« TGV-char à voile » : carton jaune pour le PSG 

Le buzz sur les déplacements du PSG en avion a représenté un sacré coup de com pour le TGV. Il montre aussi qu’il faudra encore faire preuve de beaucoup de pédagogie pour faire prendre conscience à tous de l’urgence climatique. Tout commence le 4 septembre quand Alain Krakovitch réagit à une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux des joueurs du PSG, les montrant rentrant en avion d’un déplacement à Nantes.« Paris-Nantes est en moins de 2 heures en TGV, je re-re-renouvelle notre proposition d’offre TGV adaptée à vos besoins spécifiques, pour nos intérêts communs : sécurité, rapidité, services et éco mobilité « , a tweeté le directeur de Voyages SNCF.

Alain Krakovitch n’imaginait sans doute pas  que son tweet allait faire la Une des journaux! Car son interpellation, qui renvoie aux polémiques de l’été sur les méfaits de l’utilisation des jets privés, est largement reprise sur les réseaux sociaux. A tel point que le 5 septembre, à l’occasion de la conférence de presse précédant le match de Ligue des champions contre la Juventus de Turin, un journaliste demande à Christophe Galtier, l’entraineur du PSG ce qu’il pense de la proposition du patron des TGV de prendre le train quand l’équipe se déplace : « Pour être très honnête avec vous, ce matin, on a parlé avec la société qui organise nos déplacements. On est en train de voir si on ne peut pas se déplacer en char à voile ! », a-t-il ironisé, Kylian Mbappé étant alors pris d’un fou rire incontrôlable dès la question posée.

L’ironie n’est pas passée, le tollé a été immédiat. « M. Galtier, vous nous avez habitués à des réponses plus pertinentes et plus responsables – on en parle ? » a demandé Amélie Oudéa-Castéra, la ministre des Sports. « Non mais ça va pas de répondre des trucs pareil ???? On se réveille les gars ??? Ici, c’est Paris », a renchéri Anne Hidalgo, la maire de Paris, suivie par des femmes et des hommes politiques de tous bords, à l’instar de Bruno Lemaire, le ministre de l’Economie, de Jean Rottner, le président LR de la région Grand-Est, ou encore de François Ruffin, député (Nupes), offusqués d’une telle attitude dans le contexte de réchauffement climatique et à un moment où on demande aux Français de faire des efforts. Le 6 septembre, la Première ministre elle-même est intervenue pour appeler à son tour les footballeurs de la Ligue 1 « à prendre pleinement conscience » de la crise climatique. « Je pense qu’il est important qu’ils réalisent dans quel monde on est», a commenté Elisabeth Borne.

Cette séquence virale va-t-elle changer les habitudes des clubs de foot français? Pour l’heure, seuls 4 % des déplacements en ligue 1 et en ligue 2 s’effectuent en train contre 65 % en avion et 31 % en car. Selon le PSG, des discussions ont régulièrement lieu avec la SNCF et le transport ferré reste une option. Le club affirme prendre en compte le coût du déplacement, les temps de trajet, l’accessibilité, la sécurité, les troubles potentiels à l’ordre public et l’aspect environnemental pour faire ses choix. Autant de paramètres qui semblent donner des atouts aux trains puisque le seul paramètre réellement compliqué à surmonter est lié aux retours nocturnes en train des joueurs, des parties du réseau étant fermées la nuit, entre 1h et 5 h du matin, pour réaliser les chantiers de maintenance et de renouvellement des voies ferrées. Mais en anticipant très en amont, tout est possible…

Du côté de la SNCF, une cellule est chargée de commercialiser ces trains spéciaux pour des évènements auprès d’entreprises, d’associations et même de particuliers. Ainsi, la prochaine coupe du monde de rugby qui se déroulera en France fera la part belle aux déplacements en train. Partenaire de l’évènement phare de l’Ovalie qui se déroulera dans dix villes hôtes, du 8 septembre au 21 octobre 2023, avec 48 matchs au programme, la SNCF a prévu un dispositif pour assurer le transport des équipes, des officiels et des arbitres, principalement en TGV, en plus de trains spéciaux et de bus.

La SNCF assure pouvoir offrir des prestations sur-mesure pour répondre à des besoins spécifiques, comme l’affrètement de TGV spéciaux, ou la privatisation  d’une ou deux voitures sécurisées.  Elle peut aussi proposer des prestations à la demande, comme des repas spécifiques ou des espaces de soins.

D’ailleurs, dans d’autres pays européens, des équipes de foot voyagent en train sans que cela pose de problèmes. C’est le cas des équipes italiennes qui ont choisi de se déplacer essentiellement en train.  Trenitalia est d’ailleurs partenaire de la Série A. En Angleterre, le 6 août, Liverpool FC s’est rendu à Fulham en train à 300 km de la Mersey. Deux pays où la violence des supporters est pourtant bien plus importante qu’en France. A l’opposé du « bad buzz » de Galtier, les clubs surfent sur l’image positive du rail en Italie. Ainsi, la vidéo de José Mourinho, confortablement installé en première classe d’un Frecciarossa, le TGV italien, et dégustant une pizza en profitant de son voyage a, dans le passé, fait le tour d’Internet. L’image a été partagée sur les réseaux sociaux par le club lui-même. En Espagne, également, plusieurs équipes ont choisi la Renfe pour se déplacer et la compagnie ferroviaire est un partenaire de premier plan de la Liga. Des choix accueillis positivement par le public et qui pourraient compter de plus en plus à l’avenir.

Samuel Delziani