Grand Paris Neuf nouvelles gares en version originale pour la ligne 16

Les neuf nouvelles gares de la ligne 16, confiées à huit équipes d’architectes différents, s’exposent jusqu’au 22 mai dans le cadre de l’exposition « Les passagers du Grand Paris Express ».

Ce devrait être la ligne la plus « sociale » du Grand Paris Express. Celle qui doit rapprocher des grands sites d’emploi d’Ile-de-France à quelque 800 000 habitants « encore trop isolés » et astreints à d’épuisants trajets. Longue de 21,8 km, reliant (via Le Bourget-RER) l’est de la Seine-Saint-Denis jusqu’à la grande couronne avec la cité Descartes de Noisy-Champs, la mise en service de la ligne 16 est envisagée pour 2023. Avec neuf gares nouvelles. En connexion avec le métro, les RER A, D, E ou B, bus, trams ou Transilien. Et la ligne 17 Nord qui poussera au-delà de Roissy.

Un horizon encore lointain mais des gares déjà à l’état d’études d’avant-projet. Et qu’on peut découvrir pour la première fois à l’espace Landowski de Boulogne-Billancourt dans le cadre de l’exposition « Les passagers du Grand Paris Express ». Un parcours dans la réalité de demain grâce aux petites maquettes blanches, grande maquette virtuelle en 3 D, photos des habitants dont elles doivent changer la vie et autres « cartes sensibles » d’illustrateurs, invités à faire partager leur regard sur ces villes différentes que le réseau va réunir comme un collier de pierres irrégulières sur un fil de 200 km.

Aux côtés des futures stations de la ligne 15 Sud, déjà révélées au MacVal de Vitry-sur-Seine en juin dernier pour ce métro automatique qui doit en compter 64, les neuf nouvelles gares, cette fois encore, ont été confiées à huit architectes différents (en solo, en tandems ou en équipes). Des agences d’architectes « généralistes ». Même si Jean-Marie Duthilleul, dont les gares sont la spécialité, s’en est vu (outre déjà celles de Noisy-Champs et Pont-de-Sèvres aux deux bouts de la ligne 15) de nouveau attribuer deux à lui tout seul : « Sevran-Beaudottes, une gare des villes débarquant en plein centre commercial et Sevran-Livry, une gare des champs », résume-t-il.

En suscitant la singularité, la personnalité, la diversité des lieux, la liberté du choix des matériaux… l’idée de la Société du Grand Paris est en effet de rompre bel et bien avec la logique historique d’identité de plus en plus abandonnée à travers le monde : un réseau = une « esthétique » commune des bâtiments voyageurs. Chaque station multimodale doit même ici au contraire servir de cœur ensuite au développement autour d’un parvis, original lui aussi, et au-delà d’un nouveau quartier du centre-ville bien typé.

« Faire en sorte qu’on ne fréquente plus une gare de banlieue comme une autre dans un quartier comme un autre. » Autant de projets uniques qui font de ces stations au total « la plus grande commande d’architecture publique qu’on ait jamais vue » ne craignait pas d’assurer, sans avancer de chiffre, Philippe Yvin, le président du directoire de la Société du Grand Paris, lors d’une visite en avant-première de l’exposition, le 10 mars dernier, autour de Valérie Pécresse, de nombreux élus locaux et tout le conseil de surveillance de la société.

Les architectes ont évidemment dû faire avec quelques figures imposées de départ : chaque fois un grand hall d’entrée. Ou encore la lumière naturelle rassurante qui doit descendre jusqu’au fond de ces gares-puits qui feront remonter en deux à quatre minutes maximum les voyageurs des grandes profondeurs du futur métro jusqu’à l’air libre. Et toutes doivent répondre au concept général, plus ou moins joliment flou il est vrai, de « gares sensuelles » défini, lui, par le groupement Jacques Ferrier.

Autour de la recherche du confort visuel, acoustique… cela peut en effet donner des choses très différentes. Comme la féminine gare-cocon toute en rondeurs de Clichy-Montfermeil, alvéolée à l’intérieur comme une chaude ruche de métal que présente la Barcelonaise Benedetta Tagliabue. Avec, dit-elle pour décrire le toit du hall, « une robe souple » flottant au-dessus de ce nid. Ou bien la gare-jardin, bois et verdure, de Stéphanie Vincent et Jérôme Berranger, plantée comme une grande serre en lisière du parc Jacques-Duclos au Blanc-Mesnil. Ou encore, pli sur pli, feuilletage ceinturé de chemins en terrasse, l’origami géant lambrissé du japonais Kengo Kuma imaginé pour la grande gare carrefour de Saint-Denis-Pleyel… A chaque visiteur aussi ses préférences. Parfaite en tout cas pour les découvrir toutes cette présentation au public jusqu’au 22 mai à l’espace Landowski, musée des Années 30 qui célèbre les noces de l’art moderne et de l’industrie.

Chantal Blandin

« Les Passagers du Grand Paris Express » – Espace Landowski, 28 avenue André-Morizet, Boulogne-Billancourt. Jusqu’au 22 mai.

Neuf gares signées

Kengo Kuma pour Saint-Denis-Pleyel

Pascale Dveralix et Frédéric Chartier pour La Courneuve-Six Routes

Elizabeth de Portzamparc pour Le Bourget-RER

Stéphanie Vincent et Jérôme Berranger pour Le Blanc-Mesnil

Aldric Beckmann et Françoise N’Thépé pour Aulnay

Jean-Marie Duthilleul pour Sevran-beaudottes et Sevran-Livry

Benedetta Tagliabue et bordas+peiro pour Clichy-Montfermeil

Pierre Shall pour Chelles