Naissance de la nouvelle SNCF

SNCF organigramme

L’année 2020 marquera un tournant pour la SNCF, « la fin de la SNCF de 1937 », selon l’ancien président du directoire, Guillaume Pepy, puisque le groupe constitué de 3 EPIC est éclaté en cinq nouvelles sociétés anonymes à capitaux publics à partir du 1er janvier pour former le Groupe public unifié (Groupe public ferroviaire jusqu’alors). Des conseils d’administration et des conseils de surveillance se sont tenus à la fin 2019 pour boucler le dispositif.

 

Cinq sociétés anonymes

Il a été décidé que l’EPIC SNCF Mobilités absorbe l’EPIC de tête et devienne la SA SNCF de tête. Et tout ce qui touche à la mobilité (TGV et Intercités, TER, Transilien, devenant chacun des Business units auxquelles s’ajoute la direction industrielle) va à la filiale SNCF Voyageurs, SA elle-même détenue à 100 % par la société de tête.

Geodis est également détenu à 100 % par la SNCF de tête, ainsi que Keolis à 70 % (les 30 % restant appartenant à la Caisse des dépôts et placement du Québec).

De son côté, SNCF Réseau est transformée en SA avec un périmètre inchangé. Et la nouvelle SA Gares & Connexions devient sa filiale.

Enfin, une société par actions simplifiées, la SAS Fret SNCF, qui vient d’être recapitalisée à hauteur de 170 millions d’euros, est créée. Dans le même temps, elle a été allégée de sa dette de pas moins de 5,2 milliards d’euros qui restent dans les comptes de la maison mère. Comment cette dette sera-t-elle gérée par la maison mère qui ne disposera elle-même que de peu de ressources ? « On peut penser qu’elle pourrait prélever des dividendes exceptionnels à Voyageurs pour compenser une bonne partie de la dette de Fret SNCF », répond un membre du conseil d’administration du groupe.

Celui-ci fait aussi remarquer que les filiales fret (VFLI, Captrain, Naviland Cargo, Logistra devenue Forwardis…) ne sont pas rattachées à Fret SNCF. « On les a logées dans une toute petite société holding à l’intérieur de SNCF Participations, elle-même rattaché à la SA de tête », précise-t-il. « Ce qui montre l’optimisme des dirigeants sur l’avenir de Fret SNCF ! », ajoute-t-il (lire aussi «L’avenir menacé de Fret SNCF» pages suivantes). La dirigeante de Fret SNCF doit aussi diriger cette petite société.

 

Une nouvelle équipe

Frank Lacroix.
Jean-Pierre Farandou.

Jean-Pierre Farandou, le nouveau président de la SNCF de tête, est en train d’imprimer fortement sa marque en procédant à des nominations à des postes stratégiques. Après avoir indiqué vers la fin novembre qu’il souhaitait une SNCF « moins parisienne » et plus tournée vers les territoires, il a nommé Frank Lacroix, l’actuel directeur général des TER, au poste de directeur général adjoint chargé d’animer la politique ferroviaire territoriale dans la holding de tête.

Mikaël Lemarchand.

Pour piloter le futur projet d’entreprise baptisé Transition ferroviaire, Jean-Pierre Farandou a retenu Mikaël Lemarchand, actuellement directeur marketing de Transilien, après avoir été notamment directeur général France d’Eurostar.

Stéphane Volant
Stéphane Volant.

Autre décision forte, Jean-Pierre Farandou a choisi de se séparer de Stéphane Volant, « qui n’a pas trouvé sa place dans la nouvelle équipe SNCF », indique Mobilettre du 3 décembre qui a dévoilé l’information. Stéphane Volant, dans la maison depuis 23 ans, était jusqu’alors l’homme des réseaux, chargé des relations avec les élus. Proche de Guillaume Pepy, il avait peu à peu étendu ses missions en coiffant les Affaires européennes, la Suge, le Développement durable, l’Accessibilité et la Fondation SNCF. « Il restera secrétaire général honoraire de la SNCF et directeur général de la société d’exploitation du TER de Dakar », a-t-il précisé à Mobilettre.

