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Catégorie : Ferroviaire
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Israël innove pour faciliter l’accès au centre de Tel-Aviv
Afin de décongestionner le principal accès autoroutier à Tel-Aviv, de favoriser l’accès par les transports collectifs et d’inciter au covoiturage, les autorités israéliennes ont construit une voie rapide fonctionnant de manière inédite. Inaugurée le 28 décembre 2010 par le ministre des Transports, les promesses de ses promoteurs, les questions des futurs utilisateurs et critiques des observateurs ne manquaient pas à quelques jours de sa mise en service, le 7 janvier 2011. L’aire métropolitaine de Tel-Aviv, cœur économique d’Israël, est un continuum urbain s’étendant sur 30 km le long de la côte méditerranéenne et où vivent 3 millions d’habitants. A l’instar des grandes métropoles occidentales, le réseau autoroutier souffre de congestion chronique aux heures de pointe et au-delà. Les quatre principaux accès autoroutiers au centre d’agglomération sont ainsi saturés, avec peu de possibilités d’extensions ou de maillage complémentaire étant donné le peu d’espace dont dispose le pays et la saturation des capacités de stationnement dans les zones de destination.
La ville de Tel-Aviv est desservie par une ligne de chemin de fer qui la traverse selon un axe nord-sud mais relativement excentré et qui suit le même tracé que la rocade autoroutière. Bien que le rail attire un nombre toujours plus grand de voyageurs, avec des taux de croissance annuels pouvant dépasser 10 %, les 35 millions de voyageurs en 2010 au niveau national ne représentent que quelques pourcents des plus de 500 millions de voyages annuels réalisés en autobus/autocar, principal moyen de transport collectif urbain et interurbain dans le pays.
A noter qu’un réseau de plusieurs lignes de tramway et de BHNS est en projet à Tel-Aviv. Les appels d’offres de la première ligne ont été lancés à l’automne 2010 sous maîtrise d’ouvrage publique après l’annulation de la concession BOT (Built Operate Transfer) attribuée en 2007. Outre son horizon de réalisation – la première ligne n’ouvrira pas avant 2018 –, les services rendus par ce réseau urbain ne répondront que partiellement aux difficultés d’accès à la zone centrale dont les bus restent également tributaires. Une ligne de train rapide entre Jérusalem et Tel-Aviv est également en cours de construction, mais son horizon de mise en service est également la fin de la décennie.
Des études ont évalué le coût économique de la congestion et ont estimé que la perte de temps due à la congestion de l’autoroute n° 1 qui relie Jérusalem à Tel-Aviv en desservant l’aéroport pouvait atteindre 200 heures par an pour un utilisateur quotidien, soit l’équivalent de plus d’un mois de travail, la perte étant probablement répartie entre l’usager et son employeur.
L’INITIATIVE DU MINISTÈRE DES TRANSPORTS : UNE VOIE BUS… ET À PÉAGE
Afin de proposer une solution à cette congestion chronique, le ministère des Transports dont la compétence couvre à la fois les routes/autoroutes et l’organisation des transports collectifs a initié une réflexion autour d’un péage de congestion à la fin des années 1990. L’analyse des différentes possibilités et des spécificités du contexte israélien ont conduit le gouvernement à décider au début des années 2000 du principe de réalisation d’une voie rapide sur l’autoroute n° 1.
Il s’agissait de construire sur le terre-plein central une voie supplémentaire en direction du centre d’agglomération réservée aux transports collectifs et aux taxis et dont la capacité résiduelle pourrait être utilisée par les véhicules particuliers, afin d’éviter le syndrome de la « voie déserte » bordant une section congestionnée.L’idée est donc d’y permettre également l’accès aux véhicules en covoiturage et à tous les autres véhicules particuliers, moyennant redevance d’utilisation. Les conducteurs ont également la possibilité de laisser gratuitement leur véhicule dans un parc-relais.
La particularité du dispositif réside dans le fait que le prix de la redevance est dynamique et ajusté en temps réel afin de préserver la fluidité de la voie rapide d’une part et d’utiliser au mieux la capacité de la file d’autre part.
La réalisation de cette infrastructure a nécessité une loi spécifique sur les voies à péage, votée en 2005 par le Parlement israélien.
Le projet, dont le coût de construction est de 600 millions de shekels (130 millions d’euros) pour une longueur de 13 km a été réalisé en concession BOT pour une durée de 28 ans. Le concessionnaire Shapir Engineering, dont le contrat avec le gouvernement a été signé en septembre 2006, a la charge de construire le dispositif qui comprend la voie rapide, le contrôle d’accès et le dispositif de reconnaissance des plaques ainsi qu’un parc-relais. Une fois l’infrastructure réalisée, le concessionnaire a en charge l’exploitation de l’infrastructure, la relation avec les abonnés et les utilisateurs occasionnels et la perception des recettes durant toute la durée résiduelle du contrat à la fin de laquelle l’infrastructure est transférée à l’autorité publique.
D’un point de vue financier, l’offre remise par le concessionnaire retenu proposait le versement de 180 millions de shekels 2006. Compte tenu de l’actualisation, ce sont en fait 250 millions de shekels (54 millions d’euros) qui doivent être versés à l’État : trois quarts ont été versés à la mise en service et le dernier quart le sera au bout d’une période de six mois d’exploitation. Il est intéressant de noter que l’offre qui suivait l’offre la mieux disante demandait à l’État une contribution financière !
L’EXPÉRIENCE DES UTILISATEURS
Le projet est conçu de manière à être transparent pour les utilisateurs des transports collectifs, des taxis et des véhicules possédant le macaron handicapé.
