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Catégorie : Transports urbains
Retrouvez toute l’actualité des transports urbains: Métro, RER, lignes de bus, constructeurs et opérateurs en France et à l’international

Le rôle central de la nouvelle gare de Saint-Denis Pleyel
Inaugurée ce matin par Emmanuel Macron, la gare de Saint-Denis Pleyel doit jouer un rôle central sur la ligne 14. Aujourd’hui, terminus de la ligne 14, elle accueillera en 2026 les lignes 16 et 17, « faisant de la gare un des principaux hubs de transport de la région francilienne et la plus grande gare du Grand Paris Express« , indique Keolis qui l’exploitera. Selon la filiale de la SNCF, son exploitation sera « un véritable défi avec ses 27 mètres de profondeur (équivalent de 9 étages)« .
Desservie par 56 escaliers mécaniques et 18 ascenseurs, elle dispose d’une surface totale de 34 000 m2. Les commerces ouvriront courant 2025. A terme 250 000 voyageurs sont attendus chaque jour quand les lignes 15, 16 et 17 seront également en service.

D’Orly à Saint-Denis, la ligne 14 traverse le Grand Paris
L’extension de la ligne 14 du métro parisien va être inaugurée ce matin par le Président de la République. Elle filera vers le nord jusqu’à Saint-Denis Pleyel, et vers le sud jusqu’à l’aéroport d’Orly, devenant la plus longue ligne du métro parisien.
Pour les JO, ce sera une nouvelle ligne de métro vers le Stade de France, desservi par ailleurs par la ligne 13, le RER B et D. Et après les JO, la 14 sera l’épine dorsale du Grand Paris Express, disent ses promoteurs. Le prolongement de la ligne de métro automatique 14 qui doit être inauguré le 24 juin fera du futur super métro du Grand Paris la principale liaison nord-sud du réseau parisien, offrant des correspondances avec la presque totalité des lignes de métro, le RER C et avec le tramway T 7. En 2025, elle sera reliée avec la ligne 15 Sud, en 2027 avec les 16 et 17, et en 2028, avec la 18.
Ainsi prolongé, la 14 va presque doubler de longueur, passant de 14,4 km à 27 km, avec 21 stations, soit huit de plus. Plus précisément, au nord, la ligne desservira une station supplémentaire au-delà de Mairie-de-Saint-Ouen, jusqu’à Saint-Denis Pleyel. Au sud, sept stations s’ajouteront avec le prolongement de 14 km au-delà de l’actuel terminus Olympiades vers Aéroport d’Orly.
Les travaux du prolongements de la ligne 14 ont coûté, au sud, 2,8 milliards d’euros et, au nord, 700 millions, incluant l’imposante gare de Saint-Denis Pleyel. Auxquels s’ajoute l’achat du matériel roulant pour 637 M€. Les soixante-douze rames de métro MP14 sont financées par Ile-de-France Mobilités (IDFM).
Le matériel roulant est aussi modernisé. Ile-de-France Mobilités, l’autorité organisatrice des transports de la région, a financé l’achat de 72 rames MP14 à 8 voitures, pour un montant d’1,13 milliard d’euros. En 2020, les 39 navettes automatiques à 6 voitures (MP89 et MP05) ont été remplacées par 35 navettes à 8 voitures (MP14). Les 37 autres sont progressivement livrées, et le parc (72 rames) devrait être complet mi-2025. Ces nouvelles rames pourront transporter 932 voyageurs dont 216 assises, soit un tiers de capacité en plus.
Plus sobres, elles permettent de réduire de 20 % la consommation d’énergie. Elles sont équipées de ports USB et d’écrans dynamiques pour l’affichage du plan de la ligne et des informations trafic.
Objectif : pouvoir transporter un million de voyageurs en 2025 contre 650 000 aujourd’hui. Pour faire face à cette augmentation, le site de maintenance et de remisage (SMR), aujourd’hui installé aux docks de Saint-Ouen, au nord, est complété par un second site au sud à Morangis. La ligne prolongée desservira un bassin d’emploi et d’habitants de plus de 500 000 personnes hors Paris, l’hôpital Bicêtre, l’Institut Gustave Roussy, premier centre de lutte contre le cancer en Europe (100 000 voyages prévus par jour à la station Villejuif Institut Gustave-Roussy), et le Marché d’intérêt national (MIN) de Rungis, plus grand marché de produits frais au monde (11 000 emplois et 5 000 habitants dans un rayon d’un kilomètre autour de la station). Mais surtout, le prolongement au Sud permettra de rejoindre l’aéroport d’Orly en métro, pour les 30 millions de voyageurs annuels du deuxième aéroport de France qui sera alors à 25 minutes de Châtelet, et 40 minutes de Saint-Denis Pleyel. Au total 95 000 voyages par jour sont attendus à la station Aéroport d’Orly, qui concerne plus de 17 000 emplois dans un rayon d’un kilomètre.
