Catégorie : Ferroviaire

Retrouvez toute l’actualité ferroviaire: lignes, matériels ferroviaires et l’actualité des constructeurs et des opérateurs en France et l’international.

  • Espagne : l’État financera les abonnements transports gratuits en 2023

    Espagne : l’État financera les abonnements transports gratuits en 2023

    Actuellement entre les mains des députés et sénateurs espagnols, le budget de l’Etat pour 2023 doit être adopté avant la fin décembre. Son volet transports prévoit une enveloppe de 660 millions d’euros afin de prolonger le système d’abonnements gratuits mis en place le 24 août dernier pour les transports sur le réseau Renfe. L’objectif est à la fois de reporter une partie des déplacements de la voiture vers le rail et d’atténuer les effets de l’inflation sur le pouvoir d’achat des ménages.

    Compensé par l’État pour le manque à gagner de l’opérateur, ce dispositif multivoyages en vigueur depuis septembre dernier est donc reconduit pour l’ensemble de 2023. Il ne souffre que de peu de critiques, sauf qu’il coûte cher et qu’il a créé des « surréservations » sur les trajets régionaux. Il consiste en un abonnement sur les réseaux Renfe avec un dépôt de 10 euros pour les liaisons banlieues, un autre pour les trains régionaux moyennant 20 euros, ainsi que des tarifs réduits (souvent de 50%) pour la grande vitesse de proximité (Avant). Ces sommes sont récupérables si le bénéficiaire effectue un minimum de 16 voyages d’ici la fin de l’année.

    L’opération devait se clore le 31 décembre, mais le 4 octobre, le président du conseil espagnol, Pedro Sánchez, a annoncé son prolongement, vu son succès. En effet, le 24 août (premier jour de la mise en vente) 92 000 abonnements avaient été vendus, soit 85 par minute. Et, dès le 1er septembre, les « abonos recurrentes » avaient dépassé le million écoulé, la plupart de ces transactions étant faites par internet, puis par les automates en gare, et enfin les guichets, carte d’identité à l’appui. Le 12 septembre, Renfe annonçait avoir vendu 1 011 131 abonnements dont 77 % pour des trajets en banlieues. Et l’engouement s’est poursuivi avec 2 millions de titres le 7 novembre et 2,2 millions le 27, vient d’indiquer l’opérateur.

    Simultanément, le gouvernement central a décidé d’épauler via une enveloppe de 256,5 millions d’euros les communautés (régions) et les villes qui, en 2022, ont appliqué de leur côté une réduction de 30 % sur les services locaux (bus, métro). D’où des transports en commun stimulés, voire devenus parfois gratuits comme les trains de l’île de Majorque.

    Effets immédiats sur les transports collectifs : le nombre de voyageurs de proximité a cru en moyenne de 30,5 % pour l’ensemble du pays. Mesurée à fin novembre et comparée avec 2021 (année affectée, il est vrai, par le Covid), la demande banlieue a fortement progressé : de 60 % à Santander, 55 % à Cádiz et Saint-Sébastien, 38 % à Valence, 28,7 % à Barcelone et de 25,7 % à Madrid. Ainsi que de 59,7 % pour les lignes régionales. De quoi solliciter fortement les convois de Renfe, le matériel des chemins de fer autonomes, les autocars interurbains et les bus.

    Michel Garicoix

     

  • Le loueur ferroviaire Akiem définitivement vendu

    Le loueur ferroviaire Akiem définitivement vendu

    SNCF, DWS et la CDPQ ont annoncé le 9 décembre avoir conclu la transaction aux termes de laquelle la CDPQ a acquis l’ensemble du capital du groupe Akiem, auprès du groupe SNCF et de DWS. La SNCF, détenant Akiem à parité avec le gérant d’actifs DWS, doit recevoir la moitié du montant de la vente qui n’est pas précisé.

    « Avec un chiffre d’affaires de près de 220 M€, un EBITDA de l’ordre de 150 M€ en 2021, une flotte de plus de 600 locomotives, 46 trains de passagers et environ 250 employés, le groupe Akiem est le leader des services de location et de maintenance de locomotives en Europe« , rappellent dans un communiqué commun les signataires de l’accord.