Les utilisateurs de véhicules particuliers, qui ont eux le choix d’emprunter ou non la voie rapide, sont informés environ un kilomètre en amont de la file de présélection du tarif de passage par la voie rapide. Les motocyclistes dont la cylindrée est supérieure à 150 cm3 peuvent emprunter la voie rapide pour la moitié du prix affiché. La file de présélection mène jusqu’au dispositif d’entrée où les conducteurs ont ensuite le choix entre franchir le portique de contrôle ou sortir vers un parc-relais gratuit d’une capacité de 2 000 places.Le franchissement de la ligne de contrôle s’effectue de manière automatique pour les abonnés, à l’instar du télépéage en France mais avec reconnaissance des plaques minéralogiques. Les utilisateurs occasionnels et les covoitureurs doivent au préalable entrer dans le parc-relais et c’est au poste de contrôle/péage à la sortie de ce dernier qu’ils s’acquittent du droit de passage ou bien reçoivent une exemption de péage si l’occupation du véhicule est suffisante : au moins 4 personnes (dont le conducteur) aux heures de pointe et 3 personnes durant les heures creuses. Une fois leur numéro d’immatriculation enregistré dans le système informatique, ils se réengagent alors dans la voie rapide pour franchir le portique de contrôle automatique.
Le passage du contrôle automatique pour les non-abonnés qui ne se sont pas préalablement acquittés du droit de passage ou l’occupation insuffisante du véhicule entraîne une amende de 20 shekels (4,30 €) la première fois et 50 shekels (10,80 €) les fois suivantes qui s’ajoute au droit de passage dû.
Les conducteurs qui déposent leur véhicule au parc-relais gratuit ont le choix entre se regrouper pour covoiturer vers leur destination pour bénéficier de la fluidité de la voie rapide ou d’emprunter l’un des deux services de navettes gratuites desservant chacun six points d’arrêt dans les deux pôles d’emplois majeurs que sont Ramat Gan et la Kiria.
L’exploitation du service de navettes a été attribuée à la compagnie Dan, opérateur des bus urbains à Tel-Aviv et fonctionne de 6h00 à 23h00 avec une fréquence de 5 minutes aux heures de pointe et 15 minutes en heures creuses. Le service de navettes est gratuit ainsi que le parc-relais, à condition de ne pas y stationner plus d’une journée. Le stationnement de nuit est alors facturé 50 shekels (10,80 €) en plus du prix du passage sur la voie rapide au moment de l’entrée dans le parc-relais.
Les conducteurs ont également la possibilité de ressortir du parc-relais en direction de Tel-Aviv sur les voies classiques « normales » et bien évidemment dans la direction opposée pour revenir vers leur point d’origine.
CARACTÉRISTIQUES D'EXPLOITATION ET MODÈLE ÉCONOMIQUE
Les 13 km de la voie rapide sont constitués d’une bande de roulement de 7 m de large, séparée de la chaussée principale par une glissière de sécurité. La largeur de la voie permet d’éviter que l’arrêt d’urgence d’un véhicule n’obstrue totalement la voie. La capacité maximale de la file est estimée à 2 000 véhicules par heure.La voie rapide rejoint la voie classique « normale » au niveau de sa jonction avec l’Ayalon Highway, la rocade de Tel-Aviv qui traverse la ville selon un axe sud-nord et la dessert au moyen de cinq échangeurs.
Le prix du passage pour les véhicules individuels est déterminé en temps réel par un algorithme réalisé par Siemens et qui vise à garantir aux utilisateurs un temps de parcours de 11 minutes soit une vitesse de 70 km/h, sachant que le temps de parcours actuel aux heures de pointe varie en moyenne entre une demi-heure et une heure.
Le tarif nominal est de 6 shekels (1,30 €) lorsque la circulation est fluide, c’est-à-dire tant que le nombre de véhicules dans la file est inférieur à 1 600 par heure. Au-delà, le prix monte à mesure que la charge de la voie croît afin d’en dissuader progressivement l’entrée. Le prix moyen aux heures de pointe devrait se situer autour de 25 shekels (5,40 €) et peut s’élever jusqu’à hauteur de 75 shekels (16 €), qui représente la limite de facturation autorisée par le contrat de concession, le prix maximum de régulation étant en théorie infini.
L’intérêt pour le concessionnaire est donc d’ajuster au mieux le tarif afin de ne pas descendre en deçà de la vitesse garantie mais de ne pas subir de manque à gagner par défaut d’utilisation de la capacité résiduelle de la file. Le fait de ne pas assurer le niveau de service promis ne fait pas l’objet de remboursements automatiques mais pourrait être un motif de plaintes individuelles de la part des utilisateurs ou d’amendes de la part de l’État.
Les véhicules exemptés de péage – transports collectifs, taxis, covoiturage, handicapés – font néanmoins l’objet d’une tarification virtuelle. Ainsi, au-delà d’une franchise journalière, l’État verse un droit de passage virtuel correspondant au prix en vigueur au moment du passage. De même, l’État verse au concessionnaire 10 shekels (2,10 €) pour chaque véhicule qui stationne dans le parc-relais avant 9 heures du matin.
C’est le concessionnaire qui encaisse les recettes mais un système de partage des risques de trafic a été mis en place basé sur une estimation théorique des recettes :
• au-dessous du seuil de 80 %, l’État prend en charge 85 % du déficit
• entre 80 % et 100 % des recettes théoriques, l’État prend en charge 55 % du déficit
• si les recettes sont supérieures aux estimations, les bénéfices supplémentaires sont partagés à parité entre l’État et le concessionnaire.
DEJA, DE NOMBREUSES INTERROGATIONS
Avant même sa mise en service, la voie rapide faisait l’objet de débats passionnés sur la politique de mobilité sous-tendue par le projet, sur les avantages mis en avant par ses promoteurs et sur les pronostics de réussite.
