Catégorie : Ferroviaire

Retrouvez toute l’actualité ferroviaire: lignes, matériels ferroviaires et l’actualité des constructeurs et des opérateurs en France et l’international.

  • Les usagers pas convaincus par la future gare du Nord

    Les usagers pas convaincus par la future gare du Nord

    La concertation publique sur le projet Gare du Nord 2024 s’achève. Une réunion bilan aura lieu le 14 mai. La contribution de l’association des usagers des transports, l’AUT Ile-de-France, est très réservée sur cette refonte de la gare qui doit coûter 600 millions d’euros. Rappelons que c’est le projet présenté par Ceetrus (Immochan) qui a été retenu en juillet 2018 et qui doit être mis en œuvre et exploité par la Semop, société d’économie mixte créée en 2019 (Ceetrus, 66 % et SNCF, 34 %).

    La gare, qui accueille aujourd’hui 700 000 voyageurs par jour, s’attend à en recevoir 900 000 en 2030. Le pari de la nouvelle gare consiste, sur le modèle aérien, en une dissociation des flux arrivée – départ. L’accès aux grandes lignes se faisant désormais par un nouveau bâtiment de cinq niveaux établi à la place de l’accès actuel à la gare routière et du bâtiment de métal et de verre construit par Arep dans les années 90, contre la façade historique, au sud-est de la gare. Pour l’association, la gare serait plus que jamais tournée vers le sud, où se fait déjà l’accès aux trains de banlieue et aux RER (80 % des flux). Or, « le prolongement, dans les prochaines années, du RER E (Eole) vers l’ouest va encore accroître les flux de voyageurs du quotidien. Dans ces conditions, concentrer davantage tous les flux voyageurs dans cet angle sud-est de la gare, en y faisant venir les départs grandes lignes, nous semble une mauvaise idée. »

    Lieu de vie ouvert sur la ville

    De plus, « les quartiers nord de la gare demeureraient totalement ignorés », déplorent-ils. La promesse d’une gare « lieu de vie ouvert sur la ville » ou d’une ville entrant dans la gare ne se concrétisera donc pas. À moins, demande l’AUT, que l’on ne crée de nouveaux accès vers les quartiers nord. L’AUT IdF regrette de plus que le projet SNCF ne soit pas accompagné par un projet de la Ville d’aménagement des abords.

    Les usagers soulignent enfin la nécessité de limiter les impacts travaux. Et se montrent dubitatifs sur l’annonce d’aucun impact sur les circulations ferroviaires… malgré la condamnation d’une voie banlieue.

    F. D.

  • 200 emplois menacés chez Fret SNCF

    200 emplois menacés chez Fret SNCF

    Le groupe ferroviaire public a annoncé un plan de restructuration de son activité Fret, prévoyant 200 suppressions de poste, a-t-on appris le 26 avril de sources syndicales. Le communiqué de l’Unsa ferroviaire fait suite à la présentation par la direction de la SNCF d’une restructuration de l’activité fret en difficulté, aux représentants du personnel.

    Cet « énième plan de restructuration« , détaillé le 25 avril devant le comité social et économique du fret, prévoit « quelque 200 suppressions de postes d’appui et d’encadrement » cette année, ainsi que  « la suppression des (quatre) directions fret » actuelles pour « ne laisser qu’une seule direction fret au 1er janvier 2020« , indique l’Unsa ferroviaire. La direction de la SNCF prévoit également « des mesures visant à favoriser les départs et la mobilité« , qui seront « rapidement proposées aux salariés« , ajoute le syndicat.

    Dans le cadre du Nouveau pacte ferroviaire voté par le Parlement en juin 2018, la SNCF va transformer son activité fret en filiale à partir du 1er janvier 2020. La fusion des quatre directions du fret (à Lyon, Lille et deux à Clichy) fera disparaître des postes « transverses (services de ressources humaines, commerciaux, pôle sécurité, etc.) et d’encadrement« , précise l’Unsa ferroviaire dans son communiqué.

    Commentant en février les résultats 2018 de la SNCF, Guillaume Pepy, le patron du groupe, et PDG de SNCF Mobilités, dans lequel est logée l’activité Fret, avait expliqué que la grève du printemps 2018 contre la loi sur le nouveau pacte ferroviaire avait « coûté extrêmement cher au fret ferroviaire français » (lire notre article du 28 février 2019). Structurellement déficitaire, Fret SNCF a durement subi les effets de la grève, « Des clients sont partis et ne sont pas revenus », avait souligné Guillaume Pepy, en rappelant le projet de filialisation de Fret SNCF.

