Catégorie : Ferroviaire

Retrouvez toute l’actualité ferroviaire: lignes, matériels ferroviaires et l’actualité des constructeurs et des opérateurs en France et l’international.

  • La gare RER du Cnit-La Défense sera construite par Vinci et Spie Batignolles

    La construction de la future gare Cnit-La Défense, dans le prolongement de la ligne E du RER à l'ouest de Paris, va être réalisée par un groupement associant Vinci Construction et Spie Batignolles, pour un montant de 496 millions d'euros.
    La société SNCF Réseau a attribué ce contrat à Vinci Construction France et à ses filiales (Vinci Construction Grands Projets, Dodin Campenon Bernard, Soletanche Bachy France et Botte Fondations), au côté de Spie Batignolles TPCI et Spie Fondations, précise Vinci dans un communiqué du 7 avril.
    Les travaux, qui débuteront l'été prochain et devraient durer 61 mois, portent sur la construction de la nouvelle gare de la Défense, sous le dôme du Cnit, et de ses tunnels adjacents, un chantier souterrain de « haute technicité », souligne le groupe.

  • Tensions autour du cadre social harmonisé du rail

    L'Union des transports publics et ferroviaires (UTP, qui regroupe SNCF et entreprises privées) a transmis le 5 avril son projet. Celui-ci a été très mal accueilli, y compris par les syndicats les plus réformistes.
    Pour certains, ces propositions seraient un « copier-coller » des règles minimales posées par le gouvernement et posent de « gros problèmes » sur la rémunération des astreintes et l'encadrement du travail de nuit.
    L'Unsa et la CFDT doivent se prononcer avant mercredi sur une éventuelle grève commune le 26 avril avec la CGT et SUD, après un précédent mouvement unitaire du 9 mars.
    De son côté, au vu du projet présenté par l'UTP, « très éloigné de la réglementation du travail à la SNCF », SUD a appelé à un rassemblement mercredi à 11h à Paris près de la gare Montparnasse. Une étape vers une « grève reconductible » dans les semaines à venir, espère le syndicat, qui a déposé en mars un préavis de grève pour couvrir toute initiative jusqu'au 31 mai.

  • L’autorail Coradia Lint d’Alstom passe la barre des 900 commandes

    Portant sur huit autorails à livrer d’ici mars 2019, la commande que DB Regio vient de passer auprès d’Alstom, marque le 900e Coradia Lint vendu par ce dernier. Chiffrées à « près de 40 millions d’euros », ces huit unités produites sur le site allemand de Salzgitter sont destinées au réseau diesel de la région de Nuremberg (Moyenne Franconie), où elles pourront circuler en unités multiples avec les 27 Lint 41 livrés par Alstom à DB Regio en 2008. Ces autorails bicaisses peuvent accueillir 370 voyageurs chacun, dont 170 assis, et atteindre une vitesse maximale de 140 km/h. Les nouveaux autorails comporteront des espaces polyvalents spacieux pour les fauteuils roulants, les vélos et les poussettes, ainsi que « des toilettes dédiées et un accès sans obstacles pour une circulation rapide des voyageurs ». Un système d’information dynamique en temps réel ainsi que de caméras de surveillance sont également au nombre des équipements. Ce matériel est également conforme à la spécification technique d’interopérabilité STI LOC&PAS 2014.