Yann Goubin

Une cinquantaine de rames MP14 livrées par Alstom pour la ligne 14
Plus de 50 rames MP14 ont été livrées par Alstom pour la ligne 14, dont les deux prolongements au nord et au sud sont inaugurés aujourd’hui. « Nous nous étions engagés à livrer 54 rames avant les JO« , rappelle Jean-Baptiste Eymeoud, président d’Alstom France. Les autres rames (7 rames dotées de 8 voitures au total attendues sur la ligne 14) devraient être livrées dans les 7 à 8 mois prochains.
Pour tenir cet engagement, 1200 personnes ont été mobilisées sur sept sites de production, intégralement fabriqué en France, parfois les week-ends et les jours fériés. « Presqu’une voiture et demi était produite par jour« , précise le dirigeant.
Ce métro automatique peut rouler jusqu’à 100 km/h sur la ligne 14 qui devient la plus longue et la plus capacitaire métro parisien. Le MP14, doté de huit voitures pour cette ligne, est de type « Boa » avec intercirculation ouverte permettant de circuler d’un bout à l’autre de la rame. S’étendant sur 120 m de long (15 m par voiture), c’est aussi le plus long métro de France. Il consomme près de 20 % d’énergie en moins.
Les MP14, qui sont des métros sur pneus (un programme lancé en 2014,) font partie d’un contrat cadre qui englobe trois types de matériels (des rames à 8, 6 ou 5 voitures) pour un total de 130 rames à livrer pour trois lignes, outre la 14, la 4 et la 11. L’ensemble des rames aura été livré d’ici le premier trimestre 2025 selon Jean-Baptiste Eymeoud.
MHP

Comment Siemens a participé à la modernisation « Bing bang » de la ligne 14
« Une migration bing bang« ! C’est le qualificatif retenu par Vincent Fontanel, le directeur de la BU RI (Business unit Rail Infrastructure), une des trois BU de Siemens Mobility, pour raconter comment a été réalisée la migration du nouveau système d’automatisme de la ligne 14. Située à Châtillon, cette BU travaille sur les automatismes, tandis que la BU Val et la BU Customer Services sont toutes deux implantées à Toulouse.
L’opération s’est faite du jour au lendemain, le 26 février dernier, avec la mise en service du nouveau système d’automatisme de Siemens. Auparavant, la RATP avait décidé d’interrompre à plusieurs reprises, et sur des temps longs, la ligne 14 pour faire des essais d’endurance et de performance.
Cette migration d’un système sans conducteur à un autre système sans conducteur sur une ligne existante est une première, affirme encore Vincent Fontanel. Elle s’est faite parallèlement à l’extension de la ligne, au nord et au sud avec de nouvelles stations réceptionnées par la RATP auprès de la Société des Grands Projets (ex-Société du Grand Paris), souligne-t-il. Ces extensions doivent être inaugurées le 24 juin.
Les nouveaux automatismes doivent permettre d’abaisser l’intervalle à 85 secondes entre deux trains. Encore faut-il qu’il y ait assez de trains pour tenir ce rythme, ce qui ne sera pas le cas pendant les JO.
Le projet a nécessité 500 000 heures de travail aux ingénieurs et la mobilisation de 300 personnes. Une nouvelle étape est encore prévue l’année prochaine lorsque Siemens ajoutera de nouvelles fonctionnalités au système, notamment des fonctionnalités de confort et de modes dégradés, selon le responsable de Siemens Mobility. Quelques essais nécessiteront alors de nouvelles interruptions de trafic mais de moins longue durée que cette année, affirme-t-il.
MH P

Plus de trains longs le soir sur le RER A
Ile-de-France Mobilités a décidé de renforcer l’offre de transport sur le RER A en soirée. Saisie par la FNAUT Ile-de-France (Fédération nationale des associations d’usagers des transports) sur la surcharge du RER A en soirée, l’autorité organisatrice a demandé à Transilien SNCF Voyageurs et la RATP « d’analyser la fréquentation en soirée de la ligne« , indique-t-elle dans un communiqué.
Résultat : une fréquentation importante des RER A depuis Paris vers Marne-la-Vallée Chessy, plus élevée les vendredis et samedis soir que les autres jours de la semaine, mais plus faible le dimanche soir. D’où la décision de faire circuler des trains longs les vendredis et samedis soir toute l’année, alors qu’actuellement, les opérateurs font circuler des trains courts la majeure partie de l’année les vendredis et en partie les samedis. Des trains longs devront aussi être mis en place les veilles de jours fériés, ainsi que les soirs du lundi au jeudi lors de la période estivale entre la troisième semaine de juillet et la fin du mois d’août. De quoi mieux coller aux besoins des voyageurs.