    N.A

  • 400 000 euros pour rénover l’embranchement ferroviaire Mecateamplatform

    400 000 euros pour rénover l’embranchement ferroviaire Mecateamplatform

    Le patron de SNCF Réseau, Patrick Jeantet, a inauguré le 25 avril l’embranchement rénové de Mecateamplatform à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire). Une plateforme de 12 hectares dédiée à la maintenance et à la formation, créée par le cluster ferroviaire bourguignon « Mecateamcluster ».

    Cofinancée par le gestionnaire d’infrastructure ferroviaire, la communauté urbaine du Creusot-Montceau et la société d’économie mixte pour la Coopération industrielle en Bourgogne, le coût de rénovation de cet embranchement à la ligne de Paray-le-Monial à Montchanin a représenté 400 000 euros, pour un mois de travaux.

    Ces travaux pérennisent les investissements réalisés sur l’ancienne friche industrielle dominée par la silhouette du lavoir de Chavannes, aux portes de Montceau-les-Mines. En moins de deux ans, trois nouveaux bâtiments sont littéralement sortis de terre sur Mecateamplatform : la halle de maintenance mutualisée d’engins de travaux ferroviaires, inaugurée le 17 mai 2018, le pôle formation, dont le bâtiment et les voies-école accueilleront les séances de formation aux travaux ferroviaires, et la halle Erion France pour la maintenance des locomotives fret. Les aménagements de cette halle, dont l’inauguration devrait avoir lieu avant l’été, sont quasi achevés, comme a pu le constater Patrick Jeantet, peu avant l’inauguration de l’embranchement rénové.

    1 200 engins par an à terme

    Avec cette implantation dans le sud de la Bourgogne, la branche française d’Erion, filiale de Stadler et des chemins de fer espagnols Renfe, envisage de commencer par traiter quelque 150 locomotives par an, contribuant à la forte hausse que devraient connaître les échanges entre Mecateamplatform et le réseau ferré national. Dès 2020, il est en effet prévu que plus de 1 200 engins transitent chaque année par cette installation terminale embranchée pour bénéficier d’opérations de maintenance.

    En attendant, une fois la halle Erion France et le bâtiment Travaux pratiques du pôle formation inaugurés, Mecateamcluster et la centaine d’entreprises qui en sont membres organiseront à Montceau-les-Mines l’événement biennal Mecateameetings. Cette manifestation, dont la quatrième édition se tiendra les 26 et 27 septembre prochains, combinera convention d’affaires et espaces d’expositions. « Des industriels belges, suisses, allemands ont manifesté leur intérêt », indique Mecateamcluster. L’édition 2019 bénéficiera d’un avantage unique en France pour une exposition ferroviaire professionnelle : les voies ferrées de Mecateamplatform permettront de présenter du matériel en extérieur.

    P. L.

  • Lancement opérationnel de CARE pour booster la filière ferroviaire

    Lancement opérationnel de CARE pour booster la filière ferroviaire

    Les six PME-PMI participantes au projet CARE (Compétitivité accompagnement rail emploi) ont été réunies le 25 avril par l’Etat, les Hauts-de-France, l’Association des industries ferroviaires (AIF), Alstom et Bombardier pour le lancement opérationnel du projet. Le projet SPACE de la filière aéronautique a servi de modèle à CARE, qui est inscrit parmi les projets phares du contrat de filière ferroviaire signé le 9 avril.

    Les six entreprises participantes sont Deprecq (tôlerie fine, mécano-soudure, assemblage), Hiolle Technologies (intégration d’équipements électriques, prestations sur mesure),Mecajet(usinage, chaudronnerie, mécano-soudure), Metal Technologies Manufacturing (tôlerie, mécano-soudure), MSM Europeinture (peinture,traitements de surface), Stratiforme Industries (conception et fabrication de pièces composites, intégration d’équipements). Toutes situées dans la région Hauts-de-France qui concentre près de la moitié des emplois de la filière nationale, elles bénéficieront pendant une année des conseils d’experts afin d’améliorer leur performance en termes de délais de livraison et qualité.

    L’AIF est la structure porteuse du projet. Gérard Cliquet, consultant, est directeur des opérations au sein d’un comité de pilotage qui a pour président Olivier Baril, directeur du site d’Alstom de Petite-Forêt et pour vice-président Laurent Bouyer, président de Bombardier France Benelux. CARE a été impulsé grâce au secrétariat général du comité régional de filière, créé en 2018 et animé par Samia Buisine.

