Equipementiers & services : la SNCF à la rencontre des fournisseurs du Grand Est pour les décarboner

Grand est

La région Grand Est et la SNCF ont organisé une rencontre le 8 février avec les PME et PMI du territoire. Une nouvelle édition organisée à Strasbourg pour réaffirmer les objectifs de décarbonation et définir comment devenir fournisseur du groupe ferroviaire. Le message est clair : la SNCF est un gros investisseur qui a de la visibilité.

Après un premier rendez-vous en 2021 en visioconférence à cause de la crise sanitaire, cette année les participants des rencontres sont venus en masse et en présentiel. Ils étaient près de deux cents pour prendre part aux échanges et devenir, peut-être, fournisseur de la SNCF. Durant toute une journée, prises de parole et ateliers se sont succédé pour exposer les besoins de la compagnie ferroviaire. Et expliquer comment se faire une place sur la liste des fournisseurs attitrés de la SNCF.  La compagnie ferroviaire est un acteur majeur de l’économie locale avec 560 millions d’euros de marchés passés en 2023 rien que dans le Grand Est. La région compte plusieurs équipementiers, spécialistes du ferroviaire comme Saarstahl qui fabrique des rails ou Sateba, fournisseur de traverses. 

Les contrats ne se limitent pas aux grosses entreprises et profitent à de très nombreuses PME : au total, 166 millions d’euros ont été investis dans le Bas-Rhin l’année dernière, dont 44 millions qui sont revenus à près de 350 PME. Lors de ces rencontres, la SNCF a visiblement voulu faire passer un message d’ouverture aux petites entreprises. Réaffirmer qu’il n’y a pas de seuil minimal pour espérer emporter un contrat avec le groupe ferroviaire.  C’est particulièrement vrai pour SNCF Réseau, pour qui les achats s’élèvent à six milliards d’euros par an au niveau national, « passés à 97 % auprès de fournisseurs français, et 2 % européens », précise Valérie Giraudon responsable des achats du gestionnaire d’infrastructure. 

Quels sont précisément les besoins du groupe public ferroviaire ? La palette est assez large, depuis les pièces détachées pour assurer la maintenance du matériel roulant, en passant par les contrats d’intervention sur les infrastructures, le remplacement d’équipements, ou encore la fourniture de services, en particulier dans le domaine informatique. Dans tous les cas, l’objectif de la SNCF est de trouver des solutions made in France, ce qui impose de mieux connaître les différents acteurs des territoires. 

Besoins en hausse à la SNCF

Dans un contexte d’augmentation de la demande et de l’offre de transport, les marchés sont appelés à se multiplier. C’est particulièrement vrai sur le réseau TER Grand Est, où l’augmentation des circulations de trains (+ 14 %) a entraîné une hausse du nombre de voyageurs de 45%. Les besoins en investissements et en entretien sont donc importants. Le parc immobilier est également concerné, à l’image du nouveau technicentre de Montigny-les-Metz et des appels d’offres lancés pour le nouvel atelier ferroviaire de Chalindrey.

Le prolongement de vie des matériels roulants entraîne également une forte demande auprès des fournisseurs de la SNCF, avec des besoins croissants de pièces détachées, fournitures et équipements. Notamment au technicentre de Bischeim pour l’entretien et la rénovation complète des TGV.  D’autres secteurs comme la sécurité, actuellement en plein essor, intéressent le groupe ferroviaire. Dans un autre registre, le parc thermique a également besoin de carburant. Soucieuse de l’affichage de son bilan carbone, la SNCF se tourne vers des carburants propres faibles émetteurs de C02 comme le B100 et le HBO, produits par la filière agricole. 

Pour Pascal Décary, directeur des achats du groupe SNCF, la maintenance et la régénération des infrastructures de SNCF Réseau sont à une période clé. Rien que sur la région Grand Est, les investissements programmés s’élèvent à 225 millions d’euros par an, précise-t-il. Mille deux cent cinquante entreprises travaillent avec le gestionnaire d’infrastructure, et les perspectives sont prometteuses avec le nouveau Contrat de Plan Etat-Région (CPER) pour lequel un accord définitif a été trouvé fin décembre 2023. Avec un engagement de l’Etat de 2,1 milliards d’euros (dont 70 % pour le ferroviaire), en hausse de 90 % par rapport au précédent CPER.   

Deux exemples : en Champagne avec l’électrification de la ligne Nogent – Troyes, réalisée par une quinzaine d’entreprises de taille moyenne. Et le déploiement d’une commande centralisée à Pagny-sur-Meuse (Lorraine) pour les circulations dans le secteur de Thionville : le projet a fait l’objet d’une vingtaine de marchés passés entre le groupe SNCF et des entreprises. Et sur l’enveloppe de 100 millions d’euros, un tiers a été remporté par des entreprises du Grand Est.  Gares & Connexions est aussi un gros investisseur, notamment pour la rénovation des gares. Mulhouse et sa toiture et le cœur de gare de Strasbourg par exemple, vont faire l’objet de chantiers importants. A Metz, des travaux seront prochainement réalisés pour la rénovation des vitraux. Et les chantiers de mise en accessibilité pour les personnes à mobilité réduite, déjà engagés à Toul et Romilly, vont créer des opportunités de machés. 

« Votre carbone est notre carbone »

Après avoir insisté sur ses besoins et ses capacités de financement, et rappelé des délais de paiement « parmi les meilleurs », la SNCF a rappelé ses engagements en matière de mobilité durable. La question du bilan carbone est un critère qui prend de plus en plus d’importance dans les marchés, avec un message clair : « Votre carbone est notre carbone ». 

Autrement dit, si les fournisseurs ont un mauvais bilan carbone, il se répercute sur celui de la SNCF. Dès la fin 2024, il y aura ainsi une note carbone dans tous les appels d’offres. Une note qui pourra faire pencher la balance vers un fournisseur plus cher, mais plus vertueux sur le plan environnemental. D’autant que la notation extra-financière prend aussi en compte les performances environnementales des fournisseurs et sous-traitants. Ces critères extra-financiers permettent d’évaluer un acteur économique en dehors des critères financiers habituels en prenant en compte son impact et ses performances environnementales. D’où la nécessité pour les fournisseurs de faire leur bilan carbone. Pour ne pas les effrayer, la SNCF adopte un discours rassurant, rappelant qu’elle est avant tout intéressée par la « dynamique de décarbonation ». Et qu’elle sera présente pour accompagner et aider ses partenaires engagés dans une démarche vertueuse. « La décarbonation ne doit pas vous faire fuir, mais vous aider à vous améliorer. Nos équipes sont là pour vous accompagner ». Et de citer un exemple à suivre avec l’usine d’Hayange du groupe Saarstahl. Ce fabricant de rails pour les réseaux ferroviaires français et étrangers, commercialise désormais 80 % de ses productions en bas carbone.  

Philippe-Enrico Attal