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Catégorie : Ferroviaire
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Pepy ne croit pas à une grande grève
Reçu lundi à Matignon, le trio de tête de la SNCF – Frédéric Saint-Geours, président du conseil de surveillance, Guillaume Pepy, président du directoire et PDG de Mobilités, Patrick Jeantet, PDG de Réseau – n’a pas fait de déclaration à l’issue de la rencontre. Ce matin sur France Info, Guillaume Pepy a estimé : « Les cheminots ont intérêt à ce qu’il y ait un avenir pérenne pour la SNCF. Je suis persuadé que l’écoute, la concertation et la négociation vont permettre d’éviter une grande grève. » Et d’ajouter : « Si chacun fait un effort, […] si tout le monde se met ensemble, parce que tout le monde a intérêt à cette réforme, à ce moment-là, on peut améliorer le système ferroviaire français et en faire un des meilleurs d’Europe. » Quant à une « privatisation » de la SNCF, du fait de son changement de statut, Guillaume Pepy a simplement précisé ; « même pas en rêve, cela n’a rien à voir. On est un établissement public, la proposition est de devenir une société nationale ».

Les syndicats cheminots préparent leur riposte au rapport Spinetta
Reçues lundi 19 février par la ministre des Transports, Elisabeth Borne, les quatre organisations syndicales représentatives de la SNCF (Unsa, CFDT Cheminots, SUD-Rail, CGT) vont se réunir en interfédérale jeudi. Avant que le Premier ministre ne fasse part, le lundi 26, de la méthode et du calendrier de la concertation sur la nouvelle réforme de la SNCF.
A l’issue de la réunion du 19 février, Roger Dillenseger (secrétaire général de l’Unsa-Ferroviaire) a estimé que « la ministre a cherché à nous rassurer » et dit que « le rapport Spinetta n’est pas une fin en soi ». « Tout n’est pas bloquant », pense Roger Dillenseger. Il y a deux points de la plus haute importance sur lesquels l’Unsa espère des évolutions : les petites lignes, et le statut. Car, pour ce syndicat considéré comme modéré (deuxième organisation syndicale de la SNCF), « la fin de l’embauche au statut, c’est la ligne rouge ». L’Unsa débat en ce moment dans ces instances nationales, notamment pour arrêter sa position sur sa participation à la manifestation du 22 mars, à laquelle appelle la CGT. Roger Dillenseger fait état de « remontées du terrain » montrant des « cheminots très virulents ».
Deuxième syndicat reçu par Elisabeth Borne, la CFDT Cheminots. La CFDT (quatrième syndicat aux dernières élections) a rappelé à la ministre les lignes rouges qu’il ne fallait pas franchir. Didier Aubert, secrétaire général, les énumère : « la transformation des Epic en SA, la remise en cause du statut des cheminots, la suppression de petites lignes, la filialisation du fret… » A toutes ces questions, comme à celle d’un vrai calendrier de désendettement, la CFDT attend des réponses de l’Etat stratège. Quant à la journée du 22 mars, Didier Aubert ne veut pas y voir « l’alpha et l’oméga » des réactions syndicales aux projets de réforme ferroviaire du gouvernement.
SUD-Rail (troisième OS) a été reçu le troisième, dans une réunion qui, selon Erik Meyer, secrétaire fédéral, n’était « ni de concertation, ni de négociation », mais plutôt une « explication de texte ». Si rien n’a été formulé de façon définitive par la ministre, Eric Meyer rappelle que « nous avons assez d’expérience dans le dialogue social pour voir où le gouvernement souhaite se diriger ». Et, pour lui, c’est « quasiment l’intégralité du rapport » qui est confirmé. Notamment « la confirmation de la volonté de passer en SA et de mettre fin au statut de cheminot pour les nouveaux embauchés ». Seul bémol entendu : « l’avenir et le traitement des lignes secondaires », dont le sort pourrait être revu, compte tenu de soucis de continuité territoriale et d’aménagement du territoire absents du rapport Spinetta. SUD-Rail devait arrêter demain mercredi, à la veille de l’interfédérale, sa position sur la journée d’action du 22 mars.
Laurent Brun, secrétaire général de la CGT Cheminots (première OS de la SNCF), a déclaré en sortant du ministère, en fin de journée : « Toutes nos craintes sont confirmées, il n’y a pas de véritable volonté de développement » du ferroviaire, « on est plutôt sur une logique d’attrition et de régression, […] une logique de casse du service public. » Un communiqué doit préciser ce mardi en milieu de journée les positions du premier syndicat de la SNCF.
Un appel à une grève des OS semble très probable. D’autant que l’approche d’élections professionnelles, en novembre, ne pousse pas à la conciliation. Le gouvernement a donné l’impression d’être prêt à lâcher du lest sur la fermeture des petites lignes. Bruno Gazeau, président de la Fnaut, reçu ce mardi par Edouard Philippe, a tenté de sensibiliser le Premier ministre à la question. En renonçant aux coupes claires préconisées par Spinetta, le gouvernement éviterait un front commun entre syndicats, usagers élus ruraux et régionaux. Le maintien des petites lignes n’irait cependant pas forcément dans le sens des OS. Il pourrait se traduire par l’adoption de méthodes d’exploitation plus légères que celle de la SNCF. Et justifier de plus belle leur ouverture à la concurrence.