Une « voie pour riches » superflue et contre-productive ?Le projet est sans surprise qualifié de « voie pour les riches » et nombre de voix s’élèvent pour s’indigner de la dépense mensuelle que représenterait l’utilisation quotidienne de cette infrastructure et appellent à établir un prix modique, dans un contexte de retour à la hausse des prix du carburant.
Les promoteurs du projet mettent en avant le fait que le projet est avant tout destiné à faciliter l’accès au cœur d’agglomération en transports collectifs et en covoiturage et que l’ouverture à des usagers payants n’a d’autre but que de financer le coût de l’infrastructure pour la collectivité.
Certains détracteurs du projet font remarquer qu’il ne concerne finalement que peu d’utilisateurs et critiquent la priorité donnée à ce projet sur d’autres réalisations : utilisée à plein de sa capacité, ce ne seraient que 6 000 véhicules qui l’emprunteraient durant les trois heures de la pointe du matin, soit bien peu comparé aux 600 000 véhicules qui accèdent chaque jour au cœur d’agglomération.
D’autres opposants regrettent que l’ajout de deux files supplémentaires n’ajoute en réalité au final qu’une voie de circulation, la voie rapide étant dotée de sa propre bande d’arrêt d’urgence, en soulignant qu’au final il s’agit d’une augmentation de la capacité routière qui incite plus qu’elle ne décourage l’utilisation de la voiture particulière.
Les observateurs quotidiens du « point noir du pays » font remarquer que la voie rapide débouche sur la rocade qui souffre également de congestion chronique et que le fait d’avoir créé une voie supplémentaire augmentera certainement la congestion de la rocade qui remontera mécaniquement y compris dans la voie réservée, réduisant ainsi son intérêt.
Ces mêmes observateurs ont été d’autant plus surpris de découvrir le jour de l’ouverture qu’au niveau de l’insertion dans la rocade l’une des trois voies existantes sur la chaussée actuelle avait été supprimée au profit la voie rapide. Au-delà des critiques « techniques » sur ce choix dans la conception, certains vont jusqu’à s’interroger même sur le fondement juridique du projet. En effet, considérant qu’il s’agit de rendre payante une infrastructure existante, le projet aurait dû selon eux être approuvé par la commission des affaires économiques du Parlement, ainsi que le prévoit la loi sur les voies à péage de 2005, alors que ce n’est pas nécessaire lorsqu’il s’agit de créer une infrastructure payante nouvelle.
Un dispositif peu pratique et pas assez incitatif ?Au-delà de l’acceptabilité du principe, la mixité des fonctions et des usages, le besoin pour certains de s’abonner et pour d’autres non, les exemptions et le caractère aléatoire du tarif soulèvent nombre d’interrogations sur le caractère pratique de l’utilisation de la voie rapide, certains se demandant même si le temps de contrôle du covoiturage ou du péage manuel n’annihilera pas le gain de temps du trajet.
Le fonctionnement du parc-relais et les navettes gratuites pour le centre-ville sont également critiqués :
A titre d’exemple, le service de navettes s’interrompt à 23h00 et le parc-relais ferme à la même heure, ce qui empêche un retour (très) tardif.
Mais le principal point faible des navettes est probablement le fait que la voie rapide n’existe que dans la direction du centre. Autrement dit, ceux qui ont déposé leur véhicule dans le parc-relais et ont bénéficié d’un accès rapide au centre-ville le matin subiront la congestion actuelle de l’heure de pointe du soir mais dans un minibus duquel ils devront descendre avant de récupérer leur véhicule. Les bénéfices du matin risquent ainsi d’être éclipsés par les désagréments du soir.
La ligne de chemin de fer étant située le long de l’autoroute, la solution idéale aurait été de localiser le parc-relais à proximité de la gare la plus proche, mais cela n’a pu être réalisé du fait d’oppositions locales. La construction d’une nouvelle gare au droit du parc-relais a par conséquent été envisagée et planifiée, mais à la date d’ouverture du dispositif, les travaux n’ont pas été initiés.
UN LABORATOIRE DES MOBILITÉS GRANDEUR NATURE
La période de rodage suite à la mise en service de la voie rapide, le 7 janvier, devrait être l’occasion de faire les réglages nécessaires, sur la capacité ou la fréquence des navettes par exemple.Tant sur le court terme qu’à plus long terme, il s’agira surtout d’observer, d’analyser et de comprendre l’acceptabilité et l’impact de ce dispositif inédit sur « la culture de l’accès en centre d’agglomération » et notamment :
• Le report modal sur les – nombreuses – lignes de bus qui empruntent cet axe
• La charge effective de la voie rapide et la capacité de la tarification dynamique à l’optimiser
• Les niveaux de prix constatés, leur variabilité horaire et journalière
• Le caractère incitatif du parc-relais et des navettes gratuites
• L’évolution des pratiques de covoiturage depuis le lieu de domicile, sur le site même du parc-relais
• La crédibilité de la garantie de temps de parcours
• L’équilibre économique pour le concessionnaire d’une part, pour l’autorité publique d’autre part.Lors des deux premiers jours ouvrés de fonctionnement, le trafic de pointe dans la voie rapide était de 900 véhicules par heure, bien en deçà de sa capacité optimale. Le prix de passage est par conséquent resté durant ces deux jours au niveau minimum de 6 shekels (1,30 €). Selon l’un des responsables du projet, la mise en service s’est déroulée sans surprise majeure, les premiers chiffres sont entièrement conformes à leurs prévisions…
Par Jonathan GOLDBERG, ingénieur-conseil en mobilités politiques de déplacements et infrastructures de transport
Chiffre d’affaires en hausse de 13 % en 2010 pour Thalys
« Une croissance à deux chiffres », annonce Thalys, à la publication de ses résultats 2010. Atteignant 432 millions d’euros, le CA consolidé a pris 13,05 % par rapport à 2009 sur l’ensemble des lignes. Sur Paris – Bruxelles – Amsterdam, dont le temps de parcours a été diminué de 51 minutes en décembre 2009, cette hausse atteint 42 % contre 24 % sur Paris – Bruxelles – Cologne, où 36 minutes ont été gagnées. Avec 6,45 millions de voyageurs, la fréquentation a crû de 6,25 %. Le report de passagers aériens, lié aux nouveaux temps de parcours, compte pour 10 % de la hausse du trafic, que Thalys explique également par « une préférence croissante pour le ferroviaire, conforme aux préoccupations environnementales grandissantes de nos clients ». La reprise économique et une fréquentation en hausse de 9,5 % en Comfort 1 (26 % des voyageurs de Thalys ont choisi la 1re classe) expliquent également la forte hausse du CA en 2010.

