Autopartage : la voiture dans la chaîne de l’écomobilité

L’autopartage entre dans une nouvelle ère, celle de l’industrialisation. Le lancement du service Okigo, l’an dernier, par Vinci Park, leader européen du stationnement, et Avis, loueur implanté sur tous les continents, était un signe avant-coureur. Le rachat de l’opérateur historique Caisse Commune par Transdev, rendu public le 29 septembre, et le rachat de Mobizen au début de l’été, par Comox, filiale de Véolia spécialisée dans l’écomobilité, ne font que confirmer la tendance. La hausse du prix des carburants, les difficultés pour stationner en ville, la montée en puissance des thématiques écologiques : tout plaide en faveur de la voiture patagée. La formule a fait ses preuves à l’étranger, en Allemagne, en Suisse, en Amérique du Nord. Les nouveaux entrants pensent que les Français sont prêts. « La clientèle de l’autopartage a changé, explique Philippe Ratto, président de Caisse Commune depuis le rachat par Transdev. Avant les utilisateurs étaient plutôt des militants soucieux de la préservation de l’environnement. Aujourd’hui, le public s’est élargi. L’autopartage est en train de devenir un produit avec des clients en attente d’un meilleur service, d’une tarification adaptée… » Le potentiel à Paris est important. Plus de la moitié des ménages ne sont pas motorisés. Parmi ceux qui ont une voiture, 40 % font moins d’un trajet par mois. De quoi aiguiser les appétits.
Pour le rachat de Caisse Commune, qui dispose de 120 voitures réparties dans 35 stations et compte près de 3 000 utilisateurs, plus d’une vingtaine de candidats se sont manifestés, parmi lesquels des grands loueurs de voitures, des sociétés d’autopartage étrangères leaders dans leur pays et bien sûr des opérateurs de transports… « Il faut s’attendre à voir arriver de nouveaux acteurs, confirme Nicolas Le Douarec, un des trois fondateurs de Mobizen. Le marché est en train de se structurer plus vite que ce que l’on avait imaginé. Certains auront peut-être des ambitions au niveau du continent et pourquoi pas au niveau mondial. » Les nouveaux arrivants ont tout intérêt à développer rapidement le nombre d’utilisateurs et le parc de voitures pour verrouiller le marché. Tous affichent des ambitions fortes pour les années à venir. Okigo qui a pour l’instant 4 stations et une centaine de voitures en Ile-de-France, table sur un millier de véhicules répartis dans une centaine de parcs en France en 2010. Du côté de Mobizen et de Caisse Commune, même si on n’exclut pas le développement de succursales en province, on préfère pour l’instant se concentrer sur l’Ile-de-France. La nouvelle filiale de Comox espère d’ici deux ans avoir 10 000 membres dans la région parisienne contre un peu moins de 2 000 aujourd’hui. « Nous serons à 150 voitures d’ici la fin de l’année et nous pouvons rapidement monter à 500 voire 1 000 véhicules », affirme, de son côté, Jean Pierre Chanson, directeur marketing de Transdev, le nouveau propriétaire de Caisse Commune.
Le projet Autolib’ de la ville de Paris, devrait accélérer le changement d’échelle et la consolidation du secteur. Même si le cahier des charges n’a pas encore été publié, Bertrand Delanoë a annoncé le déploiement de 4 000 voitures « propres » en libre service dans les rues de la capitale et dans les communes de la petite couronne. Reste à savoir qui aura la chance de pouvoir implanter ses véhicules sur les emplacements Autolib’, le système devant voir le jour à la fin de l’année 2010. La guéguerre de communication a déjà commencé. La RATP, la SNCF et le duo Avis-Vinci Park ont annoncé qu’ils répondraient ensemble à l’appel d’offres. Dans le communiqué de presse, les quatre partenaires évoquent la mise en place d’une offre cohérente mariant stations, gares, voirie et parkings, l’utilisation des potentialités des réseaux de ventes de chacune des sociétés, sans donner plus de précisions quand au rôle de chacun. Comme tout le monde, ils attendent d’en savoir plus. Des points importants restent encore dans le flou : le type de véhicules qui sera choisi (a priori quatre places et un coffre, ce qui exclurait la Smart), l’obligation ou non de ramener la voiture à son point de départ (Bertrand Delanoë pour l’instant est partisan de l’aller simple), la tarification… Les candidats potentiels attendent d’avoir tous les éléments en main pour se prononcer.
En attendant, l’important est de s’affirmer comme un acteur de poids capable de mettre rapidement en œuvre le service et de gagner des points sur l’indice de crédibilité. A priori, l’alliance Okigo-SNCF-RATP a de quoi séduire. Difficile de faire mieux en matière de multimodalité. Cependant, les concurrents, Veolia et Transdev, ont eux aussi des atouts à faire valoir. L’un comme l’autre ne sont pas totalement novices dans le domaine. Dernièrement, la filiale de la Caisse des dépôts et consignations a lancé en partenariat avec Nantes Auto Partage un service baptisé Marguerite avec une trentaine de voitures. Transdev a aussi conclu quelques accords commerciaux avec des opérateurs locaux par le passé à Strasbourg et à Grenoble. Le rachat de Caisse Commune constitue une étape supplémentaire. « En achetant l’opérateur historique, nous avons acquis un vrai savoir-faire qui vient compléter notre expérience », note Jean-Pierre Chanson. De son côté, Veolia n’est pas en reste. Sa filiale Comox, a décroché deux appels d’offres : un pour la gestion de Liselec, flotte de voitures électriques en libre service à La Rochelle, en 2006 et un autre, début 2007, pour la mise en place d’un service d’autopartage à Narbonne. Elle a aussi noué un partenariat avec Communauto, un des pionniers de l’autopartage devenu le plus gros opérateur du Canada, afin d’évaluer la faisabilité de l’implantation et l’interopérabilité des services de véhicules électriques en libre service en France et au Québec. Comme Transdev et l’alliance qui regroupe Vinci Park, Avis, la RATP et la SNCF, Veolia veut s’affirmer non comme un simple acteur de l’autopartage mais bien comme un opérateur multimodal, capable d’articuler les différents modes de transports. « Le voyageur de plus en plus demandeur d’une offre globale, ce qui amène les protagonistes du transport à regarder au-delà de leur champ d’action traditionnel. Les monopoles sont en train de tomber, analyse Nicolas Le Drouaec. On le voit avec l’entrée d’Air France et de Véolia sur le marché du ferroviaire. On assiste au même phénomène dans le secteur de l’autopartage. »
 

Nicolas REYNAUD