    Laurent Trevisani, le directeur général délégué Stratégie et Finances de la SNCF cité dans le communiqué, explique que cette cession va permettre au groupe de « participer au financement de nos activités ferroviaires et de nos deux actifs stratégiques, Keolis et Geodis, relais de croissance du Groupe. Elle contribue en outre à hauteur de 0,8 milliard d’euros au désendettement du Groupe au titre des produits de cession ».

  • La gare de Nantes poursuit sa mue

    La gare de Nantes poursuit sa mue

    Après les inaugurations du parvis nord de la gare de Nantes en 2019, puis de la gare mezzanine en 2020, voici venu le tour, le 10 décembre, du parvis sud. « Ouvert sur le canal Saint-Félix et sur le quartier euronantes, le parvis sud de la gare s’est transformé en une place apaisée et végétalisée« , avec 3 550 m2 d’espaces verts et 210 arbres, contre 110 auparavant, indique dans un communiqué la métropole de Nantes.

    Conçue par Nantes Métropole Aménagement avec les urbanistes-paysagistes de l’atelier Ruelle, le parvis sud de la gare propose des bancs et des tables circulaires, et représente un point de jonction où se rejoignent bus, chronobus, busway, vélos, piétons, voiture individuelle, taxi… Plus précisément, il s’agit des chronobus C2 et C3, de la ligne 54 ainsi que du busway ligne 5 dont les nouveaux véhicules seront mis en service début 2023.

    Le jour de l’inauguration a aussi été l’occasion de la pose de la première pierre du pôle d’échange multimodal avec un nouvel ensemble immobilier, dont la livraison est prévue en 2025. Le bâtiment accueillera les locaux de la gare routière, la cour de reprise taxis, un parking vélos sécurisé et le parking loueurs de voitures, ainsi que les bureaux du programme immobilier « Le Carrousel ».

    « L’ensemble est une pièce majeure de la réorganisation des accès à la gare pour absorber le doublement de la fréquentation voyageurs prévue entre 2009 et 2030 et encourager les mobilités alternatives à la voiture individuelle », précise encore la métropole.

     

  • Le percement du tunnel Lyon -Turin démarre côté français

    Le percement du tunnel Lyon -Turin démarre côté français

    Le jeudi 8 décembre 2022 marque une étape cruciale dans la réalisation de la liaison ferroviaire Lyon – Turin. Après des années d’atermoiement, les travaux de percement du tunnel d’accès côté français ont démarré à Villard-Clément, sur la commune de Saint-Julien-Mondenis (73). Le coup d’envoi de ce chantier vient boucler un processus engagé l’année dernière, avec la signature des appels d’offres pour la construction du tunnel de base côté français. Avec l’attribution des travaux du tunnel de base côté Italien, qui est prévue pour l’année prochaine, le projet devrait être définitivement sur les rails et l’objectif de mise en service à horizon 2032 pourrait être respecté.

    Pour assurer la réalisation de ce chantier pharaonique, les effectifs des équipes chargés des travaux monteront progressivement jusqu’à 300 personnes d’ici 2024. « Nous allons adopter un rythme extrêmement soutenu, puisque nous passerons d’un chantier actif du lundi au vendredi à un chantier 7/7 et 24/24h », précise Xavier Darmendrail, directeur constructions chez TELT, le maître d’ouvrage.

    Ainsi, le creusement devrait progresser d’un à deux mètres par jour dans les premiers mois. « Une fois les 500 premiers mètres du tunnel de base creusés, c’est-à-dire d’ici environ un an, les équipes pourront utiliser une technique à l’explosif. Cela nous permettra d’avancer d’environ quatre mètres par jour », ajoute-t-il.

