Actuellement entre les mains des députés et sénateurs espagnols, le budget de l’Etat pour 2023 doit être adopté avant la fin décembre. Son volet transports prévoit une enveloppe de 660 millions d’euros afin de prolonger le système d’abonnements gratuits mis en place le 24 août dernier pour les transports sur le réseau Renfe. L’objectif est à la fois de reporter une partie des déplacements de la voiture vers le rail et d’atténuer les effets de l’inflation sur le pouvoir d’achat des ménages.
Compensé par l’État pour le manque à gagner de l’opérateur, ce dispositif multivoyages en vigueur depuis septembre dernier est donc reconduit pour l’ensemble de 2023. Il ne souffre que de peu de critiques, sauf qu’il coûte cher et qu’il a créé des « surréservations » sur les trajets régionaux. Il consiste en un abonnement sur les réseaux Renfe avec un dépôt de 10 euros pour les liaisons banlieues, un autre pour les trains régionaux moyennant 20 euros, ainsi que des tarifs réduits (souvent de 50%) pour la grande vitesse de proximité (Avant). Ces sommes sont récupérables si le bénéficiaire effectue un minimum de 16 voyages d’ici la fin de l’année.
L’opération devait se clore le 31 décembre, mais le 4 octobre, le président du conseil espagnol, Pedro Sánchez, a annoncé son prolongement, vu son succès. En effet, le 24 août (premier jour de la mise en vente) 92 000 abonnements avaient été vendus, soit 85 par minute. Et, dès le 1er septembre, les « abonos recurrentes » avaient dépassé le million écoulé, la plupart de ces transactions étant faites par internet, puis par les automates en gare, et enfin les guichets, carte d’identité à l’appui. Le 12 septembre, Renfe annonçait avoir vendu 1 011 131 abonnements dont 77 % pour des trajets en banlieues. Et l’engouement s’est poursuivi avec 2 millions de titres le 7 novembre et 2,2 millions le 27, vient d’indiquer l’opérateur.
Simultanément, le gouvernement central a décidé d’épauler via une enveloppe de 256,5 millions d’euros les communautés (régions) et les villes qui, en 2022, ont appliqué de leur côté une réduction de 30 % sur les services locaux (bus, métro). D’où des transports en commun stimulés, voire devenus parfois gratuits comme les trains de l’île de Majorque.
Effets immédiats sur les transports collectifs : le nombre de voyageurs de proximité a cru en moyenne de 30,5 % pour l’ensemble du pays. Mesurée à fin novembre et comparée avec 2021 (année affectée, il est vrai, par le Covid), la demande banlieue a fortement progressé : de 60 % à Santander, 55 % à Cádiz et Saint-Sébastien, 38 % à Valence, 28,7 % à Barcelone et de 25,7 % à Madrid. Ainsi que de 59,7 % pour les lignes régionales. De quoi solliciter fortement les convois de Renfe, le matériel des chemins de fer autonomes, les autocars interurbains et les bus.
Michel Garicoix