F. D.

Espagne : la Renfe cherche un partenaire stratégique pour le fret
En mars prochain, la compagnie nationale Renfe doit lancer un appel à assistance pour évaluer sa filiale marchandises et rechercher un « partenaire stratégique » avec lequel elle s’associera. Son « Plan fret » 2017-2023 prévoit un développement ciblé (intermodal, sidérurgie, vrac, automobiles), y compris à l’international. La part modale du rail en Espagne est seulement de 4,9 % et Renfe Mercancias assure 72,7 % des tonnages, lesquels ont diminué de moitié depuis 1980. L’objectif est de constituer pour 2019 un « groupe logistique intégral » sous la forme d’une société mixte où Renfe Mercancias aura la moitié du capital aux côtés du nouveau partenaire qui pourra être un « opérateur ferroviaire, logistique voire un armement naval ».

La Fnaut condamne le « déclinisme » du rapport Spinetta
Elle approuve de nombreuses propositions de Jean-Cyril Spinetta. La Fédération nationale des usagers des transports (Fnaut) est d’accord avec l’« apurement partiel de la dette » de la SNCF, qui permettrait de renouer avec un « cercle vertueux ». Elle approuve aussi « la conversion de SNCF Mobilités en société anonyme ; le pilotage de la modernisation du rail par SNCF Réseau, le rattachement de Gares & Connexions à SNCF Réseau, la réduction du rôle de l’Epic SNCF de tête, la filialisation de Fret SNCF et la création d’une filiale « lignes capillaires » de SNCF Réseau ».
C’est fondamental, et pas du tout en ligne avec les syndicats cheminots. Sur la proposition qui les fâche le plus, l’extinction progressive du statut des cheminots, la Fnaut garde un silence prudent. Cette disparition est cependant la conséquence logique d’une mise en concurrence qu’elle demande avec constance. La concurrence régulée pour les TER, pourrait en effet, juge la fédération, « permettre de gagner beaucoup en efficacité » : voir le rail régional allemand, moins cher de 40 % que son voisin français.
Ces nombreux accords n’empêchent pas la Fnaut d’être fort critique envers un rapport qu’elle juge « très conformiste, basé sur les préoccupations financières de l’Etat et les orientations déclinistes de la SNCF ». En effet, juge-t-elle, « le rapport Spinetta ignore les conditions particulièrement inéquitables de concurrence entre le rail et les autres modes de transport, voyageurs et fret, qui expliquent largement la sous-utilisation du train et son manque de rentabilité : le trafic actuel ne reflète pas le trafic potentiel ».
Elle s’oppose donc « à une contraction inéquitable du réseau ferré ». Elle s’étonne que le rapport préconise de « supprimer les “petites lignes“ peu fréquentées, sans même s’interroger sur la faiblesse de la clientèle alors que les routes parallèles sont souvent surchargées ».
Or, cette faiblesse résulte, selon la fédération « de celle de l’offre, de la dégradation des lignes, d’une exploitation déplorable par la SNCF et à des coûts excessifs », supérieurs de 40 % à ceux qui sont observés en Allemagne. Le rapport ignore de plus « les innovations techniques et commerciales introduites par les opérateurs étrangers, qui expliquent la croissance du trafic ferroviaire, voyageurs et fret, observée dans tous les pays voisins ». Et, s’il propose « de confier la rénovation des petites lignes aux régions », c’est « sans moyens financiers nouveaux ».
Fermer, c’est inéquitable et cela ne sert à rien, puisque, « depuis 1960, beaucoup de “petites lignes“ ont été supprimées au détriment du maillage du réseau, donc des “transports du quotidien“ des habitants des villes moyennes, sans rétablir la santé financière du rail ».
La Fnaut attend donc du gouvernement qu’il « rejette toute contraction du réseau ferré avant l’introduction de la concurrence et de nouvelles méthodes d’exploitation des “petites lignes“ et qu’il soumette rapidement au Parlement le schéma des services de transport ferroviaire prévu par la loi du 4 août 2014 ».
Autre point de désaccord : le rapport préconise « une libéralisation dangereuse des services TGV sous la forme de l’accès libre (open access) », alors que la Fnaut propose « une formule de franchises regroupant TGV et Intercités, associée à une dose limitée d’accès libre ».
F. D.

Les régions s’inquiètent des menaces de fermetures des petites lignes
Il n’y a pas que les organisations syndicales à se dire plus qu’inquiètes par les perspectives ouvertes par le rapport Spinetta. Les élus locaux rejoignent le rang des mécontents sur les questions de desserte du territoire. Si par la voix de leur association, les régions se disent satisfaites des préconisations du rapport sur l’ouverture à la concurrence, qui reprend leurs principales demandes, elles se disent « très préoccupées » par les menaces qui pèsent sur les petites lignes. « Le transport ferroviaire ne peut se réduire, dans une vision “parisianocentrée“, à du transport de masse à l’image des RER franciliens. Le transport ferroviaire a également un rôle d’irrigation des territoires, en complémentarité avec les autres modes de transport », indiquent-elles dans un communiqué.