  • LGV Bretagne – Pays de la Loire. La SNCF communique le détail des dessertes

    La SNCF a rendu public, le 8 avril, le détail des dessertes de l’ensemble des villes situées sur la nouvelle ligne LGV, qui mettra Rennes à moins d’une heure et demie de Paris à partir du 2 juillet 2017.
    Rennes, qui est aujourd’hui à 2 heures 04 de Paris sera à 1 heure 25 avec les trains les plus rapides, et à 1 heure 39 en moyenne, soit un gain compris entre 32 et 39 minutes. Brest, qui est à 4 heures 11 sera, elle, à 3 heures 25 avec les trains les plus rapides, tandis que Quimper passera de 4 heures 16 à 3 heures 31.
    « Les temps de parcours sont améliorés de 30 minutes à plus de 40 minutes, cela va permettre d’accélérer très significativement la desserte de la Bretagne, ce qui est vraiment une bonne nouvelle pour tous les Bretons », a déclaré à l’AFP Barbara Dalibard, directrice générale de SNCF Voyageurs.
    Au total, le nombre d’allers-retours Paris-Montparnasse – Rennes sera de 29,5 par jour, dont 12,5 directs pour Rennes (un de plus), 6,5 avec un arrêt (au Mans) et 10,5 avec deux arrêts. Il y aura par ailleurs deux allers-retours supplémentaires pour la pointe bretonne, vers Brest pour le nord, et Quimper pour le sud.
    Pour les Rennais, le premier TGV permettra d’arriver à Paris vers 7h45 et le dernier de partir de la capitale vers 21h15. Pour les Parisiens, le premier train permettra d’arriver à Rennes avant 8h30 et le dernier de quitter Rennes vers 21h30.
    Les grilles horaires seront officiellement publiées au moment de la mise en vente des billets, soit quelques mois avant l’entrée en service.
    La SNCF espère augmenter d’au moins 1,5 million le nombre de voyageurs sur ces trajets, en plus des 20 millions actuels.
    Le montant total de l’investissement pour les 182 km de lignes nouvelles et 32 km de raccordements s’élève à 3,5 milliards d’euros. La rénovation des rames coûte, elle, 800 000 euros.

  • Brétigny : la SNCF devra financer une partie des frais de justice des victimes

    La SCNF a été condamnée, le 8 avril, à verser 60 000 euros de provisions à une association de victimes de la catastrophe ferroviaire de Brétigny-sur-Orge (Essonne), une somme qui servira à prendre en charge une partie des coûts de la procédure.
    L’association Entraide et défense des victimes de la catastrophe de Brétigny, qui estimait de ne pas pouvoir lutter « à armes égales » dans ce dossier, avait saisi la justice fin janvier afin que la SNCF finance une partie de ses frais de justice. Cette demande visait à rétablir une égalité de moyens entre les victimes et la SNCF en permettant à l’association, partie civile dans l’enquête, d’avoir recours à des experts.
    Le juge des référés du tribunal d’Evry a donné raison à l’association et estimé que ses moyens financiers « très limités » la plaçaient « dans une situation de net déséquilibre par rapport à la SNCF ».
    Avant d’engager une procédure judiciaire, l’avocat avait formulé fin 2015 une demande « à titre amiable », qui avait été rejetée par la SNCF.
    La compagnie ferroviaire a souligné auprès de l’AFP « qu’elle avait décliné un versement direct qui aurait pu paraître comme ambigu entre parties prenantes d’un même dossier juridique ».
    « Cette décision permet d’avoir une base légale pour la prise en charge d’une partie des frais de justice. La SNCF entend donc la respecter et va procéder aux versements des fonds », a ajouté l’entreprise publique.

  • Alstom renforce sa présence en Afrique australe en acquérant 51 % de CTLE

    Alstom renforce sa présence en Afrique australe en acquérant 51 % de CTLE
    Le 6 avril, Alstom a annoncé avoir finalisé l'acquisition d'une participation de 51 % dans l’entreprise sud-africaine CTLE (Commuter Transport & Locomotive Engineering), spécialisée dans la rénovation du matériel ferroviaire. La part acquise par Alstom a été vendue par l’entreprise sud-africaine CTE (Commuter Transport Engineering, spécialisée dans la rénovation de trains de banlieue) et l’institut de financement IDC (Industrial Development Corporation), qui restent actionnaires. Connue sous le nom Union Carriage & Wagon (UCW) avant son rachat par CTE en 2013, CTLE fournissait du matériel roulant aux South African Railways et exécutait des commandes pour plusieurs pays d'Asie et d'Afrique australe. Au cours des dernières années où elle s’appelait encore UCW, l’entreprise a également participé avec Bombardier au montage des rames du train rapide Gautrain, qui relie Pretoria, Johannesburg et son aéroport.

