Catégorie : Ferroviaire

Retrouvez toute l’actualité ferroviaire: lignes, matériels ferroviaires et l’actualité des constructeurs et des opérateurs en France et l’international.

  • Une grève sur la ligne A pour dénoncer des négligences liées aux paquets suspects

    Les conducteurs du RER A est fortement perturbée sur une partie de la ligne ce 10 décembre pour dénoncer la négligence de leur hiérarchie lors de la découverte d’objets suspects. Alors que le pays est soumis à l’état d’urgence, quatre syndicats (Unsa, CGT, SUD et FO) accusent l’encadrement de la RATP de ne pas respecter strictement les consignes de sécurité. Les signalements d’objets « déclarés suspects », en hausse depuis le début d’année, ont été multipliés par quatre depuis les attentats du 13 novembre, selon la RATP.
    Mise en cause, la régie assure que lorsqu’un colis suspect est signalé à un membre du personnel, il « prévient la permanence générale qui demande l’intervention des services de police ». « Quand la police déclare un colis suspect, la RATP applique strictement ses consignes », explique l’entreprise.

  • Suède – Le tunnel du Hallandsås est inauguré

    Dimanche prochain, à l’occasion du changement d’horaire, disparaîtra un des principaux goulots d’étranglement sur la ligne de la côte ouest entre Göteborg, la deuxième ville de Suède, et Malmö, la troisième : le contournement, par une voie unique riche en courbes et en rampes, de la colline du Hallandsås, dans le sud-ouest du pays. Désormais, les trains passeront sous cette colline par un tunnel bitube de 8,7 km, inauguré le 8 décembre en présence de Mikael Damberg, ministre suédois de l’Economie, et Lena Erixon, directrice générale de Trafikverket, le gestionnaire des infrastructures de transport. La capacité maximale de la ligne passera alors de 4 à 24 circulations par heure (12 dans chaque sens), les trains de voyageurs étant accélérés de 80 à 200 km/h, parallèlement au doublement du tonnage des convois de fret.

    Lancé en 1992, le percement du tunnel du Hallandsås s’était arrêté après une deuxième tentative, en 1997, un tiers de la longueur totale étant alors foré. Aux difficultés rencontrées sur le terrain à cause des infiltrations d’eau s’était ajoutée une pollution de cette dernière par un produit d’étanchéification. En 2004, le groupement constitué par Vinci Constructions Grands Projets et l’entreprise de construction suédoise Skanska reprend les travaux dans ce tunnel réputé « irréalisable ». Non sans difficultés, dont le groupement vient à bout après avoir percé deux tronçons de 5,5 km au tunnelier. Sur 230 m de longueur, c’est une congélation préalable du sol qui a permis de progresser à travers la zone la plus difficile. En 2014, les deux tubes de 9 m de diamètre intérieur étaient achevés, laissant le champ libre pour la pose de la voie, de la caténaire, de la signalisation et des équipements de télécommunications, alors que trois nouvelles gares pour trains régionaux étaient établies sur les voies d’approche de part et d’autre du nouveau tunnel. Le tout est revenu à un milliard d’euros, soit dix fois le montant envisagé en 1992…

  • MTR remporte le RER de Stockholm

    MTR remporte le RER de Stockholm

    Le 8 décembre, le comité Transports du département de Stockholm (SL) a décidé d’attribuer à MTR Gamma AB l’exploitation du Pendeltåg, le RER du Grand Stockholm. Le groupe… issu du métro de Hongkong, qui vient par ailleurs d’être reconduit pour l’exploitation du métro de Stockholm, reprendra ainsi un réseau de 241 km, desservant 53 gares et transportant quelque 300 000 voyageurs par jour. Le contrat porte sur dix ans à partir du 11 décembre 2016, période qui verra le basculement du Pendeltåg vers la nouvelle traversée souterraine de Stockholm, avec une prorogation de quatre années en option. En comptant cette dernière, le contrat est évalué à un total de 30 milliards de couronnes (3,25 milliards d’euros).

    Le processus de sélection du nouvel exploitant, qui aura duré deux années, a donné lieu à une « rude concurrence », avec « plusieurs bonnes offres » selon SL. La qualité et le prix ont été les facteurs clés pour la désignation du futur exploitant, qui sera rémunéré en fonction des km-trains produits, mais aussi de critères d’évaluation des objectifs (satisfaction des voyageurs, ponctualité…) Les autres concurrents restés en lice étaient Abellio Pendeltåg Stockholm AB (filiale des chemins de fer néerlandais NS), Keolis Spår AB, SJ AB (exploitant sortant sous l’appellation Stockholmståg) et Svenska Tågkompaniet Stelo AB (privé nordique initialement associé à SJ dans Stockholmståg).