Marlène Dolveck
Marlène Dolveck.

Toujours selon notre confrère, c’est Marlène Dolveck qui serait pressentie pour prendre la tête de Gares & Connexions et succéder à Claude Solard, l’actuel président intérimaire. A 44 ans, cette diplômée d’un executive MBA à l’Edhec et d’un master à HEC, a fait une partie de sa carrière à la Banque Postale. Un profil très financier qui fait craindre aux syndicalistes l’ouverture du capital de Gares & Connexions dans un avenir proche.

Claude Solard
Claude Solard.

Quant à Claude Solard, il sera chargé d’une mission de préfiguration de la représentation régionale.

Patrick Jeantet
Patrick Jeantet.

Reste maintenant à nommer les dirigeants qui n’étaient pas choisis, ou du moins pas officiellement, au moment où nous avons bouclé ce numéro. Il s’agit de désigner le ou la PDG de SNCF Voyageurs (l’actuelle patronne de Voyages, Rachel Picard, est candidate) et de trouver un successeur à Patrick Jeantet, qui doit prendre les commandes de Keolis en janvier, lorsque son successeur sera trouvé (lire aussi page 36 « La commission de déontologie valide la nomination de Patrick Jeantet à la présidence de Keolis »).

Matthieu Chabanel.
Matthieu Chabanel.

En interne, on évoque les noms de Frédéric Delorme, le directeur général chargé de la sécurité à la SNCF, mais aussi et surtout celui de Matthieu Chabanel, le directeur général délégué Projets et Performance industrielle de SNCF Réseau. La candidature de ce polytechnicien de 43 ans extrêmement apprécié en interne, est fortement soutenue par Patrick Jeantet. Mais un recrutement externe n’est évidemment pas exclu.

Le nouveau projet Transition ferroviaire

En arrivant à la tête de la SNCF, Jean-Pierre Farandou a annoncé un moratoire de six mois dans les réorganisations pour prendre le temps de la réflexion. Ce qui signifie aussi la fin des suppressions de postes, alors qu’elles devraient être comprises entre 2000 et 2800 en 2019 de source syndicale (2000 prévues dans le budget).

Pour tenir ses objectifs d’une SNCF moins parisienne, il a décidé de nommer, dans chaque région, un délégué territorial qui doit devenir l’interlocuteur unique vers qui se tourner quand on ne sait pas à qui s’adresser. Ce délégué territorial interviendra aussi sur les questions de mobilité professionnelle entre les différentes entités de la SNCF à l’intérieur d’une même région, dans un objectif de décentralisation.

En plus d’avoir demandé à Frank Lacroix d’animer la politique des territoires, il va demander à chaque membre du comité de direction générale de superviser une région pour arbitrer tout litige qui pourrait subvenir entre deux entités en région (par exemple TGV et Gares & Connexions) et que le délégué territorial ne parviendrait pas à résoudre. Et il a écrit une lettre à tous les présidents de région, sauf à l’Ile-de-France, pour leur expliquer le nouveau dispositif mis en œuvre.

Enfin, Jean-Pierre Farandou s’est aussi engagé à aller au moins une fois par an à la rencontre des présidents de région pour construire une stratégie ferroviaire commune.

 

La fin des embauches au statut

Autre changement radical : à partir du 1er janvier, c’est la fin des embauches à statut. La SNCF signe déjà des contrats de droit commun avec ses salariés qui ne sont pas sous statut et qui représentent près de 25 % des effectifs. A l’avenir, la société nationale veut faire évoluer ce contrat de travail pour le « moderniser », avait expliqué il y a quelques mois la direction des Ressources Humaines. Il s’agit par exemple de revoir la question de la liberté du salaire d’embauche et d’envisager de nouvelles clauses, comme une clause de non-concurrence. De nouvelles règles pour se préparer à l’arrivée de la concurrence sur le réseau ferroviaire.

Marie-Hélène Poingt