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Catégorie : Ferroviaire
Retrouvez toute l’actualité ferroviaire: lignes, matériels ferroviaires et l’actualité des constructeurs et des opérateurs en France et l’international.

Patrick Auvrèle, futur directeur de la Sécurité de SNCF Voyageurs
Succédant à Damien Pallant, qui vient d’être nommé directeur général adjoint de la Sécurité à SNCF Réseau, Patrick Auvrèle prendra le 21 mars le poste de directeur de la Sécurité de SNCF Voyageurs. Il intègrera également le comité exécutif de la SA.Cet ingénieur, qui a fait une grande partie de sa carrière à la SNCF, était depuis 2019 directeur de la Business Unit Valorisation patrimoniale à la direction du Matériel. Il était notamment chargé de mener le programme de rénovation à mi-vie du parc TER, baptisé OPTER.

La SNCF acquiert la société portugaise de fret ferroviaire Takargo
Le groupe SNCF a annoncé mi-mars qu’il allait acquérir la société Takargo, filiale du groupe portugais Mota-Engil, en l’intégrant au réseau Captrain, acteur du transport ferroviaire et de la logistique en Europe au sein de Rail Logistics Europe (le pôle du Groupe SNCF dédié à la logistique et au transport ferroviaires de marchandises).
Créée en 2006 lors de la libéralisation du marché du fret ferroviaire, la société Takargo est devenue le premier opérateur privé de fret ferroviaire au Portugal, réalisant en 2021 un chiffre d’affaire de 16 M€, avec plus d’une centaine de salariés, rappelle la SNCF. « Dans le cadre de sa stratégie de développement, la société a étendu ses opérations aux trafics transfrontaliers avec l’Espagne en 2009 avec la constitution d’Ibercargo, une JV détenue avec Captrain España qui a développé une position forte sur le corridor Espagne-Portugal » ajoute-t-elle.
Selon Frédéric Delorme, le président de Rail Logistics Europe, avec cette acquisition, « Captrain entend poursuivre le développement de son réseau et renforcer sa position dans la péninsule ibérique en capitalisant sur un partenariat fructueux de 13 ans entre la société portugaise et Captrain España. Takargo nous permettra également d’accompagner le besoin de solutions décarbonées sur le corridor Atlantique pour les trafics conventionnels et combinés de nos clients ».
Cette acquisition doit encore obtenir l’approbation des Autorités de la Concurrence.

Le conseil d’orientation des infrastructures appelle le gouvernement à « surmonter un mur d’investissement »
Encore un rapport qui insiste sur la nécessité de faire plus pour les transports collectifs et d’engager plus de moyens pour rénover les infrastructures existantes, en particulier les voies ferrées. Tout juste un an après sa création, le conseil d’orientation des infrastructures a en effet remis le 16 mars au gouvernement son rapport sur le « bilan et perspectives des investissements pour les transports et les mobilités« .
Comme l’instance qui lui a précédé et qui était présidée par Philippe Duron, le nouveau conseil d’orientation des infrastructures présidé par David Valence a défini les priorités : il faut, écrit-il des investissements massifs dans le secteur ferroviaire « pour se remettre au niveau des autres pays européens ». Dans sa liste, le COI, qui rassemble 17 membres (dont le président de la FNTP, celui de l’Afitf, des élus et des experts), place en priorité l’accélération de la régénération du réseau ferroviaire, de la commande centralisée du réseau, et du développement d’ERTMS et de la 5G.
La nécessaire modernisation des autres infrastructures n’est pas oubliée : les routes (faute de quoi, avertissait déjà il y a quelques années Philippe Duron, le réseau routier se retrouvera dans la même situation que les voies ferrées), les ports et les voies navigables « Il convient d’intégrer aux réflexions les transferts rendus possibles par la loi 3DS et la perspective dans dix ans de la fin des concessions autoroutières en cours« , ajoute le rapport.
« Nous avons devant nous un véritable mur d’investissement, qui préfigure un mur de fonctionnement et il va bien falloir trouver collectivement les moyens de surmonter ces défis pour répondre aux multiples enjeux qui nous attendent, » résume David Valence. « La France a sans doute considéré avec trop de certitude durant les années passées que ses infrastructures étaient de qualité, TGV et autoroutes ont masqué la réalité : la France est en retard, très en retard« , poursuit celui qui est aussi maire (radical) de Saint-Dié-des-Vosges et vice-président chargé des Transports de Grand Est.
