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2022, année de reprise pour Getlink

Pour Getlink, l’année 2022 confirme les tendances de son premier semestre : pour le groupe qui gère le tunnel sous la Manche, la relance a été au rendez-vous dans presque tous les domaines. Et c’est en proclamant « un chiffre d’affaires record en 2022 » que Yann Leriche, directeur général de Getlink, a présenté le 23 février les résultats annuels. Pour chacune des entités du groupe, 2022 a également été une année record… y compris pour la nouvelle activité ElecLink : mais pour le transport d’énergie transmanche, dont les activités ont débuté le 25 mai dernier, il s’agissait du premier exercice !
40 millions d’euros d’économies réalisées
Ainsi, le chiffre d’affaires de Getlink 2022 a été supérieur au milliard d’euros, 1,6 milliard de CA (consolidé pour être précis), en progression plus rapide (106 %) que les charges d’exploitation (+50 %). En effet, Géraldine Périchon, directrice administrative et financière de Getlink, qualifie 2022 d’année de transition, avec une reprise du trafic, alors que l’inflation a touché les postes liées à l’énergie, aux salaires et aux autres coûts externes. Des surcoûts contrebalancés par « 40 millions d’économies réalisées sur l’année, qui nous permettent de faire face ». C’est ainsi que le résultat net de Getlink, de 252 millions d’euros, a été supérieur à la perte (229 millions d’euros) lors de l’exercice précédent et que le désendettement a été « significatif » en 2022, la dette nette passant sous la barre des 4 milliards d’euros.
Cinq fois plus de voyageurs sur Eurostar
Pour ce qui est de l’activité historique de Getlink, le tunnel sous la Manche, les trafics sont revenus, avec cinq fois plus de voyageurs sur Eurostar en 2022 qu’en 2021 (8,295 millions, soit 75 % de la fréquentation de 2019) et des parts de marchés très élevées sur les navettes (63 % sur les véhicules de tourisme et 42 % sur les camions).
Côté fret ferroviaire, Europorte a affiché un chiffre d’affaires en croissance de 5 % dans un marché difficile, tout en poursuivant sa modernisation : « Nous sommes les premiers avec des trains fonctionnant au carburant Oléo 100, et montons un équipement ETCS dans nos locomotives », rappelle Yann Leriche.
ElecLink, la plus récente activité du groupe, en représente « déjà un quart du chiffre d’affaires », indique le directeur général de Getlink, avec 420 millions d’euros. Lancé alors que la France a manqué d’énergie, le nouveau câble d’interconnexion électrique permet d’alimenter « l’équivalent d’1,6 million de personnes, soit l’agglomération de Lyon » et fin 2022, 58 % des capacités pour 2023 étaient déjà vendues ! « Ce câble sera encore plus nécessaire à l’avenir, avec la décarbonation : en effet, l’intermittence de l’éolien, en développement en Grande-Bretagne, nécessite une connexion dans les deux sens », pour suppléer l’apport en énergie, mais aussi pour écouler cette dernière…
Le lancement d’ElecLink est une des manifestations du développement de Getlink dans une période de changements. Changements en particulier perceptibles dans les habitudes de la clientèle, avec de nouvelles tendances, dont les séjours longs.
Changements d’habitude
Autre changement, qui concerne directement le trafic transmanche, : le Brexit, avec une question : comment en faire une opportunité ? En déclarant que le Brexit « a surtout ajouté des formalités douanières », la direction de Getlink se félicite d’avoir mis sur pied « la frontière la plus intelligente », grâce au traitement numérique des documents et à « de bonnes relations avec les deux gouvernements ». Et dans un contexte de pénurie de chauffeurs routiers, Getlink veut se distinguer par les services offerts à ces derniers dans son Truck Village : toilettes, douches, machines à laver, supermarché automatique, télévision, baby foot…
En période d’inflation, Getlink affiche une volonté de maintenir une discipline financière sur le temps long, avec une modernisation continue des équipements : statcom pour autoriser plus de trains dans le Tunnel, rénovation à mi-vie des navettes passagers… Et alors que l’environnement est de plus en plus pris en compte, Getlink rappelle que son empreinte carbone est très faible et annonce qu’une chaire a été lancée avec la Toulouse School of Economics pour explorer et anticiper les impacts de la transition climatique sur les entreprises.
Voyants au vert pour les années à venir
Pour la direction de Getlink, les perspectives devraient encore être meilleures dans les années à venir : « les voyants sont au vert malgré le très court terme, avec une croissance britannique molle ». Car « nos clients plébiscitent nos nouveaux services » et, même si le marché est exposé à la concurrence des ferries, le « dumping social » pratiqué par certains acteurs du secteur maritime « devrait changer » grâce à la coopération entre France et Royaume-Uni pour de meilleures conditions d’emploi des marins.
Par ailleurs, l’évolution du marché transmanche des trains à grande vitesse, avec la fusion entre Eurostar et Thalys dans un objectif de croissance, est « très bon pour nous », car « Eurostar est notre principal client ». La direction de Getlink voit d’ailleurs des opportunités en Allemagne, avec des relations de Cologne ou Francfort à Londres et, avec un péage par voyageur transporté, le gestionnaire du tunnel sous la Manche souhaite encourager le lancement de nouveaux services, qui ne sont pas toujours très remplis initialement, que ce soit par les transporteurs historiques ou d’éventuels nouveaux entrants.
Enfin, toujours sur les rails, reste le potentiel des trains de fret, largement sous-exploité en 2022 avec 1 488 passages (au lieu de 1 654 en 2021), mais en principe soutenu par les stratégies de verdissement des transports, en Europe comme en Grande-Bretagne…
P. L.