    Pour Keolis, le coup est rude même si la filiale de la SNCF s’y attendait (voir notre Lettre confidentielle n° 93) . L’opérateur français n’avait pas lésiné sur les moyens pour tenter de gagner ce contrat très important à ses yeux. Mais avec une limite : le Comex de la SNCF avait demandé à sa filiale de ne pas gagner un « nouveau Boston ». En clair, un contrat dont les coûts trop serrés auraient pu conduire à des pertes comme c’est le cas actuellement avec le contrat gagné à Boston pour les trains de banlieue.

    Patrick Laval et Marie-Hélène Poingt

  • L’Inde devrait choisir la technologie japonaise pour son premier train à grande vitesse

     L'Inde va sélectionner la technologie japonaise de train à grande vitesse, une décision qui pourrait être annoncée lors de la visite du Premier ministre japonais en Inde en fin de semaine, a affirmé le 8 décembre la presse nippone.
    Connue sous l'appellation "Shinkansen", la technologie ferroviaire à grande vitesse japonaise serait ainsi employée sur une ligne de 505 kilomètres reliant Bombay à Ahmedabad, pour un coût de travaux évalué à 13,5 milliards d'euros).
    Le Japon a eu la déception cette année de voir l'Indonésie préférer la technologie proposée par la Chine. Jusqu'à présent, Tokyo n'est parvenu à vendre son "Shinkansen" qu'à Taïwan. Pour accompagner l'adoption de sa technologie, le Japon serait prêt à consentir à l'Inde un prêt de 1.000 milliards de yens sur dix ans ce qui financerait la moitié du coût envisagé.

          
          
     

  • New Delhi va expérimenter la circulation alternée

    New Delhi va expérimenter la circulation alternée à partir de janvier pour tenter d'améliorer la situation de l'une des capitales les plus polluées du monde. Les autorités de la capitale indienne ont assuré début décembre qu'elles allaient en parallèle renforcer les transports publics et fermer une centrale à charbon. Quelque 8,5 millions de véhicules circulent dans les rues de la capitale indienne et 1 400 nouvelles voitures s'ajoutent chaque jour dans cette mégapole de 17 millions d'habitants.

  • Captain Train remporte le prix franco-allemand de l’économie

    Récompensé dans la catégorie Start-up par la chambre franco-allemande de commerce et d’Industrie, Captain Train a reçu le prix Franco-Allemand de l’Economie 2015 pour ses activités en France et en Allemagne et ses partenariats avec la SNCF et la Deutsche Bahn. « Aujourd’hui, c’est la collaboration franco-allemande qui est récompensée, mais notre ambition va bien au-delà. L’excellente coopération avec nos différents interlocuteurs est un des piliers essentiels de notre activité », assure Jean-Daniel Guyot, fondateur et président du spécialiste de la vente en ligne de billets de train en Europe. Captain Train était en compétition avec la Start-up Allemande Hakisa SAS – Hager Gruppe, solution innovante de hub social.

  • RATP Dev poursuit sa croissance en France

    Annemasse, Epernay et la liaison Paris – Vatry : coup sur coup, ce sont trois contrats pour RATP Dev, dont un renouvellement de DSP à Annemasse, via sa filiale TP2A et aux côtés des Transports publics genevois. Opérateur depuis 2003 du réseau Tac d’Annemasse Agglo, RATP Dev rempile pour six ans à compter du 1er janvier avec l’objectif de développer de nouvelles solutions de mobilité intégrées au réseau multimodal du Grand Genève et de créer une centrale de mobilité digitale innovante. A cette même date, le réseau Mouvéo de la communauté de communes Epernay-Pays de Champagne (6 lignes, 15 bus, un TAD pour 40 000 habitants) sera opéré par RATP Dev. Second nouveau contrat gagné depuis peu, celui de la ligne express en bus entre Paris et l’aéroport de Châlons-Vatry, pour assurer le transfert de passagers de lignes low cost. A compter du 17 décembre 2015, RATP Dev assure 10 rotations par semaine (18 à partir de mars prochain). A l’occasion de ce lancement, une billetterie en ligne a été créée.

  • « Le centre que nous créons à Toulouse  est destiné à servir le marché mondial »

    « Le centre que nous créons à Toulouse est destiné à servir le marché mondial »

    Entretien avec Eric Cazeaux, directeur de la Division Mobility de Siemens France et CEO de l’activité Val.

