2,8 milliards pour rajeunir le réseau ferré

L’enveloppe financière globale de SNCF Réseau pour 2020 comporte 6,2 milliards d’euros, répartis quasiment à parts égales entre la régénération et le développement du réseau.

La nouvelle est tombée le 28 novembre : en 2020, les investissements de SNCF Réseau atteindront 6,2 milliards d’euros. Un niveau inédit pour une année sans construction de ligne à grande vitesse. « En 2 ans, nous avons augmenté les investissements de 1,1 milliard. Ils sont passés de 5,1 milliards en 2018, à 5,7 en 2019 puis à 6,2 en 2020 », précise Olivier Bancel, directeur général Opérations et Production chez SNCF Réseau. « Notre enjeu constitue aussi la robustesse du réseau, pour améliorer la qualité de service de nos clients mais aussi pour garantir un haut niveau de sécurité de l’infrastructure. »

En matière d’orientation stratégique, l’année 2020 poursuivra la tendance instaurée en 2018-2019 : continuer à croître sur la régénération, avec les grands programmes de voies et de commande centralisée du réseau (le regroupement des postes d’aiguillage sur une seule tour de contrôle), et sur les fondamentaux du renouvellement et de la sécurité. Des programmes soutenus et suivis dans le temps dont la continuité est importante, autant pour les méthodes que pour les contrats avec les partenaires.

 

Eole, CDG Express et Lyon – Turin

Olivier Bancel
Olivier Bancel.

La priorité, la régénération du réseau. Elle représente un peu moins de la moitié des 6,2 milliards. En complément, la modernisation de l’outil de production et la digitalisation se poursuivent autour de projets pour l’exploitation et la maintenance : plus de 200 millions d’euros seront consacrés à un programme de sécurité et de mise en conformité, et 300 millions d’euros dédiés aux investissements industriels permettant la modernisation de l’outil de production de SNCF Réseau et le développement du digital. Un effort continu dans le temps : « Nous avons investi 800 MÄ en 10 ans pour moderniser notre outillage et nos engins avec plus de 200 nouveaux engins. Nous faisons appel à des partenaires industriels pour réaliser les travaux mais nous savons en parallèle moderniser nos outils sur les activités cœur de la maintenance. Certains engins sont même assemblés dans notre établissement industriel à Brives », précise Olivier Bancel.

Importants et tout aussi stratégiques, la performance et le développement du réseau avec un budget de 1,2 milliard d’euros consacrés à la poursuite d’un important volume de grands projets : EOLE, CDG Express et le Lyon – Turin… « La maîtrise de nouvelles technologies d’exploitation pour un réseau haute performance, notamment en Ile-de-France, doit permettre la réussite des mises en services programmées et la mise en œuvre de nouveaux services dans les 5 années à venir », insiste le directeur général Opérations et Production.

 

Objectifs tenus en 2019

En région, la priorité est donnée aux projets régionaux de développement, avec un niveau d’investissement élevé sur plusieurs régions : près d’un milliard d’euros leur sont consacrés, répartis entre la performance des lignes de desserte fine du territoire et les projets d’accroissement de l’offre de service du réseau.

L’année 2019 a globalement atteint ses objectifs, dans un cadre tendu en volume (+ 10 % de travaux en un an), et malgré quelques retards sur le renouvellement des voies en linéaire, liés à des conditions d’exécution difficiles telles que la multiplication des intempéries, les mouvements sociaux ou des chantiers plus difficiles. Elle a vu la finalisation de quelques belles opérations (lignes Libourne – Bergerac ou Aurillac – Brives), le début des travaux sur Arches – Saint-Dié-des-Vosges, Rennes – Châteaubriant ou encore Clisson – Cholet et la continuation des grands programmes d’Ile-de-France, comme Eole ou CDG Express.

 

Lancement d’une nouvelle suite rapide

S’il est impossible de citer tous les travaux entrepris par SNCF Réseau, certains apparaissent emblématiques. C’est le cas, par exemple, des opérations de renouvellement industriel, qui tiendront une place importante en 2020 avec la suite rapide Ile-de-France. Celle-ci a respecté ses volumes de production en 2019, et le lancement en 2020 de la nouvelle suite rapide ETF/Meccoli constitue un enjeu. Les chantiers de régénération voie sur la ligne à grande vitesse Paris – Lyon, viseront à augmenter la capacité et la performance de la ligne, en débit en robustesse et en qualité.

Les opérations de régénération caténaire voient aussi apparaître le lancement d’une nouvelle suite rapide caténaire (la première du genre) pour remplacer les armements en 25 kV (voir Colas Rail), et la réalisation de la caténaire ligne C.

 

90 millions pour l’ERTMS

Autre grand chantier, l’engagement des travaux de signalisation pour l’équipement ERTMS, le système européen de signalisation en place dans d’autres pays européens, qui permet de gérer en temps réel l’espacement entre deux trains : 90 millions d’euros financeront la mise en œuvre de l’ERTMS afin d’augmenter le nombre de trains qui pourront circuler sur la ligne très fréquentée de Paris – Lyon, projet pilote de la haute performance.

Du côté des CPER (Contrat de plan Etat-Région), des opérations de renouvellement voies ballast (RVB) ont lieu sur l’ensemble du territoire : Centre (Thenioux, Veretz – Montlouis-sur-Loire), Aquitaine (Talence – Gazinet), Normandie (Maromme – Harfleur), Grand Est (Bénestroff – Rémilly), Grand-Sud (Carnoules – Vidauban) ou encore Bourgogne-Franche-Comté (Colombier, Genevreuille).

