Bordeaux se prépare au grand lifting

Pour Bordeaux, le compte à rebours a commencé. La ville attend en 2016 la mise en service de la ligne à grande vitesse la reliant à Tours (elle sera alors à deux heures de Paris), puis à l’horizon 2020 son prolongement en direction de Toulouse et de Bilbao. Ce qui fera passer la fréquentation de la gare Saint-Jean, appelée à devenir un carrefour ferroviaire ouest-européen de 9 millions de voyageurs annuels actuellement à une vingtaine de millions.
Pour profiter de ce nouvel effet TGV, la Communauté urbaine de Bordeaux (CUB) veut lancer dans le secteur un « pôle d’affaires international », baptisé Euratlantique, à l’image d’Euralille et d’Euroméditerranée (à Marseille). Plusieurs milliers d’emplois pourraient être créés.
« Les TGV vont donner un coup d’accélérateur à l’économie de la ville », estime la CUB, qui compte s’inspirer des conclusions d’un rapport remis en septembre dernier sur le sujet par Francis Rol-Tanguy. L’ancien directeur régional de l’équipement de l’Ile-de-France proposait de donner au projet le label d’opération d’intérêt national (OIN). C’est quasiment chose faite. Un décret devrait bientôt officialiser le feu vert gouvernemental.
Depuis le 1er février, l’opération a un pilote. C’est Philippe Courtois qui a pris la tête d’une mission de préfiguration. « Nous allons lancer un projet autour de la gare et au-delà, qui porte sur 750 hectares. Nous sommes très proches des recommandations du rapport Keller : c’est un montage urbain et ferroviaire qui se fait dans le cadre d’un travail partenarial, souligne Philippe Courtois. Nous sommes convenus de travailler ensemble avec les collectivités locales, le monde ferroviaire et l’établissement public d’aménagement [EPA, qui devrait voir le jour en 2010, ndlr] sur un projet urbain autour de la gare. Avec les futurs TGV, la gare va changer de dimension. Il faudra notamment élaborer une programmation sur les accès à la gare, sur le dimensionnement du parking, sur le dimensionnement des commerces et au-delà. »
Les premières réflexions ont été menées par l’Arep, l’agence d’urbanisme et d’architecture de la SNCF, qui a esquissé un remodelage de la « grande gare », selon l’appellation de Fabienne Keller. Les chiffrages seraient en cours.
A l’est de la gare, les voies au-delà de la grande halle devraient être recouvertes. Il est aussi prévu qu’un nouveau pont fasse le lien entre les deux rives. Le projet englobe les quartiers alentours, notamment Belcier, Armagnac et Saint-Germain, où les friches industrielles sont nombreuses, ainsi que les communes de Bègles et de Floirac. Il est envisagé de construire des bureaux, des logements, des hôtels, des centres commerciaux, des cinémas, des espaces verts et bien sûr de développer les transports publics.
Déjà, la SNCF et RFF ont élaboré un schéma directeur du patrimoine ferroviaire. Ce document est une sorte d’inventaire des surfaces qui pourraient être transférées au projet et des installations ferroviaires qu’il faudrait relocaliser (magasins, ateliers, maintenance…). « Trente hectares de friches ferroviaires pourraient être cédés à Euratlantique. Notre but consiste à les valoriser au mieux », précise RFF. D’où des négociations à venir qui pourraient se révéler ardues, même si RFF affirme vouloir travailler main dans la main avec les collectivités locales. Le gestionnaire des infrastructures est aussi en train de mener une « étude d’analyse de valeur » pour voir comment les installations ferroviaires pourront accueillir un nombre de train grandissant, TGV, TER et autres Corail.
De son côté, la SNCF réalise une étude « cordon » pour évaluer les flux à accueillir en gare et les besoins en parkings. Toutes les études devraient être achevées à la fin de l’année. Elles permettront à l’Arep de réaliser de nouvelles esquisses. Philippe Courtois espère lancer un concours d’urbanisme début 2010 pour disposer six mois plus tard d’un urbaniste qui pourra discuter avec l’Arep.
S’il reste beaucoup à faire pour affiner cette opération de grande ampleur, ses promoteurs ont déjà une certitude : il faut ouvrir la gare sur la ville, et en particulier vers les quais de la Garonne. « L’objectif porté par les élus locaux est de réussir le remodelage urbain de l’entrée sud de l’agglomération, de Bordeaux à Bègles ou Floirac, sur la rive droite de la Garonne », explique la CUB. Ils veulent aussi renforcer l’intermodalité, seule solution pour accueillir un nombre croissant de voyageurs. La CUB étudie notamment la possibilité de desservir la gare avec une seconde ligne de tramway.
Pour Fabienne Keller, « la question de la gouvernance du projet est fondamentale ». Dans son rapport sur les gares, la sénatrice UMP du Bas-Rhin estime que « le développement d’un grand projet intermodal qui met en œuvre des aménagements publics importants implique nécessairement une gouvernance de l’opération par les collectivités locales ». Francis Rol-Tanguy estime aussi que le conseil régional, le conseil général et la CUB devraient réfléchir à la mise en place d’une autorité organisatrice unique en matière de déplacements, permettant l’extension du versement-transport à tout le département de la Gironde.
Son rapport d’expertise souligne l’urgence à agir pour être prêt en 2016, c’est-à-dire demain. D’autant que la gare souffre d’un manque de place et n’est déjà plus adaptée aux flux d’aujourd’hui.
C’est pourquoi, sans attendre la grande métamorphose, un chantier a été lancé depuis plusieurs mois par la SNCF et la CUB pour améliorer l’accueil du public. Le parvis est en cours de réaménagement avec l’installation d’une halle intermodale de 400 m2, face au bâtiment central, et des accès renforcés aux modes alternatifs à la voiture. La SNCF a aussi décidé de regrouper ses services en gare côté sud dans ses bâtiments, pour faciliter les démarches de ses clients. En plus de l’amélioration de la signalétique, de l’éclairage, de la sonorisation ou du téléaffichage, 700 m2 de surfaces commerciales doivent être créées. Comme un avant-goût de la grande gare de demain.
 

Marie-Hélène POINGT