    Avec la prise de participation d’Alstom, l’entreprise a à nouveau changé de raison sociale pour Alstom Ubunye (« unité » en langue zouloue). Son nouveau PDG est Yvan Eriau, qui est également directeur général d'Alstom Afrique du Sud. Ce qui permettra de renforcer la présence dans ce pays d’Alstom, qui travaille également sur la fourniture de 600 trains de banlieue X'Trapolis Mega pour Prasa (Passenger rail agency of South Africa). A cette fin, le constructeur a mis sur pied la coentreprise Gibela, qu’il détient à hauteur de 61 %, avec New Africa Rail (9 %) et Ubumbano Rail (30 %). « Les activités de Gibela, dédiées à 100 % au marché des trains pour Prasa, sont parallèles avec celles d’Alstom Ubunye » précise Gian Luca Erbacci, vice-président senior d’Alstom Moyen-Orient et Afrique. Qui plus est, le site de Dunottar, où se construit l’usine Gibela, n’est qu’à quelques kilomètres de l’ancienne usine UCW à Nigel, c'est-à-dire à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Johannesburg, dans la province du Gauteng. « De quoi constituer un véritable pôle ferroviaire en Afrique du Sud », envisage Gian Luca Erbacci.

    A Nigel, sur son unique site de production de 80 000 m2, Alstom Ubunye compte de l’ordre de 450 salariés. Plus que ce site, « nous avons acquis des compétences, une longue tradition ferroviaire », insiste Gian Luca Erbacci. Et avec l’apport de la technologie et du savoir-faire du nouvel actionnaire majoritaire, le site Alstom Ubunye pourra étendre ses activités à l'infrastructure, à la signalisation, aux trains et aux composants, ainsi qu’aux services. « Notre but est de répondre aux besoins des pays limitrophes et de l’Afrique subsaharienne en matière de transports ferroviaires », déclare le vice-président senior d’Alstom Moyen-Orient et Afrique, qui rappelle que « plusieurs projets de transports urbains sont à l’étude en Afrique australe ». En particulier, « un appel d’offres pour l’extension du Gautrain », mais aussi « de nouveaux trams à moyen terme en Afrique du sud, au Cap, à Johannesburg et à Pretoria », voire « à Maputo et Luanda », les capitales du Mozambique et de l’Angola voisins. Et parallèlement, l’usine de Dunottar a un plan de charge garanti pour au moins une décennie.
    Patrick Laval

  • Mise en service de la ligne de tramway sur pneus de Medellín

    Mise en service de la ligne de tramway sur pneus de Medellín

    La première ligne de tramways sur pneus du continent latino-américain a été intégralement mise en service commercial le 31 mars 2016 à Medellín, en Colombie Longue de 4,3 km, la ligne d’Ayacucho devrait transporter près de 85 000 passagers par jour. Commandés à NTL en avril 2012 par la société Metro de Medellín, les 12 tramways sur pneus Translohr qui y circulent sont particulièrement adaptés à la topographie de la ville dont les pentes jalonnant le parcours de la ligne peuvent atteindre 12 % et dont certaines courbes ont un rayon de 20 m.

    Cette ligne, qui avait été inaugurée en octobre dernier avec une mise en service partielle, devrait proposer une interconnexion avec les deux lignes de télécabines desservant les quartiers très difficiles d’accès, en juillet 2016 pour l’une et début 2017 pour l’autre.
     

  • Hop! d’Air France à l’assaut du train, des bus et du covoiturage

    L’activité court-courrier d’Air France Hop!, créée en 2013 par le regroupement des compagnies régionales françaises (Airlinair, Brit Air et Régional), a annoncé des pertes divisées par deux en 2015 (70 millions d’euros), par rapport à 2014 (140 millions d’euros). Forte de ce redressement, Hop! va ouvrir une nouvelle ligne Navette entre Paris-Orly et Montpellier qui s'ajoutera aux quatre déjà existantes, vers Toulouse, Bordeaux, Marseille et Nice.