    Jacques Donnay

  • Paris-Limoges, la ligne de la discorde

    Paris-Limoges, la ligne de la discorde

    La dégradation de la desserte de la ligne Intercités Paris-Limoges indigne usagers, entreprises et élus qui s’alarment du risque d’enclavement de leurs territoires. Jusqu’à la récente menace de déménager à Paris de la multinationale Legrand, seule entreprise du CAC 40 de Nouvelle-Aquitaine à avoir maintenu son siège en dehors de la région parisienne…

    La polémique semble avoir payé. Le week-end du 10 décembre, le maire de Limoges, Emile-Roger Lombertie, a annoncé avoir dénoué la situation de crise autour de la desserte de la ligne Paris-Limoges, critiquée de toutes parts parce que dégradée par la SNCF. L’élu a annoncé avoir multiplié les coups de fil à Paris et obtenu, a-t-il affirmé, après avoir parlé à Jean-Pierre Farandou, un train partant à 6h26 et arrivant à 10h17 à Paris, en plus d’un départ à 5h29.  « Le trajet quotidien concerne la semaine mais nous n’avons pas d’information concernant le week-end. Cet horaire est proposé jusqu’au 15 mars, date prévisionnelle de la fin des travaux sur un tronçon de la ligne POLT. Le train dégivreur est rétabli également pour permettre ce nouveau trajet », précise la mairie.

    Retour sur les faits. La SNCF prévoyait de supprimer l’Intercité 3624 partant de Brive à 6 h 01, et passant à Limoges à 7h01 pour arriver à Paris-Austerlitz à 10 h 17. Cette annonce a été la goutte d’eau qui a fait déborder la colère d’élus des territoires desservis. Le 7 décembre, six députés de la Nupes ont organisé une conférence de presse à l’Assemblée pour dénoncer la réduction des dessertes sur la ligne Paris-Orléans-Limoges-Toulouse (POLT) .

    « C’est la circulation d’une locomotive, en application du plan givre, parfois appelé train “racleur“, sur la ligne du Paris – Orléans – Limoges – Toulouse qui a nécessité la suppression de ce train », justifie la SNCF. Cette locomotive sert en effet à éliminer le givre et d’éventuels manchons de glace sur le fil de contact de la caténaire. « Il faut qu’elle passe toutes les 30 à 40 minutes, sinon, le givre se reforme », précise la SNCF. D’où cette suppression du train 3624 du 21 novembre 2022 au 16 mars 2023 dans le cadre d’un plan de transport adapté, du fait du risque de givre des caténaires.

    Risque pour l’attractivité des territoires

    Pour Catherine Couturier, députée de la Creuse, qui s’exprimait lors d’une manifestation réunissant le 3 décembre 400 personnes devant la gare de La Souterraine, pour protester contre la suppression d’un autre train (celui de 7h35 en direction de Paris) « il n’y a plus de fret, il y a moins de trains qui circulent, les trains de nuit n’existent plus… »

    D’où de fortes inquiétudes pour l’attractivité de ces territoires. Surtout après les interrogations du groupe Legrand sur le bien-fondé de sa localisation à Limoges. Cette multinationale de matériel électrique est le premier employeur privé de la ville et seule entreprise du CAC 40 de Nouvelle-Aquitaine à avoir maintenu son siège en dehors de la région parisienne. Dans une lettre adressée notamment à SNCF Voyageurs et citée par la presse locale, Benoît Coquart, le directeur général du groupe, s’interroge sur « l’intérêt de continuer à localiser sur Limoges nos équipes et nos dispositifs d’accueil clients alors que nous sommes précisément en train de réaménager nos bureaux parisiens ». Et il reproche à la SNCF d’avoir procédé à des modifications de dessertes « sans information préalable et sans concertation ».

    La SNCF dément le manque de concertation. La multinationale, qui entre dans la catégorie « Grands comptes », est « en contact régulier avec nos commerciaux », affirme la compagnie. « Les relations sont quasi quotidiennes, et sont l’occasion de donner des informations sur le trafic ».