Au moins 200 milliards d’euros d’investissements sur dix ans
Même si les auteurs du rapport reconnaissent que les investissements dans les infrastructures de transport ont bien augmenté ces dernières années en partie grâce aux crédits du plan de relance, la dégradation de l’état des routes, des voies d’eau et du réseau ferré n’a été que ralentie. « Les attentes exprimées par les interlocuteurs rencontrés par le COI – hors tout jugement sur leur faisabilité ou leur pertinence – représenteraient plus de 200 Md€ d’engagements d’investissement en dix ans« , estiment-ils. Ce qui représente, dès le prochain quinquennat des sommes supérieures d’au moins 50% au quinquennat actuel (y compris la relance), et largement plus du double du quinquennat précédent. Ultérieurement, les besoins devraient être au moins équivalents.
Le rapport, copieux avec ses plus de 130 pages, préconise d’améliorer la gouvernance de la programmation, en revoyant les relations entre les co-financeurs et les maîtres d’ouvrages. Une vision élargie à l’ensemble des dépenses des collectivités en matière de mobilités, même quand elles ne sont pas subventionnées par l’État, est souhaitable, ajoute-t-il, en précisant le rôle croissant des collectivités locales en la marière
Pour définir cette programmation à venir, le COI propose trois scénarios sur 20 ans allant d’un scénario minimal à un scénario maximal (c’est aussi ce qu’avait fait en son temps le conseil d’orientation des infrastructures, ancienne mouture). Toutefois, il ne les chiffre pas revoyant cet exercice à une date ultérieure, « dès que le prochain gouvernement aura explicité ses objectifs (priorités et cadrage financier)« , explique-t-il.
Trois scénarios possibles
Le premier, baptisé scénario socle, rassemble « un noyau dur de thématiques fortement consensuelles » et pour lequel le COI proposera au prochain gouvernement de confirmer qu’elles constituent des priorités. Il comprend en particulier tout ce qui a une dimension patrimoniale et doit être renouvelé ou modernisé : poursuite des investissements sur les réseaux existants, modernisation du réseau ferroviaire, désaturation des points noirs… Il faut aussi continuer à soutenir le fret ferroviaire et favoriser l’intermodalité. Les nouvelles mobilités ne sont pas oubliées, pas plus que les objectifs à tenir pour respecter nos engagements climatiques (équipements de recharge électrique par exemple). Ce scénario devra sélectionner « de façon serrée les projets apportant le plus de valeur ajoutée » en « étalant sur de longues durées » la réalisation des nouvelles lignes ferroviaires. Deux autres scénarios « gradués« , et plus ambitieux, baptisés respectivement scénario sélectif et scénario maximal, seront également proposés.
Pour aller plus loin, il faudra aussi attendre de connaître la nouvelle composition du conseil d’orientation des infrastructures puisque trois de ses membres, des députés, verront leurs mandats remis en question avec les futures élections législatives.
Marie-Hélène Poingt
Pour lire le rapport : https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/COI_rapport%20bilan_perspectives_2022.pdf

Cinq « trains légers » retenus dans l’appel à manifestation d’intérêt
Deux ans après le lancement du plan d’action gouvernemental en faveur des lignes de desserte fine du territoire (février 2020) et presque huit mois après le lancement par l’Ademe de l’appel à manifestation d’intérêt portant sur « la digitalisation et décarbonation du transport ferroviaire » (28 juillet 2021), cinq projets de trains légers et de systèmes ferroviaires adaptés aux trains légers vont bénéficier de plus de 185 millions d’euros d’investissements, soutenus au titre de France 2030 à hauteur d’environ 75 millions d’euros. Le train léger fait en effet partie, avec la digitalisation du réseau ferroviaire et l’automatisation des opérations de fret ferroviaire, des trois thématiques d’investissements prioritaires identifiées et retenues par l’Etat pour bénéficier d’un soutien exceptionnel. Selon le gouvernement, l’appel à manifestation d’intérêt de l’Ademe a rencontré « un franc succès », les projets déposés représentant « un potentiel investissement de plus d’un milliard d’euros ».
