Brest, pionnier du téléphérique urbain

Les Brestois ont pu découvrir le mois dernier l’une des deux cabines du téléphérique qui traversera tous les jours la rivière Penfeld dès le mois d’octobre prochain. Première ville en France à accueillir un transport aérien par câble à vocation urbaine, Brest a choisi Bouygues et le constructeur suisse BMF pour la réalisation.

Ce sera la première agglomération de France à installer en zone urbaine un téléphérique qui complétera les autres modes de transport : en octobre, Brest inaugurera son téléphérique qui passera en plein centre et franchira la rivière Penfeld, pour desservir un quartier en devenir, les Capucins. Auparavant en mai, le câble doit être installé. Un avant-goût pour les Brestois qui ont déjà pu découvrir les 8, 9 et 10 avril, l’une des futures cabines construites par BMF. Entièrement vitrée, elle mesure 5 mètres de long sur 3 mètres de large, soit l’équivalent d’un demi-bus, pour transporter quarante personnes, ou un peu moins avec des poussettes ou des vélos.
Brest a en effet demandé, dans son cahier des charges, des cabines très capacitaires pouvant emporter jusqu’à 60 passagers en configuration « événements », en cas de concert par exemple ou lors de rencontre de voiliers. Tout cela a conduit à imaginer une cabine vitrée de toute part, même sur une partie du plancher.
A la différence des téléphériques de montagne, qui fonctionnent quotidiennement de 6h à 17h, celui de Brest circulera 17h30 chaque jour, commençant à 7h et terminant son service à 0h30, tout au long de l’année.
La maintenance sera effectuée de manière préventive et confiée aux équipes de l’exploitant du réseau Bibus (Keolis) de l’agglo, dans le cadre d’un avenant au contrat. « Les techniciens, déjà qualifiés pour les bus et le tramway, ont parfaitement le profil pour acquérir la technologie du téléphérique », juge-t-on à l’agglo. Et leur polyvalence va faire baisser les coûts de maintenance, donc d’exploitation, espère-t-on.
Une formation est prévue, qui s’étalera sur six mois. Une partie de ces techniciens est déjà partie suivre une formation à Val Thorens, pour la maintenance de base, tandis que d’autres sont allés au Pic du Midi, pour la vérification des câbles. Et pour éviter d’attendre, éventuellement, des pièces de rechanges, quelques-unes d’entre elles, essentielles, seront stockées à Brest.
L’agglo semble satisfaite de la collaboration avec le BMF, le constructeur suisse de téléphérique, membre du groupement qui a remporté le contrat, avec Bouygues pour la construction des stations.
Sur le marché des téléphériques, dominé par l’Autrichien Doppelmayr, l’Italien Leitner, ou l’ex-Français Poma, racheté par Leitner en 2000, BMF n’est pas leader. Mais tous ont une grande expérience aussi bien dans leur pays qu’à l’international, que ce soit pour des projets touristiques ou urbains.
Sans entrer dans les détails de l’appel d’offres, Brest assure que, parmi les cinq groupements qui ont répondu – preuve de l’intérêt qu’a suscité le projet –, c’est Bouygues-BMF qui a été le plus créatif. Le constructeur suisse BMF a par exemple proposé le croisement des cabines sur le pylône ancré sur la rive gauche de la rivière Penfeld, non pas côte à côte, mais l’une au-dessus de l’autre. Ce qui permet de faire arriver les cabines en un seul et même point, de ne prévoir que deux quais de part et d’autre de la cabine, et non trois si chaque cabine avait eu son propre point de départ sur un même plan. Un choix qui a permis de réduire l’emprise des gares, notamment du côté « Siam » : le volume de génie civil de la station Jean-Moulin a été divisé par six.
Yann Goubin

 


Un coût de 19 millions d’euros

 

Le téléphérique devrait coûter 19,1 millions d’euros. Plus de la moitié du financement provient de subventions : 51 % exactement. Soit 9,89 millions d’euros, dont 5,35 millions de subventions de l’Europe, 2,56 millions de l’Etat, 1,1 million de la région Bretagne et 0,88 million du conseil général du Finistère.     

Y. G.


Un transport adapté

Pourquoi un téléphérique à Brest plutôt qu’un pont ou une passerelle ? Parce que la géographie de la ville correspond bien à ce mode de transport, répond-on à Brest. Le téléphérique sert, le plus souvent, à gravir un fort dénivelé, doublé d’une rivière à sa base, bref à franchir un ou plusieurs obstacles naturels.
A Brest, il s’agit de franchir une rivière où se trouve un port militaire. La Marine nationale impose un tirant d’air de 48 mètres pour permettre aux navires les plus hauts de la flotte de venir s’amarrer. C’est d’ailleurs pour cette raison que le pont de Recouvrance, emprunté par le tramway, est lui aussi levant. Ainsi, le choix du téléphérique s’avère d’autant plus pertinent. Il suffisait, si l’on peut dire, d’installer un pylône sur le parcours, en l’occurrence sur l’une des berges, pour pouvoir franchir l’estuaire de la rivière. Haut de 82 mètres, il permet aux deux navettes de se croiser, verticalement, respectivement à 60 et 70 mètres de haut. Sans avoir à arrêter le service lors des manœuvres de navires.    

Y. G.