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bornes de recharge pour véhicules électriques – La France accélère

Dans le résidentiel collectif comme sur autoroute et dans l’espace urbain, le déploiement de bornes de recharge pour véhicules électriques se généralise en France, dans un contexte de baisse des ventes.
La France agit dans plusieurs directions pour tenir son objectif de neutralité carbone d’ici à 2050. Surtout pour réduire les émissions de gaz à effet de serre provenant des transports grâce à la généralisation des ventes de véhicules électriques neufs sur la prochaine décennie (de 66 % en 2030 à 100 % en 2035). D’où son accélération dans le déploiement des infrastructures de recharge. Fin octobre, le pays comptait 150 052 points de recharge ouverts au public, en hausse de 35 % en un an, selon le baromètre Avere-France/Ministère de la Transition écologique. « Nous disposons du deuxième plus grand réseau en Europe derrière les Pays-Bas et devant l’Allemagne », se félicite Clément Molizon, le secrétaire général de l’Avere, association qui réunit 270 entreprises de la mobilité électrique (acteurs de l’énergie, de la recharge, des services, constructeurs automobiles) et collectivités. Un satisfecit à relativiser car la France n’arrive qu’en dixième position en nombre de bornes de recharge aux 100 km selon l’association des constructeurs européens d’automobiles, avec 4,1 bornes/100 km contre 47,5 pour les Pays-Bas, pays le plus en pointe.
400 000 points de recharge ouverts au public d’ici 2030
Depuis début 2024, 7 427 nouvelles stations, regroupant 32 053 points de recharge ouverts au public, ont été déployées sur le territoire. Avec le soutien du programme de financement par certificats d’économie d’énergie Advenir, doté d’une enveloppe de 320 M€ et copiloté par l’Avere, le ministère de la transition écologie et l’Ademe.
Un premier plan du gouvernement a permis d’ouvrir au public, en mai 2023, 100 000 points de recharge. Un nouvel objectif vise désormais 400 000 bornes à l’horizon 2030, dont au moins 50 000 en recharge rapide. « C’est un cap assez macro, une manière de montrer la voie, Mais l’important c’est d’avoir les bornes au bon endroit pour le bon usage», souligne Roman Potocki, responsable de l’offre mobilité électrique au cabinet Wavestone (lire entretien page 37).
Aujourd’hui, 44 % de ces points de recharge sont installés dans des commerces, 33 % sur des parkings, 17 % en voirie et 5 % en entreprise, selon le baromètre de l’Avere. Pour les longues distances sur autoroutes, l’obligation réglementaire d’équiper la totalité des aires de service en bornes haute puissance à fin 2023 a été respectée et le maillage des aires de repos qui a débuté va se poursuivre sur les deux prochaines années. Vinci Autoroutes a par exemple confié au français Electra, qui gère déjà 17 de ses stations, le déploiement de 174 points de charge de 200 à 400 kW sur 18 aires de repos du Sud de la France.
L’Ile-de-France caracole en tête
L’Ile-de-France, qui regroupe 17 % des points de recharge ouverts au public (25 715 selon l’Avere), caracole largement en tête des régions les mieux équipées, suivie par Auvergne-Rhône-Alpes (12 %), puis Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Grand-Est, Paca et Hauts-de-France, alors que les territoires ultramarins n’en ont quasiment pas (48 en Guyane, 163 en Guadeloupe). Dans le top 10 des villes les mieux équipées de l’Auto Journal à fin 2023, c’est Paris qui occupe sans surprise la première place avec 2 282 bornes de recharge publiques (avec son réseau Belib’ opéré par TotalEnergies), suivie par six communes de région parisienne (Nanterre, Issy-les-Moulineaux, Créteil, Colombes, Asnières et Drancy), Nice, Marseille et Lyon (lire l’entretien avec Fabien Bagnon, vice-président de Lyon Métropole).
Soutien public
Le programme Advenir a beaucoup soutenu les entreprises (près de 53 000 points de charge partiellement financés) et les parkings privés ouverts au public (32 700), qui ont mobilisé ensemble deux tiers des aides depuis 2016. « Le segment ‘’destination’’ (des bornes de recharge rapide en hypermarché ou restaurant) progresse beaucoup », témoigne Mathieu Renaudin, directeur communication affaires publiques d’Izivia, opérateur de bornes de recharge filiale à 100 % d’EDF dont le chiffre d’affaires a crû de 80 % en un an.
Le contrat d’exclusivité signé avec McDonald’s prévoit équiper ses 700 restaurants de plus de 2 000 points de charge ultra-rapide (150 à 200 kW), dont 240 sont déjà équipés de deux à six points selon leur fréquentation.
« Le réseau Iziviafast est un des plus gros réseaux de charge rapide en France avec un prix unique, le plus bas du marché : 30 ct/kW en heures creuses et 35 ct aux autres heures. McDo nous demande une redevance moins élevée que d’autres pour avoir un prix attractif », souligne Mathieu Renaudin. Le premier réseau est celui de Tesla qui, depuis 2013, en a installé 1 500 dans 120 stations en France, ainsi qu’un à deux chez chacun de ses 700 partenaires « à destination ».
1,23 million de points de charge chez les particuliers
Mais comme le rappelle le consultant Roman Potocki, la très grande majorité des recharges se fait à domicile, d’où l’enjeu crucial de l’équipement des logements collectifs. Selon le site Enedis Open Data, au troisième trimestre 2024, 1,23 million de points de charge étaient installés chez les particuliers, en maison individuelle ou en immeuble collectif, soit 55 % du total. Une multiplication par 5,5 en quatre ans.
