Rénovation du réseau ferroviaire, la grande mobilisation

réseau ferroviaire Travaux de SNCF Réseau, remplacement des appareils de voie entre Langres et Saint-Julien-les-Villas.

Cette année, 3,2 milliards d’euros seront consacrés à la régénération du réseau ferroviaire. Soit 300 millions d’euros de plus qu’en 2023 afin de rajeunir l’infrastructure. SNCF Réseau cherche à donner de la visibilité aux industriels auxquels elle fait appel, pour les pousser à investir dans des outils performants.

La trajectoire va dans le bon sens. Après avoir investi 2,9 milliards d’euros en 2023, SNCF Réseau devrait consacrer cette année 3,2 milliards à la rénovation de l’infrastructure. Un surplus apporté exclusivement par le groupe SNCF grâce à ses bénéfices versés à un fonds de concours. L’objectif affiché par le ouvernement est d’arriver à un investissement de 4,5 milliards d’euros en 2027, puis de poursuivre sur cette tendance les années suivantes. Déjà une bonne nouvelle : avec 1 000 km de voies rénovées chaque année, leur vieillissement a été stoppé. Mais pour mettre fin au vieillissement de tous les composants du réseau, il faudra encore attendre au moins jusqu’en 2030. Aujourd’hui, l’âge moyen du réseau français tourne autour de 28 ans contre 17 ans en Allemagne. La plus grande partie du budget régénération va à des contrats passés avec des industriels (dans la construction, la signalisation, les équipements…). D’où l’importance de donner de la visibilité à toute la filière pour lui permettre d’investir dans des outils performants. « Il faut, par exemple, compter 80 à 100 millions d’euros pour acheter un train-usine. Les industriels ont donc besoin d’avoir au minimum cinq ans de visibilité sur les investissements à venir sur l’infrastructure ferroviaire, et même plutôt sept ans », souligne-t-on côté SNCF Réseau.

Comment SNCF Réseau choisit ses sous-traitants

Le gestionnaire d’infrastructures sélectionne ses sous-traitants après un processus de validation des capacités des fournisseurs en amont des appels d’offres, et suite à l’avis de marché, qui consiste en un appel à candidatures – tous les fournisseurs intéressés peuvent y répondre. « Les domaines d’achat ferroviaires récurrents (travaux, fournitures, etc.) reposent généralement sur la qualification, explique Olivier Bancel. Au cours de l’exécution des marchés, les fournisseurs sont suivis et évalués, pour vérifier que les capacités à servir SNCF Réseau sont toujours là, en termes de qualité, sécurité et respect des délais. » Au-delà de ces processus liés au code des marchés publics, la stratégie achats de SNCF Réseau se décline en quatre priorités : donner de la visibilité aux entreprises sur les marchés à venir ; développer l’activité avec les PME et TPE sur l’ensemble du territoire, et enfin développer les achats responsables, solidaires et décarbonés. « SNCF Réseau met en place différents types de contrats, en fonction de ses besoins, du marché spot (lié à une opération particulière, parfaitement définie) et des accords-cadres (qui fixent les conditions principales des marchés, les conditions particulières étant définies dans les bons de commande) », explique encore Olivier Bancel.

De grands chantiers lancés en 2023 seront poursuivis et des budgets devraient notamment être fléchés vers les 14 lignes d’aménagement du territoire réintégrées dans le réseau ferré national, car considérées comme structurantes. En 2023 déjà, selon Olivier Bancel, directeur général exécutif Projets, maintenance et exploitation à SNCF Réseau, « le cru a été exceptionnel en termes de volume de production ». Dans le détail, on a dénombré 1 600 chantiers, 975 km de voies modernisées ou régénérées (dont 570 en suite rapide), 321 km de caténaires vérifiées ou remplacées, et 516 aiguillages remplacés ou supprimés. L’année 2023 a aussi été productive pour la modernisation du réseau. Parmi les réalisations emblématiques : la mise en service d’une signalisation innovante (le dispositif « 2 trains sur une même voie ») en gares de Rennes et d’Annemasse, et la poursuite du déploiement du programme de commande centralisée du réseau à Douai et Thionville.À retenir également : le renouvellement des poteaux caténaires sur l’axe Paris-Orléans-Limoges-Toulouse (entre Thédirac et Cahors) et la modernisation de la signalisation entre les gares de Beillant et Angoulême. La preuve de la qualité du « cru 2023 » se juge aussi, selon Olivier Bancel, au regard du volume « conséquent » des chantiers réalisés en Île-de-France. Il cite notamment la régénération de l’axe nord du RER B, et l’opération Chagall, le « remplacement spectaculaire des ponts de Chartres et Gallardon à Massy », à l’aide d’une des plus grandes grues du monde.  En 2024, le rythme de production devrait rester intense, avec l’achèvement de projets au long cours. La LGV Paris-Lyon sera à l’honneur : « Après cinq années de travaux dans l’ombre, une opération hors norme sera réalisée en fin d’année pour basculer la signalisation de la ligne au standard européen ERTMS. C’est une première mondiale sur une ligne à grande vitesse déjà en service », rappelle Olivier Bancel.

Attendus également : la modernisation des installations de tri des wagons sur le triage de Miramas et le renouvellement de la voie en suite rapide entre Chartres et Le Theil. Le programme des travaux de régénération industrielle sera « plus complexe que celui de 2023 », annonce Olivier Bancel. En cause ? « La nature des opérations à réaliser, l’interruption de certains chantiers pendant les Jeux olympiques et la fin progressive des marchés suites rapides tout au long de l’an-née, précise-t-il. Les marchés de régénération industrielle seront en pleine transition. Attribuées il y a plus d’un an, les lignes de production de renouvellement de rail industriel, ainsi que le renouvellement d’appareils de voie par méthode industrielle rentreront en phase d’exécution avec de nombreux défis, comme le chantier de remplacement de 43 appareils de voie en gare de Paris Nord. » Ces nombreux défis devraient se traduire par une hausse de la sous-traitance : si le montant des achats de SNCF Réseau a été stable en 2023, « il devrait augmenter aux cours des prochaines années, du fait de la hausse des investissements sur la régénération et la modernisation du réseau », prédit Olivier Bancel. 

Thomas Renou