelles sur la dette de la France, prévue le 23 mai, c’est peut-être à ce moment-là qu’il indiquera quel montant de dette peut être repris par l’Etat.
VR&T. Qu’allez-vous faire maintenant ?
D. A. Nous constatons qu’aujourd’hui, la mobilisation n’a pas permis de renverser les trois principes décidés par le gouvernement : l’ouverture à la concurrence, la fin du statut pour les futurs embauchés de la SNCF et le changement de statut de l’entreprise. Malgré cela, nous entendons aller jusqu’au bout pour mobiliser les cheminots et engranger tout ce que nous pourrons dans le rapport de force que nous avons engagé.

Nous essayons d’être pragmatiques. Nous allons continuer notre travail comme nous l’avons déjà fait devant l’Assemblée nationale en proposant des amendements. Nous allons déposer une quarantaine d’amendements auprès du ministère des Transports avec lequel nous allons travailler. Nous allons aussi continuer à rencontrer les groupes parlementaires au Sénat.

VR&T. Quelles sont vos principales propositions ?
D. A. Nous souhaitons travailler sur le transfert des salariés en prévoyant une option de refus de transfert. Si la mariée est belle, il n’y a pas de raisons de refuser. Mais comme aujourd’hui on saute dans l’inconnu, on ouvre à la concurrence sans en connaître les modalités et que l’on supprime le statut sans avoir le modèle de substitution, nous souhaitons consolider l’ensemble des points. Nous visons un haut niveau pour la future convention collective nationale afin qu’elle soit un marqueur social fort, identique pour tous.

Nous voulons notamment consolider les parcours professionnels dans la branche en conservant l’ancienneté et les conditions sociales. Nous voulons travailler sur les qualifications et les métiers pour qu’ils soient reconnus par toutes les entreprises de la branche. Ou encore transformer la caisse de prévoyance en caisse de branche, ce qui serait de nature à sécuriser les cheminots et permettrait de prendre en compte leur ancienneté quels que soient leurs parcours. Nous demandons aussi que les facilités de circulation soient universellement reconnues par toutes les entreprises ferroviaires opérant en France.

VR&T. Comment s’annoncent les discussions pour mettre au point les nouvelles conditions sociales ?
D. A. L’UTP et la SNCF ont 15 jours pour déterminer un agenda social avec les organisations syndicales. Si l’UTP ne consacrait pas qu’une réunion par mois à mettre au point des positions communes, on avancerait plus vite. Il faut que le gouvernement mette la pression sur l’UTP.

Pour nous, il n’est pas question de discuter avec la SNCF sur un contrat d’entreprise avant qu’on ne soit fixé sur ce qu’on met dans la convention collective nationale.

Propos recueillis par Marie-Hélène POINGT