D’autres chantiers s’ajoutent à cette liste RVB : la modernisation La Roche-sur-Yon – La Rochelle, celle de l’étoile de Saint-Pol-sur-Ternoise – Béthune – Etaples, la mise en exploitation de Gisors – Serqueux, la création d’une quatrième voie entre Strasbourg et Vendenheim, le développement de l’infrastructure Marseille – Aix phase 2 ou encore la modernisation et la valorisation des sites de Nantes-Etat et Nantes-Blottereau.

 

Montée en compétence des sous-traitants

Tram-train T4
Tram-train U53700 de la ligne T4 en essais à la future station Arboretum en août 2019.

L’Ile-de-France n’est pas en reste, avec les travaux de tunnelier de Eole et le début des travaux du CAP 18 pour CDG Express, la régénération caténaire ligne C et l’opération Castor sur les ouvrages d’art sur la même ligne, le renouvellement Corbeil-Essonnes – Melun, sur Paris-Nord et Paris-Est, le renouvellement de rail sur l’Ile-de-France par train industriel BOA et les opérations de développement des trams-trains (T4 et T12 Massy – Evry) et de préparation de l’infrastructure au nouveau matériel Ile-de-France (voir carte ci-dessous ou ici).

Tous ces travaux concourent à un même objectif : l’amélioration de la qualité de service et du haut niveau de sécurité de l’infrastructure. Et de ce point de vue, les résultats commencent à apparaître : « Nous avons gagné 5% en régularité et en ponctualité par rapport aux années précédentes. Certains mois apparaissent comme les meilleurs des 10 dernières années, grâce notamment à une bonne maîtrise de la ponctualité en gare », signale Olivier Bancel. Même tendance au niveau de la sécurité, où les indicateurs montrent une diminution importante et régulière de l’ordre de 30 % en trois ans des évènements sécurité remarquables (ESR). « En revanche, les intempéries ont eu un fort impact ces dernières années. »

L’externalisation est bien évidemment indispensable pour mener à bien tous ces chantiers. Pour autant, de nombreuses activités restent dans le giron de SNCF Réseau, comme la gestion opérationnelle, la circulation, la maîtrise d’ouvrage, l’astreinte, les activités cœur de maintenance ainsi que l’expertise et l’ingénierie de maintenance… « Et nous gardons des activités industrielles importantes sur la production d’appareils de voie, la production de rails ou la maintenance de nos engins », précise Olivier Bancel. Reste que, pour ce qu’elle externalise, SNCF Réseau tient à accompagner la montée en compétences des entreprises sous-traitantes, en développant le principe d’entreprises qualifiées, en travaillant en partenariat à travers des groupes de travail professionnels pour améliorer les conditions des chantiers et, last but not least, en fixant des objectifs de performance ambitieux sur la santé et sécurité au travail, identiques à ceux de SNCF Réseau. Parce que la nuit, par tous les temps, ce sont des hommes qui travaillent au développement et à la modernisation du réseau.

Véronique Pierré

 

De multiples chantiers en Ile-de-France

 

Les nombreux chantiers de développement du réseau transilien se poursuivent et s’amplifient. Zoom sur quelques chantiers emblématiques :

Programme SDMR

Le déploiement de nouveaux matériels roulants nécessite l’adaptation des voies et des quais. Sur la Ligne N, des travaux sont prévus dans un premier temps entre Vanves-Malakoff et Bellevue pour accueillir le Régio2N. Sur la ligne P, l’axe Paris-Provins accueillera le nouveau matériel roulant (Francilien, NAT ou Z50000) d’ici 2021. 

EOLE

Lancés en juillet 2019, les travaux de construction, à Pantin du nouveau centre de commandement unique de l’Est et de l’Ouest Francilien continuent. Ouverture prévue pour le périmètre Est : fin 2021. Toujours en 2020, le tunnelier passera sous la Seine, au niveau de Neuilly-sur-Seine et les travaux de génie civil de la nouvelle gare Nanterre la Folie (située à proximité immédiate de La Défense) prendront fin.

CDG Express 

Poursuite des travaux sur l’axe Nord, qui concernent les lignes B, D, H et K et comprennent notamment des travaux de mises en accessibilité et de renouvellement de voies.

Modernisation du RER B

Les nouvelles voies de retournement du RER B permettront d’améliorer sensiblement l’exploitation de cette ligne. Le premier site mis en service sera celui du Bourget en 2021, suivi de La Plaine Saint-Denis et Aulnay-sous-Bois.

Interconnexions au Grand Paris Express 

– Sevran-Livry (RER B et ligne 16) 

– Les Ardoines (RER C et ligne 15)

– Fin des travaux principaux à Clamart et Vert de Maisons

– Tram-trains (travaux sur le T12 et le T13)

Travaux d’été sur le tronçon central du RER C : 

– Programme massif de renouvellement de rails et le confortement du tunnel.

– Régénération de la caténaire du RER C entre Paris et Brétigny-sur-Orge

Travaux de mise en accessibilité des gares

La gare de Saint-Denis Ville est la plus emblématique, avec le début de la construction du souterrain de 10 mètres de large (élément phare de ce chantier), une prouesse technique dans une gare qui reste en exploitation.