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Transports publics 2018. L’électromobilité toujours en première ligne

Plus que jamais, la priorité à l’électromobilité était le leitmotiv des constructeurs d’autobus dans les allées de Transports Publics 2018. Une édition légèrement en demi-teinte, car peut-être rendue moins attractive à cause des grèves ferroviaires. Surprise : Mercedes n’exposait, cette année, aucun véhicule sur le salon, tandis que Volvo n’avait pas pris de stand en propre. Pourtant, la présence des deux géants de la construction d’autobus reste prégnante dans l’actualité. La marque à l’étoile se préparait à dévoiler, quelques semaines plus tard, son premier autobus « full electric » longuement développé et voulu « up-to-date ».
Quant au constructeur suédois, il doublait, en France, ses ventes d’autobus hybrides par rapport à l’an passé et venait de répondre à l’appel d’offres du CATP (Centrale d’achat du transport public) dans les catégories « hybride » et « électrique ». A Transports Publics 2018, les autobus « full electric » fleurissaient chez la plupart des constructeurs, de Bluebus, à Yutong en passant par BYD, Irizar, ou encore Solaris. L’emblématique appel d’offres de la RATP pour mille véhicules était sur toutes les lèvres. Même s’il se subdivise en trois lots, il n’en demeure pas moins le Graal à atteindre. Le constructeur MAN dévoilait, pour la première fois en France, sa nouvelle gamme d’autobus urbains. Quant au concept du BHNS (bus à haut niveau de service), on le retrouvait spectaculairement décliné su les stands d’Iveco et d’Irizar. Promenade dans les allées du salon.
Bluebus se concentre sur les appels d’offres
Le constructeur français, spécialiste de l’électromobilité, avait apporté à Transports Publics 2018 un Bluebus de 12 m à trois portes, et le minibus de 6 m désormais familier. Cette société du groupe Bolloré a déjà livré 48 standard de 12 m à la RATP.
Au total, ce sont environ 230 véhicules de la marque qui circulent aujourd’hui en France et sur le continent africain, dont 180 minibus de 6 m et une cinquantaine de standard.
Le carnet de commandes inclut essentiellement 40 standard de 12 m pour la RATP, et cinq autres pour la Stib (Société des transports intercommunaux de Bruxelles). Bluebus répond actuellement à de nombreux appels d’offres dont, bien sûr, celui de la RATP portant sur 1 000 véhicules divisés en trois lots, soit une perspective de commandes se situant entre 100 et 333 unités. « C’est un vrai challenge pour nous, puisqu’il nous faudra passer à vitesse supérieure car, actuellement, notre capacité annuelle de production est de 200 véhicules de 12 m et 200 véhicules de 6 m, explique Alexandre Desneux, responsable Projets de Bluebus. Mais en réalité, nous disposons déjà des surfaces et installations nécessaires sur notre site de Quimper, et il ne s’agira que d’une adaptation de nos moyens humains. »
Si la RATP occupe largement, ces temps-ci, l’industriel breton, d’autres perspectives ne cessent de s’ouvrir à lui. A Rennes, Keolis a acheté sept véhicules de Bluebus, le premier ayant roulé il y a quelques semaines, tandis qu’un articulé de 18 m est en préparation pour l’an prochain. Et la ville de Lyon entend aussi s’équiper d’autobus électriques entre 2020 et 2024.
Dans ce contexte, l’objectif premier de Bluebus réside dans l’augmentation de la capacité de ses batteries. La récente progression des capacités unitaires est déjà, en soi, spectaculaire : 30 kWh en 2015, 33 kWh en 2016, et 37 kWh à partir de 2017, soit 296 kWh pour un pack de huit batteries, qui confère au véhicule une autonomie de 220 à 250 km.