Les cinq projets associent une grande diversité d’acteurs : non seulement des constructeurs de matériel roulant (même si l’un des projets, qui porte essentiellement sur un système de signalisation, est mené par Alstom seul) ou des équipementiers, mais également un opérateur (SNCF), une région (Occitanie), des bureaux d’études, des organismes de recherche…
Train Léger Innovant
Le consortium du projet Train Léger Innovant est mené par la SNCF avec de nombreux partenaires industriels dont CAF, Texelis, Thales, Alstom et associant aussi le Ferrocampus de la Région Nouvelle-Aquitaine, à Saintes en Charente-Maritime qui servira de Centre d’expérimentation et laboratoire pour ce train léger et son système ferroviaire (signalisation et contrôle-commande). L’IRT Railenium participe à ce projet, comme au suivant. D’un coût de 90 millions d’euros pour 51 mois, ce projet comprend deux phases: études et démonstrations sur maquettes (2022-2024) et réalisation d’un démonstrateur train léger (2024-2026), en vue d’une mise en circulation à l’horizon 2029.Draisy
Le « train très léger » Draisy (30 places assises, 80 voyageurs maximum) est également mené par la SNCF. Chiffré à 30 millions d’euros pour 52 mois, ce projet sera effectué en Grand Est et Hauts-de-France avec l’industriel Lohr, mais aussi des PME comme IBS pour les batteries et Stations-e pour les systèmes de recharge électrique dans les gares. Solution visant à proposer « des modes de gestion et d’exploitation en rupture », Draisy « comprend une approche progressive de l’automatisation et vise principalement une circulation en site propre, sur des lignes dédiées pouvant être dotées de règles de gestion et d’exploitation différentes de celles applicables au train classique sur le RFN ». Un démonstrateur est attendu à partir de 2025.Ecotrain
Mené par Stratiforme, le projet Ecotrain est soutenu par la région Occitanie, en partenariat avec des industriels dont Socofer (spécialiste des matériels roulants ferroviaires légers ou sur-mesure), avec l’école d’ingénieurs IMT Mines Telecom. Chiffré à huit millions d’euros pour 36 mois, ce système de navettes autonomes ferroviaires légères alimentées par batteries porte sur deux versions : « micro fret » et « passager » (30 places).Flexmove
Mené par AKKA Technologies et la Sicef (Société d’Ingénierie, de Construction et d’Exploitation de la Ferromobile), avec des partenaires industriels dont Alstom et Systra, avec l’Université Gustave Eiffel, le projet Flexmove veut déployer, dès 2022 en Occitanie, un démonstrateur de véhicule léger sur rail pouvant également emprunter la route lors du même voyage. Coût global : 30 millions d’euros pour 36 mois.
La Ferromobile, véhicule rail-route au coeur du projet Flexmove, roulant sur les rails d’une ligne de test en Belgique. SIG4LDFT
Chiffré à 25 millions d’euros pour une durée de 48 mois, ce projet est porté par Alstom, à Saint-Ouen et Villeurbanne. Il s’agit d’une « solution de signalisation frugale, automatisée, à faible coût de déploiement et à la maintenance simplifiée, qui respecte les contraintes de performance et de sécurité exigées pour les lignes à faible densité de circulation », tout en restant interopérable avec les solutions en place. Cette solution pourrait être testée avec le projet Train Léger Innovant sur le Ferrocampus de Saintes.
CBTC et rames Alstom pour la future ligne 7 du métro de Santiago
Alstom fournira deux équipements majeurs de la future ligne 7 du métro de Santiago du Chili, dont l’itinéraire de 26 km devrait compter 19 stations pour son ouverture en 2027. D’une valeur de 355 millions d’euros (pour un projet estimé à 2,3 milliards d’euros), le contrat attribué par Metro SA à Alstom porte sur la fourniture du système de signalisation CBTC Urbalis et du parc de 37 rames Metropolis destinés à la ligne 7, assortie de 20 ans de maintenance. Alstom produira ces nouvelles rames sur son site brésilien de Taubaté et prévoit une livraison des premières voitures en 2025.