    Interpellé, Alain Rousset, le président de la Nouvelle-Aquitaine, a à son tour adressé une lettre à Clément Beaune, le ministre délégué aux Transports, pour appeler son attention sur « les conséquences importantes et le mauvais signal que constituent les dysfonctionnements observés ». Le patron de la région demande aussi à l’Etat, autorité organisatrice des trains Intercités, « de bien vouloir envisager, avec la plus grande bienveillance, une amélioration du service proposé sur la ligne POLT », un axe « majeur d’aménagement du territoire qui contribue à desservir 32 départements, sept grandes métropoles et plus de trois millions d’habitants » écrit Alain Rousset. « Un mauvais signal pour ceux qui veulent investir en Nouvelle-Aquitaine » ajoute-t-il, alors que, parmi d’autres actions, la région travaille à « une amélioration de la desserte TER sur les étoiles ferroviaires de Limoges et Brive, dans le cadre de la démarche Optim’TER. Ainsi, entre 2021 et 2024 les différentes lignes de ce secteur seront traitées pour bénéficier de davantage de trains et à des horaires plus adaptés ». De nouveaux trains d’équilibte du territoire « Oxygène » commandés auprès de CAF et présentés le 7 décembre à Brive-la-Gaillarde, doivent circuler sur l’axe POLT (Paris – Orléans – Limoges – Toulouse) et devraient contribuer à améliorer les conditions de desserte, mais ils ne sont attendus qu’à partir de 2026. 

    Déraillement à Issoudun

    Pour ne rien arranger, un autre événement est venu aggraver la desserte de la liaison POLT : le 2 décembre, un train privé de céréales a déraillé près de la gare d’Issoudun, entraînant une interruption totale trafic sur la ligne, pendant près de 7 jours, et nécessitant la venue d’une puissance grue, déjà mobilisée pour un autre déraillement près de Carcassonne.

    Le trafic a finalement repris le 8 décembre comme prévu. Mais les élus pointent le défaut de maintenance du réseau. « On verra les résultats de l’enquête en cours sur l’incident ou… l’accident. Mais je suis étonné que dans notre pays, quand quelques wagons tombent, on met six jours à les relever », commente Nicolas Sansu, député Gauche Démocrate et Républicaine (GDR) du Cher.

    « La SNCF est sous-financée », ajoute de son côté Christine Arrighi députée EELV de Haute-Garonne. Et de rappeler quelques chiffres désormais bien connus : « En avril 2022, le gouvernement a contractualisé en catimini, avec la SNCF, une enveloppe de travaux de 2,8 milliards d’euros environ. Or nous avons 29 000 km de voies en France. Pour donner un ordre de grandeur, l’Autriche consacre 3 milliards au ferroviaire pour un réseau de 6 100 km. Si on veut un autre ordre grandeur de ce qu’il faudrait investir en France, il suffit d’écouter le président de la SNCF Jean-Pierre Farandou : ce sont 100 milliards d’euros qu’il faudrait sur 10 ans. L’Allemagne investit 86 milliards sur 8 ans, l’Italie 126 milliards sur 15 ans… »

    Yann Goubin

    Pas à la hauteur

    Contactée, l’entreprise Legrand ne semble pas satisfaite des réponses de la SNCF. Pas à la hauteur de l’enjeu, nous fait-on comprendre. La SNCF a surtout répondu à l’urgence depuis que les décideurs se sont saisis du sujet. L’objectif, explique une porte-parole de Legrand, c’est que la SNCF cesse les suppressions de trains.

    Selon elle, plusieurs dizaines d’allers-retours sont effectués chaque semaine entre Paris et Limoges par les salariés de Legrand, premier employeur de Limoges avec un effectif de 2 200 personnes. Auxquels s’ajoutent bien sûr tous les autres usagers de la ligne, qu’ils voyagent pour des raisons professionnelles ou privées.

    La balle est dans le camp de la SNCF. 

     

  • Les syndicats ont une semaine pour se prononcer sur les propositions de la SNCF vis-à-vis des contrôleurs

    Les syndicats ont une semaine pour se prononcer sur les propositions de la SNCF vis-à-vis des contrôleurs

    Climat tendu en cette fin d’année à la SNCF qui organise des discussions sur tous les fronts : non seulement pour l’ensemble du groupe, mais aussi pour différentes catégories de personnels : contrôleurs côté Voyageurs et aiguilleurs côté Réseau.