Mais Bluebus n’entend pas s’arrêter en chemin. « A l’horizon 2020, nous comptons passer à 340 kWh par véhicule, et augmenter encore cette capacité de 20 % d’ici 2022, avec une autonomie de 300 km permettant de couvrir tous les besoins, sans pour autant diminuer le nombre de voyageurs transportés, qui restera toujours voisin de 90 sur un standard de 12 m, poursuit Alexandre Desneux. Nous voulons aussi que nos batteries puissent durer le plus longtemps possible, et c’est la raison pour laquelle nous restons attachés à la charge lente, qui conduit, selon nous, à un meilleur coût de possession. »
Au départ, Bluebus avait développé un type de prise particulier, mais a finalement adopté la norme Combo 2 depuis une année. L’industriel n’oublie pas qu’il reste d’abord un fabricant de batteries. « Elles sortent de notre usine située à une centaine de mètres seulement de celle qui assemble nos bus, s’amuse David Guennou, responsable industriel de l’activité Bluebus. C’est le composant, de loin, le plus facile à approvisionner, on n’a jamais à s’en préoccuper ! »
BYD dévoile un nouveau design pour ses bus électriques
Le constructeur chinois BYD avait choisi Transports publics pour dévoiler le nouveau design extérieur de ses autobus électriques. Il présentait, pour la première fois, un véhicule de 12 m avec les faces avant et arrière entièrement redessinées, qui seront désormais de règle pour tous les modèles de la marque, dont le midibus précédemment dévoilé à Courtrai (Belgique), à la faveur de Busworld 2017. La version articulée du nouveau design doit être présentée un peu plus tard dans l’année. Le véhicule de 12 m qui était exposé à Paris fait appel à des dispositions constructives appelées à être généralisées sur l’ensemble de la gamme électrique, tels l’absence totale de batteries à l’intérieur de l’habitacle, le nouveau poste de conduite, ou encore l’éclairage LED.
C’est la troisième fois que BYD participait à ce salon. « Cela démontre notre engagement envers l’important marché que nous avons identifié en France », répète-t-on chez le constructeur.
Le nouveau site d’assemblage d’Allonne, près de Beauvais, devrait maintenant devenir opérationnel au second semestre de cette année. Il sera le deuxième en Europe, après celui de Komarom, au nord de la Hongrie. Générant une centaine d’emplois en phase initiale, ce site assemblerait, dans un premier temps, quelque 200 véhicules par an. « Grâce à lui, nous offrirons à nos clients français des véhicules taillés sur mesures, en fonction de spécifications locales particulières », affirme Isbrand Ho, directeur de BYD Europe.
Irizar présente l’ie tram
Difficile de rater le stand du constructeur espagnol ! Sa localisation et ses dimensions ne risquaient pas de passer inaperçues… « Nous avons fait un gros investissement en direction du marché français, avoue Aiora Contreras, en charge de la promotion d’Irizar en France. Nous sommes ici depuis deux ans sur ce créneau des bus à zéro émission, avec la première ligne française 100 % électrique inaugurée à Marseille en juin 2016, et nous avons bien l’intention de nous adapter toujours davantage aux demandes particulières des opérateurs, afin de leur vendre des produits très personnalisés, réalisés avec une technologie entièrement européenne. »
La star du stand était le nouvel ie tram, l’un des dix-huit autobus articulés de 18 m qui circuleront à Bayonne à partir de février 2019. Il s’agit d’un véhicule de type BHNS (bus à haut niveau de service), dont le design entend visiblement évoquer le tramway sur pneu.
Le contrat comprend la fourniture « clé en main » des installations de charges lente et rapide, ainsi que la maintenance des véhicules sur une durée de 15 ans. Un contrat similaire a été signé avec Amiens, concernant l’acquisition, cette fois, de 43 ie tram de 18 m également, qui devraient entrer en service à partir d’avril 2019.
L’industriel espagnol a, par ailleurs, investi quelque 75 millions d’euros dans une toute nouvelle usine, récemment inaugurée près de San Sebastian (Espagne), et qui sera entièrement dévolue à l’électromobilité.
