Getlink risque de subir une perte pérenne de volume post-Brexit, estime Jacques Gounon

Jacques Gounon Club 2021

Invité le 10 décembre lors d’un Club VRT, Jacques Gounon, le président de Getlink, a dressé un premier bilan de la crise sanitaire pour son groupe. Il a estimé que Getlink a bien tiré son épingle du jeu malgré cette crise et le Brexit. Hors crise, a-t-il rappelé, 2,5 millions de véhicules légers et 1,5 million de poids lourds empruntent le Tunnel sous la Manche chaque année. Depuis la crise et le Brexit, le volume de camions s’est réduit à 1,4 million. Jacques Gounon estime que le manque de conducteurs (dont bon nombre, venus de l’Est, ont été renvoyés chez eux) explique pour une large part cette chute. Selon lui, la baisse structurelle des volumes à transporter avoisine les 5 à 6 %. Le président de Getlink note aussi que le retour des formalités douanières a découragé des transporteurs. Certains contournent cette difficulté en passant par l’Irlande, qui est connectée à la Grande-Bretagne aujourd’hui sans contrôle douanier. Mais cela reste marginal, de l’ordre d’1 à 2 % des camions, affirme-t-il.

Pour développer le fret ferroviaire, le président de Getlink table sur la volonté gouvernementale de doubler le report modal. Il précise qu’Europorte est bénéficiaire, avec un objectif de marge opérationnelle de 7 à 8 %.

Jean Gounon se dit confiant sur l’avenir de Getlink, même s’il table sur une perte de volume pérenne post-Brexit. Il l’explique par les changements dans l’organisation mise en place par les nombreux constructeurs automobiles présents en Grande-Bretagne, qui cherchent à simplifier leur logistique d’assemblage pour réduire les traversées. La montée en puissance des voitures électriques nécessite également moins de pièces, d’où un recul des flux. En revanche, Getlink achemine des flux plus importants d’Amazon et table sur un report du fret aérien, puisque le Tunnel sous la Manche permet de livrer à J+1. Ce qui pourrait lui permettre de compenser les pertes liées au secteur automobile. A long terme, Jacques Gounon n’a pas d’inquiétude pour son groupe, ni pour le fret, ni pour le trafic passagers qui va se développer notamment grâce à la concurrence.

Il voit dans ces marchés qui s’ouvrent à la concurrence « une expansion naturelle » pour Getlink. Dans la grande vitesse, son groupe soutient « clairement » la Renfe qui s’intéresse à la liaison Espagne – Lyon – Paris – Londres. « Nous travaillons à la facilitation de l’étude. Nous verrons si on nous invite à aller au-delà », souligne Jacques Gounon qui souhaiterait voir davantage d’opérateurs exploiter des trains sur ses lignes.

Il espère ainsi voir un jour arriver Deutsche Bahn, qui avait finalement renoncé il y a quelques années à lancer des trains à grande vitesse entre la capitale britannique et l’Europe continentale. La DB avait dû attendre près de trois ans que la Commission intergouvernementale (CIG) lui accorde un certificat d’exploitation pour opérer des services passagers dans le Tunnel sous la Manche. « Cela a été une grande déception de ne pas avoir pu relier la City à Francfort, mais la DB pourrait retrouver un intérêt à aller à Londres », espère Jacques Gounon, qui s’attend à voir arriver des concurrents d’Eurostar d’ici cinq ans. Le président de Getlink indique que sa société les accompagnera sur les aspects liés à la sécurité. Il n’exclut pas d’aller plus loin, en achetant des rames pour les louer aux opérateurs, de manière qu’ils n’aient plus que le risque commercial à gérer. Pour la location des matériels roulants, il faudrait alors créer une Rosco (Rolling stock operating company) en dehors de Getlink.

Autre perspective de croissance : la filiale ElecLink, interconnexion électrique, reliera les marchés de l’électricité de la France et du Royaume-Uni via le Tunnel sous la Manche dès qu’elle aura obtenu le feu vert de la CIG, « au premier semestre 2022 », espère Jacques Gounon. Cette interconnexion électrique pourrait rapporter 80 millions d’EBITDA en année pleine et donner des moyens supplémentaires de se développer au groupe concessionnaire jusqu’en 2086 de l’infrastructure du Tunnel sous la Manche.

Valérie Chrzavzez

Retrouvez l’intervention complète de Jacques Gounon lors du Club VRT dans le numéro de janvier de Ville, Rail & Transports ou sur le site : https://vrt.europechina.net/opinions/les-batailles-de-jacques-gounon/