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Faut-il croire aux promesses du fret ferroviaire ?

La stratégie nationale pour le fret ferroviaire a été présentée mi-septembre par le gouvernement. Basée sur l’aide des pouvoirs publics et des engagements des professionnels, elle suscite de nouveaux espoirs.
C’est un énième plan de sauvetage pour le fret mais il semble mieux répondre, cette fois, aux attentes du secteur. Ce plan, « Nouvelle stratégie nationale pour le fret ferroviaire », présenté mi-septembre, lors de la SITL par Jean-Baptiste Djebbari s’inscrit dans la continuité du plan de relance annoncé l’année dernière en soutien à différents secteurs de l’économie, dont le ferroviaire, qui ont souffert de la crise sanitaire. Il passe par le maintien, jusqu’en 2024, d’une enveloppe additionnelle de 170 millions d’euros par an pour soutenir l’exploitation des services de fret ferroviaire et de transport combiné.
Plus précisément, 65 millions d’euros permettront de diviser par deux le prix payé par les opérateurs de fret ferroviaire pour leurs péages, 35 millions sont prévus pour soutenir le transport combiné et le lancement d’autoroutes ferroviaires, 70 millions iront aux wagons isolés (ou plus précisément aux dessertes de tout ce qui n’est pas wagons complets, ce qui implique que Fret SNCF ne sera pas le seul bénéficiaire mais tous ceux qui seront de ce fait incités à développer ce type de services).
Cette mesure fait partie de 72 autres, qui « visent à répondre à quatre enjeux majeurs : assurer la viabilité des services et la pérennité du modèle économique des opérateurs de fret ferroviaire ; améliorer la qualité de service fournie par SNCF Réseau ; renforcer la performance des infrastructures permettant le développement du fret ferroviaire ; développer la coordination avec le portuaire et le fluvial », expliquent ses promoteurs. Avec l’objectif de doubler d’ici 2030 la part modale du ferroviaire dans le fret en France, actuellement de 9 % (contre 14 % en Italie, 18 % en Italie, 18 % en Allemagne ou 35 % en Suisse).
Cet objectif répété depuis 20 ans à chaque plan, et à chaque fois raté, est-il cette fois-ci réalisable ? Quelques signes sont encourageants : depuis quelques années, on a arrêté l’hémorragie, en restant au-dessus des 30 milliards de tonnes-km (voir graphique ci-dessous). D’après les chiffres de l’ART, le fret ferroviaire a bien résisté, en reculant seulement de 7 % durant la pandémie, un recul analogue à celui enregistré dans les autres pays européens Aujourd’hui, les acteurs se mobilisent beaucoup. « La SNCF a bien réorganisé son activité en dehors de Fret SNCF. L’offre va mieux s’adapter à la demande, le gouvernement fait des efforts… Le paysage bouge », reconnaît l’économiste Yves Crozet. « Les nouvelles mesures vont permettre un petit rebond. Mais dire qu’on va doubler la part du fret ferroviaire relève du vœu pieux. Si dans dix ans, le fret ferroviaire atteignait 40 milliards de tonnes-km, ce serait merveilleux… », ajoute-t-il.
De plus, le dispositif prévu a des limites. Les 170 millions annoncés ne sont prévus que pour quatre ans. Ils reposeront chaque année sur les lois de finances successives, dépendant du vote annuel de la représentation nationale. Et que décideront les futurs gouvernements ? « J’ai bien conscience que je ne suis pas le premier à annoncer des mesures », a reconnu le ministre délégué aux Transports en présentant cette « stratégie nationale ». « Ce n’est pas un énième plan, mais un engagement », a expliqué de son côté Raphaël Doutrebente, porte-parole de l’alliance 4 F, qui a beaucoup œuvré pour obtenir ces engagements (lire aussi l’encadré ci-dessus). « Les planètes sont alignées », assure Denis Choumert, président de l’AUTF, selon qui « la progression de la part modale ne sera pas linéaire, mais plus faible au début ». Enfin, Luc Lallemand, PDG de SNCF Réseau, qualifie ce pacte d’historique, d’autant plus qu’il y a « du vrai argent derrière », en l’occurrence 1,6 milliard déjà versé au gestionnaire du réseau ferré national.
M.-H. P.
L’Alliance 4 F, un lobbying très organisé
4 F regroupe un très large éventail des acteurs du fret, allant des principales entreprises de transport ferroviaire de marchandises et de combiné, en passant par les utilisateurs de transports de fret, les loueurs de wagons, les entrepreneurs de travaux ferrés, les logisticiens, des gestionnaires d’infrastructures ou encore les industriels. Cette Alliance a travaillé pendant des mois pour s’entendre sur un programme permettant, selon ses vœux, de faire passer la part du fret ferroviaire de 9 % actuellement à 18 % en 2030.
Dans cet objectif, elle estime qu’« il faudrait consacrer une douzaine de milliards sur dix ans sur de multiples mesures : augmentation et pérennisation de l’aide au transport combiné, création d’une aide au wagon isolé, augmentation de la prise en charge d’une partie des péages d’utilisation du réseau ferroviaire, plan de modernisation des infrastructures nationales et de rénovation/sauvegarde des lignes capillaires et installations embranchées desservant les industries, soutien aux projets de décarbonation, labellisation de modes de transport verts ».