Iveco fête le 500e Crealis
Déjà le 500e Crealis sorti de l’usine ardéchoise d’Annonay ! Cet imposant véhicule articulé de type BHNS, qui trônait sur le stand du constructeur, est destiné au réseau Tadao, dont le rayon d’action couvre les principales villes de l’ancien bassin minier autour de Lens (Pas-de-Calais). C’est justement au cours du salon que Sylvain Blaise, vice-président d’Iveco en charge d’Iveco Bus, a officiellement remis à la direction du réseau les clés de ce 500e Crealis.
Egalement sur le stand d’Iveco, on remarquait un Urbanway GNV (gaz naturel pour véhicules) de 12 m dans la nouvelle livrée « IDF Mobilités ». Ce véhicule, destiné à l’opérateur Marne et Morin (groupe Transdev), avait reçu un prototypage des nouveaux aménagements intérieurs dont les dispositions constructives comme les couleurs seront désormais la norme pour tous les autobus circulant sur la région Ile-de-France.
Man expose le nouveau Lion’s City
C’était sa première présentation officielle en France ! A la porte de Versailles, le tout nouveau Lion’s City apparaissait d’emblée dans ses deux longueurs de base, à savoir un standard de 12 m et un articulé de 18 m. Ce dernier avait également été terminé dans la nouvelle version « IdF Mobilités », extérieurement reconnaissable à sa livrée argentée et bleu.
La nouvelle génération Lion’s City possède un atout considérable grâce à la diminution de sa masse d’environ une tonne. Associée aux effets bénéfiques du nouveau module MAN « Efficient Hybrid », qui récupère l’énergie au freinage pour la restituer au démarrage, cette diminution de masse procure une économie de 2,5 l sur la consommation de carburant.
Par ailleurs, le constructeur a reconduit, sur son nouveau Lion’s City, la suspension avant à roues indépendantes initialement introduite sur l’autocar Tourliner de Neoplan. Cette suspension utilise aussi la technologie des amortisseurs PCV (Premium comfort valve).
Le poste de conduite a été totalement repensé, avec tableau de bord en trois parties. Les aménagements intérieurs se distinguent par des sièges avec fixation Cantilevers, qui facilitent le nettoyage du plancher, tandis que les éclairages intérieur et extérieur font appel aux LED. Le troisième véhicule présent sur le stand de MAN était un Lion’s City « classique » de 12 m conçu pour le GNV et utilisé comme démonstrateur. Il avait récemment circulé à Châteauroux.
Mercedes dans l’attente de son nouveau bus 100 % électrique
Pas de véhicule exposé, cette année, sur le stand du grand constructeur allemand. Le calendrier de Transports Publics 2018 ne lui était, certes, guère favorable, lui qui avait prévu de dévoiler quelques semaines plus tard à Mayence (Allemagne), en première mondiale, son tout nouvel autobus 100 % électrique, dont nous avions déjà présenté les prototypes et les premiers essais (VR&T n° 610). Cet autobus assez révolutionnaire, dont ni le design ni les performances ne devraient passer inaperçus, fera donc l’objet d’une présentation ultérieure dans nos colonnes.
Scania met en avant la gamme Citywide GNV
Le constructeur suédois exposait au salon un Citywide GNV du type LF (Low Floor) de 12 m, l’un des 35 commandés en décembre dernier par le Syndicat mixte des transports en commun de l’agglomération grenobloise. En début d’année, 13 autres Citywide GNV de 12 m, cette fois du type LE (Low Entry), venaient compléter la commande précédente.
Tous ces véhicules auront été livrés en septembre prochain. Les 13 LE sont équipés de freins à disque, d’un système de freinage électronique, et du contrôle automatique de la pression des pneumatiques. Propulsés par le moteur Scania de 9 l qui développe une puissance de 280 ch et entraîne une boîte automatique ZF à six rapports, ils peuvent tout aussi bien rouler au biogaz, au biodiesel ou encore au XTL (gazole paraffinique de synthèse). Chaque véhicule fait l’objet, avant livraison, d’une préparation au Caps (Centre d’adaptation et de préparation Scania), situé dans l’usine de production de camions que possède le constructeur à Angers, pour travaux sur les aménagements intérieurs ou encore l’informatique embarquée.
Solaris mise sur les midibus
Sur le stand de Solaris, on découvrait l’un des deux midibus électriques Urbino de 8,9 m dans la livrée jaune du réseau Sète Agglopole Mobilité, exploité par la filiale française du groupe suisse CarPostal, ainsi qu’un démonstrateur électrique articulé Urbino de 18 m, avec pantographe sur toiture, pour recharge rapide « OppCharge » en ligne ou recharge lente de type « Plug in » au dépôt.
« Depuis leur mise en service le 29 janvier dernier, les midibus de Sète Agglopole Mobilité, qui ont parcouru 10 000 km chacun, donnent lieu à des retours élogieux, tant de l’opérateur que des voyageurs, se félicite Christian Weintz, dirigeant de Solaris France. En particulier, l’autonomie des 150 km est parfaitement au rendez-vous. » Quant au démonstrateur articulé présenté sur le stand, son programme est d’ores et déjà bien rempli.
Dès le lundi de la semaine suivant celle de Transports publics, il rejoignait les emprises de la RATP, pour des essais grandeur nature en configuration « véhicule lesté ». Ces essais devaient se terminer le 6 juillet, pour ensuite mettre le cap sur Avignon, en pleine période de festival, puis faire une incursion à Sète, avant de gagner le Luxembourg, où il est attendu pour une nouvelle série d’essais avec l’opérateur local Sales-Lentz.
Bien sûr, Solaris répond à l’appel d’offres RATP sur l’électromobilité, pour lequel il espère être finaliste. Le montant du contrat correspondant pourrait varier de 30 millions d’euros à 120 millions (333 véhicules).
En attendant, le constructeur a livré à la RATP la tête de série de l’autobus articulé Urbino 18 GNV, qui est aujourd’hui opérationnelle, et il attend désormais les ordres de services en provenance de la Régie, dictés par l’avancée des travaux d’aménagement du centre-bus de Créteil, pour honorer la suite du contrat.
Yutong multiplie les démonstrations
« Cette édition 2018 constitue un signal fort de la transition énergétique », confirme Pierre Reinhart, président de Dietrich Carebus Group. Le distributeur de la marque Yutong, spécialiste de l’électromobilité, disposait d’ailleurs d’un vaste stand à Paris Expo, d’emblée remarqué des concurrents. Depuis ses débuts, il a vendu une trentaine de véhicules électriques, qui circulent essentiellement en Ile-de-France.
Il multiplie aussi les démonstrations chez les opérateurs, et a récemment répondu à plusieurs appels d’offres, dont celui, très convoité, de la RATP. Ses deux produits phares sont aujourd’hui l’autobus électrique E 12 LF (Low Floor) et l’autocar électrique ICe 12. Dans le cadre du déploiement de sa gamme électrique, Dietrich Carebus Group a par ailleurs déposé un permis de construire, sur son site du Bas-Rhin, pour doubler les surfaces de sa plateforme de stockage de pièces, qui sera aménagée sur trois niveaux. Le démarrage des travaux pour la construction de la tranche initiale doit intervenir au cours du premier semestre 2019.
Ces nouvelles installations, qui pourraient sembler anodines, sont en réalité conduites dans l’idée d’y créer ultérieurement une ligne d’assemblage des véhicules, si la performance commerciale est au rendez-vous. « Nous bénéficions d’un retour d’expériences sur quelque 80 000 véhicules vendus par Yutong à ce jour, indique Pierre Reinhart. Et n’oublions pas qu’aujourd’hui 95 % des bus électriques roulent en Chine ! »
Philippe HÉRISSÉ