    Eric Cazeaux explique la réorganisation des sites des activités métros de Siemens, le choix
    de Toulouse comme siège mondial du Val et les perspectives de développement
    de la filiale du groupe international. Ville, Rail & Transports. Comment s'explique la réorganisation des sites de vos activités métros ?
    Eric Cazeaux. Nous regroupons toute notre activité concernant les métros automatiques légers de la gamme Val, Cityval et Airval sur un seul site à Toulouse alors qu’aujourd’hui, celle-ci est répartie entre Roubaix, Colomiers et Châtillon. Toutes les équipes matériel roulant, maintenance et services, la recherche & développement, l’ingénierie et la direction de projets seront rassemblées au sein de ce siège à vocation mondiale.
    L’activité sur les automatismes de métro, qui occupe la grande majorité des équipes actuelles de Châtillon, va rester à Châtillon, proche de nos clients clés que sont la SNCF et la RATP, et très tournée vers l’international. C’est le centre de compétences mondial de Siemens pour les automatismes de métro.

    VR&T. Pourquoi avoir choisi Toulouse pour installer votre centre mondial des métros automatiques légers ?
    E. C. Il y a plusieurs raisons à ça. D’abord, comme nous concevons et réalisons des systèmes clés en main, nous avons besoin de compétences proches de celles qu’on trouve dans les systèmes aéronautiques et les systèmes embarqués en général. A Toulouse, il existe un terreau d’écoles d’ingénieur et d’universités qui produisent tous les ans des collaborateurs remarquables dans ce domaine. Ensuite, les PME associées à cet écosystème sont très bien adaptées à nos besoins. L’aéronautique et le spatial ont des problématiques qui ressemblent aux nôtres, avec des petites séries, des durées de vie très longues, des niveaux de disponibilité et de sécurité extrêmement élevés. Confronté à des problèmes similaires aux nôtres, le tissu de PME toulousain a développé des savoir-faire qui nous sont très utiles. D’ailleurs, nous travaillons déjà avec des PME toulousaines comme Nexter ou Actia et avons des consultations en cours avec d’autres.
    La troisième raison est que la métropole toulousaine est en forte croissance depuis plus de 20 ans et confrontée à des défis en matière de transports publics qu’on souhaite relever avec eux, dans une démarche de partenariat. Nous y avons construit deux lignes de métro qu’il va falloir développer pour les adapter à l’augmentation de leur fréquentation. Au-delà du métro, Toulouse va avoir besoin d’électrifier ses bus, de gérer sa multimodalité, des domaines pour lesquels nous disposons de compétences significatives. La perspective de réaliser une troisième ligne de métro à Toulouse est attractive, mais ce n’est pas cela qui a motivé notre mouvement.

    VR&T. Cette rationalisation des sites est-elle dictée par un faible niveau de commandes en France ?
    E. C. Non, ce n’est pas la motivation. Nous connaissons des pics et des creux de charge. Mais aujourd’hui, nous avons passé le creux lié à la faiblesse des commandes des trois à quatre années précédentes. En dehors de Rennes (construction de la deuxième ligne) et de Toulouse (allongement des stations de la ligne A), nous espérons bien pouvoir concourir sur la ligne 18 du Grand Paris avec notre nouveau système Cityval.
    Nos bureaux toulousains ont ouvert avec une cinquantaine de personnes. Nous monterons progressivement à une centaine puis à 150 d’ici un an, avec des recrutements. Le site est conçu pour accueillir jusqu’à 200 personnes.
    Ce centre que nous créons à Toulouse est destiné à servir le marché mondial qui commence à repartir. Il existe des opportunités dans de grands aéroports comme Los Angeles, Hongkong, Dubaï ou Francfort (projet pour lequel la préqualification est en cours). Des opportunités très importantes de développement de lignes urbaines peuvent également voir le jour en Chine. Dans les dix à quinze prochaines années, les grandes métropoles chinoises vont construire plusieurs centaines de kilomètres de métros légers sur pneus pour densifier leur maillage de transports urbains.

    Propos recueillis par
    Catherine Sanson Stern

     

  • « Il y a de moins en moins d’entreprises ferroviaires privées et indépendantes »

    « Il y a de moins en moins d’entreprises ferroviaires privées et indépendantes »

