Élections européennes : l’enjeu des transports

Les transports et la mobilité n’ont pas trouvé leur place comme objet politique dans la campagne électorale des européennes du 9 juin, elle-même éclipsée par les tensions géopolitiques internationales. Au mieux, le débat s’est focalisé sur un seul sujet : la voiture. Électrique cette fois.

Dossier réalisé par Nathalie Arensonas.

Le train n’a pas sifflé pendant la campagne du scrutin européen du 9 juin, les enjeux climatiques et environnementaux sont passés sous les radars, et la mobilité sous silence. Le seul sujet transport qui s’est vraiment imposé en France, ce ne sont pas les vols aériens court courrier à l’intérieur de l’Union européenne, ni même les méga-trucks, mais la fin des voitures thermiques prévue dans moins de dix ans. Jordan Bardella, candidat de la liste Rassemblement national, a fustigé la mesure décidée en 2022 par l’Union européenne. François-Xavier Bellamy, tête de liste Les Républicains-Les Centristes, et Marion Maréchal Le Pen (Reconquête) lui ont emboîté le pas.
Machine arrière toute. L’interdiction de vendre des véhicules thermiques, car polluants, à partir de 2035, pour atteindre l’objectif européen de neutralité carbone en 2050, a servi d’épouvantail pour l’extrême droite et la droite (lire les propositions des partis pages 28 et 29). Seule la candidate Renaissance, Valérie Hayer a défendu la production à grande échelle de véhicules électriques, en Europe.
Visiblement, le déclenchement du conflit en Ukraine, les tensions commerciales et géopolitiques dans le monde, la souveraineté industrielle du Vieux Continent, les politiques énergétiques et l’électrification de la route secouent fortement les certitudes du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) voté en 2019, avec un volet décarbonation des transports très appuyé.

En moyenne, en France, les trois-quarts des trajets domicile-travail se font toujours en voiture, sauf à Paris. Raphaël Glusckmann (PS-Place publique), Marie Toussaint (EELV) ou Manon Aubry (LFI) tiennent un discours d’alternatives, défendant le train, les Services express régionaux métropolitains (Serm) remis sur les rails par Emmanuel Macron, un accès massifié aux transports collectifs. C’est par exemple le « Ticket Climat » proposé par la liste socialiste, le financement des Serm à 100% par l’Etat pour Manon Aubry (LFI) et Léon Deffontaines (PCF) : « Les collectivités ne doivent pas avoir à mettre un sou dans les projets de RER métropolitains, car elles n’en n’ont pas », insiste Jacques Baudrier, conseiller transport du candidat communiste. A droite, comme à gauche, le ferroviaire est porté aux nues. Reste la question du financement de la relance du rail européen.
Au cœur du dispositif, le réseau transeuropéen de transports (RTE-T), pour moderniser les grands axes de transport qui remontent à l’après Seconde Guerre mondiale, voire avant. Ce réseau existe pour l’énergie, il est loin d’être bouclé pour les transports, et la liste de projets est longue, déjà lancés ou non, transfrontaliers ou pas, qui touchent au ferroviaire, aux voies fluviales, aux autoroutes. Pour l’exercice budgétaire en cours (2021-2027), 35 milliards d’euros ont été mobilisés par Bruxelles pour les transports. Très loin des besoins des projets du programme RTE-T. Et le ferroviaire n’est pas le mieux servi. Si les axes routiers prévus sont largement achevés et n’attendent plus que des bornes de recharge pour des camions électriques ou des aires de repos sécurisées pour les chauffeurs routiers, il reste des trous dans la raquette sur les réseaux ferroviaires européens, en particulier pour la grande vitesse.

Les 705 eurodéputés nouvellement élus ou renouvelés devront continuer à affronter les défis du réchauffement climatique et de la décarbonation des transports. L’Europe s’est fixée des cibles affinées au fil du temps : réduire de 90 % les gaz à effets de serre des transports en général d’ici à 2050, avec en corolaire, l’accent mis sur le ferroviaire : doubler le fret ferroviaire dans l’Union, tripler le trafic de trains à grande vitesse, toujours à l’horizon 2050. L’idée générale étant que l’Europe aide les États membres à décliner le Pacte vert dans le secteur des transports, et à le financer, via des subventions. Ce qui suppose d’augmenter de manière significative les enveloppes transports.
Pour pouvoir tenir les engagements zéro émission et favoriser le report modal vers des modes de transport plus vertueux, le défi qui se présente aux eurodéputés, sortants ou futurs, est immense. Mais les enjeux climatiques et de décarbonation des transports semblent s’éclipser devant la montée des populismes anti-européens, du souverainisme, du débat sur l’immigration et des tensions géopolitiques en Europe, au Proche-Orient et dans de nombreuses autres régions du monde.