    Ainsi, après une longue journée de discussions, le 8 décembre avec la direction de la SNCF, les organisations syndicales avaient une semaine pour se prononcer sur les propositions de l’entreprise vis-à-vis des contrôleurs. Après consultation de leurs adhérents. « Cette nouvelle journée de rencontre a été très constructive, et les échanges ont été positifs et de bon niveau. Elle fait suite à plusieurs semaines de négociations avec les organisations syndicales et a permis de préciser les différentes mesures proposées par la direction. Et d’apporter des propositions complémentaires« , indique la SNCF. Propositions pour certaines reprises dans le cadre des NAO (négociations obligatoires annuelles) qui concernent l’ensemble du groupe SNCF et qui se sont tenues hier avec les quatre organisations syndicales représentatives de la SNCF. Elles doivent aussi être validées -ou pas- dans les prochains jours, après consultation de la base.

    La direction propose notamment d’augmenter la prime de travail de 600 euros bruts par an (ce qui est également prévu dans les NAO), de l’intégrer en partie dans le salaire fixe, d’accélérer les évolutions de carrière, ou encore de passer systématiquement, d’ici à trois ans, à deux contrôleurs (ou ASCT dans le jargon SNCF) par TGV Inoui quand parfois il n’y en a qu’un.

    Reste à savoir si les syndicats réussiront à faire passer le message aux contrôleurs dont une bonne part a rejoint le Collectif ASCT créé sur Facebook, qui multiplie les revendications en faveur d’augmentations de salaires et de meilleures conditions de travail. Et qui se méfie des syndicats. La SNCF a négocié avec les organisations syndicales car elle ne peut le faire avec un collectif qui n’est pas considéré comme un organe représentatif. « On a un travail important à mener avec les contrôleurs. J’espère qu’à partir des propositions que nous ferons, les organisations syndicales pourront faire la pédagogie nécessaire pour sortir de cette situation », commente François Nogué.

    Faute de quoi la fin d’année s’annoncera compliquée, les contrôleurs ayant menacé de faire grève pour les week-end de Noël et du jour de l’an après leur mobilisation réussie du 2 au 5 décembre conduisant à annuler 60 % des circulations de TGV et d’Intercités.

    Côté Réseau, les aiguilleurs, qui ont rencontré la direction le 9 décembre, réclament des recrutements et des salaires plus en adéquation avec leurs responsabilités. Après une première menace de grève le 25 mai, non mise à exécution, ils avaient obtenu l’embauche de 200 agents de circulation supplémentaires, une prime de 600 euros et une majoration temporaire de 20 % de leur prime de travail pendant 7 mois. L’entreprise « n’a pas tenu ses engagements » a indiqué à l’AFP Erik Meyer de Sud Rail. Un nouveau préavis a été déposé du 15 au 19 décembre, juste avant les vacances de Noël mais qui préserve les fêtes de fin d’année. Avant de nouveaux rendez-vous en janvier?

    MH P

     

  • Sous pression sur tous les fronts, la SNCF propose une nouvelle hausse globale des salaires de 5,9 %

    Sous pression sur tous les fronts, la SNCF propose une nouvelle hausse globale des salaires de 5,9 %

    Cinq mois après avoir décidé d’une hausse moyenne des salaires de 3,1 %, la SNCF s’apprête à repasser à la caisse. Après une réunion qui s’est tenue le 7 décembre sur les NAO 2023 (Négociations annuelles obligatoires), sur fond d’inflation et de mouvements de grève, la direction a proposé aux quatre organisations syndicales représentatives (CGT Cheminots, Sud Rail, Unsa Ferroviaire et CFDT Cheminots) une nouvelle hausse globale de 5,9 %.

    Plus précisément, le groupe SNCF propose 3,9% en moyenne d’augmentation générale des salaires fixes sous la forme d’une augmentation proportionnelle au salaire de 2%, accompagnée d’une augmentation forfaitaire annuelle de 600€ bruts, qui sera versée mensuellement. En fonction du niveau de salarial, cela représente une augmentation générale allant de 4,7% pour les agents les moins payés à 3% pour les cadres les mieux rémunérés.