    Pour renforcer sa compétitivité par rapport à la concurrence du train et de la route, Hop! prévoit également que les avions de la Navette seront positionnés aux mêmes portes d'embarquement dans les mêmes halls dans les aéroports, ce qui permettra à un client SkyPriority de « voir son parcours entre l'arrivée à l'aéroport et la porte d'embarquement réduit à moins de 20 minutes ».

    Enfin, Hop ! va proposer à partir du 12 avril une nouvelle carte jeune à 49 euros destinée aux 12-24 ans, valable un an et qui permettra de bénéficier d'offres tarifaires allant jusqu'à 30 % de réduction sur une centaine de lignes domestiques, hors Paris – Corse.

  • VSC veut être numéro un européen

    Avec 4,32 milliards d’euros, voyages-sncf.com affiche une hausse de 3,1 % de son volume d’affaires en 2015. Le distributeur de billets par Internet, filiale de la SNCF vise la première place en matière de tourisme « numérique » d’ici 2019 en Europe. Dans ce but, VSC mise sur le « smart tourisme » ou tourisme « numérique » qui consiste à faciliter le voyage grâce au digital.

  • Le développement du tramway en Chine : un potentiel important mais fragile

    Le développement du tramway en Chine : un potentiel important mais fragile

    Par Isabelle Trève, chargée de projets transports publics au Cerema – Territoires et ville,
    et Antoine Chèvre, ingénieur d’études à la direction Conseil de Systra.

    Présentation des constats et réflexions de Cerema et Systra à la suite de rencontres avec des interlocuteurs chinois en charge des projets de tramway dans les villes de Canton (Guangzhou), Shenzhen, Wuhan, Pékin (Beijing) et Nankin (Nanjing) Ces rencontres ont été organisées dans le cadre du programme Coopol du service recherche de l’ambassade de France en Chine ; elles ont permis d’échanger avec des instituts d’urbanisme et de transport, des sociétés de construction et d’exploitation de tramway ainsi qu’avec des architectes.

     

    Une urbanisation galopante

    Dans un contexte de croissance urbaine rapide de 4 % par an, l’urbanisation des villes chinoises est galopante en première et deuxième périphéries, avec environ 300 millions d’urbains supplémentaires prévus d’ici 2030. Les autorités nationales et locales mènent une politique volontariste de développement des infrastructures de transport routier extrêmement capacitives (voire surdimensionnées) et de transports en commun. Le développement des réseaux de lignes de métro est très ambitieux, avec un prolongement des développements déjà réalisés pour les villes de premier rang (Beijing, Shanghai, Guangzhou) et un rattrapage rapide pour les villes de second rang (Wuhan, Shenzhen, Nanjing…).

     

    Pourquoi l’émergence du mode tramway ?

    Une logique d’opportunité

    Dans la période intermédiaire actuelle (entre le plan quinquennal 2011-2015 et la phase d’approbation du prochain plan 2016-2020), la visibilité des municipalités sur les développements futurs de lignes de métro est réduite. De façon opportune, elles se tournent vers d’autres modes de transports plus souples, moins coûteux et plus rapides à mettre en œuvre. De plus, les projets de tramway peuvent émerger en l’absence d’approbation à l’échelle du gouvernement central. Enfin l'attrait pour ce mode tient aussi à un certain effet de mode et de compétition entre les différentes villes chinoises.
    l Un mode en complément du métro
    Jusqu’à présent, déployé dans une dizaine de sites en Chine, le mode tramway n’a pas été envisagé comme transport structurant : il ne concerne que les villes multimillionnaires où le métro reste le mode structurant naturel. Le tramway est positionné comme un transport de desserte locale, de moyenne capacité, au sein des districts (correspondant à des arrondissements). Une confusion existe concernant la vocation du tramway : a-t-il une fonction de desserte du quotidien ou plutôt de desserte de loisir, comme à Canton ou pour le projet de Beijing ? Pour la desserte locale de moyenne capacité, la question du choix du mode tramway ou du mode BRT (Bus rapid transit) fait également débat.