Conçues pour une exploitation en mode automatique sans intervention du personnel (GoA4), les rames Metropolis destinées à Santiago du Chili auront une longueur totale de 102 m et pourront transporter 1 250 voyageurs. Chacune des cinq voitures (longues de 21 m pour les deux d’extrémité et de 20 m pour les intermédiaires) présentera quatre larges portes d’accès à deux vantaux par côté. A l’intérieur, dans une largeur de caisse de 2,85 m, l’aménagement sera organisé autour d’un large passage et d’intercirculations ouvertes entre les voitures. Ces rames seront également dotées de la climatisation, d’un système « évolué » d’information des voyageurs et d’équipements de sécurité avec caméras externes haute résolution et interphones.
P. L.

De nouveaux trams-trains Dualis entre Esbly et Crécy-la-Chapelle
Exploitée par tram-train en mode « train » depuis septembre 2011, la courte antenne entre Esbly et Crécy-la-Chapelle, qui fait partie de la ligne P du Transilien, a changé de matériel roulant. Depuis le 8 mars, cette antenne à voie unique de 10 km en Seine-et-Marne est exploitée en Dualis d’Alstom, en lieu et place de l’Avanto de Siemens, qui disparaît après moins de 11 ans de service.
La mise en service du Dualis sur la ligne d’Esbly à Crécy-la-Chapelle a été précédée, le 12 février, d’essais menés par Transilien SNCF pour y vérifier le bon comportement des nouvelles rames, la tenue des temps de parcours, le positionnement sur les quais et l’alimentation électrique. L’électrification en 25 kV 50 Hz de l’antenne d’Esbly à Crécy présente en effet la particularité d’être réalisée par caténaire simple de type trolley, plus légère qu’une caténaire classique.
Selon Ile-de-France Mobilités (IDFM), les rames Dualis sont « plus modernes, plus performantes et plus fiables » que les trams-trains Avanto. Plus précisément, ce remplacement a pour but d’améliorer la fiabilité de l’exploitation et la ponctualité sur la ligne Esbly – Crécy-la-Chapelle, ainsi que le confort des voyageurs. Dans les faits, les nouvelles rames sont plus longues (42 m, contre 37 m) que les anciennes et offrent davantage de places assises (95 sur 250 places, contre 86 sur 242). Le plancher bas du Dualis est intégral (contre 80 % pour les Avant) et le nouveau train-train bénéficie des progrès accomplis sur les éléments de confort : comble-lacunes, vidéosurveillance, système d’information voyageurs visuel et sonore, climatisation… En outre, les Dualis sont dotés de 36 ports USB.
P. L.

Les Héros du fer. Une interview exclusive de Oleksandr Pertsovskyi, PDG des Chemins de fer ukrainiens- Voyageurs
Le patron de la branche voyageurs des Chemins de fer ukrainiens Oleksandr Pertsovskyi, a accordé la nuit dernière par Skype une interview à Ville, Rail & Transports (*voir la vidéo ci-dessous). Parti de chez lui le premier jour de l’invasion pour ne plus y revenir, le jeune dirigeant (36 ans) rappelle que le train est le seul moyen d’évacuation des réfugiés qu’il veut acheminer « jusqu’au dernier moment ». Et salue le courage des cheminots qui prennent chaque jour d’énormes risques. Déjà 26 d’entre eux ont perdu la vie.
Ville, Rail & Transports. Dans quel état se trouve le réseau ferré ukrainien aujourd’hui ? Quelles parties du territoire ne pouvez-vous plus desservir ?
Oleksandr Pertsovskyi. Actuellement, 90 % du réseau ferré est intact malgré quelques ponts détruits. Cinq ou six grandes gares ne sont plus accessibles, comme celle de Marioupol ou de Mykolaïv. Mais nous pouvons contourner les voies et équipements endommagés grâce à des routes alternatives. Dans ce cas, les réfugiés montent dans des bus qui les conduisent dans des gares accessibles.
