Demain la ville

 

Digitalisation, nouveaux usages, changement climatique… Ces nouveaux défis incitent les métropoles à rivaliser d’idées pour se réinventer. Les idées les plus futuristes soulèvent de nombreuses questions, tandis que les politiques réduisant la part de l’automobile au bénéfice des piétons et des cyclistes ont toujours de l’avenir, comme celles lancées il y a déjà des décennies par des pays d’Europe du Nord.

Alors qu’Amazon espère dans un futur proche livrer des colis avec des drones et explique sur son site qu’un jour, « voir des engins Prime Air sera aussi normal que de voir des fourgons postaux sur les routes », d’autres entreprises et start-up (Starship, Marble…) testent des robots livreurs dans les rues de plusieurs villes américaines. Pas toujours sans obstacles : le 5 décembre, le conseil municipal de San Francisco a banni les robots livreurs de ses trottoirs en raison des risques qu’ils pourraient faire courir aux piétons, particulièrement les plus fragiles d’entre eux, enfants, personnes âgées, handicapées ou malvoyantes. Les élus voulaient aussi défendre les emplois menacés par la robotisation.

L’affaire illustre les débats – et les craintes – suscités par l’intelligence artificielle appliquée dans la vie de tous les jours. Mais dans ce domaine, les réactions sont très différentes d’une cité à l’autre, et presque étonnantes pour une ville comme San Francisco située en plein cœur de la Silicon Valley. En Europe, Londres et Hambourg ne sont pas effarouchées et tendent les bras à ces start-up high-tech. Ailleurs, de multiples expérimentations sont menées par tous les grands acteurs de l’e-commerce, des logisticiens ou par La Poste qui exploite déjà dans le Var une ligne quotidienne par drone pour livrer des colis et teste dans plusieurs communes des chariots autonomes qui suivent le facteur dans ses tournées.

 

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Les nouvelles mobilités peuvent faciliter
la vie en ville mais gare
à ses effets pervers !

Dans un autre registre tout aussi futuriste, de nombreuses grandes villes travaillent sur les objets connectés qui doivent leur permettre de mieux gérer leurs équipements collectifs. C’est le cas de Copenhague qui se veut un laboratoire de la ville intelligente adaptée au changement climatique, de Barcelone qui développe de multiples services connectés (éclairage, publicité, stationnement, déchets…) intégrant capteurs intelligents et analyses de big data et impliquant ses citoyens, ou encore de Singapour qui combine collecte massive de données à l’intelligence prédictive du big data.

 

En France, Dijon a voulu se positionner comme une pionnière dans ce domaine. La métropole a signé en septembre dernier un contrat de gestion connectée de l’espace public pilotée par un consortium mené par Bouygues Energies & Services et Citelum (groupe EDF), accompagnés de Capgemini et Suez. L’objectif est de gérer à distance, de coordonner et d’entretenir les équipements urbains de la métropole en temps réel : services de voirie, feux de circulation, éclairage, vidéoprotection…

Côté Grand Lyon, qui veut aussi se positionner comme une smart city, la collectivité multiplie les initiatives pour favoriser la mobilité de demain dans les domaines les plus variés : calculs d’itinéraires, gestion des feux en fonction de la circulation, mutualisation des livraisons ou encore vélos en libre service connectés et demain électriques. Une voie sur laquelle s’engagent de plus en plus de villes qui parient sur les nouveaux comportements basés sur la collaboration et la digitalisation.

Dans les nouvelles métropoles en gestation, les espaces sont donc redessinés, donnant plus de place aux modes dits doux, bannissant parfois la circulation des voitures en centre-ville. C’est Nantes, Rennes ou Bordeaux qui réaménagent leurs voies pour créer des axes structurants favorisant les déplacements à bicyclette. C’est Boulogne-sur-Mer qui tourne le dos à son passé industriel et au tout-voiture pour tenter de reconquérir les piétons.

En Europe du nord, on est déjà un cran bien au dessus. Le Danemark et les Pays-Bas sont, selon les associations de cyclistes, des modèles à suivre : leurs politiques cyclables reposent sur des investissements conséquents et cohérents, lancées dès les années 70, avec une vraie volonté d’améliorer la sécurité routière et de développer la marche et la bicyclette. Et de faire des villes des lieux de vie, et non de circulation, en donnant de l’espace aux piétons et en connectant les quartiers entre eux. Des voies express à vélos, voire des autoroutes cyclables, sont désormais lancées, comme au Danemark, en Allemagne ou aux Pays-Bas où il y en a un peu partout.

Les zones à circulation restreinte (ZCR) ont aussi fait leurs preuves à l’étranger, s’accompagnant de la baisse de la pollution. Des zones à circulation apaisée se développent en Italie, et voient le jour en France, à Nantes ou à Grenoble qui a opté pour la zone à 30 km/h. Demain, on peut aussi imaginer que les lignes de bus seront mobiles, s’adaptant à la demande, que les véhicules autonomes réduiront les accidents et qu’en un seul clic, on pourra organiser ses déplacements (et les payer).

Un monde idéal ? Mais certainement pas sans questions. L’automatisation prend de la place et… des emplois. La multiplication de véhicules partagés, électriques, et sans station (free floating) a l’avantage de réduire les nuisances sonores et polluantes mais elle peut aussi s’avérer gênante. On pense aux vélos sans attache qui envahissent la voirie obligeant les élus à se poser des questions sur l’occupation de l’espace public et sur la nécessité de réguler sans entraver l’innovation.

Faudra-t-il aussi décider demain que les piétons roulants que l’on voit apparaître sur nos trottoirs sont gênants ? Sur leurs trottinettes, hoverboards et autres gyropodes, qui leur permettent de tripler leur vitesse de déplacement et donc leur rayon d’action, ils déboulent…

Nouveaux usages, nouvelles technologies et contraintes climatiques poussent donc les métropoles à rivaliser d’idées pour se réinventer. A envisager de nouveaux modes de construction plus durables, à limiter l’étalement urbain en exploitant mieux les espaces disponibles. En hauteur, on peut utiliser les toits pour de nouveaux usages, en créant par exemple des potagers, et en sous-sol, pour donner une nouvelle vie à des lieux désaffectés, trouver de nouveaux usages nocturnes, récréatifs ou logistiques. Paris en a d’ailleurs fait le thème d’un de ses concours intitulé « Réinventer Paris » qui s’adresse aux architectes et urbanistes. L’imagination est au pouvoir.

Marie-Hélène POINGT