Eiffage retenu pour la LGV Bretagne – Pays de la Loire
Pour la construction des 214?km de la LGV Bretagne – Pays de la Loire qui mettra Rennes à 1h26 de Paris, RFF a retenu Eiffage, qui a présenté le projet le moins coûteux : 3,4 milliards d’euros.?RFF financera ce chantier, qui doit créer 10?000 emplois par an, à hauteur de 40 %. C’est une première : la ligne à grande vitesse Bretagne – Pays de la Loire est la première LGV attribuée dans le cadre d’un contrat de partenariat. Le contrat n’est pas encore signé – il devrait l’être dans les prochains mois – mais on connaît le titulaire pressenti pour construire, exploiter et maintenir cette infrastructure : le groupe de BTP Eiffage a été retenu le 18 janvier par Réseau Ferré de France (RFF) lors de son conseil d’administration, face à Bouygues et à Vinci.
« Eiffage nous a paru le meilleur candidat compte tenu de nos critères, qui reposent sur la qualité de l’offre, sur des critères économiques, financiers et environnementaux », souligne Hubert du Mesnil. Le coût a évidemment pesé lourd, reconnaît le président de RFF. « L’enveloppe, d’environ 3,4 milliards d’euros, et leur projet sont conformes à nos objectifs financiers », affirme-t-il. « Nous avons pu avoir quelques craintes concernant des dépassements financiers, mais il n’en est rien », se félicite de son côté Jean-Yves Le Drian, président du conseil régional de la Bretagne. « C’est une grande satisfaction pour nous tous de constater que nous restons dans l’enveloppe que s’étaient fixée les collectivités bretonnes. »
Selon une source proche du dossier, Eiffage était le moins disant financier, proposant une offre de 400 millions d’euros moins chère. Les autres candidats en lice n’auraient pas voulu suivre, cet effort financier paraissant, sinon impossible, du moins très difficile à tenir.
Le titulaire pressenti devra vraisemblablement s’en expliquer auprès de RFF. L’heure est maintenant à la poursuite des discussions pour finaliser ce contrat qui doit durer vingt-cinq ans. Eiffage devra aussi boucler son financement en obtenant auprès de ses banques les crédits qui lui incombent. Le groupe de BTP travaillera avec d’autres entreprises dont il ne souhaitait pas dévoiler le nom à l’heure où nous mettions sous presse. « Nous ferons bien sûr travailler des entreprises de notre groupe et des entreprises locales », s’est bornée à indiquer une porte-parole d’Eiffage.
Le chantier – l’un des plus importants d’Europe pour les cinq années à venir selon RFF – devrait se traduire par la création de 10 000 emplois annuels durant toute sa durée, prévue pour s’achever en automne 2016. Ce sont 214 km de ligne nouvelle qui vont être construits, dont 182 de ligne à grande vitesse et 32 de raccordement. La LGV mettra Rennes à 1 heure 26 de Paris, contre 2 heures 03 actuellement. « Six raccordements sont prévus. Ce projet contribue au désenclavement de l’ensemble des territoires des régions Bretagne et Pays de la Loire. Il améliore les dessertes des grandes métropoles mais aussi de villes intermédiaires », souligne Sandrine Chinzi, sa directrice pour RFF. Pour Hubert du Mesnil, « ce grand projet ferroviaire va créer une des plus longues lignes à grande vitesse d’Europe, reliant d’un trait de 360 km Paris et l’Ouest de la France ».
Un trait d’union entre Paris et l’Ouest de la France
Ce projet s’inscrit dans le cadre du Grenelle de l’Environnement qui prévoit la réalisation de 2 000 km de lignes nouvelles d’ici à 2020. Il consiste à prolonger la ligne à grande vitesse existante entre Paris et Connerré (à 20 km à l’est du Mans). La ligne est conçue pour une vitesse commerciale de 320 km/h. Elle permettra de gagner 37 minutes entre Paris et Rennes et 8 minutes entre Paris et Nantes. À terme, pour compléter la LGV, RFF souhaite relier Paris au Finistère avec des temps de parcours réduits à 3h entre Paris et Brest et Paris et Quimper. Cela passe par la modernisation des liaisons Rennes – Brest et Rennes – Quimper. Une première phase, en cours, consiste à adapter l’infrastructure pour permettre le relèvement de la vitesse sur certaines sections, jusqu’à 180, 200 ou 220 km/h.
Un financement tripartite
Le chantier va coûter 3,4 milliards au total. À la différence d’un contrat de concession, dans lequel le concessionnaire finance le projet et supporte le risque commercial, c’est RFF, l’État et les collectivités qui vont payer les travaux. RFF va apporter 40 % de la somme, une proportion élevée (sa contribution n’était par exemple que de 25 % pour le TGV Est) qui s’explique par la rentabilité espérée du projet.
Le reste est apporté pour moitié par l’État et pour l’autre moitié par les collectivités locales. S’agissant de la somme versée par les collectivités locales : 90 % viendront du côté breton (Région Bretagne, départements du Finistère, du Morbihan, des Côtes d’Armor, de l’Ille-et-Vilaine, Rennes Métropole, le Pays de Saint-Malo) et les 10 % restants des Pays de la Loire. Quant à la part de l’État (1,1 milliard), elle sera en fait avancée par Eiffage. L’État remboursera par la suite le groupe de BTP sous forme de loyers mensuels.
De son côté RFF touchera les péages versés par les trains qui emprunteront les infrastructures. Et l’établissement public rémunérera Eiffage pour ses prestations de maintenance des voies.
RFF estime que la nouvelle infrastructure fera venir 1,5 million de voyageurs supplémentaires à l’horizon 2016, à ajouter aux 19 millions de personnes attendues sur ces axes à cette date.

Un Allegro au tempo des 220 km/h entre Helsinki et Saint-Pétersbourg
Les trains à grande vitesse Allegro ont transporté depuis leur mise en service, le 12 décembre dernier, plus de 23 000 passagers entre Saint-Pétersbourg et Helsinki. Le temps de parcours qui pouvait durer près de six heures est passé à un peu plus de trois heures et demie. La vitesse maximale des trains d’Alstom est de 200 km/h sur le territoire russe et atteint 220 km/h sur le tronçon finlandais. Notre reporter était du voyage inaugural. La toute première relation internationale à grande vitesse entre la Russie et un pays limitrophe, en l’occurrence la Finlande, a été inaugurée le dimanche 12 décembre. À la faveur de l’arrêt à la gare frontière, Vladimir Poutine, président du gouvernement de la Fédération de Russie, s’est joint aux invités présents à bord du Pendolino inaugural parti d’Helsinki pour rejoindre Saint-Pétersbourg à la vitesse maximale de 220 km/h. C’était l’une des quatre rames dites « Allegro » commandées en 2007 au constructeur Alstom par Karelian Trains, filiale commune des chemins de fer russe (RZD) et finlandais (VR), et grâce auxquelles le temps de parcours entre les deux cités, autrefois d’environ cinq heures trente, a pu être ramené à seulement trois heures et trente-six minutes ! Les nouveaux trains devraient transporter 250 000 voyageurs en 2011…
Assistaient bien sûr à l’événement le président des RZD, Vladimir Yakounine, qui, pour la circonstance, portait son grand uniforme de premier cheminot de Russie, ainsi que son homologue des VR, Michael Aro. La présidente de la République finlandaise, Tarja Halonen, était aussi du voyage, tout comme Patrick Kron, le président-directeur général d’Alstom. Le sens de parcours du train inaugural aurait été notamment dicté par l’établissement du siège de la joint-venture Karelian en Finlande, et de l’atelier de maintenance des rames à Helsinki. Un deuxième atelier devrait être prochainement implanté à Saint-Pétersbourg, les RZD souhaitant également acquérir le savoir-faire correspondant. Ce qui ne serait d’ailleurs pas pour déplaire au constructeur, lui qui espère pouvoir vendre aussi des Pendolino en Russie…
De fait, le train pendulaire pourrait être l’une des meilleures solutions pour la modernisation des relations ferroviaires « voyageurs » dans ce pays. Grâce à son système d’inclinaison des caisses jusqu’à 8°, il permet une vitesse dans les courbes de 20 à 30 % supérieure à celle d’un train classique, en préservant le confort et la sécurité, et sans requérir pour autant la construction de nouvelles infrastructures ni la modification significative des lignes existantes. Sept grandes relations assurées par les RZD auraient été déjà identifiées comme susceptibles d’être l’objet d’un relèvement significatif des vitesses maximales pratiquées. Pareil relèvement pourrait être obtenu avec un train pendulaire comme le Pendolino si l’itinéraire est sinueux, mais aussi, dans le cas contraire, avec une composition classique (locomotive et voitures) apte à 200 km/h. C’est là tout l’enjeu de la future locomotive pour services voyageurs EP 20 qu’Alstom devrait présenter bientôt, et qui « enlèverait » sans difficulté une rame tractée à 200 km/h sur la ligne Moscou – Kiev, riche en alignements droits. Astucieuse combinaison de l’excellente partie électrique des CoCo d’Alstom pour la Chine et d’une partie mécanique développée par son partenaire russe Transmashholding (TMH), lui-même expert en ce domaine et également « signataire » de la conception d’ensemble et des moteurs de traction, l’EP 20 a déjà dépassé le stade de la planche à dessin, la caisse de la première étant aujourd’hui au stade de la construction. Des discussions seraient en cours, notamment avec les Ukrainiens et les Biélorusses…
En Russie, la très grande vitesse est également au programme, depuis que Vladimir Poutine en personne a décidé de consacrer une enveloppe de 20 milliards d’euros à la construction d’une ligne nouvelle d’environ 660 km, en principe apte à 400 km/h, pour relier la capitale, Moscou, à la deuxième métropole du pays que forme justement Saint-Pétersbourg. À l’évidence, la volonté politique existe. Le budget annoncé, lui, peut paraître quelque peu surdimensionné. « Il faut savoir que la construction d’un kilomètre d’autoroute en Russie s’avère parfois jusqu’à quatre fois plus onéreuse qu’en Europe, car le système gaspille énormément », explique Bernard Gonnet, directeur pour la Communauté des États indépendants (CEI) chez Alstom Transport. « D’où l’idée de recourir à des PPP (Public Private Partnership) pour réduire de 20 % les coûts. » C’est pourquoi le constructeur est en train de créer actuellement un consortium d’entreprises françaises en vue de répondre à l’appel d’offres attendu vers avril prochain. « Entre Moscou et Saint-Pétersbourg, les Russes veulent un temps de parcours inférieur à trois heures, selon la même démarche que celle qui amena le TGV sur Paris – Lyon », poursuit Bernard Gonnet. « Sur leur ligne classique, pour que les nouveaux Sapsan puissent rouler à 200 km/h, ils ont dû supprimer beaucoup de trains locaux, d’où de nombreuses manifestations de protestation, voire des jets de pierres sur les rames, tandis que l’absence de clôtures a déjà entraîné plusieurs accidents de personne, militant là encore en faveur d’une nouvelle infrastructure dédiée. » Pour la fourniture du matériel roulant, Alstom répondra bien entendu avec TMH. Il lui fallait encore un partenaire pour la signalisation, qu’il a aujourd’hui trouvé, mais dont il n’a pas encore souhaité annoncer le nom…
En attendant la très grande vitesse, Russes et Finlandais peuvent déjà goûter aux 220 km/h que pratiquent les Allegro sur la partie finlandaise de la ligne d’Helsinki à Saint-Pétersbourg, laquelle a bien sûr fait l’objet de quelques travaux connexes telles que la reprise des installations de traction électrique, l’adaptation de la signalisation, la modification des appareils de voie ou encore la suppression de passages à niveau. Développé sur la plate-forme du Pendolino, l’Allegro apparaît de prime abord comme la synthèse entre les trains pendulaires finlandais Sm3 en circulation depuis 1995 (dont il reprend la « winterisation » qui leur garantit un fonctionnement entre moins 40 °C et + 35 °C) et la génération « New Pendolino » (avec sa chaîne de traction à IGBT, Insulated Gate Bipolar Transistors, ses moteurs triphasés asynchrones accrochés sous la caisse et ses bogies). Le bogie lui-même a été redimensionné, avec arbre de transmission à deux joints « cardans » pour reprendre un couple plus important. En réalité, le constructeur a beaucoup investi sur le développement de ce nouveau matériel, et espère en conséquence que ce dernier connaîtra une descendance allant bien au-delà des quatre unités jusqu’ici produites… Élément automoteur électrique bicourant (continu 3 kV et alternatif monophasé 25 kV, 50 Hz) à motorisation répartie, l’Allegro est un train non articulé composé de sept véhicules (dont quatre motorisés) qui sont montés sur bogies à l’écartement russo-finlandais de 1 522 mm. Long de 184,8 m, il est équipé d’un dispositif de pendulation active, l’inclinaison des caisses vers l’intérieur des courbes étant réalisée par des actuateurs hydrauliques auxquels Alstom reste donc fidèle (au moins jusqu’à 250 km/h). Bien qu’égal à seulement 1 % du prix de la rame, le système dit « anticipatif », qui mémorise l’ensemble des paramètres liés à la géométrie du tracé de la ligne parcourue, n’a pas été choisi par l’opérateur. Plus classiquement, la correction d’insuffisance de dévers s’effectue donc à partir du seul couplage « gyroscope + accéléromètres », le gyroscope détectant l’entrée de courbe à partir de l’apparition du dévers lui-même afin d’envoyer sans retard l’ordre d’inclinaison, puis les accéléromètres servant, dans un deuxième temps, à calculer avec précision l’angle nécessaire pour cette inclinaison. On se souvient que les Français avaient été des pionniers de la pendulation dans les années soixante, mais comme ils n’utilisaient alors que les accéléromètres (dont il faut toujours filtrer les signaux pour ne pas prendre en compte les accélérations transversales dues aux irrégularités de la voie, sauf à provoquer des basculements continuels de caisse !), l’inclinaison arrivait toujours avec retard par rapport à l’entrée en courbe. Et les voyageurs étaient malades ! Les Italiens ont ensuite résolu le problème grâce au gyroscope, Fiat Ferroviaria inventant ainsi le célèbre Pendolino…
Aujourd’hui, l’Allegro est justement assemblé à Savigliano, en Italie, sur le site même de l’ancienne division ferroviaire du constructeur automobile, division qu’Alstom a rachetée voici quelques années. La chaîne de traction est fabriquée à Sesto San Giovanni, près de Milan, tandis que les bogies proviennent du Creusot. L’Allegro s’appuie donc sur toute l’expérience acquise par Alstom (ou héritée de Fiat) en matière de trains pendulaires, puisqu’à ce jour, 430 automoteurs Pendolino électriques ou diesels sont exploités dans onze pays différents (Allemagne, Chine, Espagne, Finlande, Italie, Portugal, République Tchèque, Grande-Bretagne, Slovénie, Suisse et maintenant Russie). Ces trains totalisent plus de 200 millions de kilomètres parcourus. Pour les seuls automoteurs pendulaires à grande vitesse, Alstom détient 95 % du marché en Europe et dans le monde. Les éléments automoteurs électriques vendus à la Chine, non pendulaires mais de conception très voisine des « New Pendolino », ont déjà dépassé, en trois ans, le million de kilomètres, ce qui n’était encore jamais arrivé pour un matériel du constructeur !
L’Allegro dispose d’une puissance installée de 5 500 kW et embarque 352 voyageurs, auxquels peuvent s’ajouter deux handicapés en fauteuil roulant. Sa charge à l’essieu, un peu élevée pour un Pendolino (17,5 t), s’explique par son gabarit généreux. Il est équipé des systèmes de répétition des signaux et contrôle de vitesse ATC (pour circulation sur les VR) et KLUB-U (pour circulation sur les RZD). Un très puissant système de chauffage et de climatisation, aux unités montées en toiture, permet de maintenir, sans difficulté aucune, une ambiance très agréable à l’intérieur des voitures, même lorsque la température extérieure descend à moins 40 °C ! Parmi les systèmes originaux mis en œuvre pour la « winterisation » figurent deux cheminées verticales, une sur chaque face latérale, en milieu de voiture, et qui forment une épaisse cloison intérieure judicieusement aménagée en vestiaires. Équipées de puissants ventilateurs, lesdites cheminées soufflent en permanence de l’air pour maintenir une surpression sous le châssis afin d’éviter la fixation de cette neige extraordinairement poudreuse, si caractéristique des hivers finlandais…Deux contrats de signalisation en cabine pour Ansaldo STS aux Etats-Unis
Le 26 janvier, Ansaldo STS a annoncé avoir remporté deux contrats de signalisation en cabine, aux Etats-Unis, pour un total de 18 millions de dollars (13 millions d’euros). Le premier contrat porte sur l’équipement de 100 voitures deux niveaux commandées à Bombardier par New Jersey Transit et le second sur l’équipement de 364 voitures commandées (fermes et en option) à Kawasaki Railcar, Inc. par la Washington Metropolitan Area Transit Authority (WMATA). Ces équipements seront basés sur l’ATC (contrôle automatique des trains) MicroCab d’Ansaldo STS, regroupant l’ATS (supervision automatique des trains), l’ATP (protection automatique des trains) et l’ATO (exploitation automatique des trains).
Les usagers des TER manifestent aussi leur mécontentement
Après les abonnés des TGV, les utilisateurs des TER ont commencé, le 24 janvier, à manifester leur mécontentement contre les retards de leurs trains, en entamant une « grève » de présentation des titres de transport. « Ce sont de petits mouvements, des initiatives qui relaient notre appel à la grève nationale. C’est un mouvement qui va se construire dans la durée », explique l’association Avuc, qui représente les usagers. Celle-ci souhaite une solution nationale, alors que la SNCF veut traiter la question des retards région par région. Elle réclame un mois d’abonnement gratuit et le gel de l’augmentation des tarifs TER qui doit intervenir en juillet. Les usagers grévistes sont poussés par le succès rencontré par les abonnés de lignes TGV qui s’étaient rebellés contre les dysfonctionnements et ont obtenu, le 21 janvier, lors d’une réunion avec la SNCF, 200 € en bons d’achats, ainsi que le gel du prix des abonnements.

L’Autoroute ferroviaire alpine cumule les handicaps
Grèves, relations franco-italiennes tendues, améliorations indispensables de la capacité des trains et de la desserte trop attendues même si l’Autoroute ferroviaire alpine affiche un taux de remplissage de 86 %, elle cumule encore les difficultés, et le choix d’un concessionnaire se fait attendre. Ses promoteurs comptaient sur un déblocage des ministres français et italiens et leur rendez-vous a été reporté. Les résultats de l’Autoroute ferroviaire alpine (l’AFA) ont été fortement impactés l’année dernière par des mouvements sociaux. « Nous aurions pu effectuer 1 000 voyages de plus si nous n’avions pas été perturbés à neuf reprises par des grèves », déplore Gille Cattani, le directeur commercial de l’AFA. L’AFA, qui propose un service de transport de camions sur rail entre Aiton-Bourgneuf, dans la vallée de la Maurienne, et Orbassano dans la banlieue de Turin en Italie (175 km), a transporté 25 402 poids lourds en 2010. Ce qui représente une hausse de plus de 10 % par rapport à l’année précédente.
Actuellement, l’AFA ne peut pas accueillir les camions bâchés qui représentent près de 70 % du trafic des poids lourds passant par les Alpes. Avec les travaux de mise au gabarit du tunnel du Fréjus, elle s’attendait à pouvoir accueillir tous les types de camions à partir de la mi-décembre 2010. Las, un désaccord technique entre RFF et son homologue italien ne l’a pas permis. Les relations actuellement difficiles entre la France et l’Italie y seraient pour beaucoup.
Des contrats avaient été signés avec de nouveaux clients. Mais ils ne pourront pas être honorés. Même si un cinquième aller-retour quotidien a tout de même été mis en place à la fin de l’année dernière et que le taux de remplissage des trains atteint en moyenne 86 %, l’AFA estime son manque à gagner entre 12 000 et 15 000 euros chaque jour. Le budget de l’AFA tablait en effet sur une forte croissance de l’activité en prévoyant le transport de 31 000 camions en 2011. Mais elle ne devrait pas atteindre ce résultat, alors qu’elle a embauché du personnel supplémentaire pour y faire face.
L’autoroute ferroviaire alpine, lancée expérimentalement en 2003, ne survit toujours que grâce aux subventions versées par les pouvoirs publics français et italiens. Initialement, il était prévu que son budget soit alimenté pour deux tiers par des subventions (un million d’euros par mois) et pour un tiers grâce à ses recettes. Finalement, les recettes apportent un peu plus que prévu : 40 % du budget – et les subventions ont baissé d’autant.
Les promoteurs de l’AFA y voient un encouragement pour aller de l’avant. Ils estiment que cette liaison a absolument besoin de voir son cadre évoluer pour faire grimper le niveau de son activité. « L’AFA concentre plusieurs handicaps qui expliquent combien il est difficile de la rentabiliser, en particulier une distance trop courte et des trains qui ne peuvent transporter que 22 remorques chacun, du fait notamment du relief montagneux », commentent-ils.
En renforçant les capacités des trains et en allongeant la desserte en la faisant démarrer de Lyon, ce qui la rapprocherait d’une zone économique plus pertinente, l’AFA deviendrait plus performante. Elle pourrait aussi être reliée à d’autres axes, en particulier à d’autres autoroutes ferroviaires comme celle de Perpignan – Luxembourg, qui utilise comme elle le système Modalohr (des wagons surbaissés à plateforme pivotante).
Le message a été entendu et les pouvoirs publics ont décidé de pérenniser la liaison. Ils ont lancé un appel d'offres fin 2009 pour trouver un nouveau concessionnaire chargé d’exploiter l’AFA dans le cadre d’une délégation de service public. Trenitalia et la SNCF, qui l’exploitent actuellement conjointement via une filiale commune, ont chacune de leur côté répondu à l’appel d’offres. Mais la procédure a pris du retard. Initialement prévu au premier trimestre 2011, le choix du concessionnaire retenu ne devrait avoir lieu qu’au cours du premier semestre. « Le temps que le concessionnaire retenu réalise ses investissements, notamment en matériel roulant, il faudra bien compter six mois pour que la nouvelle exploitation de l’AFA devienne réalité », estime un proche du dossier. Ce qui devrait se traduire au final par un retard d’un an sur le calendrier prévu.
Pour améliorer l’AFA, il est aussi prévu de construire un nouveau terminal près de Lyon et de négocier des sillons de qualité avec RFF. Ce qui sera particulièrement compliqué, car il faudra faire cohabiter les trains de fret avec les trains régionaux de voyageurs sur des lignes particulièrement encombrées aux heures de pointe. L’objectif est de passer à une dizaine d’allers-retours quotidiens et de transporter 100 000 camions annuels pour décharger les routes.
Le 14 janvier dernier, les ministres des Transports français et italien devaient se rencontrer à Rome pour évoquer, notamment, ces questions. Le rendez-vous a été reporté, au grand dam des partisans de l’AFA qui en attendent un déblocage.
Les Français plutôt favorables pour la concurrence dans les TER
Curieuse méprise. Alors que plus de 75 % des Français déclarent savoir à quoi correspond une ouverture de marché à la concurrence – qu’ils sont 56 % à apprécier favorablement –, selon un sondage du cabinet de conseil Vertone, associé à l’Institut d’études, de conseils et recherches en marketing Panel On The Web, il y a méprise concernant le chemin de fer. 30 % des sondés considèrent que le marché ferroviaire national est déjà ouvert à la concurrence, 20 % que celui du TER l’est. Selon cette enquête réalisée en décembre auprès de 400 internautes et publiée fin janvier, 68 % espèrent l’ouverture du marché ferroviaire. Au-delà de la baisse des tarifs, réclamée pas près de 80 %, leurs attentes sont majoritairement liées au respect des horaires (60 %) et à une diminution des grèves (52 %).
Un nouveau fonds pour les infrastructures ferroviaires suisses
Les chemins de fer suisses ont salué, le 20 janvier, dans un communiqué, la décision du Conseil fédéral de créer un nouveau fonds destiné à financer les voies ferrées. Selon les CFF, ce nouveau système, qui remplacera l’actuel fonds FTP, doit assurer à long terme les besoins en financement de l’exploitation aussi bien que ceux de l’entretien et du développement de l’infrastructure du réseau. L’occasion pour les CFF de rappeler ses priorités : « Il est urgent d’améliorer l’offre sur l’axe est-ouest, très fréquenté, notamment par un agrandissement des capacités entre Olten et Zurich, dans le canton d’Argovie. »
Grande vitesse Médine – La Mecque : Lellouche défend le dossier à Riyad
Alors que l’on assiste à une lutte de clans pour préparer la succession du roi, une décision doit être prise concernant la construction et la maintenance de la LGV de 440 km La Mecque – Médine. Selon Le Figaro du 17 janvier, les Espagnols devraient l’emporter. Tout dépend du roi. Or le roi Abdallah (87 ans), qui a quitté l’Arabie saoudite le 22 novembre pour les Etats-Unis, où il a été opéré d’une hernie discale, a annoncé le 17 janvier son prochain retour. C’est dans ce contexte, alors que l’on assiste à une lutte de clans pour préparer la succession du roi, que doit être prise la décision concernant la construction et la maintenance de la LGV de 440 km La Mecque – Médine. Si on en croit Le Figaro du 17 janvier, les Espagnols (Renfe, Talgo, Adif) devraient l’emporter. Version démentie par Pierre Lellouche, secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, qui devait s’envoler pour Riyad le lundi 24 janvier.
Le contrat pourrait se monter, selon le quotidien, à 10 milliards d’euros, estimation qu’un proche du dossier ne juge pas « déraisonnable », compte tenu du premier contrat, déjà attribué, concernant le génie civil.
Talgo, Renfe et Adif (le RFF espagnol) auraient consenti un rabais de près de 30 % par rapport à leur offre de départ. Du fait de la crise économique, particulièrement violente dans le pays, et de l’effondrement de leur marché ferroviaire, les Espagnols sont agressifs sur les marchés mondiaux, alors qu’Alstom n’est pas prêt à sacrifier sa marge pour emporter les contrats. Autre désavantage, selon Le Figaro : les rames Duplex n’auraient pas séduit les Saoudiens. L’offre des Espagnols n’était pas non plus parfaite, puisqu’ils ont dû renoncer à une locomotive Talgo, qui n’existe pas encore, pour revenir au modèle éprouvé Talgo-Bombardier qui circule en Espagne.
Manque de chance, la décision doit intervenir au moment où l’Espagne vient de dépasser la France en kilométrage de lignes à grande vitesse… Un symbole qui énerve les Français, qui jugent que l’expérience de la grande vitesse espagnole est loin de valoir la leur, et remarquent que la ligne Barcelone – Figueras n’est toujours pas prête.