Obtenir un financement européen CEF-T : l’exemple de Touax

fret

Touax, entreprise spécialisée dans la location de wagons, de barges fluviales ou de conteneurs, a obtenu des subventions pour réduire le bruit au niveau des wagons de fret. Pour être éligible à la quantité critique définie par l’Union européenne (The European Climate, Infrastructure and Environment Executive Agency (CINEA), Touax Rail a monté un consortium avec cinq autres détenteurs de wagons. La subvention de 2,114 millions d’euros devra être répartie au prorata des wagons rétrofités.

« Nous avons créé un consortium pour répondre aux exigences européennes »

Interview de Céline Koeltz, responsable Qualité chez Touax Rail, et de Sandra Ungemach-Benedite, directrice associée de Welcomeurope, chargée de la Recherche et de l’Innovation.

Ville, Rail & Transports. Quel a été l’objet de votre demande de subvention européenne ?

Céline Koeltz. L’Union européenne a affiché sa volonté de diminuer l’impact du bruit dans le fret ferroviaire à plusieurs niveaux de 2010 à 2023. Le programme UE Connecting Europe Facility 2014-2020 a proposé des subventions dans le cadre du Transport, le CEF-T. Le montant de la subvention au détenteur était fixé d’avance en fonction du type de wagon.

Pour nous, l’opération de rétrofit a porté sur des wagons de fret qui circulent dans toute l’Europe. Il s’agit de remplacer les semelles de freins en fonte par des semelles en matériaux composites qui sont moins bruyants.

Nos partenaires et nous intégrons cette opération dans notre politique de RSE, mais elle découle avant tout d’une obligation européenne. Le montant de la subvention pour le type de wagon du consortium s’élève à 250 euros par wagon.

VRT. La subvention a-t-elle couvert les frais réels ?

C. K. Non. Elle couvre environ 20 % du coût complet du changement. Les travaux ont commencé le 2 mai 2019. Ils devront être achevés le 31 décembre 2023. Nous travaillons avec une cinquantaine d’ateliers européens certifiés Entités en Charge de la Maintenance (ECM).

VRT. La demande de subvention est-elle complexe ?

C. K. Après une première demande de subvention en 2016 qui n’a pas abouti et après en avoir tiré les enseignements, Touax s’est positionné avec succès pour l’appel à subventions de 2019. La réponse à l’appel en 2019 devait présenter un minimum de 2000 wagons à rétrofiter. Pour cette deuxième tentative, notre consultant Welcomeurope a suggéré de contacter d’autres détenteurs pour dépasser ce cap et monter un consortium. Avec Lineas, nous avons eu l’initiative de ce groupement ad hoc, qui s’appelle Entrepid. Nos confrères européens Millet (FR), Sitfa (IT), Lineas (BE), Axbenet (SK) et Ambrogio (IT) y participent pour un total d’environ 8 500 wagons à rétrofiter. Touax est le coordinateur du projet.

 » IL FAUT SAVOIR EXPLIQUER EN QUOI LE PROJET EST CONFORME AUX OBJECTIFS DU PROGRAMME EUROPÉEN. C’EST UN DISCOURS AUQUEL LES OPÉRATEURS NE SONT PAS HABITUÉS « 

VRT. Vous n’aviez pas l’habitude de travailler avec vos concurrents. Avez-vous découvert des intérêts communs ?

C. K. Nous ne sommes pas réellement concurrents parce que chaque membre du consortium exploite des types de wagons différents. Par exemple, Millet possède une majorité de wagons-citernes et trémies, Sitfa opère ses wagons porte-autos, Ambrogio ses wagons intermodaux. Nos clients (potentiels) ne sont pas nos concurrents mais nos partenaires de croissance. Nous avons découvert un intérêt commun qui pourra se répéter dans le cadre de nouvelles collaborations.

VRT. Quel est l’intérêt d’un consultant sur une telle opération ?

Sandra Ungemach-Benedite. Avec les partenaires du projet, nous avons travaillé deux mois pleins et organisé des réunions hebdomadaires. Il s’agissait de collecter et d’harmoniser les contributions de chaque membre du consortium en commençant par le nombre de wagons et de freins à changer. Cela peut paraître simple, mais l’Europe ne se limite pas à ces questions pragmatiques. Il faut savoir expliquer en quoi le projet est conforme aux objectifs du programme. C’est un discours auquel les opérateurs ne sont pas habitués. Le travail s’effectue en langue anglaise.

VRT. Quels sont les types de demandes sur lesquels vous accompagnez vos clients dans le transport ?

S. U.-B. Pour la nouvelle période budgétaire 2021-2027, le programme CEF-T peut aussi soutenir le volet numérique du transport, les stations de charge pour les énergies renouvelables et alternatives. Des évolutions sont en cours dans les programmes CEF-T et Horizon Europe, qui renforcent l’importance des transitions numérique et énergétique.

 » DES ÉVOLUTIONS SONT EN COURS DANS LES PROGRAMMES CEF-T ET HORIZON EUROPE, QUI RENFORCENT L’IMPORTANCE DES TRANSITIONS NUMÉRIQUE ET ÉNERGÉTIQUE « 

VRT. Quelles sont les chances d’aboutir d’une demande de subvention ?

S. U.-B. Un programme tel qu’Horizon 2020 a un taux de succès variant entre 15 % et 30 % des applications.

A titre d’exemple, avec Welcomeurope, nous atteignons 70 % de succès sur les programmes de financement intracommunautaires. Il faut avoir un discours européen, adopter une mécanique de réflexion particulière, tout en respectant l’organisation des clients.

Propos recueillis par Olivier Mirguet


Les eurodéputés approuvent le nouveau règlement du MIE

Réuni en session plénière, le Parlement européen a approuvé le 6 juillet le nouveau règlement du Mécanisme pour l’Interconnexion en Europe (MIE). Sur les 33,7 milliards d’euros de ce programme de financement des infrastructures de transports, d’énergie et télécoms, 26 Mds€ sont destinés aux infrastructures de transports pour la période 2021-2027. Les chaînons manquants et infrastructures transfrontalières seront principalement ciblés.