  • CDG Express : RATP Dev-Keolis devront voyager sans bagages

    CDG Express : RATP Dev-Keolis devront voyager sans bagages

    Dans un communiqué du 26 avril, l’Autorité de la concurrence (ADLC) chargée de contrôler les opérations de concentration sur le marché français, annonce son feu vert à la création de l’entreprise commune entre RATP Dev et Keolis pour exploiter la future liaison CDG Express entre Paris gare de l’Est et l’aéroport Charles de Gaulle. Son lancement théorique est prévu pour les JO de 2024, mais il pourrait être retardé (lire). Rappelons que le groupement « Hello Paris » formé par les deux transporteurs publics a remporté le marché en novembre 2018 (lire)

    « Après avoir examiné les effets possibles de l’opération sur les différents marchés concernés (…), l’Autorité exclue tout risque d’augmentation des tarifs ou de dégradation des services« , indique le communiqué. Une fois leur entreprise commune sur les rails, RATP Dev et Keolis « n’auront aucun concurrent opérant des liaisons ferroviaires entre Paris intramuros et l’aéroport CDG« , mais, estime le gendarme de la concurrence, elles ne seront pas en mesure d’augmenter les tarifs ou de dégrader le service CDG Express du fait du contrat conclu avec l’Etat, qui « permet d’écarter de tels risques », juge, confiante, l’ADLC.

    Le risque sur les tarifs et le service écartés par le régulateur, quid des données voyageurs collectées par le futur duo aux commandes du CDG Express ? Ces données permettraient à leur maison mère (SNCF pour Keolis, RATP pour RATP Dev) de coordonner leur comportement lors de leurs réponses à de futurs appels d’offres. L’Autorité de la concurrence exclue également ce risque car ces données « sont limitées aux seuls passagers du CDG Express« .

    Pas de billets couplés CDG Express et transport de bagages

    Finalement, un seul risque a été identifié par les experts de la rue de l’Echelle : la prédation par Keolis et RATP Dev du marché des services d’enregistrement et de transport de bagages entre Paris et l’aéroport Charles de Gaule. Il s’agit d’un tout petit marché, mais il est ouvert et les acteurs sont soumis à l’agrément d’ADP. Citons par exemple Eelways ou Bagages du Monde, avec des tarifs variant de 15 à 45 euros par bagage selon les prestations.

    Keolis-RATP Dev ne pourront donc pas « vendre, en même temps qu’un ticket pour le CDG Express et à des conditions préférentielles, un service d’enregistrement et de transport de bagages vers et depuis l’aéroport« , tranche une décision de l’Autorité du 26 avril (pas encore publiée). Dommage, cela aurait été pratique pour les voyageurs, mais pour ne pas laisser les deux géants du transport de voyageurs profiter de leur position dominante, l’Autorité de la concurrence exige qu’ils confient l’exploitation du transport de bagages ou les services d’enregistrement à des partenaires indépendants. Les contrats seront soumis à l’agrément du gendarme de la concurrence pendant toute la durée de la concession du CDG Express, soit 15 ans.

    Nathalie Arensonas

  • Koumba, un deuxième tunnelier pour la ligne 14 de la RATP

    Koumba, un deuxième tunnelier pour la ligne 14 de la RATP

    Il y a urgence, on le sait, à mettre en service le prolongement sud de la ligne 14 pour les Jeux Olympiques de 2024. Les 14 km à construire d’Olympiades à Orly seront creusés par trois tunneliers sur un chantier où les ouvriers seront à l’œuvre 24 h/24. Deuxième tunnelier du prolongement, Koumba (du nom d’une athlète née dans l’Essonne, en 1998) a été baptisé le 24 avril. Trois semaines à peine après le baptême du premier tunnelier, Claire, à la station Pont-de-Rungis. Koumba creusera 4,5 km entre le centre de maintenance de Morangis derrière les pistes d’Orly et la station Pont-de-Rungis. C’est de là que partira fin mai Claire vers le puits Jean-Prouvé à L’Haÿ-les-Roses. Le troisième tunnelier commencera à creuser cet été de Jean-Prouvé vers Olympiades.

    Une station de métro à Morangis ?

    Si le prolongement est pour l’heure axé sur les Jeux olympiques, les élus commencent à regarder plus loin. Le centre de maintenance de Morangis qui sort de terre sera commun aux lignes 14 et 18 – cette dernière desservira Saclay et Versailles qui en 2027. L’arrivée de la ligne 14 aux portes de l’Essonne ouvre en effet de nouvelles perspectives dans ce sud parisien desservi uniquement par des lignes de RER souvent au bord de la saturation. En l’absence de desserte Transilien, le métro vient apporter des solutions nouvelles que les élus entendent mettre à profit.

