Les transports publics à l’épreuve du dérèglement climatique

dérèglement climatique : Des rails sont peints en blanc pour réduire l’absorbtion de chaleur et le risque de dilatation.

Canicules longues, incendies, inondations, éboulements… Les aléas climatiques se multiplient, les opérateurs de transport cherchent les parades et apprennent à s’adapter.

Incroyable ! La mezzanine de la gare de Nantes a été fermée le 30 juin dernier pour cause de canicule, alors qu’elle a été livrée il y a cinq ans seulement. En début d’été, la Loire-Atlantique était placée en vigilance orange canicule et la température dépassait les 40 degrés sur la mezzanine.

Toute de baies vitrées, cette mezzanine qui permet de relier les gares Nord et Sud, conçue par l’architecte Rudy Ricciotti pour la bagatelle de 37 millions d’euros, était pourtant présentée comme pensée pour protéger des rayons du soleil et de la chaleur, rapporte le site Batiactu. Un rappel à la réalité qui a incité le gestionnaire des gares, SNCF Gares & Connexions, à lancer des études pour tenter de rectifier le tir.

La prise de conscience n’est donc pas totalement de rigueur, malgré les discours. Et pourtant, le dérèglement climatique est de plus en plus criant, avec les canicules qui se multiplient, les incendies, les inondations, les affaissements de terrain, de talus….

En mars 2022, dans son rapport sur l’action publique en faveur de l’adaptation au changement climatique, la Cour des comptes estimait que les intempéries avaient été à l’origine de 19 % du temps des minutes perdues imputables à SNCF Réseau, le gestionnaire de l’infrastructure ferroviaire. Les rails peuvent en effet se déformer sous l’effet de fortes chaleurs, les caténaires se détendre, voire s’arracher au passage d’une rame. La SNCF peut alors être obligée de ralentir la vitesse de ses trains.

Quand la chaleur devient suffocante, la climatisation peut tomber, et la SNCF décider de supprimer purement et simplement des circulations, comme elle l’a fait sur le réseau Intercités lors de l’épisode caniculaire du mois d’août. Il s’agit de limiter les risques de panne, notamment de climatisation. « La conception ancienne des Corails n’assure pas la même robustesse que des rames plus récentes », a notamment expliqué SNCF Voyageurs.

Fontaine à eau, gare du Nord, à Paris.
Fontaine à eau,
gare du Nord, à Paris. © SNCF

Les pouvoirs publics s’emparent aussi de ce sujet brûlant. Le gouvernement a ainsi présenté en mars dernier un nouveau Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC 3), prévoyant une cinquantaine de mesures et 200 actions pour préparer la France, tous secteurs d’activité confondus, à vivre avec le dérèglement climatique.

S’agissant des infrastructures de transport, l’objectif est notamment de les rendre plus résilientes en cas d’événements climatiques extrêmes telles que les vagues de chaleur ou les inondations. Des plans d’adaptation sont attendus et le risque environnemental doit être pris en compte dès la conception d’un projet. Faute de quoi, et c’est une vraie épée de Damoclès, les assureurs pourraient ne plus intervenir. « Mais le texte reste un peu flou sur les responsabilités de chacun », juge Clotilde Charaix, directrice Stratégie environnement et climat chez Transdev.

En attendant, les opérateurs de transport qui n’ont pas forcément la main sur l’infrastructure doivent apprendre à gérer les aléas qui peuvent survenir à n’importe quel endroit de la planète et à n’importe quel moment. Et protéger leurs salariés ainsi que leurs passagers.
Des obligations s’imposent à eux, renforcées par un décret du 27 mai dernier qui a introduit de nouvelles mesures, applicables depuis le 1er juillet, afin qu’ils protègent davantage la santé de leurs salariés en cas de forte chaleur. Plusieurs seuils sont prévus, de vigilance verte à vigilance rouge, avec différentes mesures (eau fraîche, équipements de protection, formation…) allant jusqu’à l’indemnisation d’arrêts de travail dans le secteur du BTP. En attendant mieux, restent les parades et la gestion de crise…