La ligne 11 double sa longueur pour mieux desservir la Seine-Saint-Denis
Le prolongement, le 13 juin, de la ligne 11, permet de doubler la ligne avec six nouveaux kilomètres en Seine Saint-Denis au-delà de la station Mairie des Lilas jusqu’à Rosny – Bois-Perrier. Et de relier Châtelet Rosny – Bois-Perrier en 25 minutes.Les six nouvelles stations (Serge Gainsbourg, Romainville-Carnot, Montreuil-Hôpital, La Dhuys, Coteaux-Beauclair, Rosny – Bois-Perrier) permettront de desservir six communes dont les habitants et les navetteurs devaient jusque-là se contenter de lignes de bus. 85 000 nouveaux voyageurs habitant et/ou travaillant dans ces communes sont attendus sur cette ligne qui accueillait jusque-là 110 000 voyageurs (chiffres 2019).Le matériel a été progressivement renouvelé, délaissant les MP59, âgés de plus de 60 ans, au profit de 32 rames neuves MP14 à cinq voitures (562 voyageurs) complétées par sept rames supplémentaires qui seront livrées jusque courant 2025. Un nouvel atelier de maintenance, beaucoup plus grand que l’ancien atelier des Lilas, a également été construit au-delà du nouveau terminus de Rosny – Bois-Perrier.Siemens Mobility a déployé le nouveau système CBTC GoA2 sur la ligne existante (13 stations, 6,3 km) entre les stations Châtelet et Mairie des Lilas, comme sur les six kilomètres de prolongement de la ligne entre les stations Mairie des Lilas et Rosny Bois-Perrier. Il permet une fréquence de 105 secondes entre les rames, renforce la sécurité de la ligne et diminue la consommation d’énergie.Yann Goubin
La ligne 11 prolongée pour mieux desservir l’Est de la Seine-Saint-Denis
Quelques semaines avant les JO, deux extensions de ligne de métro RATP très attendues entrent en service : le 13 juin, la 11 filera vers Rosny-sous-Bois, à l’est de la Seine-Saint-Denis. La ligne 14 suivra le 24 juin vers Saint-Denis Pleyel au Nord, et vers l’aéroport d’Orly au Sud.
Six nouveaux kilomètres de ligne, dont trois sous un tunnel circulaire, six nouvelles stations, un matériel flambant neuf – les MP14 dans leur version avec conducteur -, un nouvel atelier de maintenance à Rosny-sous-Bois, 80 000 emplois et habitants supplémentaires desservis. Voici en quelques chiffres, le prolongement de la ligne 11 au-delà de Mairie-des-Lilas jusqu’à Rosny-Bois-Perrier, en Seine-Saint-Denis.La ligne va desservir les communes des Lilas, Romainville, Noisy-le-Sec, Montreuil et Rosny-sous-Bois. Un prolongement qui complète le maillage de transport dans cette partie est de la petite et moyenne couronne parisienne, en offrant aux voyageurs des correspondances avec plusieurs lignes structurantes du réseau francilien : le RER E, la ligne P, le T1 prolongé fin 2026 et, à l’horizon 2030, la ligne 15 Est du futur Grand Paris Express.
Initialement, la date d’ouverture du prolongement était prévue au printemps 2023. Les difficultés d’approvisionnements en matières premières et la hausse des prix des matières premières, répercussions de la crise du Covid, ont fortement ralenti le chantier, explique Pierre Florent, directeur du prolongement de la ligne 11. « Nous avons pu résorber trois mois de retard, mais de nouveaux aléas dont la découverte de quatre bombes datant de la guerre de 1870, nous ont encore retardés », poursuit Pierre Florent.

Station du nouveau terminus Nord de de la ligne 11, à Rosny-sous-Bois. La RATP a profité des travaux pour moderniser 10 des 13 stations existantes (19 stations total) en les équipant de nouveaux accès en prévision de l’augmentation des flux de voyageurs. L’objectif était aussi d’adapter les quais aux nouveaux trains pour plus de confort : l’espace entre les seuils de portes et les nez de quais ont été réduits pour faciliter l’accès aux rames de métro. Des sorties supplémentaires ont été créées dans dix stations afin de fluidifier et sécuriser les flux dans la perspective de l’augmentation du nombre de voyageurs attendus dès la mise en service du prolongement de la ligne 11. La RATP prévoit 31 100 voyageurs à l’heure de pointe du matin dans les deux sens, sur l’ensemble de la ligne.
