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Regio 2N, le deux-niveaux made in Crespin

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Changement d’époque à l’usine Bombardier de Crespin (Nord), où le 700e et dernier AGC sort d’atelier au moment même où le premier chaudron du Regio 2N est en cours d’assemblage, deux ans avant sa première livraison. D’une génération à l’autre de TER, le constructeur tire profit de l’expérience acquise ces dix dernières années, qui ont vu le site nordiste passer de 1 000 à 2 000 salariés (dont 500 ingénieurs ou cadres). Mais les difficultés récemment rencontrées sur le Francilien ont convaincu Bombardier d’investir dans des moyens de tests supplémentaires. Matériel deux niveaux de conception inédite, le Regio 2N mérite bien quelques maquettes grandeur nature pour en tester et améliorer les aménagements intérieurs, la climatisation ou la cabine de conduite. Et pour éloigner les mauvaises surprises liées au réseau informatique, tout le câblage d’un train a été reconstitué au Labotrain, sur le site de production : bienvenue à bord du « train zéro », celui qui ne roulera jamais !
Pour Pierre-Yves Cohen, chef de projet Regio 2N, « Bombardier réinvente le train à deux niveaux avec le Regio 2N », en offrant une capacité de transport accrue, sans que ce soit au détriment du confort. Résultat : une architecture innovante, faisant alterner des caisses à un niveau, où les flux sont concentrés au niveau des deux portes d’accès par face, et des caisses à deux niveaux, dépourvues de portes d’accès. Dans ces dernières, « pas de pollution sonore ou thermique, alors que la capacité en places assisses est maximisée ». Pour rendre de l’espace aux voyageurs, la localisation des équipements techniques a été repensée (avec une implantation en toiture des voitures à un niveau, dans la mesure du possible), tout en étudiant les conséquences de cette localisation sur la stabilité du train. Sans oublier de respecter la nouvelle STI accessibilité PMR, jusqu’aux toilettes. D’autres gains d’espace ont été procurés par les moteurs à aimants permanents (moins volumineux, mais également moins énergivores que leurs prédécesseurs à puissance égale)… ou par le réemploi dans les WC des eaux usées sortant du lavabo. Le tout s’inscrit dans une démarche participative au design entre les régions, la SNCF et des équipes de Bombardier. C’est ainsi qu’une maquette de travail à l’échelle 1, longue de 40 m, reproduit les espaces voyageurs d’une caisse d’extrémité à un niveau, d’un tronçon de caisse intermédiaire et d’une caisse d’extrémité à deux niveaux, permettant de tester les harmonies de couleurs, les sièges, l’habillage des faces, les porte-bagages, les toilettes, les coloris ou l’ergonomie.
Une même démarche participative sur le design de la cabine a été menée avec des représentants de la traction SNCF et des conducteurs, tout en suivant la nouvelle norme UIC 612. A Crespin, l’aménagement de la maquette à l’échelle 1 de la cabine a ainsi évolué au fil des discussions. Cette cabine est construite autour d’une structure ayant subi à Crespin un crash-test sur le banc d’essais accrédité Cofrac, qui a également servi à des tests de résistance sur l’acier S 700 mis en œuvre sur le chaudron du Regio 2N. L’accent a également été mis sur l’optimisation du coût de cycle de vie, avec un freinage d’urgence purement électrique (d’où une moindre usure des plaquettes de frein) et des essais menés avec Faiveley sur l’usure des différentes bandes de pantographe ou des disques et plaquettes de frein. Matériel modulaire (l’ajout de modules groupant une caisse à un niveau et une caisse à deux niveaux sera possible), le Regio 2N a jusqu’à présent été commandé dans quatre configurations aptes à 160 km/h (« courte 1 » de 81 m pour 6 caisses, « courte 2 » de 83 m pour 6 caisses, « moyenne » de 95 m pour 7 caisses et « longue » de 110 m pour 8 caisses). Pour l’homologation de ces versions, cinq rames d’essais seront formées, les deux premières étant destinées à être désossées et réinjectées dans la ligne de production. Le premier train d’essais, qui sera mis en rame fin décembre 2011, partira pour Wildenrath, où son endurance sera mise à l’épreuve. Mis en rame en mars 2012, le deuxième train d’essais effectuera 15 mois d’essais sur le réseau ferré national.
C’est dans deux ans que devrait enfin commencer la livraison des rames Regio 2N. Actuellement, 129 rames ont été commandées par six régions : si Aquitaine, Bretagne, Centre, Paca et Rhône-Alpes ont choisi l’aménagement à 2+2 sièges en largeur, le Nord-Pas-de-Calais a préféré 3+2. Ces deux configurations ne sont pas les seules proposées, un aménagement de type 1re classe en 2+1 étant également possible. Mais ce niveau de confort est plutôt destiné à une éventuelle version « interville », conçue pour circuler à 200 km/h et pas (encore) commandée à ce jour.
Patrick Laval