    Entretien avec Julia Lamb, secrétaire générale de l’Erfa

    La secrétaire générale de l’Erfa, l’association européenne qui représente les « nouveaux entrants », concurrents des opérateurs ferroviaires historiques, revient sur l’accord conclu par les ministres européens des Transports sur le quatrième paquet ferroviaire, le 8 octobre. « Une occasion ratée », dit-elle, de renforcer la concurrence sur les marchés nationaux. VR&T. Comment jugez-vous l’accord sur le quatrième paquet ferroviaire ?
    Julia Lamb. Soyons clairs, l’accord n’a pas été rédigé en prenant en compte l’intérêt des nouveaux entrants, ni d’ailleurs celui du client. Du point de vue de l’Erfa, c’est une occasion ratée. L’accord qui a été trouvé par le Conseil sert uniquement à protéger les opérateurs historiques et le monopole qu’ils exercent, sans penser à améliorer la qualité de l’offre. Or, il est évident pour nous que des réformes importantes sont nécessaires pour améliorer l’offre des services ferroviaires et permettre un sursaut du secteur. On le dit toujours : la concurrence la plus importante ne vient pas du secteur ferroviaire lui-même mais des autres moyens de transport, qui savent beaucoup mieux s’adapter aux exigences des usagers. Dans le texte adopté par le Conseil, on ne parle jamais de l’intérêt du passager ou du client du fret ferroviaire. En quoi vont-ils bénéficier des subventions croisées ? En quoi vont-ils bénéficier d’un gestionnaire d’infrastructure qui n’a pas les fonctions requises pour améliorer la qualité du service ? Ce sont autant de conséquences de l’accord. Pour nous, la position du Conseil est très décevante. Et c’est surtout vrai sur un point clé comme la transparence financière puisque le Conseil permet ces circuits financiers à l’intérieur d’une structure intégrée. Or, le message que l’on reçoit des régulateurs, c’est qu’à partir du moment où l’on permet cela, il est impossible pour eux de vérifier comment sont dépensés ces flux financiers.

    VR&T. Le fait que la SNCF redevienne une structure intégrée, c’est donc un problème du point de vue de la concurrence ?
    J. L. Ce que nos membres n’apprécient pas avec ces structures intégrées, c’est le fait qu’il y ait trop de marges de manœuvre pour, justement, favoriser l’opérateur historique. Il y a eu beaucoup de cas de discriminations liées à ce genre de structures, qui ont pour résultat de diminuer la qualité du service proposé par les entreprises ferroviaires indépendantes ou privées. Bien sûr, la législation européenne vise à instaurer des règles de séparation bien strictes, mais comme on le voit avec l’accord au Conseil, toutes ces règles ont plus ou moins été vidées de leur contenu. La situation, aujourd’hui, n’est vraiment pas très prometteuse pour le ferroviaire et cet accord ne permettra pas de l’améliorer. En 2007, au moment de l’ouverture du marché ferroviaire, il y avait beaucoup d’entreprises ferroviaires indépendantes et privées. En 2015, il y en a de moins en moins : soit elles ont été rachetées par les groupes, soit elles n’ont pas résisté à la concurrence déloyale qu’ont pu mener les opérateurs historiques, notamment grâce aux subventions croisées au sein des structures intégrées.

    VR&T. La France plaide pour un meilleur accès au matériel roulant, un point « oublié » par le Conseil. Est-ce vraiment un frein à la concurrence ?
    J. L. Oui, c’est une barrière importante à l’arrivée de nouveaux entrants. Ce qui est évident, c’est que certains opérateurs historiques empêchent l’accès à un matériel roulant qu’ils n’utilisent pas, tout simplement pour empêcher les concurrents d’y avoir accès. Les nouveaux entrants sont alors obligés d’acheter neuf, ce qui rend l’accès au marché bien plus difficile, sinon impossible. On voit cela dans le marché du fret et du passager. La France veut y revenir durant les trilogues : ça nous convient parfaitement.
        Propos recueillis
        par Isabelle SMETS

     

  • Claude Bartolone: « Il faut un même maillage sur tout le territoire de la région »

    Claude Bartolone: « Il faut un même maillage sur tout le territoire de la région »

    Ville Rail & Transports. A comparer votre programme transports à celui de votre principale concurrente, Valérie Pécresse, la différence ne saute pas aux yeux. Vous dénoncez « des thatchériens avec trente ans de retard », « des candidats du tout-business », en mettant ensemble droite et extrême droite. Mais, en ce qui concerne les transports, on n’a pas l’impression que Valérie Pécresse tombe vraiment sous la coupe d’une telle critique…

    Claude Bartolone. Si l’on considère les transports uniquement comme dossier technique, vous avez raison. Mais si vous imaginez comme moi que c’est le début de tout, vous avez tort. On ne peut pas traiter les transports indépendamment d’une réflexion sur la ville et de la volonté absolue d’assurer le vivre ensemble et la mixité. Nous ne voulons pas faire tout ce que nous proposons pour dire aux quartiers populaires, aux plus pauvres ou à la grande banlieue : « Maintenant taisez-vous, vous avez gagné une demi-heure de temps de transport, ne venez pas réclamer la mixité ! »Le transport sans le logement, ce n’est pas suffisant. Sur la base du même réseau de transport, on peut penser deux systèmes de ville totalement différents. C’est pour cela que je ne parle jamais des transports sans évoquer le parcours de vie.