Les rames passeront toutes les deux minutes et dix secondes en heure de pointe, avec les 31 nouvelles rames déjà livrées pour le prolongement. Puis toutes les minutes et 45 secondes en 2025, lorsque le parc sera doté de 39 rames.
Des performances en partie dues au nouveau matériel roulant. Depuis l’été 2023, trente-neuf nouvelles rames MP14 sont progressivement entrées en service pour remplacer les MP59, les métros les plus anciens (ils avaient près de 60 ans) sur le réseau de la RATP.
Longues de 75,4 mètres et dotées de cinq voitures contre quatre, elles peuvent embarquer plus de 560 voyageurs, quatre voyageurs au mètre carré. Avec 106 places assises fixes dont 30 pour les personnes à mobilité réduite, et 48 strapontins. Chaque rame est composée de trois motrices centrales encadrées par une remorque à chaque extrémité, équipée d’une cabine de conduite. Elles sont moins bruyantes (40 % de nuisances sonores en moins comparée aux ancien métros), et consomment 20 % d’énergie en moins grâce au système de freinage électrique avec récupération d’énergie, à une motorisation plus performante et à l’éclairage Led.
Financé par Ile-de-France Mobilités, le nouveau matériel a coûté 310 millions d’euros. Le montrant des travaux d’infrastructure représente près de 1,3 milliard d’euros : 1,084 milliard pour le prolongement, 214 millions pour moderniser les stations.
Yann Goubin

Les priorités de Hiba Farès pour RATP Dev
Entrée dans le groupe RATP en 2018, comme membre du comité exécutif et directrice de l’expérience clients, du marketing et des services, Hiba Farès a pris en 2022 la présidence de RATP Dev. Elle s’est fixée comme priorités de stabiliser les contrats, développer l’activité, attirer et fidéliser les talents. Elle était l’invitée du Club VRT le 29 avril.Mission accomplie pour RATP Dev. Filiale à 100 % du groupe RATP, l’entreprise a été créée en 2002 pour développer, exploiter et maintenir des nouveaux réseaux de transport urbain et interurbain en dehors du réseau historique de sa maison mère. En France et à l’international. Vingt ans plus tard, le petit poucet des transports est présent dans 15 pays et poursuit méthodiquement sa route. Depuis l’arrivée d’Hiba Farès à sa présidence, en 2022, la filiale a remporté notamment les contrats d’exploitation et de maintenance de Durham et Raleigh aux Etats-Unis, du réseau Mistral à Toulon, de Sydney Western Airport et de la ligne 15 sud du futur métro Grand Paris Express. Et en mars dernier, Sytral Mobilités lui a attribué la gestion des métros, funiculaires, tramways et liaison aéroport de Lyon et des territoires lyonnais. « Avec ce contrat nous sommes sur le plus grand réseau de transports en commun hors Île-de-France. Mais nous avions traversé le périphérique depuis 2003 en devenant l’opérateur de l’ensemble des transports publics de l’agglomération d’Annemasse », rappelle-t-elle.
Une réussite, trois explications
Cette réussite, la présidente de RATP Dev l’explique d’abord par la capacité de s’appuyer sur l’expertise de sa maison mère en matière de transport, de maintenance, que la filiale exporte en régional et à l’export. « Nous savons gérer des infrastructures, acheter du matériel, discuter avec les fournisseurs, concevoir des stations et des gares, opérer des flux, réaliser la maintenance… Nous avons un laboratoire d’expérimentation pointu que nous devons à nos ingénieurs et bénéficions d’une expertise rare qui nous permet d’avoir un vrai rôle de conseils », détaille Hiba Farès. C’est ce qui lui a permis de remporter en décembre dernier le contrat de la ligne Sydney Metro-Western Sydney Airport, au sein du consortium Parklife Metro. « Nous sommes exploitant, mais nous sommes allés en Australie bien en amont pour participer à la conception du projet, au service du client avec qui nous partageons un même intérêt. A la différence d’une société de génie civile, RATP Dev s’inscrit dans la durée du contrat, de 15 à 20 ans, avec pour objectif d’être renouvelé au-delà », précise sa dirigeante. L’entreprise a intérêt à ce que les choses soient construites pour durer. Et pour s’en assurer, n’hésite pas à mettre en garde sur ce qui risque de ne pas fonctionner, pointer ce qui va mal vieillir, ou risque d’être mal conçu, en se basant sur son expérience d’exploitant mainteneur, mais aussi sur celle du groupe. « C’est un vrai point de différenciation que nous mettons en avant et que j’entends préserver », assure Hiba Farès. Ne pas débarquer avec des solutions toutes faites, c’est ce qui expliquerait aussi le succès de RATP Dev, assure sa dirigeante. « Pour chaque contrat, nous avons la volonté de construire une offre locale ». Ce qui nécessite un travail de terrain pour comprendre les particularités et les paramètres locaux, et proposer une offre sur-mesure mais bénéficiant du savoir-faire international de la filiale. « Nous capitalisons sur ce que nous avons fait ailleurs, en le personnalisant », résume Hiba Farès qui refuse d’industrialiser entièrement les process. Troisième recette du succès, elle tiendrait au « pragmatisme », à « l’humilité » et au « sens opérationnel » des collaborateurs qui « vont toujours chercher de la performance additionnelle pour continuer à s’améliorer (…) Malgré notre croissance, il faut veiller à ne pas perdre notre capacité à rechercher des solutions adaptées à chaque marché, car c’est dans notre ADN ».
