Nouveaux enjeux, nouvelles formations

Dans un atelier de maintenance de Keolis Lyon.

Le marché de l’emploi dynamique dans les transports reste un gros pourvoyeur d’emplois. Le secteur continue de chercher tous types de profils et de diplômes. Mais avec la montée de la digitalisation, de nouvelles tendances apparaissent. On observe un intérêt croissant pour les formations relatives aux données, aux mutations digitales et à la relation clients. Quant aux diplômes d’ingénieurs, ils restent toujours extrêmement appréciés.

 

Avec 727 150 salariés en 2018 (en hausse de 3,5 %), le transport-logistique reste la plus grosse branche des transports devant le transport ferroviaire (144 853 salariés en 2018, en baisse d’1,8 % en raison des départs à la retraite et des démissions en hausse) et le transport urbain (47 917 salariés, +1,1 %). L’OPTL (Observatoire Prospectif des métiers et des qualifications dans les Transports et la Logistique) recense 24 600 emplois salariés créés en 2018 dont plus de 15 000 dans la conduite routière : la part du personnel de conduite a augmenté de deux points en 10 ans, tous secteurs confondus. L’AFT (Association pour le développement de la formation dans les métiers du transport et de la logistique) a ainsi cofinancé pas moins de 44 385 formations de conducteurs routiers en 2018, dont 65 % de titres professionnels.

Les métiers de la conduite représentent également les plus gros besoins dans les transports urbains. Sur 33 000 salariés en France, Transdev compte par exemple 24 000 chauffeurs et en embauche 6 000 par an, dont la moitié en CDI. « C’est un métier sur lequel nous rencontrons de plus en plus de difficultés à recruter, comme l’ensemble des professionnels du secteur. Les horaires souvent décalés expliquent en partie le manque d’attractivité, c’est pourquoi nous réfléchissons chaque fois que c’est possible à une organisation du travail moins contraignante avec des journées en un ou deux services », explique Clément de Villepin, directeur des ressources humaines.

Du côté du transport ferroviaire, le nombre
de roulants enregistre un recul d’1,5 %. La SNCF a recruté 4 500 salariés en CDI en 2019. Dans toutes les branches les métiers de la maintenance sont particulièrement recherchés.

Les recrutements se veulent diversifiés, avec des postes ouverts aux jeunes comme aux seniors. Dans les transports urbains, 30 % des recrues ont moins de 30 ans, alors que 20 % ont 50 ans et plus.

Les femmes représentent 20 % des effectifs dans les trois branches. « Des actions avec les délégations droits des femmes sont mises en place dans beaucoup de régions. Mais il faut aller encore plus loin. Si le transport sanitaire et le transport de voyageurs sont les plus féminisés (respectivement 36 et 26 %), le transport de marchandises ne compte que 3 % de femmes conductrices. Il y a donc fort à faire en termes de communication pour susciter des vocations, alors même que le transport se fait désormais surtout au niveau transrégional, ce qui facilite la conciliation avec la vie privée », assure Thomas Hughen, directeur du département de l’Action professionnelle à l’AFT.

D’ailleurs les recrutements se font à tous niveaux de qualification : 75 000 salariés du transport-logistique sont cadres, techniciens ou agents de maîtrise. Et dans l’ensemble des branches se dessinent de nouveaux besoins autour de profils d’ingénieur dans l’environnement ou de développeurs dans le digital…

Très impliqués dans la formation, les employeurs des transports dépassent largement leurs obligations légales. Par exemple, la branche du transport urbain a consacré, en 2018, 3,6 % de sa masse salariale à la formation professionnelle, soit un montant de 57,4 millions d’euros. Et le transport ferroviaire a, lui, investi 486 millions d’euros, représentant 8 % de la masse salariale.