    Leur premier combat est d’obtenir une station supplémentaire sur la 14 à Morangis au niveau du centre de maintenance. Dotée d’un parking relais, elle pourrait permettre de soulager en partie les axes routiers congestionnés qui desservent la plate-forme aéroportuaire. ­Pareillement, ils verraient bien la ligne 18 au départ d’Orly filer à l’est vers le sud du Val-de-Marne. En 2021, les emprunts d’OrlyVal auront été totalement payés, et la question de son avenir se posera. À cette échéance, IDFM devra décider si la ligne qui doublonnera avec la 18 entre Orly et le RER B sera pérennisée (après investissements pour une desserte locale) ou tout simplement démontée. Mais pour l’heure ces questions restent accessoires face à l’échéance olympique : les élus qui savent que les arbitrages ­seront délicats commencent à avancer leurs pions. En 2024, la ligne 14 longue de 30 km de Carrefour-Pleyel à Orly mettra l’aéroport à 23 minutes de la Gare-de-Lyon, et à 40 minutes de Pleyel.

    Philippe-Enrico Attal

  • Sylvie Charles, Fret SNCF : « Si on ne se donne pas les moyens d’un report modal, on va droit dans le mur »

    Sylvie Charles, Fret SNCF : « Si on ne se donne pas les moyens d’un report modal, on va droit dans le mur »

    Fret SNCF reporte à 2021 son objectif de retour à la rentabilité opérationnelle, après une année 2018 plombée par les grèves. Digitalisation, nouvelle offre produit, optimisation des capacités, filialisation et recapitalisation : Sylvie Charles, directrice générale du pôle Transports ferroviaires de marchandises et multimodal au sein de SNCF Logistics, fait le point sur les leviers qui doivent conduire au redressement de Fret SNCF. Elle dresse également le bilan des autres activités du pôle.

     

    VRT. En 2017, Fret SNCF avait connu une perte de 114 millions d’euros hors éléments non récurrents, ce qui n’était pas conforme à la marge de redressement prévue. Comment se porte aujourd’hui cette entité ?

    Sylvie Charles. En 2018, Fret SNCF a souffert comme toutes les entreprises ferroviaires des grèves menées lors de l’examen du texte sur la réforme ferroviaire. Le mouvement a notamment été très suivi par les agents de circulation de SNCF Réseau, en particulier dans des zones stratégiques pour nous comme les Hauts-de-France. Nous n’étions donc pas en mesure d’exercer pleinement notre activité, bien qu’il y ait eu un nombre limité de grévistes au sein même de Fret SNCF. Résultat : l’exercice se solde par une perte opérationnelle de plus de 170 millions d’euros, alors que le budget prévoyait une perte de 90 millions d’euros. L’essentiel de cet écart est imputable aux grèves, dont on estime l’impact à 70 millions d’euros. Nous évaluons par ailleurs le manque à gagner en termes de chiffre d’affaires à environ 110 millions d’euros.

    VRT. Etes-vous en mesure de maintenir votre objectif de retour à la rentabilité opérationnelle en 2020 ?

    S. C. Nous confirmons évidemment notre objectif de retour à la rentabilité opérationnelle, mais pour 2021. Plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, on constate que les volumes perdus durant les mouvements sociaux ne sont pas encore tous revenus. Echaudées par la suspension de certaines lignes de production, même s’il n’y a pas eu d’arrêt total, les directions logistiques de certains grands groupes mondiaux ont demandé à leurs équipes européennes de conserver certains flux routiers pour se prémunir. D’autre part, nos cadres ont été mobilisés sur le terrain durant le conflit pour pouvoir préserver un maximum de trains, mais cela s’est fait au détriment de nos chantiers de productivité. Enfin, nous sommes toujours pénalisés par l’état des voies de services, essentielles pour notre activité. Les pouvoirs publics ont certes débloqué des ressources mais le gestionnaire d’infrastructures SNCF Réseau ne parvient pas aujourd’hui à impulser le rythme qui serait nécessaire pour répondre au besoin des entreprises ferroviaires et des chargeurs. L’allocation des sillons, si elle s’est améliorée, doit aussi gagner encore en efficacité.

    VRT. Année après année, les constats se ressemblent. Est-il encore réaliste d’y croire ?

    S. C. Nous restons résolument volontaristes car il est malgré tout évident qu’il y aura une pression croissante pour mettre en place en place en France et en Europe un système de transport plus respectueux de l’environnement. La raison est simple : les besoins en transports de marchandises vont augmenter de 30 % en Europe d’ici 2030. Si on s’en tient à la répartition modale actuelle, il y aura 80 millions de tonnes d’émissions de gaz carbonique en plus et un million de camions supplémentaires sur les routes, soit l’équivalent de toute la flotte allemande. Si on ne se donne pas les moyens d’un report modal, nous allons donc tous dans le mur. Il n’a pas d’alternative à la complémentarité rail/route : plus de rail sur la longue distance et du routier pour la distribution. En France, l’échec de l’écotaxe nous a fait prendre beaucoup de retard. Nous attendons des politiques de transport qu’elles garantissent un peu plus d’équité entre les modes. Cela étant rappelé, nous avons, nous acteurs du ferroviaire, aussi des leviers dans nos mains pour faire avancer le ferroviaire.

    VRT. Le dernier rapport annuel du groupe SNCF évoque en effet pour 2019 « la poursuite de l’optimisation des ressources via l’activation de cinq leviers de performance et par des économies sur les frais de structure ». De quoi s’agit-il ?

    S. C. Les entreprises ferroviaires ont déjà beaucoup évolué, et pour cela, l’ouverture à la concurrence a été une bonne chose. Mais il reste encore énormément à faire, car c’est une industrie dont certaines pratiques n’ont pas été remises en cause depuis des décennies. Le premier levier, qui n’est d’ailleurs pas spécifique à Fret SNCF, c’est donc l’innovation et notamment le digital. En 2018, grâce à un partenariat avec la société TraxEns, nous avons commencé à déployer en service commercial les essais de frein automatiques, après une phase d’expérimentation. Cela nous permet un gain de temps considérables. Autre innovation qui semble évidente mais ne l’était pas : nous sommes enfin en mesure d’informer en temps réel le client et surtout de lui donner une prévision de nouvel horaire d’arrivée en cas d’aléa, grâce aux algorithmes que nous avons développés.

    Notre deuxième levier concerne la gestion capacitaire, c’est-à-dire l’optimisation des capacités des trains en fonction des produits que l’on transporte. Nous avons totalement revu nos plans de transports pour garder des espaces disponibles facilement commercialisables. Cela permet à la fois d’optimiser les ressources et d’aller capter de nouveaux trafics. Nous avions 30 % du plan de transport en gestion capacitaire en 2018 et l’on doit passer à 60 % en 2019. Le troisième levier est d’ordre commercial, avec le lancement d’une offre de produit digne de ce nom lors du deuxième semestre de cette année. On va sortir de la trilogie train massif, wagon isolé, train du combiné.

    Notre plan d’action repose aussi sur une reprise en main progressive de la maintenance du matériel, jusqu’à présent sous-traitée. Il s’agit encore d’un projet, que nous souhaiterions déployer en 2020. De façon générale, nous voulons enfin, et c’est le cinquième levier, achever l’autonomisation de la structure en redéfinissant les prestations dont nous avons besoin de la part de SNCF, par exemple en matière d’informatique ou de ressources humaines.

    VRT. Est-ce un chemin qui vous conduit sur la voie de recapitalisation et de la filialisation ?

    S. C.  C’est une orientation qui a clairement été donnée par le Premier ministre en avril 2018. La direction générale y est totalement favorable, car Fret SNCF a besoin d’un cadre qui réponde mieux aux besoins de ses clients, qui colle à ses spécificités, par exemple en termes d’organisation du travail. Il s’agit de trouver de meilleurs équilibres à la fois pour l’activité et pour les personnels. Je constate d’ailleurs que les esprits ont mûri. En revanche, nous n’avons pas la maîtrise du calendrier puisque la recapitalisation suppose un accord entre l’Etat et la Commission européenne. Les discussions sont en cours. Les autorités françaises et la SNCF ont toujours été bons élèves en Europe, en publiant des comptes dissociés dès la fin des années 90. Les pertes du transport de marchandises – qui existaient avant l’ouverture à la concurrence – ont ainsi été tracées, ce qui est l’exception en Europe. Nous assumons aussi parfois le coût de services qui font l’objet de subventions ailleurs en Europe. En Belgique et en Autriche, par exemple, il y a un système d’aide au wagon isolé. J’ose espérer que tout cela ne nous pénalisera pas. En attendant l’issue des négociations, dans le cadre de la constitution du nouveau groupe public ferroviaire prévue par la réforme de 2018, une solution transitoire sera mise en œuvre à compter du 1er janvier 2020 en rattachant Fret SNCF à une autre entité.

    VRT. D’un point de vue plus opérationnel, sur quelles activités vous appuyez-vous pour mener à bien votre redressement ?

    S. C. Nous croyons beaucoup au potentiel du transport combiné, et dans ce domaine, nous nous réjouissons que la ministre des Transports, Elisabeth Borne, ait reconduit pour cinq ans le dispositif d’aide. Car pour convaincre les transporteurs, il est extrêmement important d’avoir de la visibilité à moyen terme. Nous misons aussi sur le développement de services de plus en plus intégrés avec les clients. Enfin, nous raisonnons sur une logique de corridors, qui nous permet d’être aujourd’hui bien positionnés sur l’artère nord-est, le sillon rhodanien ou encore sur l’axe nord – est/sud – ouest. Le potentiel s’étend d’ailleurs aux flux intra-européens, mais là encore, le ferroviaire souffre d’un système très daté avec des passages de frontières compliqués. Nous travaillons beaucoup avec les opérateurs historiques et les autres entreprises ferroviaires pour faire évoluer les choses qui sont de notre ressort.

    VRT. Comment se portent les autres activités du pôle Transports ferroviaires de marchandises et multimodal ?

    S. C. Elles constituent une partie importante du pôle puisqu’elles cumulent un chiffre d’affaires d’environ 800 millions d’euros, contre un petit milliard pour Fret SNCF. Elles génèrent d’autre part un Ebitda de l’ordre 40 millions d’euros. Les entités actives dans le fret ferroviaire en France ont bien évidemment été elles aussi touchées par les mouvements sociaux de 2018. C’est le cas de VFLI, qui a néanmoins terminé l’année dans le vert, ce qui montre sa robustesse. Naviland Cargo, opérateur de combiné maritime, parvient également à rester dans le vert et à faire son budget, aidé par l’offre Navitrucking qui a permis de limiter les dégâts. Le commissionnaire de transport ferroviaire Forwardis a en revanche connu des difficultés en France. Mais l’entité qui a le plus souffert est incontestablement VIIA. Alors que nous relancions la liaison Calais – Le Boulou interrompue en raison de la crise des migrants, les mouvements sociaux qui ont particulièrement impacté le Calaisis n’ont évidemment pas facilité les choses. Nous sommes néanmoins confiants, et nous nous réjouissons d’avoir par ailleurs pu lancer une nouvelle autoroute ferroviaire en fin d’année entre Calais et Orbassano. Là encore, pour le passage frontière franco-italien, les autorisations n’ont pas été simples à obtenir, mais nous sommes désormais habilités à transporter des matières dangereuses et des produits réfrigérés, ce qui va favoriser incontestablement la montée en puissance. Le réseau Captrain, enfin, poursuit sa croissance. Nous constatons une bonne reprise du développement en Allemagne, où nous sommes n° 2 avec 280 millions d’euros de chiffre d’affaires, évidemment loin derrière l’opérateur historique ! Nous sommes également n° 2 en Italie, et nous misons beaucoup sur Captrain España, constitué l’an dernier par la montée de notre participation dans Comsa Rail Transport à hauteur de 100 %. Nous visons notamment le marché entre la péninsule ibérique et le reste de l’Europe. La part du ferroviaire est aujourd’hui inférieure à 2 %, mais le potentiel est énorme.

    Propos recueillis par Anne Kerriou

  • A Ottawa, le premier Flirt canadien de Stadler

    A Ottawa, le premier Flirt canadien de Stadler

    La capitale du Canada et l’ingénieriste SNC-Lavalin ont à leur tour succombé au charme des rames Flirt de Stadler. Les deux partenaires ont passé la première commande du Flirt au Canada, dans le cadre du partenariat public-privé mis sur pied pour « l’Etape 2 » de la ligne Trillium : 16 kilomètres  ponctués de huit gares dans l’agglomération d’Ottawa, y compris la desserte de l’aéroport international Macdonald-Cartier. Le Canada sera le dix-huitième pays à voir circuler le train conçu par le constructeur suisse (notons que ce dernier a déjà reçu une commande de voitures panoramiques pour le Rocky Mountaineer, qui parcourt les Rocheuses au nord-est de Vancouver).

    Chiffré à 106 millions de dollars canadiens (70 millions d’euros), le marché d’Ottawa porte sur sept rames de quatre caisses, en version diesel-électrique. Aux normes d’émissions Tier 4 final, les quatre moteurs diesel de 480 kW sont regroupés avec une partie de la transmission en power-packs. Conforme aux normes Class 4 (80 mph pour les trains de voyageurs, soit 128 km/h) des voies ferrées nord-américaines, le Flirt canadien satisfait également aux normes d’accessibilité nord-américaines et à la loi de 2005 sur l’accessibilité pour les personnes handicapées de l’Ontario. Produites à Bussnang, en Suisse, les rames Flirt sont également aux normes anti-incendie nord-américaines NFPA 130. Le constructeur souligne que ces trains seront « spécialement adaptés pour le dur climat du Canada », rappelant son expérience dans le domaine en citant comme exemples les Flirt déjà en service en Estonie, Norvège, Finlande et Suède.

    Selon le contrat, Stadler s’engage à livrer les rames à Ottawa, où elles seront testées, à partir de mi-2021.

    P. L.

  • Les Hauts-de-France accélèrent sur l’ouverture à la concurrence des TER

    Les Hauts-de-France accélèrent sur l’ouverture à la concurrence des TER

    Franck Dhersin, vice-président chargé des Transports, et Luc Foutry, président de la commission Transports, ont précisé ce matin, lors d’un point presse, les liaisons TER que les Hauts-de-France souhaitent ouvrir à la concurrence en 2022, ainsi que le calendrier d’ouverture. Chaque jour, 110 000 voyageurs empruntent ces lignes, et « 20 % des trains sont en retard sur certaines lignes […], la région a donc décidé de ne pas rester passive et de trouver une solution en ouvrant à la concurrence », indique le communiqué.

    L’avis de pré-information des futurs appels offres doit être soumis au vote des élus régionaux le 25 avril en vue du lancement des appels d’offres dans un an, en avril 2020, pour une attribution des liaisons concernées (voir ci-dessous) en octobre 2021.

    Les premiers TER de la concurrence pourraient donc circuler mi-décembre 2022 dans le Nord, le Pas-de-Calais, la Somme, l’Oise et l’Aisne (ex-Picardie). En attendant, la région devra signer une nouvelle convention d’exploitation avec SNCF Mobilités jusqu’en 2024 prévoyant « un ticket détachable » pour l’ouverture partielle à la concurrence.

    Si Xavier Bertrand n’avait pas encore franchi le pas, alors que ses homologues de Paca et de Grand Est l’ont déjà fait, c’est parce que « la SNCF se permet de ne pas nous transmettre les informations que nous lui demandons et dont nous avons besoin pour pouvoir lancer la procédure d’ouverture à la concurrence », avait fustigé le président des Hauts-de-France en mars dernier en séance plénière de l’exécutif régional. Il avait saisi l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer) afin d’obtenir les informations relatives aux services ferroviaires régionaux (coût de maintenance des rames notamment) exploités par SNCF Mobilités qu se retranche derrière le secret des affaires. L’association Régions de France a interpellé Matignon sur ce même sujet.

    N. A.


    Quelles lignes pourraient être mises en concurrence ?

    – Paris – Beauvais

    – Paris – Amiens

    – Paris – Saint-Quentin

    – Laon – Paris

    – Etoile ferroviaire Eurométropole (couvre Lille Comines, Roubaix, Tourcoing, Courtrai, Ascq et Tournai)

    – Lille – Lens/Béthune

    – Lille – Valenciennes et Aulnoye-Aymeries vers Valenciennes/Jeumont/Hirson/Saint-Quentin

    – Les lignes reliant Lille et Hazebrouck à Dunkerque, Calais, Boulogne, Etaples et Rang-du-Fliers

    – Saint-Pol-sur-Ternoise – Etaples/Béthune/Arras

    – Les lignes reliant Amiens à Compiègne, Creil, Laon, Hirson, Saint-Quentin, Abbeville, Abancourt, Beauvais, Le Tréport

    – Douai vers Lille, Amiens, Cambrai, Valenciennes, Hazebrouck et Saint-Quentin


     

  • Pour Keolis, la fin d’un very bad trip à Boston

    Pour Keolis, la fin d’un very bad trip à Boston

    Comme des Bleus ! En juillet 2014, lorsque Keolis prend les commandes des trains de banlieue de Boston après avoir délogé un autre groupe français, Transdev, la filiale de la SNCF a-t-elle mesuré où elle mettait les pieds ? Dans la ville de Harvard et du MIT, les transports publics lourds, métros et RER, sont hors d’âge. 640 kilomètres de lignes en mauvais état qui supportent mal les écarts de température et provoquent des retards, du matériel roulant à bout de souffle (certaines locomotives ont 42 ans) qui au premier hiver rude ou à la première canicule, tombent en panne. Les chutes de neige abondantes en 2015 ont paralysé le trafic pendant des semaines. Et pour finir, près de 2 000 cheminots ultra-syndiqués et un directeur général qui finit par faire un burn-out en pleine crise de l’hiver 2015.

    Ce nid de guêpes, c’est le cinquième réseau ferroviaire des Etats-Unis en taille, le plus grand jamais confié à un opérateur privé. Un contrat de 400 millions de dollars par an (350 millions d’euros, la moitié du chiffre d’affaires de Keolis en Amérique du Nord lorsqu’il emporte le marché), sur huit ans. Et une opportunité unique à l’époque pour le Français d’en faire la vitrine de son savoir-faire aux Etats-Unis qui ouvre progressivement ses transports publics à la concurrence.


    Hiver 2015 : pour sa première année d’exploitation des « RER » de Boston, Keolis a fait son baptême de la neige avec des conditions météo extrêmes. Provoquant pannes et retards à répétition.

    Raté. Dès la première année, Keolis perd des dizaines de milliers de voyageurs, excédés par les retards. Le taux de fraude atteint des sommets avec une évasion des recettes évaluée entre 30 et 40 millions de dollars par an. Et le MBTA (l’autorité organisatrice des transports) inflige 2,4 millions d’amendes à l’opérateur pour retards ou défauts de propreté dans les toilettes. Résultat, près de 30 millions de dollars de pertes la première année du contrat, 20 millions en 2016, 10 en 2017. Le miracle s’opère en 2018 avec un finish tout juste à l’équilibre (trois millions de dollars de bénéfice opérationnel). « Ce n’est pas un miracle, c’est le fruit d’une transformation radicale des process industriels, des méthodes de management, marketing et de la révolution digitale », décrit Clément Michel, patron Amériques de Keolis.

    L’avenant miraculeux

    C’est aussi le résultat d’un avenant miraculeux au contrat que Keolis réussit à arracher au MBTA fin 2017 : le Revenue Share Agreement qui partage les risques entre l’opérateur et son délégataire. Une première aux Etats-Unis. Sentant le risque de voir Keolis jeter l’éponge, l’autorité organisatrice accepte le deal : elle continue d’infliger un malus à Keolis si le trafic et les recettes ne sont pas au rendez-vous. Mais elle finance plus de travaux sur l’infrastructure et verse des bonus si les objectifs de performance sont atteints. La recette fait mouche : en 2018, la courbe de fréquentation s’inverse, les « RER » de Boston enregistrent une poussée de fréquentation « de 5 à 6 % », calcule Clément Michel soulignant qu’aux Etats-Unis, la tendance est baissière : -2 à -3 % par an.

    « On revient de loin », résume sobrement David Scorey, directeur général du réseau, appelé à la rescousse en 2016 alors qu’il dirigeait la franchise ferroviaire Southern au Royaume-Uni. « Je travaille dans le secteur ferroviaire depuis longtemps, je peux vous dire qu’à Boston, on dirait le Royaume-Uni des années 80 ! Rien n’a évolué depuis des décennies », décrit-il. Un trajet dans une banlieue défavorisée nouvellement reliée par le train à Boston est un voyage dans le passé… Une visite au Boston Engine Terminal, l’équivalent d’un technicentre de la SNCF, une plongée dans les années 70. Signes de la transformation en cours : la salle de crise flambant neuve à un million de dollars cofinancée par le MBTA (jusqu’en 2017, un agent était dépêché sur place et rapportait les incidents par téléphone), et la nouvelle pointeuse par empreintes digitales pour mettre fin à la fraude aux heures de travail. « Par un jeu d’échanges de fiches, un certain nombre de mécanos arrivaient à éviter plusieurs heures de travail par jour », selon Clément Michel.

    Hausse du trafic

    Aujourd’hui, Keolis semble avoir remis ses opérations sur les rails à Boston. « La fréquentation explose : plus 22 % depuis 2014, soit 130 000 voyageurs par jour. Et le taux de ponctualité est à 91,8% en 2018 », félicite Daniel Grabauskas, directeur général du MBTA. Les recettes progressent de 25 % avec la vente de billets à bord, les tickets sur smartphone et l’installation de tourniquets dans les trois gares principales de Boston où transitent 90 % des passagers. Une mesure pour endiguer la fraude dont le taux atteint 20 %. Le plus gros défi maintenant, c’est le renouvellement du matériel roulant.

    L’heure de vérité sera en 2022, au moment où le MBTA décidera de lever ou non la première option de renouvellement du contrat de Keolis pour deux années supplémentaires.

    Nathalie Arensonas