Votre panier est actuellement vide !
Grand Paris Express : du rififi à Champigny

C’est dans un climat très tendu que s’est tenu vendredi 24 mai le dernier des ateliers de concertation organisé par la SGP sur son projet de renoncer à l’interopérabilité des lignes 15 Sud et 15 Est du Grand Paris Express à Champigny. Depuis le 2 avril ces ateliers rassemblent des experts du maître d’ouvrage, de l’autorité organisatrice des transports, de l’Etat et des collectivités ainsi que des élus. Les associations (association de défense la ligne 15 Est, AUT Ile-de-France, Orbival), ont été parallèlement reçues par la SGP.
Un ouvrage d’entonnement de 170 millions d’euros a déjà été réalisé dans la perspective de l’interconnexion. Thierry Dallard, président du directoire de la SGP, chargé par le Premier ministre de mener la chasse aux coûts, a trouvé l’une des principales pistes d’économie dans le renoncement au deuxième ouvrage d’entonnement prévu, et de ce fait à l’interopérabilité. Les voyageurs seront invités à prendre une correspondance.
Une opposition unanime
Ce changement substantiel du projet, qui contraindrait à revenir sur la déclaration d’utilité publique, rencontre une opposition à peu près unanime : IDFM, les élus et les associations sont farouchement contre. A l’issue de la dernière réunion, Christian Favier, président du conseil départemental du Val-de-Marne, a estimé : « Cela fait maintenant près de huit mois que la réalisation de la ligne 15 Est du Grand paris a été déstabilisée par la remise en cause d’un choix fait depuis plusieurs années, et maintes fois confirmé. » Et il a de nouveau demandé que l’interopérabilité soit « confirmée au plus vite ». L’AUT (Association des usagers des transports d’Ile-de-France), habituellement pondérée dans son expression, dénonce dans un communiqué du 25 mai une « dégradation majeure du projet initial » et un renoncement à l’interconnexion « inadmissible dans le fond comme dans la forme ».
Les positions sont connues. Ce qui surprend c’est que la concertation n’a pas aplani les difficultés ni adouci les mœurs. Un des participants aux réunions s’étonne de voir SGP et IDFM s’envoyer des scuds en public. Sur des sujets – difficulté de l’exploitation en fourche, modification du serpent de charge, organisation de la maintenance, etc. – où les experts devraient travailler plus sereinement. Et apprendre à s’accorder pour préparer l’exploitation.
Mais il se joue une bataille entre une autorité organisatrice qui affirme de plus en plus son pouvoir, et un maître d’ouvrage dont les décisions auront des conséquences majeures sur l’exploitation future. On n’oubliera pas non plus que le projet de Grand Paris s’est accompagné d’un état d’esprit de préfet cow-boy, incarné par Christian Blanc, qui a ignoré le conseil régional et ce qui était alors le Stif. Cela crée-t-il une culture d’entreprise ? Mais Christian Blanc, en mode projet, s’était trouvé dans les maires de solides allés politiques. Ce n’est pour l’instant pas le cas, en mode réalisation, de Thierry Dallard qui, dit un observateur, fonce « tête baissée ». De diverses sources, on entend dire que le préfet de région, qui a déjà assez des soucis avec les projets de transports au nord de l’Ile-de-France, s’agace de la tournure que prend le dossier Grand Paris Express au sud.
Comme par hasard, la bataille se livre sur la connexion, à Champigny, entre ligne 15 Est et ligne 15 Sud. Autrement dit sur la réunion tardive entre le projet de Grand Paris et le projet concurrent de la région. Pas étonnant si le point de jonction est un point de friction.
F. D.
Verdict le 25 juin
La concertation qui vient de s’achever a commencé le 2 avril. Les réunions se sont tenues sous la caution d’un garant, Michel Thénaut, ancien préfet de région. Un collège d’experts a accompagné la concertation et va en tirer les conclusions. Il est composé de Christian Masson, consultant, expert en exploitation ferroviaire qui a fait l’essentiel de sa carrière à la RATP, Serge Lagrange, ancien directeur de l’exploitation du métro de Paris à la RATP, Jean-Paul Ourliac, ancien président de la section Economie, Transports, Réseaux au Conseil général de l’Environnement et du Développement durable, et ancien directeur général des Services de la région Midi-Pyrénées, et Yves Ramette, président de Railenium, ancien DG adjoint de la RATP en charge notamment du Grand Paris, ancien DG de SNCF Réseau Ile-de-France. Les trois premiers experts ont été désignés par la SGP, et Yves Ramette par le Stif. Avant la rédaction définitive du rapport, une rencontre est prévue le 18 juin, entre Valérie Pécresse, Thierry Dallard et le collège d’experts. Ceux-ci remettront ensuite leur rapport le 25 juin au conseil de surveillance de la SGP.