Il y a deux axes majeurs, un vers l’Est (vers la Russie et la Biélorussie) et l’autre vers l’Ouest. L’axe Est n’est plus accessible : il n’est plus sous contrôle ukrainien et nous n’y avons plus accès. L’axe Ouest en revanche fonctionne. Mais il est attaqué sur plusieurs fronts, venant des zones Nord, Est et Sud. La partie Ouest se fait progressivement encercler.
VRT. Combien de réfugiés avez-vous déjà transporté ?
O. P. Au 11 mars, nous aurons transporté deux millions de personnes. Ce chiffre reste approximatif car en ce moment nos trains transportent quatre à cinq fois plus que leur capacité. Comme nous avons arrêté notre système de billetterie, nous embarquons autant de personnes que possible sur les trains. Nous faisons un gros compromis sur la sécurité…
Les trains sont pleins dans un sens. Dans l’autre sens, ils sont remplis de vivres et de matériels.
VRT. Combien de cheminots travaillent pour faire fonctionner les chemins de fer ?
O. P. Nous sommes le premier employeur du pays avec 230 000 cheminots. 70 à 80 % travaillent au niveau opérationnel et sont sur le terrain. Et tous restent en contact avec l’entreprise. Ils aident à protéger le matériel, à l’entretenir et à garder les dépôts en état de marche.
Certains cheminots ont quitté leur ville, beaucoup sont partis de l’Est du pays pour aller à l’Ouest. Et, de là où ils sont, ils essaient de contribuer au fonctionnement de l’entreprise. Dans leur majorité, ils restent très actifs.
VRT. Avez-vous perdu beaucoup de matériel roulant ? Dans quel état se trouve-t-il ?
O. P. Le matériel roulant qui était proche de la frontière biélorusse a été attaqué car une réserve de fioul se trouve à côté. En attaquant cette réserve au début du conflit, les Russes ont détruit des trains et le dépôt a été endommagé. Des trains ont déraillé.
Au nord de Marioupol, des trains attendaient, prêts à évacuer des réfugiés. Mais ils ne pouvaient pas partir, tellement les bombardements étaient intensifs. Et le réseau a été endommagé. Fort heureusement, personne n’est mort dans l’attaque.
Nous avons tout de même réussi à acheminer du matériel roulant là-bas pour évacuer des gens vers Kiev. Aujourd’hui, on attend le cessez-le-feu pour réparer le matériel.
VRT. Dans quel état d’esprit êtes-vous ? Et quel est celui des cheminots ?
O. P. Chaque jour, nous nous livrons à un véritable numéro d’équilibriste. Nous espérons pouvoir évacuer les réfugiés jusqu’au dernier moment.
Lors des attaques, il y a toujours un risque d’encerclement de la rame, de la ville, ou de destruction de l’infrastructure. A chaque fois, le risque est fort de voir le train et nos personnels rester coincés… Malgré toute la coordination mise en place avec les militaires et malgré la data, nous ne sommes jamais totalement sûrs de pouvoir partir.
Comme le train est le seul moyen d’évacuation, nous faisons tout pour protéger les équipes et les réfugiés. Nous sommes tout le temps sous la pression des autorités locales, mais nous préférons retarder les trains pour être sûrs de les faire passer en sécurité.
Je suis fier du courage des conducteurs, des agents de bord, des personnels de l’infrastructure et de la maintenance. Tout le monde prend d’énormes risques.
VRT. Y a-t-il eu beaucoup de victimes parmi les cheminots ?
O. P. Vingt-six cheminots sont morts en travaillant ou en dehors de leur travail. Pour aider les employés, pour les encourager, nous sommes aussi sur le « front », pour être avec eux, à leur côté, pour leur montrer que personne n’est assis derrière son bureau. Nous sommes toujours en mouvement.
Nous avons mis en place des protocoles pour assurer la sécurité de l’infrastructure. Des ingénieurs vérifient la stabilité du réseau. En temps normal, les trains peuvent rouler jusqu’à 160 km/h. Nous avons instauré des limitations de vitesse : 60 km/h dans les régions les plus attaquées, et 80 km/h dans les régions moins exposées. Cela rend la gestion des horaires très complexe mais réduit le risque au maximum.
VRT. Qu’est-ce qui vous tient debout ?