Une progression « jalousée »
Les aventures de la filiale de la RATP ne laissent pas de marbre ses concurrents. Certains lui reprochent d’avoir remporté l’appel d’offres du réseau de Lyon grâce à une politique tarifaire agressive. Une accusation qu’Hiba Farès balaie d’un revers de main : « Il n’y a aucune polémique à avoir après cette victoire. » Elle invite ses concurrents à demander les principales caractéristiques de l’appel d’offres, elle ne manque pas de le faire après chaque appel d’offres non remporté. « Cela permet de rétablir la réalité », assure-t-elle.
RATP Dev perd-t-elle de l’argent ? La filiale ne publie pas ses chiffres, ses résultats annuels sont noyés dans ceux de l’ensemble des filiales du groupe RATP qui, toutes confondues, seraient à l’origine de 127 millions d’euros de pertes. Et une grande partie serait due à l’activité des bus londoniens opérés par RATP Dev Transit London. Hiba Farès lie ces difficultés à l’inflation et à la pénurie de personnel à Londres. Mais ce problème serait en voie de résorption, RATP Dev renégociant ligne par ligne et améliorant le service pour en venir à bout, affirme la dirigeante. Comme l’a déjà annoncé Jean Castex, pdg du groupe, RATP Dev cherche une voie de sortie pour se retirer du contrat londonien. « Nous avons 13,7 % du marché des bus londoniens, les acteurs qui s’en sortent en possèdent 25 %. C’est pourquoi nous sommes en quête d’investisseurs pour reprendre ces lignes, en partie ou en totalité. »
Des pistes pour trouver des financements
Si les transports publics sont l’une des solutions au changement climatique, ils ne sont pas suffisamment valorisés. « Dans le modèle de délégation, le transport est encore vu comme un métier de tractionnaire, alors que pour répondre à l’exigence des cahiers de charges il faut apporter de l’innovation, du digital, de l’information en temps réel aux voyageurs, de la multimodalité », souligne Hiba Farès qui souhaiterait que son entreprise et ses concurrents mènent une bataille commune pour mettre davantage en avant la valeur ajoutée des transports publics dans les territoires. Elle plaide aussi pour repenser leur modèle de financement, pérenniser, et lutter ainsi à armes égales avec l’hégémonie de la voiture. En ayant les moyens de créer le fameux « choc d’offres » qui permettrait d’amorcer un cercle vertueux avec plus de volume de transport, plus de passagers et davantage de recettes pour réaliser des investissements.
Comment ? En commençant par aller chercher de nouvelles sources de financement auprès des usagers. En France, ils paient en moyenne un quart du coût du transport public, bien moins que dans d’autres pays. Opérer ce changement ne pourra se faire que localement, parce que chaque territoire est différent en termes de démographie et d’acceptabilité, et que ces hausses tarifaires devraient s’accompagner de la mise en place de tarifs sociaux, afin que les transports publics restent accessibles à tous, précise Hiba Farès. La présidente de RATP Dev est aussi favorable à une hausse ciblée du versement mobilité, en contrepartie d’un accent mis en priorité sur les trajets domicile-travail. Et enfin, elle préconise la mise en place d’un plan de lutte contre la fraude. « à effet immédiat ».