    Une logique de structuration de la filière industrielle

    Le gouvernement central et les entreprises ferroviaires chinoises (réunies au sein du groupe CRRC, suite à la fusion des deux entreprises ferroviaires CSR et CNR) ont encouragé les projets de tramway, afin de structurer la filière industrielle. Les entreprises chinoises ont testé et éprouvé différentes technologies d’alimentation (lignes aériennes de contact, alimentation par le sol, batterie, hydrogène et supercapacité…), via des joint-ventures avec les industriels occidentaux (Bombardier, Ansaldo, Siemens…). Elles ont acquis et consolidé une solide avance technologique.

    Quel modèle pour la Chine ?

    Une approche très opérationnelle

    Les impératifs politiques de rapidité de mise en œuvre et la prééminence du mode routier dans les politiques d’aménagement urbain influencent la nature et la conception des projets. Les délais extrêmement courts par rapport aux projets français ou autres impliquent de minimiser les interfaces et le temps d'échanges avec les autres parties prenantes (service de la voirie, développeurs, société bus et métro…). Par commodité et dans une logique de valorisation urbaine des quartiers en développement, les municipalités implantent les projets de tramway dans des zones de première et deuxième périphéries, aux morphologies de villes nouvelles, avec un bâti en hauteur et un réseau viaire très capacitaire, très éloignées des contextes européens.
     

    Un positionnement variable dans le réseau : entre desserte locale et vocation touristique

    Le mode tramway est systématiquement pensé en complément et en interconnexion avec le réseau de métro. Cependant, il n’est pas considéré comme structurant, même à l’échelle locale ; il est appréhendé comme une vitrine technologique. En outre, les projets ne sont pas conçus pour être attractifs et capacitaires. Le niveau de service s'approche toutefois de celui des projets français de tramway pour les villes moyennes : la vitesse commerciale cible est de 20-25 km/h, l’interstation est proche des 600 mètres, les rames sont longues de 30 mètres. Mais les fréquences et l’amplitude horaire sont parfois peu attractives et la priorité aux feux n’est pas systématique. Les objectifs et ambitions en termes de fréquentation sont généralement bien inférieurs aux standards français (40 000 voyageurs jour pour la ligne de Shenzhen, 76 000 pour celle de Wuhan), dans des agglomérations pourtant multimillionnaires. De plus, le projet de tramway ne fait pas l'objet d'une réflexion sur une éventuelle restriction des conditions de circulation des véhicules particuliers.
     

    Un manque d’intégration urbaine

    Par ailleurs, l’insertion en surface des lignes de tramway ne favorise pas l’interaction avec le territoire urbanisé : les lignes de Guangzhou et Nanjing, tout comme celles en projet présentées au cours de cette mission, sont situées soit au milieu de grandes infrastructures routières séparées des zones urbanisées, soit dans des zones en devenir encore non urbanisées, soit le long de rivière…
    L’approche des villes chinoises se caractérise par le principe de superposition à l’existant (ou au projeté), en opposition au principe de recomposition urbaine. A titre d’exemple, le projet de tramway de la Vallée de l’optique à Wuhan comporte un tiers du tracé de la ligne en viaduc pour éviter les conflits d’usage, sans justification de difficulté particulière (si ce n’est celle de la gestion du trafic).
    La notion de réaménagement de façade à façade n’est pas intégrée, ce qui peut s’expliquer par la dimension importante des axes  souvent de plus de 100 m de large. Dans une perspective de développement urbain structuré autour d’infrastructures routières, la réduction de la place de l’automobile n’est pas envisageable : les sites visités n’induisent pas de diminution de la place de la voiture et empiètent sur les contre-allées et les espaces piétons.
    De plus, la stricte séparation des flux implique la dénivellation quasi systématique des cheminements piétons : l’installation de passerelles et de séparations physiques avec barrières ne favorise pas l’accessibilité piétonne aux stations.

    Un matériel roulant innovant

    Tous les sites et projets présentés au cours de cette mission présentent un intérêt technologique. La solution dominante est celle de tramway à plancher bas (à 70 ou 100 %), de longueur comprise entre 30 et 35 m, à écartement standard et sans caténaires. Les différentes technologies d’alimentation électrique semblent éprouvées. Le tramway expérimental de Guangzhou est à plancher bas intégral ; il utilise le système de supercapa (supercondensateurs) rechargé uniquement en station et développé par Siemens et CSR Zhuzhou. Celui de Nanjing utilise la technologie Primove avec batterie lithium-ion, également avec recharge en station, développée par Bombardier et CSR Nanjing Puzhen. A Zhuhai, la technologie développée par Ansaldo STS et CNR Dalian est celle de l’alimentation par le sol. D'autres maîtres d’ouvrage de projet, comme ceux rencontrés à Wuhan et Shenzhen semblent s'orienter vers le choix de la technologie supercapa. Ces technologies d’alimentation, courantes en Chine, ne sont pas encore utilisées en France.

    Une évaluation socio-économique peu approfondie

    Les contraintes financières sont un sujet mais pas le principal en Chine. Si les municipalités se tournent vers le mode tramway, c’est en raison du coût moindre par rapport au métro (mais pour un service très différent) mais aussi et surtout pour des questions de simplicité des procédures et de rapidité de mise en œuvre. La question du budget d’exploitation et de l’évaluation socio-économique des différents projets n’a jamais été abordée par les acteurs rencontrés et peut questionner au vu de la fréquentation des lignes de tramway.
    A Nanjing par exemple, la fréquentation plus d’un an après la mise en service est de 800 voyageurs jour…, une partie du tracé étant en zone à urbaniser. A Guangzhou, la ligne expérimentale transporte 10 000 voyageurs jour en semaine et 20 000 le week-end.
    En comparaison, plusieurs lignes de tramway françaises transportent 80 000 voyageurs jour, tandis que le tramway de Casablanca est dimensionné pour 256 000 voyageurs jour.

    Ces ordres de grandeur sont conformes à ceux par ailleurs parus dans les articles spécialisés pour les tramways de Shenyang, Suzhou, Huai’an. Ces coûts sont relativement élevés par rapport à ce que l’on pourrait attendre dans un contexte chinois : la question de la viabilité économique de tels systèmes peut se poser.

    Un potentiel importantà concrétiser

    l’articulation urbanisme-transport reste à affiner

    Comme présenté plus haut, les projets de tramway en Chine sont conçus dans une vocation de desserte locale de moyenne capacité, en interconnexion systématique avec le réseau de métro. L’articulation avec le développement urbain reste à approfondir. Notamment, une certaine confusion persiste quant à la vocation du tramway entre fonction de desserte de loisir et de desserte du quotidien.
    Au final, l’offre proposée dans les villes chinoises n’est pas à l’échelle des enjeux de mobilité et de qualité environnementale. Surtout l’intégration à l’échelle microscopique manque de pertinence, en l’absence de recomposition de l’espace public, pensé autour de la voiture individuelle.

    Des projets de transports rapides et innovants mais peu intégrés

    Le manque d’intégration urbaine des projets de tramway visités ou entrevus tient au fait que leur conception est centrée sur les problématiques d’ingénierie : innovation technologique, ouvrages d’art, principe de séparation des flux… Le projet de tramway ne fait pas l'objet d'une approche globale et coordonnée entre acteurs du transport, de la voirie, de l’urbanisme à l’instar de beaucoup de pays dans le monde qui ne privilégient pas les approches intégrées. Le rythme de développement urbain et économique extrêmement rapide ne facilite pas ces démarches d’intégration des projets à l’échelle microscopique, tant du point de vue transport qu’urbain.
     

    Les risques d’échecs

    Les maîtres d’ouvrage rencontrés lors de cette mission se placent dans une approche expérimentale incrémentale. La réflexion actuelle, basée sur les retours d’expériences des premières lignes très peu fréquentées, est paradoxale : une implantation des tramways dans les centres urbains qui seraient fréquentés, mais impensable à réaliser faute de place aux yeux des acteurs Chinois et un choix actuel d’implantation en périphérie, où la place est considérée comme plus grande, mais où le trafic passager s'avère faible en raison notamment des carences d’intégration urbaine.
    Le risque existe que les retours d’expérience des systèmes récents (à Nanjing et Guangzhou) ou projetés amènent à conclure au manque de pertinence du mode tramway, pour cause de fréquentation trop faible et de modèle économique peu viable.
     