O. P. Les gens sont forts, il y a beaucoup de résilience. Très peu d’agents ont disparu. L’immense majorité est restée à son poste et continue à être active pour faire tourner les trains. Chacun à sa façon, cela peut être de chercher à assurer la sécurité, en étant dans les gares qui sont bondées…
Beaucoup de monde cherche à quitter les villes bombardées, se rue dans les gares. Un des grands défis est de maintenir la sécurité dans les gares. Il y a des milliers et des milliers de gens qui veulent monter dans les trains. Or, nous sommes limités en nombre pour assurer la sécurité dans les gares, car la priorité de la population est avant tout de défendre la ville. Nous travaillons dans des conditions extrêmement stressantes.
Avant la guerre, nous avions beaucoup travaillé sur le marketing et la satisfaction clients car nos enquêtes montraient que nos passagers nous critiquaient pour nos retards et nos prix. Maintenant, les gens ne payent plus le train, mais ils se montrent solidaires et ils donnent de l’argent pour soutenir l’entreprise… malgré le manque de confort dans les trains !
Ce soutien est une force qui motive les cheminots.
En interne, nous avons mis en place un programme de motivation qui s’appelle « le héros de fer » pour honorer toutes les personnes qui se surpassent ou qui sortent du cadre de leur métier. Ce programme sélectionne jusqu’à une dizaine de cheminots tous les jours : ça peut être un conducteur qui a été dans une zone dangereuse, un agent à bord d’un train ou encore un patron de dépôt.
VRT. Disposez-vous d’assez d’électricité pour le réseau, compte tenu des menaces sur l’énergie nucléaire ?
O. P. La moitié du réseau est électrifiée et la distribution de l’énergie reste gérable. Nous avons eu très peu de pannes de courant jusqu’à présent. Et quand il y en a, nous pouvons utiliser des trains diesel.
Une sorte de rééquilibrage s’est opérée en faveur des trains de voyageurs puisqu’il y a moins de trains de marchandises. Le fret ferroviaire acheminait avant la guerre 800 000 tonnes par jour, il ne représente plus que 200 000 à 250 000 tonnes par jour. Nous pouvons donc récupérer du matériel fret plus puissant pour tracter des trains de passagers.
L’Ukraine n’a pas assez de locomotives. Nous avons d’ailleurs un partenariat avec Alstom qui devait nous livrer du matériel. Nous disons merci à Alstom de s’être dissocié de son partenariat avec la Russie. Cela montre que cette entreprise a une éthique.
VRT. Etiez-vous préparé à ce scénario de guerre ?
O. P. Non, il n’y avait aucune préparation à la guerre. Aujourd’hui, il faut improviser en permanence, savoir s’adapter aux fluctuations des situations. Dans le métier ferroviaire, on prépare les plans de transport une fois par an. Maintenant, il faut le faire quotidiennement, c’est très compliqué. C’est le challenge le plus dur en ce moment, mais ce n’est rien comparé à ce que font ceux qui défendent le pays.
VRT. Plus précisément, quel est votre rôle de manager en cette période ?
O. P. Il faut trouver un équilibre entre gérer la boîte (c’est « business as usual » avec des réunions sur le fonctionnement de la structure) et aller sur le terrain, être toujours en mouvement, se montrer au côté des cheminots et auprès des clients. Il faut faciliter les circulations, aller dans les dépôts, se déplacer au travers du pays. C’est toujours un challenge de pouvoir se déplacer.
L’autre changement, c’est que nous avons donné beaucoup plus de pouvoirs aux équipes régionales pour gérer les circulations et le fonctionnement de l’entreprise. Il y a six régions. Avant la guerre, tout était beaucoup plus centralisé. Désormais, il faut réagir vite et prendre des décisions basées sur chaque situation locale. Le système fonctionne très bien.
VRT. Vous êtes jeune (36 ans, nous avez-vous dit), comment êtes-vous arrivé à la tête de la division voyageurs des chemins de fer ukrainiens ?
O. P. Mon histoire est différente du parcours du cheminot classique. J’ai passé toute ma jeunesse en Ukraine, puis obtenu une bourse pour étudier aux USA, où j’ai étudié la finance. J’ai ensuite travaillé plusieurs années chez DHL sur la logistique.
