Aires de covoiturage : se concentrer sur l’essentiel

Aires de covoiturage

La tribune de 6-t : Le covoiturage représente aujourd’hui encore une part marginale dans les déplacements (moins de 4% des trajets automobiles du quotidien). Pour développer cet usage, il faut, explique le bureau de recherche 6t, améliorer la perception et la praticité des infrastructures d’accueil.

Les stratégies actuelles de développement du covoiturage reposent sur une analyse des flux et de l’implantation géographique des aires. Elles devraient davantage intégrer les perceptions des usagers, notamment sur le temps d’attente, qui influence fortement leur adoption de ce mode de déplacement.

Une approche des aires de covoiturage orientée « usagers » met en avant l’importance d’aménagements essentiels (éclairage, signalétique, abris, hygiène) pour améliorer la perception et la praticité des aires de covoiturage. Il s’agit d’adapter ces infrastructures aux contextes locaux et aux attentes réelles des usagers, plutôt que de proposer des équipements non-essentiels.

Aller au-delà d’une approche technique

Le covoiturage constitue un mode de déplacement alternatif à l’autosolisme et un complément pertinent aux transports collectifs dans les zones peu desservies. Il fait l’objet de nombreux programmes de développement depuis la loi MAPTAM (2014). Les stratégies, schémas directeurs et plans de développement du covoiturage reposent la plupart du temps sur une approche centrée sur les flux, en termes de lignes ou de corridors. Les aires de covoiturage sont localisées à partir d’une analyse technique basée sur la fréquentation et la localisation des lieux de montée/descente.

Dans un second temps, l’aménagement des aires de covoiturage fait partie des leviers mobilisables par les collectivités pour développer la pratique. Les aires permettent à la fois d’encadrer la pratique, de sécuriser le stationnement et l’attente des usagers et de promouvoir ce mode de déplacement en le matérialisant dans l’espace.

Les recommandations d’aménagement des aires s’appuient sur des approches techniques, qui produisent des résultats très variés : certains documents recommandent des aires de covoiturage minimalistes comportant uniquement du stationnement et de la signalisation basique, d’autres listent de nombreux services allant jusqu’aux distributeurs alimentaires et informations culturelles. Ce large éventail doit être adapté au contexte mais les arbitrages et priorisations sont parfois difficiles à réaliser au niveau local. Les aires de covoiturage sont pourtant un maillon essentiel en tant que lieu de rupture de charge, et donc de difficulté potentielle pour les usagers.

Prendre en compte les enjeux du temps d’attente

Si les usagers ne cherchent pas nécessairement à minimiser leur temps de déplacement, ils cherchent en revanche à réduire les moments peu confortables ou peu flexibles et qui peuvent être perçus comme une perte de temps, voire un moment désagréable. A ce titre, les temps d’attente sont un enjeu important pour tous les modes de transport. C’est notamment par une meilleure qualité du temps perçu que la voiture individuelle l’emporte sur d’autres modes (en particulier les transports en commun) : l’automobile est perçue non seulement comme un mode de déplacement offrant une meilleure sécurité, une grande autonomie et un confort accru, mais aussi comme un mode de transport offrant la possibilité de se déplacer dans un espace privé, à l’abri des contraintes inhérentes au transport public, comme la promiscuité et la rigidité des horaires.

Il existe une corrélation entre fréquence d’usage des modes et perceptions/ représentations : plus la fréquence d’usage est élevée, et moins les représentations sociales divergent de la qualité réelle du temps passé avec le mode de déplacement emprunté. Ainsi, les représentations n’avantagent actuellement pas le covoiturage, qui demeure un mode de transport encore minoritaire (moins de 4% des trajets automobiles du quotidien). Il s’agit donc d’influencer la perception des usagers sur ce mode de déplacement à travers l’aménagement : à défaut de pouvoir minimiser les temps d’attente sur les aires de covoiturage, l’enjeu devient alors de fournir un environnement visant à minimiser les désagréments liés à l’attente.

Des aires de covoiturage orientées vers les usagers

Dans une étude récente, 6t a pu explorer les enjeux des temps d’attente sur les aires de covoiturage en adoptant une posture davantage sociologique que technique. Autrement dit, nous avons pris pour base de travail les perceptions des usagers et travaillé sur les aménagements essentiels des aires de covoiturage dans une démarche de co-construction.

Les perceptions des usagers vis-à-vis des aires de covoiturages sont déterminantes dans le choix modal, mais également dans l’expérience usager sur l’aire. Partant de ce postulat, nous avons exploré la variété des types d’aménagements possibles.

Pour la sécurité, l’infrastructure peut offrir par exemple un éclairage suffisant, des espaces dégagés, visibles et offrant suffisamment d’entrées/sorties pour minimiser le sentiment de cloisonnement.

Pour la fiabilité, il s’agit de proposer une signalétique et une visibilité suffisamment importante pour faire connaître les aires de covoiturage, et dans le cas où l’aire est accessible depuis une ligne de transports en commun, inscrire l’aire dans un système d’information en temps réel, afin de minimiser le stress en cas de retard.

Enfin, pour le confort, les infrastructures peuvent être équipées d’abris voyageurs, de bancs, de sanitaires, de zones de repos, de distributeurs alimentaires, ou encore de services spécifiques aux automobilistes (nettoyage du véhicule, gonflage et vérification de la pression des pneus, etc.). Cependant, la confrontation de ce large champ des possibles avec la réalité des pratiques montre que les éléments basiques sont bien plus importants que les services annexes. Les aires de covoiturage doivent être aménagées pour montrer que ce type de pratique est considéré et valorisé par la collectivité. Cet effet peut être atteint avec des aménagements simples mais essentiels : places assises abritées, éclairage, signalétique et hygiène (poubelle, toilettes). Il est évidemment nécessaire d’adapter ces « essentiels » au contexte urbain et aux déplacements locaux à partir des éléments fournis par une analyse technique de la localisation et de la fréquentation de l’aire.

Finalement, les services essentiels attendus par les covoitureurs sont assez peu différents de ceux qui se trouvent à proximité d’arrêts de transports en commun urbains ou de gares. Mais les arbitrages et les priorisations restent variables au niveau local. Chaque schéma d’aires de covoiturage à l’échelle métropolitaine ou départementale formule des recommandations différentes, des plus basiques au plus fournies. Dans ce contexte, une harmonisation pourrait être envisagée, proposant par exemple une sélection d’aménagements essentiels et nécessaires pour correspondre au standard des aires de covoiturage.