Selon l’Avere, plus de 32 000 immeubles ont validé le déploiement d’une infrastructure de recharge collective au troisième trimestre 2024 (13 % des immeubles français), alors que 10 000 sont déjà équipés.
Le programme Advenir a co-financé le résidentiel collectif, d’abord via des bornes individuelles (33 000 depuis 2016, avec prise en charge de 50 % du coût plafonné à 600€) puis via les infrastructures collectives avec pré-câblage du parking (2 600 à ce jour).
« Le programme ne finançait que les copropriétés mais va s’ouvrir aux bailleurs sociaux dès 2025, indique Clément Molizon, qui l’a annoncé au congrès de l’Union sociale de l’Habitat en septembre. Nous voulons toucher un nouveau public concerné par le leasing social comme les VTC, souvent résidents chez les bailleurs sociaux. »
Uber, adhérent de l’Avere, a en effet pris des engagements de décarbonation et plus aucun véhicule diesel ou hybride diesel ne pourra effectuer de courses sur son application à fin 2024.
Combien ça coûte ?
▷ A installer : à domicile, entre 1 500€ et 2 500€, et pour une borne de recharge rapide entre 2 000€ et 4 800€. A l’extérieur, pour le public : autour de 30 000€ pour une borne rapide (100-150 kw), entre 50 et 80 000€ pour une très rapide (300-400 kw).
▷ A rentabiliser : certaines bornes sont déjà rentables car bien positionnées avec de bons taux de remplissage (nombre de recharges par jour), par exemple près des aéroports, tandis que les moins rentables pourront mettre jusqu’à sept à huit ans.
▷ A l’utilisation : Il y a quelques années, les variations de prix allaient de 1 à 5. Aujourd’hui, quelques gammes émergent : la recharge haute puissance sur autoroute autour de 60ct/kw, avec des abonnements gros rouleurs ; à destination, Izivia et McDo proposent un tarif compétitif de 30 à 35 ct/kW. La recharge publique en voirie plus lente peut proposer un tarif visiteurs et un tarif résidents proche de celui du domicile (autour de 25 ct/kw). La tarification au kW se généralise mais certains réseaux ont encore une double tarification (kW et minutes).
Les collectivités s’organisent
L’installation de bornes en voirie est également une cible du programme (mais avec seulement 11 000 bornes soutenues), alors que « les collectivités et les syndicats d’énergie ont participé aux premiers maillages du territoire mais ralenti leur déploiement depuis quelques années pour mettre en place des schémas planificateurs », témoigne le délégué général de l’Avere.
Certains syndicats d’énergie unissent leurs forces « pour aller chercher des marchés publics compétitifs en fourniture d’énergie de bornes, de données, de maintenance et supervision », explique Johann Ferchaud, directeur de la SPL Modulo. Cette société publique locale créée en 2018 regroupe aujourd’hui dix syndicats de l’Est et du Centre de la France et gère 1 500 points de charge dans des villes petites, moyennes ou des métropoles. Modulo fait du conseil sur l’implantation, s’occupe à la fois de la fourniture de bornes et de leur alimentation en énergie. Le dernier marché de 8,8 M€ qu’elle a passé permettra aux collectivités adhérentes de piocher au fur et mesure de leurs besoins dans quatre lots correspondant à quatre types de bornes de recharge lentes ou rapides. Reste-t-il des freins au développement de la mobilité électrique, alors que 20 % des voitures neuves sont électriques ou hybrides, sur fond d’effondrement global des ventes en août et septembre ? « Les infrastructures sont très largement déployées et il n’y a plus de difficultés à se recharger, mais il subsiste des freins psychologiques, reconnaît Roman Potocki. « La clé pour lever ces freins passe par la communication de tous les acteurs, notamment par les constructeurs d’autos qui doivent former leurs réseaux de concessionnaires, dont le niveau de connaissances sur les recharges électriques reste inégal. »
Le modèle tiers investisseur se développe
« Les levées de fonds de 100 à 300 M€ des trois dernières années par les acteurs qui déploient des stations de recharge ouvertes au public, comme les pure players européens Allego (Pays-Bas), Electra (France), Powerdot (Portugal) ou Zunder (Espagne), montrent le passage à un modèle tiers investisseur qui se généralise », affirme Roman Potocki, consultant chez Wavestone. D’autres gros acteurs ont adopté ce modèle comme les énergéticiens EDF avec Izivia, Engie, TotalEnergies, ou des entreprises du BTP comme Bouygues Energies & Services ou Vinci avec Easy Charge. L’opérateur, qui a souvent remporté un appel d’offre par lot ou par site, achète et installe le matériel, fournit le service pendant 10 à 15 ans tout en versant une redevance au concessionnaire qui met à disposition son foncier. Selon le consultant, cela permet une accélération du déploiement car les opérateurs spécialisés « ont leur propre business model pour que les bornes soient rentables à horizon de trois à sept ans ». C’est par exemple ce modèle qu’utilise la SIT (Société pour l’Investissement en Infrastructures des Territoires créée par le groupe Cube Infrastructure) qui a installé depuis quatre ans 850 points de charge dans 130 communes de la métropole du Grand Paris (hors Paris). Ou Izivia avec les collectivités (Aix-Marseille, Deauville, Limoges, Lyon Métropole, Mulhouse, Thonon-les-Bains…), des privés comme McDonald’s ou les parkings Qpark (1700 points de charge installés à fin 2024). Depuis février 2024, une plateforme de financement en tiers investisseur de 450 M€ associe Izivia et le groupe EDF avec le fonds néo-zélandais Morrison afin de financer 8 000 bornes ultra rapides d’ici 2030, notamment via le futur réseau multi-enseigne IziviaMax.