Elles s’opposent à la fermeture des lignes UIC 7 à 9 et à leur transfert sans contreparties financières aux régions. D’autant que Jean-Cyril Spinetta va plus loin en proposant de ne pas maintenir les engagements de l’Etat qui concerneraient justement des petites lignes dans le cadre des CPER. L’Etat est tenu de respecter ses engagements, rappellent-elles.
Enfin, elles opposent aussi une fin de non-recevoir à la suggestion du rapport d’augmenter progressivement les redevances payées par les régions pour leurs TER. La guerre n’est pas encore déclarée mais les élus affûtent déjà leurs armes.

Les industriels approuvent Spinetta… et misent sur un réseau 4.0
Pour la Fédération des industries ferroviaires (FIF), les propositions du rapport Spinetta « paraissent aller dans le sens du retour à un modèle économique viable ». D’accord donc avec la concurrence dans le transport intérieur de voyageurs « prévue par la réglementation européenne ». Avec la filialisation du fret ferroviaire de la SNCF « favorable à l’augmentation de l’activité et à l’amélioration des performances dans ce secteur ouvert à la concurrence depuis 2007, mais longtemps victime d’une politique d’attrition ». Ou, encore, avec la perspective d’un désendettement « à l’instar de celui qui est intervenu en Allemagne il y a plus de vingt ans ».
La FIF approuve aussi la priorité donnée à la régénération des infrastructures. Elle souligne toutefois que celle-ci ne peut « se limiter à une simple maintenance de l’existant, mais passe également par une profonde modernisation, notamment du système d’exploitation du réseau ». Dans la logique des partenariats engagés entre SNCF Réseau et les industriels pour cette modernisation, la FIF insiste sur l’importance d’un « réseau 4.0, intelligent et entièrement digitalisé » permettant une « amélioration très significative des performances du transport ferroviaire ». Les industriels comptent bien montrer, grâce à la digitalisation, que le ferroviaire, « transport de masse en profonde mutation, indispensable pour gérer les flux de transport générés par les grandes agglomérations, et adapté à la transition écologique et énergétique », « n’est pas un mode de transport du passé dont il conviendrait simplement de gérer le repli en bon ordre ».
F. D.
Photo : Louis Nègre, président de la FIF.
Eurostar reliera Londres à Amsterdam le 4 avril
La nouvelle était attendue depuis le début de la décennie. Désormais, Eurostar a officiellement donné la date du lancement de sa nouvelle relation à grande vitesse entre Londres et Amsterdam : ce sera le mercredi 4 avril. Proposés à partir de 40 euros l’aller simple, les billets sont mis en vente dès ce mardi 20 février.
Non seulement ces nouvelles relations offriront des temps de trajet de 3 heures 41 (Londres – Amsterdam) et de 3 heures 01 (Londres – Rotterdam), mais le temps de trajet entre Londres et Bruxelles sera raccourci de 17 minutes, tombant à 1 heure 48.
Eurostar rappelle qu’avec « plus de 4 millions de passagers voyageant chaque année par avion entre Londres et Amsterdam », ce marché est équivalent à celui entre Londres à Paris lors du lancement des trains à grande vitesse sur cette dernière relation en 1994. Au cours des 23 dernières années, rappelle Eurostar, « le marché du voyage entre Londres et Paris a plus que doublé, les clients optant toujours plus pour le train à grande vitesse par rapport à l’avion ».
Pour le transporteur, le marché entre Londres et les Pays-Bas a donc un potentiel « sans nul doute significatif ». Et c’est en partie pour ce marché qu’Eurostar a passé commande des nouvelles rames e320 à Siemens, les anciennes rames n’ayant pas été étudiées pour circuler sur le réseau ferré néerlandais – à grande comme à petite vitesse. Mais, de l’aveu d’Eurostar, les préparations en vue de la nouvelle relation ont été « longues », avec un vaste programme de tests sur le réseau néerlandais à grande vitesse et la construction des terminaux Eurostar à Amsterdam et Rotterdam.
La nouvelle desserte sans changement entre Londres et les Pays-Bas débute pourtant à petite échelle, avec deux trains par jour. De plus, alors que ces relations seront sans changement dans le sens de Londres à Rotterdam et Amsterdam, le voyage dans l’autre sens se fera « initialement » avec Thalys jusqu’à Bruxelles-Midi, où une correspondance et les contrôles de passeports et de sûreté auront lieu. Le temps de parcours total en sera rallongé de plus de 100 minutes (entre 4 heures 40 et 4 heures 49 d’Amsterdam à Londres).