    « Sur la base du même réseau de transport, on peut penser deux systèmes de ville totalement différents »

    La grande différence entre ce que propose la droite et ce que nous proposons, c’est que pour nous le transport est nécessaire mais n’est pas suffisant.
    Je l’ai déjà dit : en mai 68, l’émancipation c’était de dénoncer le métro, boulot, dodo. Aujourd’hui, l’émancipation, c’est d’assurer le métro, boulot, dodo, écolo. Si l’on n’a pas l’intégralité de la formule, le transport peut être comme la langue d’Esope : la meilleure comme la pire des choses.

     

    VR&T. Pour améliorer les conditions de transport, vous insistez sur la modernisation de l’infrastructure ferroviaire. Comment la conduisez-vous ?
    C. B. Le premier rapport de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, qui date de 2005, nous disait déjà : attention, danger, il y a un vieillissement trop important de l’infrastructure. Quand la droite met ce vieillissement sur le dos de la région, dont ce n’est pas la responsabilité, elle fait une faute technique, pour faire oublier que les décisions n’ont pas été prises par l’Etat entre 2005 et 2012. Le nouveau rapport de l’EPFL sur l’infrastructure en Ile-de-France, qui vient d’être publié, recommande d’investir 800 millions par an pour la rénovation pendant dix ans. L’EPFL a raison, et c’est ce que je demande. Sur le RER C une partie de la caténaire a 80 ans. Quelle est l’entreprise privée qui aurait laissé son patrimoine se dégrader ainsi ? Nous devons réagir. Plus jamais de Brétigny !
    Il a fallu la décentralisation du Stif, conjuguée à l’arrivée de la gauche au pouvoir, pour qu’enfin SNCF Réseau et l’Etat accordent une attention plus importante aux infrastructures en Ile-de-France. L’effort doit être accentué. Il dépend d’une somme garantie par SNCF Réseau et l’Etat.

    « Sur le RER C une partie de la caténaire a 80 ans. Quelle est l’entreprise privée qui aurait laissé son patrimoine se dégrader ainsi ? »

    De ce point de vue, je rappelle que l’Ile-de-France représente 2 % du territoire national, 10 % du réseau ferré, et 70 % des voyageurs… Il faudra bien qu’un certain nombre de droits de péages perçus sur le réseau Francilien reviennent au réseau Francilien.
    Mais il faut aussi une organisation nouvelle de la part de la SNCF en particulier. Il ne suffit pas d’annoncer des niveaux d’investissement. Il faut dire comment on s’organise, comment on restructure les équipes. Comment on entre réellement dans une programmation de la régénération du réseau qui permette d’obtenir un résultat.

     

    VR&T. En mettant ainsi l’accent sur l’existant tout en acceptant le métro du Grand Paris, vous vous placez donc dans la continuité de l’accord Etat-région de 2013 ?
    C. B. D’autant plus que j’ai fait beaucoup pour qu’il soit conclu ! Si l’on en était resté au discours de Chaillot du président Sarkozy, le financement aurait consacré le nouveau réseau de métro express, sans porter attention au plan de mobilisation sur le réseau historique. Et il n’y aurait pas eu les interconnexions entre le réseau historique et le nouveau réseau.
    Cette interconnexion est nécessaire, et doit permettre que le nouveau réseau n’amplifie pas un « effet splash » sur l’Ile-de-France, c’est-à-dire un déménagement des pauvres de la ville, provoqué par la main invisible du marché. On peut être heureux en vivant en grande couronne. Mais ce n’est pas la même chose si on l’a choisi ou si on l’a subi.

     

    VR&T. Ce « déménagement » vers la grande couronne, n’est-ce pas le risque que fait courir le passe Navigo unique, que vous soutenez ?
    C. B. Pouvait-on continuer à dire à ceux qui habitent en grande couronne : « Pas de chance ! c’est vous qui avez la moins bonne partie du réseau mais c’est vous qui payez le plus cher ? » Et laisser les Parisiens, qui disposent, malgré des défauts, d’un des meilleurs maillages du monde, payer moins cher que les autres Franciliens ?
    Je connais bien et je comprends le débat dont vous faites état, qui a été porté notamment par la Fnaut. Mais refuser le passe unique, c’est en rester à une position défensive. La vraie réponse, c’est une position offensive. C’est la métropolisation régionale. Je me suis battu pour que la métropole du Grand Paris assure la péréquation financière entre collectivités riches et collectivités pauvres et assume la dimension logement. Des élus ne l’ont pas accepté pour des raisons d’égoïsme local. Ces deux éléments, le logement et la péréquation, devront donc être assumés par la région dans les années qui viennent.

     

    VR&T. Vous voulez, dites-vous, « changer les trains ». Cela passe-t-il forcément par des acquisitions de matériel neuf ? Bien des rames pourraient être rénovées…
    C. B. En ce qui concerne le matériel, il faut déjà tenir compte des coups partis pour les Transilien ou les RER. La livraison des nouveaux trains du RER A sera terminée l’an prochain. Pour les autres RER, je mets en premier la ligne B. Elle représente plus de trafic que l’ensemble des TGV, et elle peut jouer un rôle extraordinairement important dans le dossier des JO 2024. Il faut prendre la décision de renouveler ses trains dès l’année prochaine, sinon, les nouveaux trains rouleront après les JO… Autant l’éviter ! Après le B, il faut équiper le D. Et ensuite, le C. Or, je ne vois pas, si l’on s’en tient aux trains à rénover, comment apporter une réponse à la hauteur, qui ne conforte pas l’idée de deux réseaux de qualité différente : un réseau parisien et un réseau extérieur.

    « La livraison des nouveaux trains du RER A sera terminée l’an prochain. Pour les autres RER, je mets en premier la ligne B »

    De plus, nous ne pouvons pas dire : un, les transports du quotidien sont devenus une priorité partout dans le monde, deux, nous voulons avoir les jeux Olympiques et Paralympiques et l’Exposition universelle… et nous priver d’une vitrine pour l’exportation au niveau mondial. Il faut renforcer notre industrie. Les lignes 14, et 1 sont automatiques, l’automatisation de la 4 est en cours. Pour la ligne 11, c’est parti, parce que je me suis fâché : l’automatisation, c’est tout de suite, sans attendre que la ligne aille jusqu’à Rosny-sous-Bois. Je veux aussi qu’on commence les études pour la ligne 13. Si, de plus, on demande qu’il y ait tout de suite, sur le RER et les Transilien, une automatisation en conduite accompagnée, on donne naissance à un marché français. L’automatisation et la signalisation vont être des éléments importants du savoir-faire des transports.

    VR&T. Vous parlez des RER B, C et D, pas du RER E ? Ce n’est pas une priorité ?
    C. B. Bien sûr que si ! Je vois très bien ce que peut représenter Eole pour l’ouest de la région. Mais je considère que c’est un coup parti.

     

    VR&T. Un coup parti… mais toujours pas financé !
    C. B. Avec l’idée, présentée par le préfet de région, d’étaler le financement sur deux contrats de plan tout en disant à Paris : « vous tenez à la gare de la porte Maillot, c’est votre gare, faites un effort », c’est possible. J’en ai discuté avec Anne Hidalgo.
    Je profite de la question pour préciser que je ne veux pas l’automatisation sur le seul tronçon central. L’augmentation de capacité et la régularité, cela se conjugue avec l’automatisation. Il ne faut pas faire des économies de bouts de chandelle. Vous vous imaginez : c’est régulier sur la zone centrale et dès qu’on passe en dehors ça ne l’est plus…

     

    VR&T. L’automatisation améliore la régularité, mais cela ne suffit pas et ne va pas venir tout de suite…
    C. B. J’ai un débat avec les transporteurs. Je veux bien accepter que 50 % des dysfonctionnements soient de leur fait, et 50 % dus aux pratiques

    « Aujourd’hui, dans leur chiffre d’affaires, la ponctualité relève d’une rigolade : 0,4 %. Les associations d’usagers le disent : il faudrait monter à 5 %… »

    diverses des usagers, du colis piégé au signal d’alarme. Mais, si je veux les amener à améliorer leur ponctualité, il faut que je les conduise à respecter leurs objectifs. Aujourd’hui, dans leur chiffre d’affaires, la ponctualité relève d’une rigolade : 0,4 %. Les associations d’usagers le disent : il faudrait monter à 5 %… Je les soutiens, et cela fera progresser les transporteurs.

