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Le covoiturage, laboratoire de nouvelles technologies

Limiter les erreurs de comptage de passagers a permis l’émergence d’équipements performants, développés par plusieurs entreprises françaises qui exportent leur savoir-faire. Elles seront présentes les 20 et 21 janvier à Montrouge (Hauts-de-Seine), lors du 53ᵉ congrès de Mobil’in Pulse, pour présenter leurs solutions « intelligentes » pour les mobilités.
Sept ans déjà que le poste de douanes de Thônex-Vallard, où transitent chaque jour 20 000 véhicules, a mis en place une voie de covoiturage indépendante. L’opération aurait pu être concluante, si le nombre de fraudeurs n’avait pas atteint des taux vertigineux, proches de 80 %.
En juin 2024, un aménagement a été mis en place pour dissuader les autosolistes d’emprunter la voie moins encombrée. ATMB, concessionnaire de l’autoroute blanche, de la RN 205 et du tunnel du Mont-Blanc, a fait appel au Cerema.
L’établissement public administratif en appui pour la transition écologique, a suivi l’installation, dans le sens France-Suisse, d’une barrière asservie au nombre de covoitureurs. Elle se lève si elle détecte plus de deux occupants. Un seul passager à bord et elle reste fermée.
Une petite déviation permet alors de ramener le véhicule sur les autres voies. Les fraudeurs de la frontière franco-suisse étant aussi nombreux que décidés à tricher, le dispositif a dû prendre en compte ceux qui s’embarquaient dans un train de voitures pour profiter de l’ouverture de la barrière.
La fraude a nettement reculé

de Thônex-Vallard. © Cerama
Chiffres à l’appui, Alexis Bacelar, Cerema, directeur de projets en systèmes de transports intelligents, dresse un bilan satisfaisant de l’activation du dispositif. La voie dédiée enregistre une forte augmentation de covoitureurs. Leur part dans le trafic est passée de 34 % à 80 %. Le contrôle des fraudeurs a eu un effet incitatif.
Même dans le sens inverse, la voie, qui n’est pas équipée de barrière, fait désormais le plein. Les fraudeurs ne sont plus que 20 % et les covoitureurs sont passés de 35 % à 80 %. Suite à l’évaluation réalisée cette année, le Cerema préconise de maintenir ce dispositif performant.
Pourquoi ATMB a-t-elle attendu si longtemps pour mettre en place un contrôle, demandé à grand bruit par des covoitureurs excédés par le comportement des fraudeurs ?
Le concessionnaire routier n’aurait eu aucune objection à s’en équiper plus tôt. Bien au contraire. Alexis Bacelar explique que le système de barrière, asservi au nombre d’occupants d’un véhicule, nécessite des capteurs de covoiturage performants « qui n’étaient pas disponibles sur étagère à son lancement ».
Ces dernières années, une nouvelle génération d’appareils a fait son apparition. Les capteurs de Thônex-Vallard, fabriqués par Invision, fonctionnent selon la technologie proche infrarouge (SWIR). Son développement a constitué une étape clé dans une industrie des capteurs de plus en plus intéressée par les mobilités.
Les détecteurs proche infrarouge capturent principalement la lumière réfléchie, ce qui rend leurs propriétés d’imagerie comparables à celles des caméras visibles ou à l’œil humain. Ils sont considérés comme des outils plus fiables que les systèmes infrarouges thermiques (LWIR). Les algorithmes qui analysent l’image (en tenant compte de la réglementation sur les questions de RGPD), sont eux aussi plus puissants.
Les « faux positifs » également dans le viseur

En 2022, le Cerema s’était déjà intéressé aux équipements de contrôle de la société Invision, installés sur la voie covoiturage de la rocade Est de Lyon. Minimiser très fortement le risque de recours liés à de fausses détections d’infraction est un sujet clé pour les gestionnaires de route qui veulent favoriser le covoiturage.
Les technologies dont ils s’équipent doivent limiter les « faux positifs », ces véhicules qui ont un nombre d’occupants suffisant pour circuler dans la voie de covoiturage, mais que le système automatique ne détecte pas et relève une infraction. Sur la rocade lyonnaise, lors de la dernière évaluation de juillet, sur 1 223 véhicules analysés par Invision, 28 se sont avérés « faux positifs », soit environ 2,3 %, contre 97,7 % « vrais positifs ».
A Lyon, la technologie proche infrarouge est en compétition avec les radars thermiques de Pryntec, en service sur les axes A96/M7, mais aussi sur les tronçons d’autoroutes A1 et A13, à Grenoble, Nantes, Rennes, Strasbourg. A Paris, la société Fareco Fayat, filiale du groupe de BTP familial bordelais, a été retenue pour son système Hovy.
Dix radars totems ont été installés pour un comptage des passagers dans des conditions d’éclairage et météorologiques difficiles, et une lecture des plaques d’immatriculation. « Un choix optique validé par des experts mondiaux », assure le fabricant.
Dans la perspective des JO de Paris, la solution Roadshare de la société Cyclope.ai, filiale de Vinci, avait aussi été testée. Un site pilote pour faire ses tests lui avait été attribué sur le réseau ASF. Trois de ses dispositifs permettant de mesurer le taux d’occupation des voies réservées ont été sélectionnés par une grande métropole canadienne pour son réseau routier.
L’entreprise a aussi déployé son logiciel de détection par analyse vidéo dans les outils de péages de Vinci Autoroutes. Ils peuvent détecter la vignette de personne à mobilité réduite pour ajuster le tarif au juste prix.
Une pratique qui progresse, mais pas assez vite
La légère progression du covoiturage constatée au printemps 2025 semble se poursuivre, selon le 8ᵉ Baromètre de l’autosolisme publié en novembre par Vinci Autoroutes. Si 84 % des conducteurs circulent toujours seuls dans leur voiture le matin aux heures de pointe, aux abords des 12 métropoles françaises observées, cette pratique recule de 2,3 % en un an, et de 0,6 % au cours du dernier semestre.
Des résultats encourageants qui correspondent à une enquête de terrain menée au cours de la même période par Vinci Autoroutes auprès de 248 utilisateurs de 15 parkings de covoiturage situés sur son réseau : près de la moitié d’entre eux (44 %) pratiquent la mobilité partagée dans le cadre de leurs trajets domicile-travail, un taux qui a plus que doublé depuis la 1ʳᵉ édition de cette enquête, débutée en 2017 (il était alors de 21 %).
Malgré ces chiffres encourageants, le taux d’occupation des véhicules reste bien inférieur à l’objectif fixé dans le cadre de la Stratégie Nationale Bas Carbone (1,25 en moyenne aujourd’hui contre un objectif de 1,75 en moyenne d’ici 2030). Par ailleurs, c’est au cours des plages horaires les plus chargées que le covoiturage reste le moins pratiqué.