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BHNS Lens se lance

Sixième de France, le réseau des transports urbains d’Artois-Gohelle, à Lens, dans le Pas-de-Calais, a décidé d’investir 416 millions d’euros dans un système de bus à haut niveau de service (BHNS), avec l’aide de l’Union européenne. Affichant un design futuriste spécialement créé par MBD, le premier BHNS articulé hybride Crealis d’Iveco vient d’être dévoilé.
Innovations en vue pour le sixième réseau de transport urbain de France. Le Syndicat mixte des transports Artois-Gohelle (SMT) a en effet présenté, le 5 mai, le premier des 41 BHNS (bus à haut niveau de service) qui entreront en service commercial le 2 janvier prochain. Il s’agit d’hybrides articulés de 18 m du type « Crealis », construits par Iveco, et labellisés « origine France garantie » que l’autorité organisatrice a commandés pour le compte de Tadao (aujourd’hui exploité par Transdev). Ce réseau se déploie sur l’ancien bassin minier, qui représente un territoire d’un millier de kilomètres carrés, structuré autour de trois communautés d’agglomérations (Lens-Liévin, Hénin-Carvin, et Béthune-Bruay-la-Bussière), où vivent au total 650 000 habitants, soit 44 % de la population du Pas-de-Calais. Tadao dispose de 2 800 points d’arrêts, et ses 150 autobus parcourent quelque 12 millions de kilomètres par an.
Actuellement, l’autobus ne représente, dans la région, que 2 % seulement des déplacements. La marge de progression reste donc considérable, même si, depuis 2014, Tadao affiche une augmentation continue de son trafic de 7 % par an ! C’est pourquoi le SMT ambitionne, d’ici 2025, de doubler la fréquentation. Et pour atteindre cet objectif, il a élaboré le projet « Bulles » (acronyme construit à partir des mots bus, Lens et Liévin), qui prévoit à terme la réalisation de six lignes de BHNS, indicées Bulle 1 à Bulle 6, d’une longueur cumulée de 120 km.
Les Crealis entreront en service sur les lignes Bulle 1 et Bulle 2. Pour la ligne Bulle 6 Auchel – Houdain, moins longue que les autres, le SMT a choisi la solution « hydrogène », et il a commandé à l’industriel albigeois Safra, en avril dernier, six Businova mus par pile à combustible, qui seront livrés à partir de février 2019. Cette ligne devrait donc être la toute première, en France, a être exploitée entièrement par des autobus à hydrogène. Une installation d’électrolyse de l’eau sera construite sur le site du nouveau dépôt de Houdain en octobre prochain. Elle n’utilisera que de l’électricité renouvelable excédentaire, car produite en heure creuse et qui, autrement, serait irrémédiablement perdue. L’hydrogène deviendra donc, ici, un moyen de stocker l’énergie.
Déjà, les nouveaux Crealis hybrides vont permettre une réduction de la consommation de gazole de 30 % par rapport à un autobus articulé diesel, et une diminution de presque autant des émissions de CO2, soit quelque 35 t qui ne seront pas rejetées dans l’atmosphère chaque année. Ils sont équipés de la fonction « Arrive & Go » grâce à laquelle ils roulent « 100 % électrique » aux abords des arrêts.
De fait, au cours de la décélération qui précède tout arrêt, le courant produit par le moteur électrique est récupéré et emmagasiné dans les batteries. Lorsque la vitesse devient inférieure à 20 km/h, le groupe générateur s’arrête, et le véhicule évolue alors en mode électrique en utilisant, en partie, l’énergie stockée lors de cette décélération. Ensuite, le démarrage pour quitter l’arrêt s’effectue également en mode électrique, toujours grâce à l’énergie fournie par les batteries. Lorsque la vitesse de 20 km/h est dépassée, ou que le véhicule a déjà roulé sur une distance supérieure à 30 m, le groupe générateur se relance alors automatiquement pour un fonctionnement en mode hybride, qui combine la puissance thermique et celle des batteries. Le moteur thermique, du type Tector, est compatible avec le biocarburant HVO (Hydrotreated vegetable oils, huiles végétales hydrogénées), qui réduit jusqu’à 90 % les émissions de CO2.
Le véhicule a été développé à Vénissieux et est fabriqué à Annonay. « Plus de la moitié de la valeur ajoutée est d’origine française, insiste Olivier Michard, directeur général d’Iveco Bus, et chaque Crealis se traduit par 1 500 heures de fabrication, 41 emplois pérennisés sur notre site ardéchois, 250 personnes qui interviennent à un moment ou un autre de sa construction, et des commandes pour 250 fournisseurs français. » Quant au service après-vente, il sera pris en charge par le concessionnaire SPL, qui investit localement dans de nouvelles installations. La maintenance continuera néanmoins à être assurée par l’exploitant Tadao.
Les 41 Crealis hybrides du SMT Artois-Gohelle pourront chacun transporter 157 voyageurs (avec 34 places assises), ou 154 (avec 38 places assises). Leur livrée tout à fait inédite, à base de noir, jaune et or, a été voulue « ancrée à l’identité du territoire », selon le mot du président du SMT Laurent Duporge. Créée par le designer MBD, bien connu dans l’univers du matériel ferroviaire, cette livrée incorpore, sur chaque face latérale des véhicules, quinze symboles de la région, que les habitants ont choisis parmi les quarante qui leur avaient été proposés dans le cadre d’un jeu participatif en janvier dernier. Ici MBD innove en faisant courir, pour la première fois, sa livrée sur le soufflet de l’articulation. A terme, celle-ci devrait revêtir tous les autobus appelés à circuler pour le compte du SMT.
Les Businova à hydrogène, eux, seront également de construction française, et leur pile à combustible sera fournie par Michelin. La pile produira l’électricité pour la propulsion et le chauffage (la réaction est exothermique), en consommant 28 kg d’hydrogène par jour. Ces autobus disposeront d’une autonomie supérieure à 300 km, requise par la configuration d’exploitation du réseau d’Artois-Gohelle, dont les lignes, assez longues, ne se seraient nullement accommodées, aux dires des dirigeants du SMT, des actuelles performances de l’électromobilité.
Equipés d’un moteur électrique de 250 kW et de batteries lithium-ion de 140 kWh, ces autobus ne rejetteront dans l’atmosphère que de la vapeur d’eau. Le coût d’acquisition d’un Businova à hydrogène s’établit à environ 800 000 euros et celui d’un articulé hybride Crealis entre 600 000 et 650 000 euros, contre 300 000 euros pour un standard diesel. Le surcoût par véhicule du traitement BHNS (face avant aérodynamique, acrotères et cache-roues, aménagement intérieur, etc.) se situe autour de 50 000 euros par véhicule.
Philippe Hérissé