    Gouvernance du développement chinois : entre centralisation et initiative locale

    Une dualité entre gouvernement central et municipalités
    La réalisation des projets de transport (métro, tramway) relève de l’initiative de la municipalité dans le cadre d’une politique nationale, strictement rythmée par les plans quinquennaux. Les niveaux d’autorisations sont différents en fonction de la classification des modes de transports. Le mode métro nécessite une approbation nationale alors que le mode de surface tel le tramway relève d’une autorisation locale de la part des services déconcentrés.

    Des acteurs publics ou parapublics : instituts d’études et sociétés d’exploitation
    La planification et la conception des projets de transport relèvent des instituts de transport ou d'urbanisme, structures parapubliques qui officient en tant que bureaux d’études au service des municipalités. Ces instituts interviennent en priorité sur leur territoire sur un domaine privilégié (urbanisme ou transport) mais pas exclusivement. Leurs missions auprès des municipalités sont par ailleurs régies via un processus d’appel d’offres. La phase de conception détaillée et mise en œuvre relève souvent de sociétés créées pour l’occasion et émanant de la société de construction et d'exploitation du métro, ou créées pour le développement de villes nouvelles.
     

    Une approche normative pas encore aboutie pour le mode tramway
    En Chine, l’urbanisme et les transports (ainsi que les autres domaines a priori) sont extrêmement normés au niveau du gouvernement central, induisant une rapidité de mise en œuvre et une certaine homogénéité des pratiques à travers la Chine. A contrario, le mode tramway, en tant que mode émergent, n’est pas encore soumis à des normes fixes, chaque projet ayant ses propres caractéristiques. La volonté du gouvernement central est d’y remédier.

    Quelles pistes de positionnement pour le savoir faire français ?
     

    L’expérience française de conception des projets de tramway français comme boîte à outil pour une vision franco-chinoise adaptée au contexte local

    Le manque d’attractivité des services de tramway chinois découle d’un manque d’approche globale intégrée. Les systèmes ne remettent pas en cause la prééminence du mode routier dans la répartition de l’espace public. D’un point de vue technique (et non politique), repenser l'implantation du tramway semble possible, tant en milieu urbain dense (dans lequel les emprises sur voiries sont largement suffisantes pour implanter un tramway), qu’en zone périphérique. Dans les deux types de territoires, l'insertion du tramway au cœur des zones urbanisées serait à même de drainer une clientèle importante, dans un contexte de densité urbaine forte.
    A juste titre, le regard des acteurs chinois sur l’expérience française souligne le manque d’adéquation des problématiques françaises avec l’échelle des villes chinoises, en termes de taille, densité, flux de circulation… Néanmoins, l’approche française pourrait être utilisée comme boîte à outils permettant d’élaborer une vision franco-chinoise des projets de tramway. Le potentiel est grand, d’autant que le tramway pourrait être considéré comme le mode structurant pour toutes les villes chinoises d’un à cinq millions d’habitants, ne pouvant pas prétendre à des développements de métro.
    Dans ce contexte, il serait intéressant de faire émerger un projet démonstrateur de tramway, en associant des autorités françaises. Dans le cadre du projet de ville durable franco-chinoise, le site de Caidan dans la périphérie de Wuhan pourrait être une piste.

    L'opportunité de coopération technique avec les autorités chinoises pour la production de normes, relais pour les entreprises françaises

    La question des aspects normatifs et des règlements de sécurité a été exprimée à plusieurs reprises par les maîtres d’ouvrage chinois. Néanmoins, les délais de mise en œuvre des projets étant très rapides, l’Académie des transports de Chine a exprimé son objectif de travailler à une nomenclature chinoise dans les tout prochains mois. Une implication du Service technique des remontées mécaniques et des transports guidés (STRMTG) et de son savoir-faire sur les aspects sécuritaires serait souhaitable du point de vue chinois. Cette coopération sur les normes pourrait être une première étape et ouvrir la voie à d’autres pistes d’export du savoir faire français.