Pour les investisseurs publics et privés qui souhaiteraient investir dans la transition énergétique et la décarbonation, mais y renoncent parce qu’ils sont confrontés au modèle de contrat de délégation de service public, « qui ne leur convient pas toujours », selon Hiba Farès, elle suggère de s’inspirer de ce qui se fait ailleurs. Citant l’exemple de l’Australie ou du Canada où le financement des transports publics est souvent assuré par des partenariats public-privé. Autre proposition, relier le modèle économique du transport à celui de l’immobilier, comme cela se fait au Japon et à Hong Kong. Dans ces pays, quand une nouvelle infrastructure de transport génère des projets immobiliers, les plus-values sont réaffectées aux opérateurs de transport. Une piste également défendue par Valérie Pécresse, patronne de l’Ile-de-France et de son autorité des transports et par la Société des Grands projets (anciennement société du Grand Paris). Autour des nouvelles gares du futur métro Grand Paris Express, seuls les promoteurs réalisent des plus-values, alors que les nouvelles dessertes en transport public valorisent les projets immobiliers. « Un partage de la valeur ajoutée, comme cela se fait aussi en Australie ne serait pas choquant. C’est aux politiques d’en prendre la décision, mais à nous de pousser ces solutions », encourage Hiba Farès qui préconise aussi de flécher certaines recettes, comme l’ajustement carbone aux frontières, les taxes sur le carburant ou une partie des taxes sur les autoroutes, vers les transports publics. « Ce sont des pistes qu’il faut continuer à promouvoir sans se décourager, car il est nécessaire de trouver des ressources pour financer un choc d’offres et pouvoir mettre en place un super réseau, du premier au dernier kilomètre, bien desservi, avec des horaires étendus et une fréquence régulière. Mais cela ne serait pas suffisant, estime-t-elle. Pour dissuader l’usage de la voiture, il faudrait aussi mettre en place une petite dose de contraintes, car si les voitures roulent bien et si le parking en centre-ville reste gratuit, on ne modifiera pas les habitudes ». Pour faire changer les comportements, il faut que le triptyque confort-prix-temps de trajet soit en faveur des transport publics.

RATP Dev a repris en 2021 l’exploitation et la maintenance de la ligne 3 du métro du Caire. Nouveaux usages
La fréquentation des transports publics, qui avait chuté pendant la crise du Covid, a évolué depuis de manière différente d’un pays à l’autre. Elle est revenue au niveau d’avant la pandémie aux Etats-Unis et en France, sauf dans les grandes villes. Dans les pays en développement, les attentes pour le transport public sont importantes et lorsque RATP Dev propose de nouvelles lignes de bus à haut niveau de service (BHNS) comme à Casablanca, ou de métro au Caire, la demande suit.
Dans les grandes villes, où plus de 20 % d’emplois sont « télétravaillables », la fréquentation des transports publics est remontée de 80 a 90 % par rapport à avant 2019, avec des différences selon les jours de la semaine. Le mardi tout le monde se déplace, le vendredi beaucoup moins et le week-end, la demande de transports publics explose. Le tout variant d’un territoire à l’autre. Ces changements de comportement en matière de transport semblent durables, et RATP Dev est encore en phase d’apprentissage pour s’y adapter, confie Hiba Farès.
Sélectivité pour les appels d’offres
RATP Dev réalise 30 % de son activité en France, 30 % dans le reste de l’Europe, le solde ailleurs dans le monde, notamment en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie, Hiba Farès vise un développement en Europe, aux États-Unis et en zone Asie-Pacifique. Après avoir remporté le métro de Sydney, l’entreprise répond à deux appels d’offres dans cette ville ainsi qu’à Melbourne, mais aussi pour le métro de Singapour, avec un partenaire singapourien.
Au Moyen-Orient, RATP Dev entend profiter des nombreuses opportunités, et a été retenue pour l’exploitation et la maintenance des lignes 1 et 2 du futur réseau de métro de Riyad, après avoir remporté celui des bus en 2019. Enfin, avec un partenaire local et Keolis, la filiale de la RATP est montée à bord du métro de Doha au Qatar. Et en Egypte, elle a signé un accord pour l’exploitation et la maintenance de la ligne 3 du métro du Caire et de ses extensions, et obtenu le contrat d’exploitation et de maintenance du train interurbain (LRT).
RATP Dev qui s’est initialement développée à coup d’opérations de croissance externe a aujourd’hui atteint une taille critique lui permettant de gagner des marchés seule, ou avec des partenaires. « Nous travaillons avec tout le monde, et notamment avec des Français. Nous évoluons dans un monde où l’on peut être en compétition un jour, et partenaire le lendemain. C’est comme ça qu’on peut gagner, apprendre et progresser. » Pour choisir ses appels d’offres, Hiba Farès prend en compte la connaissance du client et de ses projets. Mais il faut aussi que l’entreprise ait la capacité d’apporter une réponse locale. « C’est en étant très proche de l’écosystème qu’on a gagné l’Australie et Lyon, pas en proposant une solution depuis Paris. Si nous ne sommes pas à même d’apporter une réponse locale, on laisse la place aux autres », assure la dirigeante, qui privilégie aussi son cœur de métier. « Dès qu’un projet d’appel d’offres concerne la création ou la reprise d’un réseau de rail urbain, de métros ou de tramway, nous nous positionnons ». Elle ne s’interdit pas non plus d’aller vers des projets de bus, comme à Toulouse, Bayonne, Brive-la-Gaillarde, ou Saintes. Aux Etats-Unis, la filiale de la RATP est déjà présente dans quinze États, pour une trentaine réseaux de bus, et continue à étendre ses conquêtes.
