Malgré un intérêt fort pour les modes actifs, la consolidation des pratiques émergentes que sont le covoiturage, la location entre particuliers ou le vélo partagé, les pratiques au quotidien restent centrées sur la voiture individuelle. C’est l’un des enseignements de la deuxième vague de l’enquête de l’Observatoire société et consommation (ObSoCo) et Chronos sur les comportements de mobilité. Soutenu par l’Ademe et la SNCF, l’Observatoire de 2014 a été réactualisé cette année en tenant compte notamment des nouveautés comme l’autocar longue distance et le véhicule autonome. Ses résultats s’appuient sur une vaste enquête sur Internet auprès d’un échantillon de 4 000 personnes, représentatif des 18-70 ans.
Le fossé est toujours bien présent entre le cœur des grandes agglos, où l’usage systématique de la voiture en solo recule et tout le reste du territoire, où au contraire son utilisation s’accroît. « Alors que les enquêtes-ménages déplacements expriment des parts de marché, notre étude mesure les taux de pénétration ainsi que le solde entre les pratiques actuelles et les intentions afin d’anticiper les changements de comportement », détaille Léa Marzloff, directrice adjointe du cabinet de prospective Chronos. Et sur ce point, rien n’a bougé par rapport à 2014, où comme l’expliquait Philippe Moati, cofondateur de l’ObSoCo, « rien ne semble remettre en cause la suprématie de la voiture individuelle ». Le solde est négatif entre ceux qui déclarent l’utiliser davantage (25 %) et ceux qui la laissent davantage au garage (14 %). De plus, « la possession d’un véhicule est encore la formule idéale pour trois Français sur quatre, ajoute-t-elle. Elle est un élément incontournable y compris chez les jeunes, avec un pic entre 25 et 34 ans ».
Des résultats qui prennent un tout autre relief alors qu’une partie de la France – Ile-de-France, vallée du Rhône, Savoie – est en train de vivre un pic pollution exceptionnellement long et intense. Pour autant, il y a des raisons d’espérer ! D’abord parce que les Français marquent « leur envie de proximité et de calmer les rythmes en marchant ou en faisant du vélo, ce dernier étant utilisé par 23 % », poursuit-elle. De plus, 46 % des interrogés déclarent avoir le choix de leur mode au quotidien, contre 35 % il y a deux ans, « ce qui est lié à la croissance de l’offre de véhicules partagés et de l’équipement individuel en vélo notamment ».
Mais cette moyenne nationale cache des disparités territoriales fortes puisque la proportion tombe à 22 % dans le monde rural et culmine à 90 % dans la capitale (72 % en Ile-de-France), en passant par 64 % dans les villes de plus de 100 000 habitants. On trouve par ailleurs une corrélation avec les pratiques multimodales (utilisation de modes différents selon les circonstances) et intermodales (plusieurs modes au cours d’un seul déplacement), avec nationalement 28 % de mobilité multimodale (+8 points par rapport à 2014) et 13 % de trajets intermodaux (+2 points). Chiffres qui passent respectivement à 47 % et 25 % quand on fait un focus sur le centre urbain des métropoles, « où elles sont devenues la norme ».
Autres aspects auxquels l’enquête s’est intéressée : l’autocar longue distance, qui montre un taux de pénétration de 15 % ; le véhicule autonome, qui génère pas mal d’inquiétude (40 % s’inquiètent de son développement et seuls 12 % se déclarent prêts à l’utiliser sans réserve) ou encore l’apport du numérique, dont l’usage progresse fortement puisque 64 % disent consulter une appli avant tout déplacement, contre 40 % il y a deux ans, la moitié d’entre eux estimant qu’ils optimisent leur mobilité grâce à ces nouveaux outils.
« Les principales surprises de cette deuxième vague d’enquête ? Un poids du covoiturage élevé, une fracture territoriale qui s’aggrave et une belle progression de la multimodalité », résume Léa Marzloff. Un peu d’anticipation pour finir : l’ObSoCo a calculé l’appétence des clients en faisant la différence entre ceux qui veulent diminuer telle ou telle pratique et ceux qui désirent l’augmenter. En tête du top 5 des modes à fort potentiel de croissance : les VTC à +33 %, suivis de très près par les VLS (+32 %) et la marche (+25 %). Malheureusement les transports collectifs sont eux à -1 % et l’automobile personnelle à +6 %.
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