Les RER à la peine dans une Ile-de-France en chantier

Il y a cinq ans, Jean-Pierre Farandou, patron de Keolis, et auparavant directeur général de SNCF Proximités, nous déclarait : « En Ile-de-France, la situation est devenue ingérable. » Et il annonçait des années noires. Nous y voilà. Les investissements pour le renouvellementdu réseau ferroviaire sont devenus considérables, à 800 millions d’euros par an. Tant mieux.
Mais les bénéfices ne s’en feront sentir que plus tard. C’est la gêne qu’on va d’abord ressentir. Valérie Pécresse, lors du baptême du tunnelier d’Eole, a averti : « La période des travaux va être très difficile ».

D’autant que le trafic connaît une croissance soutenue. Selon Alain Krakovitch, directeur général de SNCF Transilien, elle est de 3 % par an dans les RER. Et on ne voit pas de fléchissement en vue.

Au nord, il y a tant de travaux urgents que c’est la bousculade. Le préfet Michel Cadot est chargé de les coordonner. Pas sûr que cela suffise. Valérie Pécresse et Anne Hidalgo demandent que CDG Express soit reporté. La présidente d’Ile-de-France Mobilités – qui peut s’en étonner – veut privilégier les 900 000 usagers du RER B. Et pour elle, qui veut massivement renouveler le matériel, la solution passe par des rames à deux niveaux…  dont l’arrivée va nécessiter des travaux.

Sur le RER C, la massification des travaux conduit à une solution radicale. Couper le tronçon central le week-end. Sur le D, face à la croissance du trafic, et à la complexité d’une ligne trop ramifiée, IDFM et SNCF mettent en œuvre une solution nouvelle : débrancher des tronçons en bout de ligne.

Le RER E, lui, apporte une solution plus classique, et massive : le tunnelier d’Eole entre en scène en ce début d’année et commence à creuser le chemin qui sépare La Défense d’Haussmann-Saint-Lazare. On en attend un soulagement de l’axe est – ouest, donc du RER A. Sur celui-ci,qui atteint les 1,2 million de passagers par jour la RATP, après avoir mis des rames à deux niveaux, terminait, fin 2018, nous rappelait récemment Catherine Guillouard, l’automatisation du tronçon central.

A côté des réponses qu’apportent une nouvelle ligne, le renouveau des anciennes, des automatismes ou des solutions d’exploitation, la solution c’est aussi de tenter de faire fléchir la demande.

La Défense se lance dans une grande expérimentation de décalage des horaires avec une quinzaine d’entreprises, afin de reporter une partie des flux sur les heures où les trains ne sont pas pleins. Le télétravail aussi peut stopper la croissance. On se demande comment faire pour que travail et domicile puissent cesser de s’éloigner. On n’en est pas encore à dire comme EDF « l’idée, c’est de vous vendre moins d’électricité ». Mais les entreprises de transport se rendent peu à peu à cette évidence, si étrangère à leur culture, que la bonne idée, ce pourrait bien être de moins avoir à nous transporter.

F. D.