Les opportunités liées à l’ouverture à la concurrence des trains régionaux en France intéressent l’entreprise qui a déjà répondu à un appel d’offres sur le TER en Pays de la Loire, sans succès. « Nous regarderons les nouveaux appels d’offres pour nous positionner seul, et sur un seul », annonce Hiba Farès, confirmant ainsi que la société Régionéo, formée en 2020 par RATP Dev et Getlink pour répondre à des appels d’offres sur les TER, a vécu. Quant aux projets des Services express régionaux métropolitains, les Serm, la présidente de RATP Dev dit ne s’intéresser qu’à ceux dans les villes où la filiale est déjà implantée.
Le facteur humain
Passée par l’hôtellerie et l’aviation, Hiba Farès retrouve dans celui des transports publics, le « même côté humain ». « Nous faisons des métiers exigeants, qui demandent expertise, engagement et disponibilité, mais ce sont des métiers porteurs de sens. » Pour attirer et fidéliser les talents, RATP Dev a travaillé sur sa marque employeur et mis en place un outil digital de recrutement. Déployé sur la centaine de villes où la filiale est présente, l’outil permettrait d’avoir une vision des annonces ouvertes, et de progresser sur le recrutement. « Il reste des tensions sur les métiers de la conduite et de la maintenance, mais plus avec la même ampleur », confirme Hiba Farès.
Depuis son arrivée en septembre 2022, Cécile Tuil, directrice exécutive clients & engagement, a mis en place une politique RSE (responsabilité sociétale des entreprises) qui s’illustre par des résultats tangibles en matière de parité : en Afrique du Sud, la filiale de RATP Dev a recruté autant d’hommes que de femmes, en Arabie Saoudite, elle a embauché 40 % de femmes sur le métro. En Égypte l’entreprise a recruté les premières conductrices de train et de métro du pays et annonce 10% de femmes parmi ses effectifs. En France, Hiba Farès promet qu’il y aura des nominations de nouvelles directrices sur les réseaux urbains gagnés.
Une étude sur les mobilités dans le monde à l’horizon 2030 lancée par les équipes marketing de RATP Dev montre qu’en matière d’environnement, 80 % des plans de résilience nationaux comportaient un volet transport. Ce dont Hiba Farès se félicite, se remémorant des COP où « on ne parlait pas des transports. Et quand on en parlait, cela se limitait aux voitures électriques, alors qu’on sait que même un bus diesel pollue moins qu’un véhicule électrique en covoiturage », commente-t-elle.
L’étude a aussi révélé une insécurité, réelle ou perçue, dans les transports. A Stockholm, ville la plus sûre du monde, seulement 65 % de femmes disent se sentir en sécurité dans les transports, contre 90 % des hommes.
A Paris, c’est 50 % des femmes et 80 % d’hommes et à Melbourne, 30 % des femmes et 50 % des hommes. « Ce sujet a des conséquences sur l’image, la fréquentation, les reports, mais aussi sur nos équipes. Car si c’est la réalité, les situations d’agressivité rendent nos métiers difficiles et moins attractifs », en déduit Hiba Farès, bien décidée à s’emparer de ce sujet. Enfin, il ressort aussi de cette étude que 58 % des Français auraient réduit leurs déplacements à cause de l’inflation. « Cela signifie que le transport est vu comme une dépense accessoire. Ce qui nous ramène au sujet du prix et de l’inclusivité et ne rend que plus cruciaux les projets comme Sydney, Toronto ou le Grand Paris Express qui ont pour objectif de reconnecter des zones éloignées des bassins d’emploi de façon rapide, efficace, à un prix raisonnable. »
Porte d’entrée pour les JO
La RATP sera sur le pont pour les Jeux olympiques et paralympiques de Paris et les salariés de RATP Dev prévoient de prêter main forte pour l’accueil sur le terrain, si besoin. La filiale du groupe aura aussi un rôle à jouer dans la bonne tenue des Jeux, car ce sont les équipes de RATP Dev qui assureront la gestion de la gare Aéroport d’Orly pour le compte d’Île-de-France Mobilités. Cette première gare du Grand Paris Express qui doit ouvrir fin juin, à l’occasion de l’extension de la ligne 14 du métro, sera une porte d’entrée pour des millions de touristes depuis et vers l’aéroport parisien.
« Nous aurons à cœur de montrer notre savoir-faire en matière d’accueil et de gestion des flux pendant cet événement planétaire», promet Hiba Farès.