    S’ajouteront des mesures d’augmentation individuelle pour lesquelles l’enveloppe atteint + 2%. La somme de ces  décisions aboutit à une hausse moyenne de 5,9 %, calcule François Nogué, le directeur des Ressources humaines pour le groupe. L’enveloppe proposée dans le cadre de ces NAO s’élève à 425 millions d’euros, indique la SNCF.

    La direction propose aussi un nouveau dispositif pour accélérer le déroulement de carrière surtout en fin de parcours professionnel. Enfin, elle ajoute des mesures pour faciliter la vie quotidienne et favoriser les déplacements « doux » comme la prise en charge à hauteur de 75 % par l’employeur de l’abonnement transports publics, un complément de 150 euros  de la prime carburant et un forfait mobilité durable avec un coup de pouce de 400 euros.

    Par ailleurs, les indemnités de résidence en zone tendue (Ile-de-France mais aussi Alpes-Maritimes, Savoie et Haute Savoie) seront revalorisées à hauteur de 40 %. Une revalorisation des indemnités de nuit, dimanches et jours fériés est prévue à hauteur de 4 % et une revalorisation des autres indemnités liées à la production doit atteindre 2%.

    « Avec ces indemnités, qui ne sont pas intégrées dans le salaire fixe, la hausse proposée dépassera les 6 %« , affirme François Nogué. A comparer au niveau actuel de l’inflation qui tourne autour de 6 %. Et, pour répondre à la demande des syndicats, le dirigeant a finalement accepté la rétroactivité, à partir de janvier 2022 (au lieu d’avril), de la hausse salariale décidée en juillet dernier.

    Les contrôleurs et les aiguilleurs reçus à leur tour

    Les organisations syndicales devaient consulter leur base pour prendre position. Quelle que soit la réponse des syndicats, l’histoire n’est pas finie puisque, l’inflation poussant, François Nogué n’exclut pas de revoir à la mi-2023 les organisations syndicales pour refaire le point. « On a fait tout ce qu’on pouvait pour lever au maximum le contentieux salarial« , le directeur des RH, en précisant que si les organisations syndicales refusent de signer, les revalorisations seraient malgré tout appliquées avec la dégradation de certaines mesures annexes. Il y a quelques jours, Jean-Pierre Farandou avait alerté sur le risque de voir le prix des billets augmenter si on relevait trop les salaires.

    D’autres négociations ont aussi été menées le 8 décembre pour répondre aux demandes des contrôleurs, puis le 9 décembre à propose des revendications des aiguilleurs de SNCF Réseau qui pointent un sous-effectif et des salaires trop faibles.

    Les tensions avec les contrôleurs paraissent les plus compliquées à résoudre. Organisés cet automne en collectif, ils se sont mis massivement en grève du 2 au 5 décembre et menacent de nouvelles grèves à Noël et pour le jour de l’an si leurs revendications ne sont pas entendues. La SNCF négocie avec les organisations syndicales car elle ne peut le faire avec un collectif qui n’est pas considéré comme un organe représentatif. « On a un travail important à mener avec les contrôleurs. J’espère qu’à partir des propositions que nous ferons, les organisations syndicales pourront faire la pédagogie nécessaire pour sortir de cette situation », commente François Nogué.

    Enfin, pour ne rien arranger, les conducteurs de l’axe Atlantique ont déposé un préavis de grève pour le premier week-end des vacances scolaires, essentiellement pour dénoncer les pénuries de personnel.

    La perspective de la réforme des retraites s’ajoute au cocktail pour rendre le climat social très incertain.

    Marie Hélène Poingt

  • Feu vert pour l’automatisation de la ligne 13 du métro parisien

    Feu vert pour l’automatisation de la ligne 13 du métro parisien

    Quoique délestée de 20 à 25 % de ses voyageurs sur ses deux branches nord depuis la mise en service du prolongement de la ligne 14 du métro parisien vers Saint-Ouen il y a deux ans, la ligne 13 reste une des plus chargées du réseau d’Île-de-France Mobilités. C’est pourquoi les études d’avant-projet et les financements pour sa modernisation et son automatisation intégrale (une première pour une ligne à roulement « fer » du métro parisien) viennent d’être approuvés par Île-de-France Mobilités (IDFM).

    Ce passage vers une exploitation sans conducteur de la ligne 13 se fera en deux temps. La première étape en sera la mise en service des novelles rames MF19 à partir de mi 2027. Dans un premier temps, ces nouveaux métros seront exploités en conduite manuelle. Ce n’est que dans un deuxième temps que l’on pourra effectuer une transition vers une automatisation intégrale de la ligne 13, opération déjà effectuée sur sur les lignes 1 et 4 du réseau RATP. Qualifiée de « très complexe, avec de fortes implications industrielles, opérationnelles et financières » par IDFM, cette opération pourrait prendre environ 10 ans sur la ligne 13, en effectuant une majorité de travaux la nuit. C’est pourquoi « la date prévue est 2035 ». Mais « à la demande d’IDFM, des pistes d’optimisation/d’accélération ont été identifiées et seront étudiées en phase projet ». On notera que les stations de la ligne 13 situées dans le centre de Paris sont déjà dotées de portes palières, mais que, contrairement aux lignes 1 et 4, les hauteurs de quais n’ont pas été reprises pour être de plain-pied avec les planchers des rames.

    Selon IDFM, qui envisage d’en assurer le financement à 100 %, l’automatisation intégrale de la ligne 13 représente un investissement hors matériel roulant d’environ 837 millions d’euros.

    P. L.

  • Une nouvelle ligne de métro pour relier l’aéroport de Linate à Milan

    Une nouvelle ligne de métro pour relier l’aéroport de Linate à Milan

    C’est la cinquième ligne du métro de Milan, mais elle est numérotée M4 et déjà surnommée « la Blu » du fait de sa couleur bleue sur le plan. Et c’est la deuxième ligne de la métropole lombarde à conduite automatique.

    Longue de 5,7 km et desservant six stations, sa première section a été inaugurée le 26 novembre. Désormais, la gare de Dateo, située dans l’est de Milansur et desservie par la ligne passante, est à neuf minutes du « vieil » aéroport de Linate.

    D’ici au printemps prochain, cette première section doit être prolongée de deux stations jusqu’à la station San Babila, dans le centre de Milan, qui ne sera plus qu’à une douzaine de minutes de l’aéroport. Et pour son achèvement, prévu en décembre 2024, la M4 traversera la ville sur 15 km, entre la gare de San Cristoforo, à l’ouest, et l’aéroport de Linate, à l’est, en passant par le centre historique, via 21 stations, avec un temps de parcours de 30 minutes de bout en bout. Le réseau milanais comprendra alors 118 km de lignes.

    Dirigée par l’entreprise de BTP milanaise Webuild (anciennement Salini Impreglio), la société concessionnaire M4, est responsable de la conception, de la construction et de la gestion de la ligne. Cette dernière sera entièrement souterraine et ses rames de quatre caisses produites par Hitachi Rail Italia (ex-AnsaldoBreda), actuellement au nombre de cinq, sont à conduite automatique, sans conducteur. Avec un passage toutes les 90 secondes aux heures de pointe, la ligne M4 pourra transporter 24 000 personnes par heure dans les deux sens une fois terminée, soit un potentiel de 86 millions de voyageurs par an.

    P. L.

  • Strasbourg ouvre la voie des RER métropolitains

    Strasbourg ouvre la voie des RER métropolitains

    Une bonne semaine après les annonces d’Emmanuel Macron le 27 novembre sur YouTube, promettant dix RER métropolitains, Pia Imbs, la patronne de la métropole de Strasbourg et Jean Rottner, le président de la région Grand Est, étaient à Paris pour présenter à la presse leur RER métropolitain. Il doit entrer en service le 11 décembre. Ce sera le premier RER hors Ile-de-France où il existe depuis 1969.

    Un RER nommé REME pour « Réseau express métropolitain européen ». « Un projet de 700 millions d’euros à ce jour, sur lequel nous travaillons depuis quatre ans, et cinq ans de boulot nous attendent encore », prévient le patron de la région qui ambitionne de relier en 2030, à fréquences cadencées, plusieurs métropoles régionales et transfrontalières : Nancy, Metz, Epinal, Mulhouse-Bâle, Sarreguemines-Sarrebruck, Karlsruhe, de l’autre côté du Rhin. Et d’aller même jusqu’à Reims. Dès le 11 décembre, il ira jusqu’à Molsheim, Hagueneau, et une ligne « traversante » reliera directement Saverne, au nord-ouest de Strasbourg, à Sélestat, au sud, sans correspondance à la gare centrale.

    Service ultra cadencé

    L’ADN d’un RER, c’est le cadencement et la « diamétralisation » en jargon ferroviaire. Autrement dit,  la traversée directe des agglomérations, sans changement. Le REME strasbourgeois promet un train TER toutes les demi-heures, de 5 h 30 à 22 h 30 en semaine et le samedi. A condition de trouver des conducteurs en nombre suffisant. La SNCF annonce 86 emplois supplémentaires pour le REME.

    Sept lignes au total, doté de 120 TER supplémentaires par jour, plus de 800 par semaine. D’ici à juillet 2023, la desserte de la plupart des gares situées à moins de 40 kilomètres autour de Strasbourg devrait encore progresser, jusqu’à 177 passages par jour à Entzheim, 131 pour Haguenau ou 140 à Vendenheim, au nord de Strasbourg. Certains arrêts seront en revanche supprimés, « le REME n’a pas vocation à être un omnibus, les nombreux pôles d’échanges multimodaux sont là pour permettre de passer facilement de la voiture ou du vélo au train », estime Jean Rottner.

    Ce « choc d’offre », comme l’appellent les élus (alors que depuis la rentrée, les suppressions de trains et les retards se multiplient), s’appuie sur la nouvelle voie ferroviaire de huit kilomètres au nord de Strasbourg. Coût de construction de cette « quatrième voie de Vendenheim », 117 millions d’euros.

    La région Grand-Est et l’Eurométropole de Strasbourg (EMS) ont créé, pour le REME, un syndicat mixte commun et financent à parts égales son fonctionnement, soit 130 millions d’euros annuels. La région a annoncé ce matin l’achat de neuf TER Regiolis supplémentaires pour 100 millions d’euros. Au total, le matériel roulant représente 480 millions d’euros.

    Equité territoriale

    « Dans la métropole, le REME va bénéficier à tout le bassin de vie du Bas-Rhin, il s’accompagne de trois lignes de tramways supplémentaires, plus de lignes de cars express cadencées, plus de bus », insiste Pia Imbs qui « au titre de l’équité territoriale, attend de l’Etat une aide pour le transport public urbain », autrement dit comme celle accordée le 6 décembre à Ile-de-France Mobilités, après le bras de fer entre Valérie Pécresse, patronne de l’autorité organisatrice des transports dans la région capitale et l’Etat.

    « Le projet de REME ouvre la voie des RER métropolitains ou régionaux, mais nous devrons imaginer des modes de financement différents selon les métropoles », a rebondi Clément Beaune, le ministre des Transports qui avait annoncé la veille une enveloppe de 100 millions d’euros pour aider les autorités organisatrices de la mobilité urbaine.

    Le conseil d’orientation des infrastructures (COI) qui doit livrer son rapport sur le financement des infrastructures de transport mi-décembre pourra éclairer le gouvernement « L’Etat sera au rendez-vous », a promis Clament Beaune. A suivre…

    Pour Jean-Pierre Farandou, la présentation de ce premier RER en région était «  jour de fête », malgré la nouvelle grève des cheminots le même jour, sur la question des salaires. Le président de la SNCF perd rarement son optimisme.

    N.A