En 2016, le gouvernement a lancé un appel aux Ukrainiens travaillant à l’étranger pour aider à la transformation du pays. L’objectif était de rendre plus professionnelles les entreprises publiques. J’ai commencé à travailler pour la Poste, le deuxième employeur du pays, et nous avons alors beaucoup travaillé à rendre l’entreprise plus proche de ses clients. Il y a un an et demi, j’ai été invité à reprendre la direction des chemins de fer ukrainiens. Maintenant, la majeure partie de l’équipe dirigeante est composée de jeunes managers qui ont plutôt une formation économique et commerciale. Notre pays cherche à casser les monopoles. Ce qui le différencie de notre voisin à l’Est, qui ne l’accepte pas.
Quand Poutine a annoncé la guerre, il a d’ailleurs affirmé que les organismes d’Etat comme la Poste et les chemins de fer étaient dirigés par des agents de l’Ouest… C’est aussi une de ses raisons pour remettre notre pays dans le droit chemin.
VRT. Quel est votre quotidien et arrivez-vous à voir votre famille ?
O. P. Avec des journées de 18 heures, 19 heures, je n’ai pas le temps de réfléchir… J’ai quitté mon domicile la première nuit de l’attaque et ne suis toujours pas rentré. Je suis tout le temps en mouvement.
J’ai toujours senti que cette invasion allait arriver mais pas à cette échelle. J’avais un bagage avec le strict nécessaire déjà prêt.
Quand la guerre a commencé, j’ai réussi à faire évacuer mes parents qui étaient à l’Est, ainsi que ma fiancée et mon fils, grâce au service ferroviaire. Cela me permet d’être concentré à 100 % sur mon job. Et d’aider les gens.
Quand je pense aux conducteurs de train, aux risques qu’ils prennent pour acheminer des trains à travers le pays, je suis encore plus motivé. C’est pareil pour tout le monde dans l’entreprise.
L’Ukraine avait énormément d’ambitions pacifiques. Le projet pour notre entreprise, c’était la rénovation du matériel roulant, une nouvelle application… Nous avons travaillé jusqu’au dernier moment sur nos projets.
Bien sûr, parallèlement, je réfléchissais à des plans d’urgence au cas où… mais je n’imaginais pas une telle ampleur. Nous avons quand même réussi à anticiper mais, jusqu’au dernier moment, je ne savais pas que ça se passerait ainsi. C’est surréaliste.
VRT. Quelles sont vos relations avec le gouvernement ?
O. P. Nous sommes très proches du gouvernement. Nous travaillons directement avec le ministère des infrastructures qui coordonne tous les réseaux et les différents modes de transport. Par exemple, nous avons ouvert une nouvelle route d’évacuation multimodale. Nous acheminons en train les réfugiés jusqu’à la ville d’Izmaïl. Après, ils voyagent par bateau et remontent le Danube jusqu’en Roumanie.
VRT. Comment coopérez-vous avec les autres entreprises ferroviaires européennes ?
O. P. Nous nous félicitons du partenariat mis en place avec les chemins de fer polonais. Avant la guerre, moins de 1 000 passagers voyageaient chaque jour entre la Pologne et l’Ukraine. Désormais, c’est entre 20 000 et 25 000. Nos amis polonais permettent à un plus grand nombre de trains ukrainiens de rentrer en Pologne et facilitent les procédures. Je peux aussi citer la coopération avec nos amis italiens qui nous donnent des trains médicalisés pour expatrier, sur la frontière ouest, les blessés vers d’autres pays européens.
VRT. Quels messages avez-vous le plus envie de faire passer ?
O. P. Je suis optimiste. Quand j’ai un moment, je réfléchis avec mes équipes à l’après. Le prochain chapitre, ce sera la reconstruction. Une Ukraine prospère dans laquelle le ferroviaire jouera un très grand rôle. Je crois en un très grand réseau ferroviaire européen. J’ai un message à faire passer à l’industrie : un jour ou un autre, ce cauchemar va se terminer. On va reconstruire et inviter les voyageurs enthousiastes ainsi que les experts ferroviaires à travailler avec nous. J’encourage tout le monde à réfléchir à cet avenir pour ouvrir de nouvelles perspectives. Le prix que nous payons, c’est pour que l’Ukraine reste libre et continue à faire partie de l’Europe.