     

    VR&T. Vous faites du transport de nuit une priorité. Pourquoi ?
    C. B. Nous sommes dans une des capitales qui vit le plus la nuit, avec des plateformes fonctionnant 24 heures sur 24 comme les aéroports, qui sont mal desservies. La carte du Noctilien date d’il y a dix ans… J’ai obtenu dans le cadre des contrats qui viennent d’être signés entre le Stif et les opérateurs qu’il y ait une clause de revoyure, alors qu’un simple point d’étape était prévu. Cela pourrait permettre de revoir très vite le réseau Noctilien. Il faut le repenser en termes géographiques et créer une boucle au niveau de la Francilienne.
    Il faut aussi tenir compte d’un impérieux besoin de sécurité. Cela concerne surtout les femmes. Il n’est pas normal qu’elles soient aussi nombreuses à se dire victimes d’agressions dans les transports de nuit. Des habitants de la grande couronne disent : même si on nous propose des transports de nuit, on n’en veut pas, c’est trop anxiogène. Et cela, quels que soient les efforts faits par la région : vidéosurveillance, financement de commissariats dans des gares, géolocalisation !

     

    VR&T. Vous voulez recruter 1 000 conducteurs de bus supplémentaires. Surtout pour la grande couronne ?
    C. B. Il faut un saut, pour en finir avec l’idée de deux réseaux qualitativement différents dans le réseau. En termes d’identification, il faut que tout se ressemble, que les gens aient conscience qu’ils ont accès à la mobilité, au

    « Je veux tout de suite intervenir sur le réseau Optile. Notamment pour harmoniser la signalétique avec celle du réseau RATP »

    logement, aux études, à l’emploi, aux loisirs, ou à la consommation, avec le même maillage de transport sur le territoire de la région. Je veux tout de suite intervenir sur le réseau Optile. Notamment pour harmoniser la signalétique avec celle du réseau RATP, sur les arrêts de bus et sur le matériel. Il faut que les habitants de la grande couronne se sentent usagers à part entière, et qui peut mieux en donner le sentiment que le bus à très court terme ? Cela dépend du nombre de bus, mais surtout de plages horaires qui ne donnent pas ce sentiment : beaucoup de bus ne fonctionnent pas le samedi ou le dimanche. Les services d’Optile doivent être repensés… Des services de 6h à minuit tous les quarts d’heure, type Mobilien, sur 10 % de ce réseau, cela changerait tout, et donnerait très vite une réponse à l’usager.

    « Il faut que les habitants de la grande couronne se sentent usagers à part entière, et qui peut mieux en donner le sentiment que le bus à très court terme ? »

    J’ai d’autre part regardé de très près le système madrilène de bus rapides sur autoroute. Il faudra le faire. J’en ai parlé avec Philippe Yvin, le président du directoire de la SGP. On ne peut pas envisager les gares du futur réseau express sans envisager des interconnexions avec les gares les plus excentrées. Cela permet d’éviter l’entrée de bus dans la zone dense tout en répondant au besoin de la grande couronne.
    Mais il n’y a pas que les bus. En grande couronne, l’usager doit pouvoir prendre sa voiture en covoiturage, aller au parking de la gare géré par le Stif, et prendre son Transilien. Ou, s’il habite moins loin de la gare, prendre son vélo, et le laisser au Véligo proposé par le Stif. D’autre part, il faut sur les routes des lignes réservées pour les voitures en covoiturage, les bus rapides ou les taxis.
    Et pour que tous ces moyens soient pensés ensemble, il va falloir élargir les compétences du Stif. Et il faudra déposer pour cela un texte de loi. La mobilité est l’objet d’une réflexion globale, on ne peut pas en rester à un morcellement des différents éléments de cette mobilité.

    « Pour que tous ces moyens soient pensés ensemble, il va falloir élargir les compétences du Stif »

    Autre changement rapide. Le numérique. C’est une priorité de court terme. Les services numériques permettent d’être en temps choisi plutôt qu’en temps subi. Avec le Wi-Fi dans les gares, la 3G ou 4G sur l’ensemble du réseau, vous êtes connecté. Un de mes amis m’a dit : « Pour me déplacer, je prends ma voiture, même s’il me faut trois heures, j’ai le téléphone, le réseau et la climatisation. » Pourquoi voulez-vous que cette remarque ne soit pas faite par les usagers des transports ? Et l’on voit de plus tout ce que le numérique peut apporter aux PMR.

     

    VR&T. Jusqu’où peuvent aller les compétences du Stif ?
    C. B. La voirie, Autolib’, le vélo, les taxis, les routes non concédées. On ne peut pas avoir des routes en mauvais état, ce qui accentue la coupure entre Paris, la petite couronne et la grande couronne. Je suis prêt à un effort financier de la région pour permettre une utilisation nouvelle de la route.

