La grande vitesse britannique prend cinq ans de retard

Le tracé de HS2

S’il n’y avait pas déjà le Brexit et la crise gouvernementale qui y est liée, nul doute que les commentaires seraient nourris après l’annonce par Grant Shapps, secrétaire d’Etat britannique aux Transports, d’un retard pouvant atteindre cinq ans pour la mise en service de la ligne à grande vitesse HS2 entre Londres et le bassin de Birmingham.

Cette annonce est intervenue le 3 septembre, soit moins de trois semaines après l’attribution par le ministère britannique des Transports (DfT) de la nouvelle franchise West Coast Partnership, qui doit entre autres comprendre les trains à grande vitesse via la première section de la HS2 à partir de 2026. Non seulement il faudra peut-être attendre 2031 pour voir la réalisation de la première section, mais l’achèvement de l’étape suivante, qui comprend les antennes vers Manchester et Leeds, serait « probablement » repoussé de 2033 à 2035, voire 2040. Toutefois, il ne serait pas irréaliste d’envisager l’ouverture de la première section à partir de 2028, à condition de procéder par étapes (par exemple, sans attendre l’achèvement du nouveau terminus londonien d’Euston, repoussé à 2030-31).

Pour couronner le tout, la note est revue à la hausse : entre 81 et 88 milliards de livres (90,5 à 98,4 milliards d’euros) aux prix actuels compte tenu de l’inflation, ce qui correspondrait à une fourchette de 72 à 78 milliards de livres aux prix de 2015, au lieu de 55,7 milliards prévus initialement… Si l’on reste en deçà de l’estimation « au nord de 100 milliards » récemment faite par Boris Johnson, ces retards et ce surcoût n’en sont pas moins considérables et résultent d’une nouvelle estimation faite par HS2 Ltd, la société chargée de piloter le projet. De la sorte, HS2 Ltd anticipe les conclusions de la commission nommée par le gouvernement britannique pour guider ce dernier dans sa décision de donner définitivement – ou non – le feu vert au projet, d’ici la fin de l’année. Mais outre ce réajustement de circonstance, qui tient compte de la forte inflation sur les coûts des travaux publics outre-Manche, des éléments nouveaux liés aux conditions géologiques « bien plus difficiles que prévu », sur le tracé entre Londres et Birmingham, ont également contribué au surcoût.

Les grands projets ferroviaires britanniques semblent jouer de malchance ces derniers temps… En particulier, l’ouverture de la traversée est – ouest londonienne (Elizabeth Line) du RER Crossrail, prévue initialement pour la fin de l’an dernier, est désormais repoussée à la fin 2020, voire au début 2021.

P. L.