L’autre message, c’est que je veux remercier la communauté internationale ainsi que les compagnies ferroviaires qui ont décidé de nous soutenir et de ne plus opérer dans le pays qui lance cette incroyable agression.
Propos recueillis par Frédéric Demarquette et Marie-Hélène Poingt

Premier aperçu du Ouigo Train classique
On s’attendait à un train rose avec des pastilles bleues – le contraire de la livrée des TGV Ouigo – et la publicité pour Ouigo Train classique avait dit vrai. C’est au crochet de la BB 22340, également pelliculée dans la nouvelle livrée, que les premières voitures Corail affectées au futur service low cost de la SNCF ont été présentées à la gare de Paris-Austerlitz, le 11 mars. Soit un mois exactement avant le lancement du nouveau service qui reliera Paris à Nantes ou Lyon.
Une chose est sûre : la nouvelle livrée ne passera pas inaperçue ! Plus en détail, on notera que les emplacements pour vélos sont bien repérés au niveau des portes, qui ne signalent en revanche aucune classe. Toutefois, on pourra techniquement dire que le confort sera celui offert depuis la fin des années 1990 en 2e classe après rénovation Corail Plus. Plus précisément, cinq des neuf voitures du premier train étaient aménagées à 88 places assises (B11tu), contre 80 pour les autres (B10rtu ou B10tu), avec davantage de place pour les jambes et des tables pour les groupes de sièges en vis-à-vis.
P. L.

Christelle Mary, nouvelle directrice du cabinet de Christophe Fanichet
Depuis le 1er mars, Christelle Mary a pris le poste de directrice du cabinet de Christophe Fanichet, en remplacement de Lucie Ruat « appelée à d’autres fonctions au sein de l’entreprise », selon un communiqué de SNCF Voyageurs. Elle intègre également le comité exécutif de la SA.
Diplômée de l’ESCP Europe, Christelle Mary a rejoint la SNCF en 2006, après avoir travaillé pour le cabinet Deloitte. Depuis 2018, elle était directrice d’établissement gares Transilien, lignes L et RER A.

Trenitalia proposera cinq allers et retours entre Paris et Lyon à partir de juin
La concurrence devient plus sérieuse sur la ligne la plus rentable de la SNCF, entre Paris et Lyon. Depuis le lancement, le 18 décembre, des deux allers-retours assurés chaque jour par les rames Frecciarossa entre Paris et Milan, on s’attendait à un accroissement, au printemps, de l’offre de Trenitalia à grande vitesse entre Paris et Lyon, d’autant plus que les premiers chiffres de fréquentation satisfont l’opérateur. Et ce dernier a confirmé, le 10 mars, que trois allers-retours supplémentaires seraient prochainement proposés entre Paris Gare de Lyon et Lyon Perrache (cette gare n’étant pas desservie par les trains Paris – Milan), via la gare de Lyon Part Dieu. Sur presque toutes les relations, cette dernière gare est reliée en un peu moins de deux heures à Paris.
Dans un premier temps, le 5 avril, un aller-retour supplémentaire sera proposé au départ de Paris Gare de Lyon à 14 h 30 et de Lyon Perrache à 17 h 11 (ces horaires sont susceptibles d’être modifiés). Puis, le 1er juin, deux autres allers-retours viendront compléter l’offre Frecciarossa entre Paris et Lyon, qui comptera quelque 4 600 places de plus par jour, majoritairement hors des heures de pointe (bizarrement, entre 11 heures et 12 heures, deux départs seront proposés de Lyon pour Paris à une demi-heure d’écart, alors que les départs sont espacés de plusieurs heures le reste de la journée).
En attendant le lancement de ces nouvelles dessertes, les réservations sont d’ores et déjà ouvertes pour tous les trains Frecciarossa Paris – Lyon et Paris – Milan de cet été, en ligne sur le site trenitalia.com et l’application Trenitalia France, dans les billetteries de l’opérateur à Paris Gare de Lyon et Lyon Part Dieu, ou aux bornes libre-service installées dans ces gares, ainsi qu’à Lyon Perrache et Chambéry.



