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Site de Tarbes : comment Alstom a amélioré sa productivité

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Les modules de puissance, les appareillages et les chaînes de traction produits par le site Alstom de Tarbes-Séméac se retrouvent dans tout le matériel roulant construit par l’industriel, qu’il s’agisse de trains à grande vitesse, de locomotives, d’automotrices, de métros ou de tramways. Mais ne cherchez pas de locomotives ou de motrices dans les nouveaux bâtiments de ce site des Hautes-Pyrénées ! Même si sa localisation en 1921 par les CEF (Constructions électriques de France) était initialement liée à la fourniture de locomotives électriques aux Chemins de fer du Midi, la construction du matériel roulant a cessé à Tarbes dans les années 70-80. Alsthom, qui a repris l’usine en 1932, l’a en effet spécialisée progressivement dans la traction ferroviaire. Le grand pas a été franchi en 1994, avec le transfert de l’ingénierie de Villeurbanne à Tarbes. « A l’époque, on n’avait pas vingt ingénieurs ici », se souvient Marc Debruyne, expert systèmes de traction du site Alstom de Tarbes. Depuis, « on est passé de la production à l’ingénierie », avec près de 700 salariés, dont 280?ingénieurs et cadres. Plus largement, ce site génère près de 2 000 emplois en France auprès de ses fournisseurs : sur 142 millions d’euros d’achats, 60 % vont vers la France et 33 % en Midi-Pyrénées. Toutefois, les transistors IGBT, composants clés des convertisseurs de puissance, sont importés d’Allemagne (Infineon) et du Japon (Mitsubishi).
C’est ce passage de l’industrie lourde à l’électronique de puissance qui a orienté la mue du site de Tarbes. Car si la construction des locomotives nécessitait en 1921 de grands volumes desservis par des ponts roulants, l’assemblage des équipements de traction d’aujourd’hui, même s’ils pèsent parfois des tonnes, n’en demande pas tant ! Chiffrés à 21?millions d’euros, les travaux de construction des nouveaux bâtiments du site ont débuté en décembre 2009 et se sont achevés en décembre 2011. Alstom est ainsi passé d’une surface de 31 ha, dont 8 ha couverts, à un site recentré sur 8 ha, dont 3,4 ha couverts. Ce qui, outre des gains de productivité, permet de substantielles économies d’énergie (voir encadré).
En effet, la réorganisation complète des flux de fabrication et de circulation du site de Tarbes, l’un des neuf que compte Alstom en France, permet « d’améliorer la productivité, de réduire fortement les frais de fonctionnement et de renforcer ainsi la compétitivité de son outil industriel ». Une meilleure gestion de l’espace, avec un pôle logistique unique au cœur du site, autorise notamment une réduction des opérations de manutention, avec des distances de parcours réduites et une amélioration générale des conditions de travail. Les lignes de fabrication, standardisées, ont gagné en flexibilité grâce à un approvisionnement des composants in situ (avec passage d’un flux « poussé » à un flux « tiré », c’est-à-dire guidé par la consommation en pièces) et au montage des produits sur des supports mobiles, ce qui facilite l’enchaînement des étapes successives ou l’installation de nouvelles lignes. C’est ainsi que Tarbes équipe actuellement une grande variété de matériels roulants : locomotives EP20 et 2ES5 (Russie), locomotives KZ4A et KZ8A (Kazakhstan), trains régionaux Coradia Nordic (Suède) ou Continental (Allemagne), Régiolis (TER), rames MI09 (RER A francilien) et TGV Euroduplex (France et Maroc). Un carnet de commandes qui représente actuellement deux ans d’activité.
En plus de la production stricto sensu, le site de Tarbes possède toutes les ressources de recherche et développement et d’ingénierie pour concevoir, développer et fabriquer les équipements d’une chaîne de traction, du disjoncteur aux modules de puissance ou au manipulateur de conduite. La validation représente une autre part importante du savoir-faire de ce site, qui dispose de la plateforme d’essais d’investigation traction la plus puissante, composée de six bancs d’essais capables de fournir toutes les tensions d’alimentation en ligne du monde, ce qui permet ultérieurement de réduire la durée des essais sur trains. Alstom précise que la validation d’une chaîne de traction prend ainsi deux fois moins de temps aujourd’hui (6 à 18?mois) qu’il y a trois ans (12 à 30 mois).
C’est donc un site opérationnel qui a été inauguré le 5 avril en présence de Martin Malvy, président de la région Midi-Pyrénées, Gérard Trémège, président du Grand Tarbes et maire de Tarbes, Patrick Kron, PDG du groupe Alstom, Henri Poupart-Lafarge, président d’Alstom Transport, et Christophe Florin, directeur du site. Preuve s’il en est de la flexibilité du nouveau bâtiment : l’espace aménagé pour accueillir les invités de la cérémonie inaugurale était encore, quelques jours avant la date, une ligne de fabrication. Et l’est sans doute redevenue depuis.
Patrick LAVAL
Des bâtiments économes en énergie
La construction des nouveaux bâtiments du site de Tarbes s’est accompagnée de plusieurs innovations qui le rendent plus « vert », ne serait-ce qu’au niveau de la consommation d’énergie. Dans ce dernier domaine, la réglementation technique RT 2005 (loi fixant les orientations de la politique énergétique du 13 juillet 2005) a été appliquée. Ainsi, la réduction du nombre de bâtiments et leur meilleure isolation thermique, en plus des équipements électriques « de dernière technologie » (gestion centralisée automatique de l’éclairage, de la climatisation et du chauffage, ventilation mécanique contrôlée à double flux qui reventile 80 % des calories évacuées) ont permis d’atteindre (et de dépasser) dès le début d’année 2012 les objectifs initiaux de réduction de la facture énergétique. La consommation de gaz a été réduite de 60 % (l’objectif était de 50 %) et, à terme, la facture d’électricité devrait être réduite de 25 %. Non seulement les nouveaux bâtiments consomment moins, mais ils produisent également de l’énergie « propre » : sur la toiture d’un atelier, Alstom a confié à EDF Energies nouvelles l’exploitation d’une centrale photovoltaïque de 5 000 m² qui fournit une énergie renouvelable équivalant à 775 MWh/an, « soit l’équivalent de la consommation électrique annuelle de 309?foyers ». Enfin, le restaurant interentreprises édifié par le Grand Tarbes en face de l’entrée du site Alstom et recevant ses salariés est labellisé bâtiment basse consommation (BBC).