Mais Eurostar est optimiste : « Cet arrêt est une mesure temporaire permettant aux gouvernements du Royaume-Uni et des Pays-Bas de conclure un accord concernant le contrôle des passeports au départ des Pays-Bas, de manière identique à ce qui existe sur les autres principales destinations Eurostar. Les gouvernements se sont engagés à mettre en place cet accord d’ici la fin de l’année 2019 afin de permettre aux passagers Eurostar de profiter d’un service direct dans les deux directions. »
Patrick Laval

Le rapport brûlot de Jean-Cyril Spinetta
Dans son rapport sur l’avenir du transport ferroviaire remis au Premier ministre le 15 février, Jean-Cyril Spinetta préconise de tailler dans le réseau des lignes capillaires, d’éteindre progressivement le statut de cheminots pour préparer la concurrence, d’alléger la dette mais sans trop dire comment, de faire de SNCF Mobilités et de SNCF Réseau des sociétés anonymes à capitaux publics. Ses propositions sont dans l’ensemble conformes à ce qu’on pressentait. Et hérissent les cheminots. Une phase de consultation sur le rapport, conduite par Edouard Philippe et Elisabeth Borne, commence avec toutes les parties prenantes.
Pas de pitié pour les petites lignes
« Certaines lignes du RER parisien supportent les trafics les plus denses au monde, alors que les 10 000 km du réseau le moins circulé ne supportent que 2 % du trafic voyageurs. » Jean-Cyril Spinetta rappelle ce constat, et s’étonne qu’à la différence de ses grands voisins la France ait gardé un si grand nombre de petites lignes dont l’entretien est ruineux. Il demande que SNCF Réseau réalise un état des lieux de la partie la moins utilisée des infrastructures. Et souhaite que l’on coupe les branches mortes. Des préconisations qui ne doivent pas gêner Patrick Jeantet. Les chiffres sont éloquents. Les petites lignes coûtent 1,7 milliard d’euros par an (exploitation des trains, exploitation et renouvellement de l’infrastructure) pour 2 % des voyageurs. L’inventaire de SNCF Réseau devrait déboucher sur une nouvelle segmentation du réseau, s’affranchissant des catégories UIC 7 à 9, devenues peu pertinentes, pour distinguer un réseau principal, un réseau secondaire dont le maintien est justifié et un réseau obsolète.
Pas de restriction des dessertes TGV
Jean-Cyril Spinetta était invité par sa lettre de mission à repenser la stratégie de desserte des TGV. Ce qui l’a amené à revoir une piste qu’avait explorée la SNCF sans l’adopter et qu’il repousse à son tour. L’idée : limiter les parcours des TGV aux lignes à grande vitesse et à quelques dessertes complémentaires. Desservir donc 40 gares au lieu de 200. Sur le papier, c’était intéressant. 15 % de chiffre d’affaires en moins pour 20 % de marge opérationnelle en plus. La SNCF a jugé que c’était injouable. Cela supposait le transfert de dessertes terminales aux régions, heurtait de plein fouet des voyageurs habitués au confort de parcours sans changement, ou des villes voulant à tout prix garder leur TGV. L’hypothèse a donc été écartée en 2014 par la SNCF, qui a lancé les TGV low cost pour regagner des marges. Choix de l’entreprise approuvé par Jean-Cyril Spinetta, qui demande logiquement qu’on s’assure que « la tarification de l’infrastructure ne constitue pas un obstacle au financement de dessertes à faible rentabilité. »
Quant au développement des lignes à grande vitesse, il est à peu près oublié, conformément aux vœux de la SNCF et aux directives d’Emmanuel Macron. Spinetta utilise une formule qui permet de ne pas fermer la porte sans l’ouvrir non plus. Le réseau est, dit-il, « abouti », tout en précisant qu’il n’a pas dit « achevé ». Un réseau peut-il être abouti sans être achevé ? Un bel exercice pour les futurs oraux du bac, par exemple dans l’académie de Toulouse.
Concurrence et transfert obligatoire
Le quatrième paquet ferroviaire qui prévoit l’ouverture à la concurrence du secteur doit être transposé en droit français avant le 25 décembre prochain. Ce qui impose de ne pas traîner.
Pour les liaisons commerciales (les grandes lignes), le rapport prend position pour l’open access, tout en ménageant la possibilité pour la puissance publique d’organiser des obligations de service public sur certaines lignes.
S’agissant des TER, Spinetta reprend à son compte l’idée largement répandue d’aller progressivement vers la concurrence, dans le cadre de délégations de service public. Il propose de garder la règle de l’attribution directe à la SNCF jusqu’en 2023, tout en autorisant, « par exception », aux régions qui le souhaitent de confier par appel d’offres une partie des services.
Si la SNCF est évincée d’un marché, il y aura transfert obligatoire du personnel, avec transfert du contrat de travail et des droits principaux, notamment le salaire, la garantie de l’emploi, le régime de retraite ou encore les facilités de circulation. En cas de refus d’un salarié de la SNCF d’aller chez un concurrent, il pourra y avoir rupture de contrat de travail.
De nouvelles règles pour l’organisation du travail
Pour réduire l’écart de compétitivité entre la SNCF et ses futurs concurrents (le rapport l’évalue classiquement à 30 %, en pointant les frais de structures et les excédents de personnels), la SNCF devra s’attaquer « à la polyvalence des emplois, l’assouplissement de ses organisations du travail et du temps de travail, à son système de rémunération » affirme le rapport. L’entreprise peut d’ores et déjà faire évoluer ces règles en passant par la voie de la concertation comme le permet la loi de 2014. Mais pour éviter de fâcheux précédents et donner plus d’autonomie à la SNCF, l’ancien patron d’Air France préconise d’abandonner le principe d’approbation de l’Etat pour certaines décisions sociales.
Le statut comme on s’y attendait
« Dans le cadre de la loi, il pourrait être mis un terme au recrutement au statut de nouveaux embauchés. » On ne peut être surpris par la proposition. La direction de la SNCF fait déjà pas mal de pédagogie en ce sens. En expliquant plutôt dix fois qu’une que, naturellement, les droits des cheminots au statut seront maintenus. Reste que la mesure est extrêmement sensible. De plus, en attendant qu’une loi permette ce changement radical (qu’ont connu La Poste et Orange), Jean-Cyril Spinetta préconise « une évolution des règles statutaires permettant à la SNCF plus « d’agilité » dans un monde concurrentiel en transformation rapide ». (Voir aussi ci-dessous.)
Des plans de départs volontaires pendant deux ans
Malgré les efforts de reclassements, « l’entreprise subit le coût d’excédents d’effectifs qu’elle gère tant bien que mal ». Des sureffectifs évalués à quelque 5 000 personnes. Le statut interdisant de recourir à des procédures de ruptures collectives, Spinetta suggère le recours pendant deux ans à des plans de départ volontaires. Ce qui pourrait représenter des gains de productivité très rapides, ajoute-t-il.
La filialisation pour Fret SNCF
Malgré les restructurations engagées depuis des années pour redresser la situation, Fret SNCF continue d’enregistrer des résultats négatifs (314 millions de pertes en 2016). La dette accumulée (4,3 milliards d’euros) explique en partie ce résultat. Les engagements pris auprès de Bruxelles pour obtenir en 2005 une recapitalisation (à hauteur d’1,4 milliard) n’ont pas été tenus. Il est donc fort probable que la Commission européenne exige une filialisation de Fret SNCF. Une demande ancienne, déjà présente quand Louis Gallois était président de la SNCF. C’est aussi une recommandation du rapport.
Cette perspective rend nécessaire de nouveaux efforts pour « normaliser » l’entreprise, ce qui passe par l’amélioration de l’efficacité industrielle, une réduction des coûts de structure et la maîtrise des coûts salariaux. A ces conditions, « une recapitalisation pourra être envisagée : la dette de Fret SNCF pourrait être en grande partie reprise par SNCF Mobilités dont la structure financière est saine ».
Un Epic de tête et deux SA
C’est l’une des surprises du rapport. Si on s’attendait à une proposition sur la transformation de l’Epic SNCF Mobilités en une société anonyme, on l’envisageait moins pour SNCF Réseau.
Pour SNCF Mobilités, Jean-Cyril Spinetta le justifie à la fois par une explication classique (la nécessité de disposer d’une gouvernance plus agile), et par l’attitude de Bruxelles vis-à-vis des Epic qui conduisent à des distorsions de concurrence du fait de la garantie d’Etat illimitée dont ils disposent.
SNCF Réseau trouvait un avantage au statut d’Epic : il permet d’emprunter à très bas taux. Mais cette facilité est un piège, et Jean-Cyril Spinetta estime que la transformation en SA empêchera précisément de « s’endetter sans limite ». Il apporte une garantie à ceux qui s’inquiétent d’une possible privatisation ultérieure : les actions d’Etat doivent être incessibles. Finalement, ce sera un retour à la situation antérieure, puisque la SNCF était une société nationale à capitaux publics entre 1937 et 1982, rappelle-t-il.
L’Epic de tête, enfin serait conservé car « l’unité de groupe est une dimension importante ». Mais il serait « allégé ». La Suge (la police ferroviaire) lui serait notamment retirée pour être rattachée à SNCF Réseau. Gares & Connexions, actuellement direction indépendante mais sous le giron de SNCF Mobilités, ce qui entretient « une certaine suspicion quant à son indépendance », serait aussi rattaché à Réseau.
La dette : quel montant ?
Emmanuel Macron le disait aux cheminots dans le journal d’entreprise Les Infos de juillet 2017. « Parlons franchement ; si on reprend la dette, quel nouveau pacte social SNCF est-elle prête à avoir ? Les Allemands ont fait quelque chose d’assez clair, parce que, politiquement cela a été porté. Je souhaite qu’on puisse le porter durant ce quinquennat ». Or, ce que les Allemands ont fait d’assez clair, à l’occasion de la réunification, c’est l’extinction du statut. Bref, la logique du donnant-donnant, c’est : fin de la dette contre fin du statut. Le rapport Spinetta ne formule pas ce lien de façon aussi « cash »; mais l’esprit est le même . Il reste assez général ou évasif sur la dette et le montant que l’Etat pourrait reprendre. Dans sa recommandation 13, il veut « évaluer la possibilité de traiter une part de la dette de SNCF Réseau, compte tenu des efforts de productivité qui seront engagés par ailleurs ». Pour lui, le traitement de la dette devrait « s’accompagner de dispositions interdisant pour l’avenir à SNCF Réseau de reconstituer une dette non soutenable. » Très bien. Mais on a connu « l’article 4 », cher à Claude Martinand, premier président de RFF, qui interdisait au gestionnaire d’infrastructure de se lancer dans des investissements dégradant ses comptes, et on a vu la dernière loi ferroviaire adopter une règle d’or qui n’empêche pas la dette de croître de trois milliards par an. Jean-Cyril Spinetta propose de durcir les dispositions de la règle d’or. Et compte sur la transformation de SNCF Réseau en SA pour empêcher l’entreprise « de s’endetter sans limite » (voir ci-dessus).
FD et MHP
Commentaire
En route !
Le rapport de Jean-Cyril Spinetta est la nouvelle pièce d’un puzzle qui commence à s’assembler et dessine le visage du transport de demain, tel que l’imaginent ou le dessinent nos dirigeants. Au-delà des mesures qu’il propose, presque toutes attendues, il participe à restreindre la part du ferroviaire dans les déplacements. A limiter son rôle dans le pays. A en enregistrer le déclin, et à l’accentuer.
Nouvelle pièce, pourquoi ? Le premier rapport Duron, Mobilités 21, invitait il y a cinq ans à marquer le pas dans les grands investissements, surtout ferroviaires. Puis sont venus les bien nommés cars Macron. Le second rapport Duron invite à en finir avec les espoirs mal placés dans le report modal. A cela s’ajoute un thème de plus en plus insistant, celui de la révolution technologique du véhicule autonome, et de la place que peut prendre la voiture réinventée. Cette place future est bien difficile à évaluer aujourd’hui. Elle est pourtant inscrite comme un horizon dans la lettre de mission de Jean-Cyril Spinetta. Un nouvel avenir radieux, pour mieux tourner la page d’un présent décevant.
On ne va pas dénoncer pour autant un complot antiferroviaire. Ce serait ignorer la réelle révolution des usages, apparue depuis peu, que représentent l’autopartage et le covoiturage, qui ne sont pas nés du cerveau d’un énarque anticheminot. Et on ne peut pas masquer les faiblesses extrêmes du ferroviaire : réseau mal entretenu, services déficients, coûts énormes.
La fin d’un vieux monde…
Jean-Cyril Spinetta demande que l’on recentre le chemin de fer sur sa zone de pertinence. Il est loin d’être le premier à le faire. C’est même devenu un petit refrain. Sa zone ? Ses zones plutôt. Pour les voyageurs, c’est le mass transit en Ile-de-France et autour des métropoles ; et c’est la desserte à grande vitesse de celles-ci. Pour le reste, circulez. En voiture de préférence. On a connu quelque chose qu’on appelait le train, qui convenait bien à la desserte de l’ensemble du territoire. C’était il y a longtemps. Ce rapport enregistre la fin du train. On va plutôt connaître le TGV d’un côté, le RER de l’autre, ou le RER des métropoles que Philippe Duron demande dans son rapport. Entre les deux, le risque que le vieux désert français se fasse un désert ferroviaire aussi.
… la fin de « la » SNCF
« La ». La disparition de l’article devant les quatre lettres est voulue par le marketing depuis des années. Cela ne doit plus être un sigle, mais une marque. C’est depuis 2014 inscrit dans la loi. SNCF ne veut plus dire Société des chemins de fer français. C’est le nom d’une entreprise dont la mission n’est plus liée à un métier. Emmanuel Macron l’a dit aux cheminots, en des termes qui sont précisément ceux des dirigeants de la SNCF. « Pour moi, l’avenir de SNCF, c’est d’être le grand opérateur de référence des solutions de mobilité à travers la France et l’Europe. » Quel rapport avec les recommandations de Spinetta ? La segmentation des marchés et des parcours dans le ferroviaire, le recours à la multimodalité, forcent à l’assemblage de ces parcours. Et SNCF fournit un énorme effort pour être cet assembleur. A raison d’ailleurs.
Mais ce qu’on peut aussi attendre de l’opérateur historique, c’est qu’il progresse dans le savoir-faire du cœur de métier. On se souvient du constat de Jacques Rapoport, venu de la RATP et découvrant une « SNCF pas assez câblée informatique ». SNCF Réseau s’ouvre maintenant à des partenaires privés pour des opérations recourant aux technologies nouvelles. Ces technologies pourraient bien permettre une maintenance du réseau beaucoup moins coûteuse et plus efficace. Bâtir un réseau intelligent. Après tout, il n’y a pas que la route qui puisse être intelligente. Mais, alors que la DB a engagé son programme Bahn 4.0, la SNCF n’en est pas là et Spinetta n’en fait pas une priorité. Dommage, soupirent des bons connaisseurs du ferroviaire, pour qui un tel programme peut « réconcilier ceux qui pensent que le train coûte trop cher et ceux qui pensent qu’il a un avenir ».
L’enterrement de jeunes espoirs
Le rapport Spinetta, c’est aussi le glas du Grenelle de l’environnement. Il n’a pas deux siècles comme le train ou 80 ans comme la SNCF, mais on dirait qu’il appartient à une époque révolue. Il y a à peine plus de dix ans, le Grenelle avait affirmé une forte ambition ferroviaire, au nom du développement durable. Le processus, conduit par Jean-Louis Borloo, avait, c’est vrai, débouché sur un catalogue de projets dépassant les espoirs les plus fous des ferroviphiles les plus atteints. Le développement d’autoroutes ferroviaires de plaine a fait partie de ces bizarreries.
On savait qu’il faudrait passer les projets au crible. On l’a fait, une fois, deux fois, trois fois. Assises du ferroviaire, rapport Duron 1, rapport Duron 2. Au bout du compte il ne reste plus grand-chose des ambitions de développement. Jean-Cyril Spinetta a été chargé penser l’avenir du transport ferroviaire. En fait, il s’est penché sur l’avenir qu’il lui reste. Un avenir tracé par le fort développement des métropoles. Les desservir. Les relier. En accompagnant ce mouvement de métropolisation, la SNCF risque de le renforcer. Des métropoles qui gonflent, des villes moyennes qui meurent. Est-ce inéluctable ? Il ne revient pas à un transporteur de définir la politique d’aménagement du territoire. A un gouvernement, si. Le rapport Spinetta l’y aide-t-il ? Et le gouvernement s’en soucie-t-il ?
Le risque d’un cocktail détonnant
La grève de 1995 est née de la conjonction d’au moins deux projets du gouvernement. Un contrat de plan programmant – donnant donnant – des suppressions massives d’emplois à la SNCF contre son désendettement. Et le plan Juppé de réformes des retraites. A quoi on peut ajouter la révélation de plans très importants de suppression de lignes ferroviaires… Le cocktail d’aujourd’hui est plus fort encore. Extinction du statut, filialisation du fret, concurrence dans le TER et le TGV, suppression de toute une partie du réseau, et réforme des retraites à l’horizon… Les gouvernants sont avertis. Pourquoi prennent-ils ce risque ? Peut-être pensent-ils que depuis 1995, le monde a radicalement changé, que les questions de statut n’ont plus cours en pleine ubérisation, que la force symbolique du monde cheminot n’est plus la même… Spinetta a fait des propositions. Il se dit qu’elles ont été amendées avant publication par Elisabeth Borne. Elles vont maintenant passer à nouveau par le filtre du gouvernement menant une concertation puis, dans le cadre du projet de loi sur les mobilités, par celui du Parlement. En l’état il n’est pas étonnant. Il est détonnant.
FD

Le ministre britannique des Chemins de fer veut éliminer le diesel… avec l’hydrogène
« Nous nous sommes engagés à mettre fin aux ventes de voitures à essence et diesel d’ici 2040. Si nous pouvons y parvenir, pourquoi le chemin de fer ne peut-il pas aspirer à un objectif similaire ? » C’est en ces termes que Jo Johnson, ministre britannique des Chemins de fer, a interpellé l’industrie ferroviaire de son pays, l’invitant à se montrer plus ambitieuse sur le plan environnemental et à proposer des idées et des stratégies pour éliminer progressivement les trains diesel d’ici 2040. Ceci alors que les deux tiers du réseau britannique ne sont pas électrifiés.
Pour y parvenir, Jo Johnson a son idée : « J’aimerais voir des essais de trains à hydrogène sur les chemins de fer britanniques dès que possible. Par rapport au diesel, l’hydrogène offre une alternative abordable et beaucoup plus propre, potentiellement. Cette technologie s’est développée rapidement ces dernières années. A tel point qu’Alstom teste actuellement un train qui n’émet que de la vapeur et de l’eau condensée, tout en pouvant atteindre 140 km/h et parcourir jusqu’à 800 km. »
Développé par Alstom, en premier lieu pour les lignes non électrifiées des Länder allemands, l’iLint s’invite ainsi au débat sur l’électrification des voies ferrées britanniques, relancé l’été dernier par l’annulation de projets dans le sud du pays de Galles (Great Western Main Line), dans les Midlands (Midland Main Line) et dans le nord de l’Angleterre (Trans-Pennine). La hausse des coûts de l’électrification et l’arrivée des rames bimodes Hitachi ont été prises comme arguments pour justifier l’annulation de cette série d’électrifications. Mais cette décision a nui à l’image du gouvernement conservateur et entraîné l’ouverture d’une enquête… Ce qui peut expliquer le soudain volontarisme affiché par le ministre britannique des Chemins de fer.
Par la voix de son directeur général, Mark Phillips, le RSSB (Bureau britannique de la sécurité et de la normalisation des chemins de fer), a indiqué qu’il participe déjà à des programmes de recherche et d’innovation pour un rail plus durable. « En 2015, nous avons cofinancé un projet pilote de sept millions de livres [soit environ huit millions d’euros, NDLR] sur un train alimenté par batterie avec des partenaires industriels [projet Ipemu avec Bombardier, NDLR] et nous travaillons avec Alstom pour un train à hydrogène fin 2019 ou début 2020. »
Pour Jenifer Baxter, chargée des questions énergétiques à l’Institution of Mechanical Engineers (IMechE), « la transition vers un réseau de transport à faible niveau d’émissions nécessitera l’introduction d’un mix de technologies et de solutions différentes ». Citant les trains hybrides (diesel et batteries) et l’hydrogène « sur des lignes où l’électrification est prohibitive », Jenifer Baxter juge qu’il faudrait déjà commencer par mettre en œuvre le « stop-and-start » sur les locomotives diesel actuelles afin de réduire les émissions pendant que les trains sont en gare. La spécialiste est plus réservée vis-à-vis des trains bimodes, « qui nécessitent des coûts d’investissement et de maintenance plus élevés que les trains purement électriques et qui sont plus lourds en mode diesel que les trains diesel ».
Directrice générale du Rail Freight Group (RFG), qui représente les intérêts des entreprises de fret ferroviaire, Maggie Simpson est encore plus prudente : « Les batteries et l’hydrogène sont peut-être prometteurs pour les trains de voyageurs légers, mais leur application aux trains de fret lourds est tout au mieux non éprouvée, alors que le délai arbitraire de 2040 pourrait être contre-productif ». Le RFG préférerait que les subventions de rénovation pour les bus et autres véhicules routiers soient étendues aux chemins de fer et que l’électrification du réseau stratégique pour le fret soit poursuivie, dans la mesure où elle est « abordable ».
Enfin, Mick Cash, secrétaire général du syndicat des Transports RMT, est carrément critique. « Quand on envisage sérieusement l’élimination des trains diesel, on ne fait pas passer à la trappe des projets clés d’électrification. Il faudra aussi savoir qui va payer : il ne faut pas faire de cadeau aux compagnies privées aux frais des contribuables. »
P. L.
Jean-Cyril Spinetta présentera son rapport jeudi
Il devait remettre son rapport « au plus tard pour le mois de janvier 2018 », précisait la lettre de mission du Premier ministre. Jean-Cyril Spinetta le présentera jeudi, a annoncé hier Edouard Philippe devant la presse, à l’issue d’une réunion d’une heure et demie au Centre national des opérations ferroviaires, aux abords de la gare de l’Est. Une réunion qui lui a permis de rencontrer des cheminots et à laquelle assistaient également quelques dirigeants de l’entreprise ferroviaire, dont le PDG de SNCF Mobilités, Guillaume Pepy.
« Avant de prendre connaissance de ce rapport, il me semble intéressant de pouvoir évoquer avec les agents la façon dont ils voient à la fois la force du transport ferroviaire, les défis auxquels il est confronté et les menaces peut-être qui pèsent sur lui », a expliqué le Premier ministre. Selon Matignon, cette réunion est également la première « d’une série de rencontres avec des acteurs du monde ferroviaire français dans les prochains jours et prochaines semaines ».
Ces précautions et ce retard dans la remise du rapport s’expliqueraient par des tensions assez vives autour de son contenu. L’ancien patron d’Air France-KLM a jusqu’aux tout derniers jours rencontré les syndicats de la SNCF : la CFDT et l’Unsa lundi, Sud rail et la CGT devaient l’être ce mardi après-midi. Des syndicats très inquiets qui, contrairement à leurs attentes, n’avaient pu avoir connaissance du rapport avant sa publication. Et particulièrement hostiles à l’idée d’une extinction du statut de cheminot, qui pourrait ne plus s’appliquer aux nouveaux embauchés, sur le modèle de La Poste ou, en Allemagne, de la Deutsche Bahn.
Rappelons que Jean-Cyril Spinetta doit selon la lettre de mission, « préparer une stratégie d’ensemble pour refondre le modèle du transport ferroviaire dans le cadre d’un marché ouvert à la concurrence, en préservant les missions d’un service public performant ». Ce qui doit l’amener à « préciser la stratégie de desserte par le transport ferroviaire d’ici 2030 », en « anticipant des ruptures technologiques comme le véhicule autonome ».
Il doit notamment préciser le modèle de desserte des services à grande vitesse en liaison avec les services régionaux ; revoir l’ensemble du modèle économique du ferroviaire, formuler des « propositions sur la tarification du réseau », sur « les modalités de prise en charge et de remboursement de la dette de SNCF Réseau » ; et préparer l’ouverture à la concurrence, dans les services conventionnés (où la transposition du quatrième paquet ferroviaire doit être effective avant le 25 décembre de cette année), comme dans les services non conventionnés. Un chantier stratégique « à trois dimensions » résume la lettre : « stratégie ferroviaire, stratégie économique et financière, stratégie d’ouverture à la concurrence ». Rien que ça…
F. D. et M.-H. P.