La formation en alternance représente désormais un dispositif d’autant plus prisé qu’il est devenu une voie de recrutement privilégiée par l’ensemble des acteurs. L’OPTL dénombre par exemple plus de 6 200 apprentis dans le transport et la logistique, soit 17 % de plus qu’en 2017 et un nombre de contrats de professionnalisation en croissance de 34 %. Dans le transport ferroviaire, le nombre de contrats en alternance diminue légèrement (-0,9 %), alors que les contrats de professionnalisation progressent de 18 %. L’Ecole des métiers de la SNCF propose ainsi près de 40 formations techniques ou commerciales en alternance, allant du CAP au diplôme d’ingénieur. Dans le transport urbain, Transdev a formé en alternance 300 jeunes conducteurs l’année dernière.

Gaëlle Ginibrière





Témoignage de Pierre de Surône, directeur exécutif et directeur des écoles Aftral : « La formation comme mode de recrutement »

« Depuis quelques années, la reprise d’activité sur le marché des transports se traduit par un marché du recrutement en tension sur presque tous les métiers, y compris la mécanique. Après avoir d’abord débauché la concurrence, ce qui a entraîné une certaine inflation sur les salaires, les entreprises se sont orientées vers le recrutement de candidats pas encore qualifiés qu’elles forment elles-mêmes, dans des académies internes ou via l’alternance dans des organismes de formation. La formation devient donc une voie de recrutement Dans ce cadre, le sourcing des candidats est un gage de réussite. Aftral assure la formation de 200 000 personnes par an, dont 30 000 en alternance Et nous nous appuyons sur un réseau de 70 conseillers recrutement formés aux sourcing. »


Formations qualifiantes ou FIMO ?

Une étude menée en septembre 2019 par l’AFT auprès d’entreprises et de bénéficiaires d’aide à la formation pour suivre le titre professionnel (TP) Conducteur(trice) ou la FIMO fait apparaître que les différences de compétences entre un collaborateur sortant de FIMO et celui issu d’une formation qualifiante sont ténues. « Et ce, que ce soit en termes de compétences, de processus d’intégration de motivation », commente Valérie Castay.

Plus de la moitié des employeurs ne perçoivent en effet pas de différence. Les sortants d’un TP sortent cependant leur épingle du jeu en ce qui concerne la maîtrise des documents de transport ou la manœuvre d’un hayon élévateur. Par ailleurs, parmi les conducteurs plus d’un quart des personnes en poste considèrent que des compétences leur manquaient pour être performants dès leur prise de poste. Un chiffre qui atteint même 33 % pour les sortants d’un TP Conducteur(trice) du transport routier de marchandises sur tous véhicules.


Heppner : former pour recruter

Fort de 3 100 salariés, le groupe de transport et logistique Heppner recrute 200 employés et 80 à 90 alternants par an. « Nous avons développé une Ecole des ventes et une Ecole d’affrètement qui accueillent respectivement une douzaine de nos alternants de bac +2 à bac +5, dont la moitié sont des femmes. Nous leur proposons sur leur temps professionnel de continuer à se former et de découvrir nos différents métiers afin de maîtriser l’ensemble de nos savoir-faire », note Dominique Podesta, directrice des Ressources humaines du groupe Heppner. Un investissement qui permet à l’entreprise de transformer 50 % de ses contrats en alternance en CDI.

L’entreprise a également créé un programme hauts-potentiels, destiné aux candidats extérieurs, âgés de 27 à 32 ans. « Certains sont issus du conseil, d’autres de la supply chain ou de la logistique. Pendant neuf à quinze mois ils sont formés à nos différents métiers, depuis les quais à la messagerie en passant par l’affrètement. A l’issue de cette période, nous nous engageons à leur confier la responsabilité d’une agence, sans qu’ils sachent à l’avance dans quelle région », poursuit Dominique Podesta. Cinq à six jeunes ont ainsi été formés au cours des deux dernières années, venant compléter la centaine de talents passés par l’université du groupe pour assurer la promotion interne.