    « Il faut des hubs transport tout autour de la région, pour vasculariser l’ensemble de l’Ile-de-France sans avoir des poids lourds qui pénètrent partout »

    Pendant des années, tout a été fait pour le diesel. Maintenant, comment fait-on pour en sortir ? Je propose une aide spécifique pour que les artisans et les PME changent leur flotte. Et il faut des hubs transport tout autour de la région, pour vasculariser l’ensemble de l’Ile-de-France sans avoir des poids lourds qui pénètrent partout.

     

    VR&T. Donc des pouvoirs en logistique ?
    C. B. Bien sûr. La mobilité doit être globale.

     

    VR&T. Comment allez-vous financer des services supplémentaires ?
    C. B. Dans le cadre de la transition énergétique, nous avons la possibilité de voter une écotaxe régionale. Ce sera la première démarche que j’entamerai. L’écotaxe peut rapporter environ 80 à 100 millions par an, chiffre que je retiens par prudence, même si diverses analyses vont jusqu’à 200.

    « Nous avons la possibilité de voter une écotaxe régionale. Ce sera la première démarche que j’entamerai »

    Quand on a du caractère, on peut avoir des débats, y compris avec son propre camp. Vous le constatez avec l’écotaxe… J’ai aussi protesté quand l’Etat a augmenté la TVA sur les transports. Quand l’Etat fait de plus passer le seuil de perception du versement transport de 9 à 11 salariés, il crée un manque à gagner. Je lui en demande le remboursement. Et je veux des recettes nouvelles. La hausse de la taxe de séjour n’a pas été acceptée, mais cela reviendra…
    De toute façon, pour appliquer le plan d’aujourd’hui de développement des transports, et faire face au fonctionnement, en 2025, il faudra 1 milliard d’euros de plus par an. Les besoins de fonctionnement augmenteront, surtout parce qu’il faudra renforcer la présence humaine. Mais cela se fera en partie par du redéploiement. Il faut accélérer l’automatisation du métro en négociant avec le personnel, ce qui permettra le redéploiement sans pertes d’emplois. Tout est lié.

     

    VR&T. Valérie Pécresse demande pour lutter contre la fraude que l’on soit tenu de présenter une pièce d’identité. Vous vous y refusez.
    C. B. Je remarque d’abord que nous sommes confrontés à une fraude comportementale plutôt que de besoin. Grâce à l’ensemble des tarifs sociaux qui existent, ceux qui doivent prendre les transports et n’auraient pas les moyens financiers n’en sont pas exclus. Pour lutter contre cette fraude, il nous faut faire tomber de 10 à 5 le nombre d’actes constatés pour qu’elle soit qualifiée de fraude d’habitude, cela devra être contenu dans la loi que présente Gilles Savary.

    « La vraie question, c’est de pouvoir « loger », comme disent les policiers, l’individu qui a fraudé, et qu’il y ait le minimum de temps entre le moment où la fraude est constatée et où la sanction est subie »

    Quant à la carte d’identité, ce serait une mesure anticonstitutionnelle. Depuis 1955, on n’est plus tenu de détenir de pièce d’identité. Ce ne serait pas très utile non plus. La carte ayant une validité de dix ans, on peut connaître beaucoup de changement de domicile. La vraie question, c’est de pouvoir « loger », comme disent les policiers, l’individu qui a fraudé, et qu’il y ait le minimum de temps entre le moment où la fraude est constatée et où la sanction est subie. Je vais voir avec la chancellerie comment on peut avoir un certain nombre d’informations qui permettent de « loger » les contrevenants.
    Au-delà de cette question, il faudrait arriver à un modèle qui existe dans certains pays, de contrôle à l’entrée et à la sortie du système de transport. De toute façon, avec le métro express, comme il est circulaire, il faudra forcément conduire cette réflexion, pour établir la comptabilité de voyages des usagers occasionnels. Et mettre au point un instrument qui renforcera aussi la lutte contre la fraude.

     

    VR&T. La question de la sécurité des voyageurs devient centrale. Comment voulez-vous l’améliorer ? [L’entretien a eu lieu avant les attentats du 13 novembre, NDLR]
    C. B. Je veux un seul service de sécurité du réseau de transport en Ile-de-France. Il y a aujourd’hui un service de surveillance de la SNCF, un service de surveillance de la RATP. Et rien pour Optile. Va-t-on demander à Optile d’avoir son personnel ? Et si les lignes 15, 16, 17, 18 du Grand Paris sont obtenues par un autre opérateur que la RATP, faudra-t-il qu’il crée son propre corps ? Il faut donc, en plus des services de police, un corps unique de surveillance, dont une partie des effectifs doit avoir des pouvoirs de police judiciaire. C’est une véritable police des transports que je veux instaurer.

    Propos recueillis par François Dumont