Valérie Chrzavzez

NGE réalisera le dernier tronçon ouest de la ligne 15 en Ile-de-France
NGE a annoncé le 29 mai avoir remporté le contrat de conception-réalisation du dernier tronçon ouest de la ligne 15 du Grand Paris Express, dans le cadre d’un groupement avec avec Webuild et Equans France. Le montant s’élève à 1,38 milliard d’euros. Ce qui représente pour NGE, quatrième groupe de BTP en France, « le plus important contrat de son histoire« .
Le futur tronçon reliera la gare de Bécon-les-Bruyères à la gare Saint-Denis – Pleyel en desservant quatre gares ((Bécon-les-Bruyères, Bois-Colombes, les Agnettes, les Grésillons). Sa livraison est prévue en 2031
Rappelons qu’avec ses 75 km, la ligne 15 sera le plus long métro de France. Elle traversera 45 communes et devrait transporter chaque jour plus d’1,5 million de voyageurs.

« En lançant la gratuité des transports publics, nous avons développé une vision systémique », affirme Julie Frêche
Cinq mois après le lancement, le 21 décembre 2023, de la gratuité totale des transports publics, Montpellier dresse un premier bilan. La fréquentation a progressé de 23,7 % sur les trois premiers mois 2024 comparés à la même période 2019 (avant Covid).
Selon Julie Frêche, conseillère municipale déléguée aux transports, la gratuité concerne potentiellement un demi-million de personnes qui habitent Montpellier. Avant la première phase de la gratuité, instaurée par étape (en septembre 2020, les transports publics avaient commencé par être gratuits le week-end, un an plus tard, la mesure concernait les moins de 18 ans et les plus de 65 ans), le réseau comptait 86 000 abonnés. Désormais, ils sont 358 000 à posséder un abonnement.
Ville, Rail & Transports. Vous tirez un premier bilan positif de la gratuité des transports publics…
Julie Frêche. Sur le premier trimestre 2024, comparé à la même période en 2019, nous enregistrons une hausse de la fréquentation de 23,7 %. Ce qui représente 5 millions de déplacements en plus. Il faudra toutefois attendre la fin de l’année pour disposer d’un panorama complet car le système de comptage entre les deux périodes a changé, passant de celui par validation à celui assuré par des cellules compteuses installées dans les tramways et les bus.
Dans le cadre de notre plan Stratégie Mobilités 2025, nous avons développé une vision systémique : nous mettons à disposition de tous les habitants, où qu’ils soient, sans dogmatisme, une offre de transport complémentaire, avec une palette de services pour répondre à la demande.
La gratuité ne se fait pas au détriment du vélo, puisque le nombre de cyclistes a fait un bond de 17,2 % à l’échelle de Montpellier et de 16,2 % à l’échelle de la métropole. En plus de la gratuité, nous avons développé le vélo, le covoitutage gratuit, le déploiement de bornes électriques…. Avec, à la clé, davantage de pouvoir d’achat.
VRT. La part modale de la voiture a-t-elle reculé?
J. F. La part modale de la voiture n’a pas augmenté. Mais nous devrons attendre les chiffres stabilisés pour en savoir plus.
Nous sommes tellement attaqués sur la gratuité que cela nous oblige. Nous proposons 42 lignes de bus et quatre lignes de tram. Nous allons lancer une cinquième ligne de tram ainsi qu’une extension de la ligne 1 jusqu’à la gare TGV Montpellier Sud de France.
On nous dit aussi que l’insécurité serait plus grande lorsque les transpors sont gratuits, ce n’est pas le cas, au contraire : le nombre d’atteintes aux biens et aux personnes a reculé de 26 % alors que la fréquentation a augmenté. Nous multiplions les actions conjointes avec la police des transports. 22 agents ont été recrutés pour constituer notre police des transports. Nous allons en embaucher 20 supplémentaires. Nous aurons ainsi le plus grande police de transport public de France.
VRT. Que deviennent les contrôleurs dans le dispositif?
J. F. Les contrôleurs poursuivent leurs missions mais différemment. Ils traitent surtout des incivilités et mettent encore quelques amendes lorsque les voyageurs ne sont pas en règle car la gratuité est réservée aux résidents.
VRT. Pourquoi avoir changé le statut juridique de la société qui exploite le réseau de transport public?
J. F. Nous avons transformé le statut juridique de la société TAM, de société anonyme d’économie mixte locale en société publique locale (SPL). Nous l’avons décidé en 2021 pour pouvoir sortir de la concurrence, pour nous conformer aux règles. Cela a permis de mieux sécuriser notre choix. C’était aussi une forte demande des syndicats. Ainsi, nous pouvons pérenniser l’exploitant TaM.
Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt