Salon de l’UITP – Cap sur le zéro émission

Le stand de l’UITP accueillait les visiteurs de 80 pays dès le hall d’accès.

L’UITP est globalement satisfaite de son sommet mondial, dont l’édition 2019 s’est déroulée à Stockholm, avec « un nombre record de participants ». Outre les conférences au programme et les visites techniques, cet événement reste avant tout une exposition, très orientée « autobus ».

Particulièrement innovant en matière de recharge électrique, Medcom a présenté sur le salon ses onduleurs de traction pour bus électriques qui passent de la génération IGBT (à gauche) à la technologie SiC (à droite), plus compacte.

Affluence plutôt habituelle dans les deux longs halls d’exposition et les salles de conférence du parc des expositions d’Älvjö, à Stockholm, où s’est tenu du 9 au 12 juin, le salon de l’Union internationale des transports publics (UITP).
Pourtant, l’UITP a considéré celle-ci comme un « immense succès », rassemblant un « nombre record de participants » : 2 718 conférenciers, 473 exposants et 15 000 visiteurs. Comme à l’accoutumée dans les expositions consacrées aux transports publics, les bus occupent une surface appréciable (un tiers environ du plus grand des deux halls), mais sans favoritisme apparent pour un constructeur en particulier, chacun disposant à peu près de la même surface, suffisante pour un, voire deux véhicules. Comme nous le verrons page 42 et suivantes, les bus électriques à batteries partageaient la vedette avec ceux à pile à combustible (hydrogène). Côté slogans, le mot « zéro » revenait souvent, avec une mention spéciale pour les « Zero Cities » de Volvo : zéro bruit, zéro émission, zéro embouteillage et zéro accident.
Sur ce dernier point, « nous allons passer de la conduite assistée à l’autonomie et avons développé avec l’Université de Singapour le premier bus autonome de 12 m », a annoncé Håkan Agnevall, président de Volvo Buses. Mais pour voir un véhicule autonome, direction le stand Scania pour son concept bus, le stand ZF pour son people mover ou celui de Lohr, qui présentait le Cristal et sa version « sans volant » i-Cristal. Mieux : un véhicule Navya faisait la navette entre le Parc des expositions et la gare de RER voisine. Mais comme le parcours se faisait parmi les taxis, les piétons et les vélos, le port de la ceinture était obligatoire !
Qui dit bus à traction électrique dit également stations de chargement ou de biberonnage, batteries et convertisseurs de puissance. L’équipementier polonais Medcom est particulièrement innovant en la matière. Egalement présent dans le domaine ferroviaire (du tram aux trains lourds, principalement de constriction polonaise), Medcom a développé pour les trolleybus et bus à batteries des convertisseurs statiques et onduleurs de traction à technologie SiC (carbure de silicium) encore plus compacts que ceux actuels à IGBT.

La France en force

Avec la solution proposée par Axon Vibe, chaque point bleu sur cette carte de la Suisse représente un usager des transports publics !

Au total, 47 exposants sur 473 s’étaient inscrits sous le label France. Soit deux fois plus que la Grande-Bretagne, mais moins que les 63 d’Allemagne. Le Groupe RATP, disposait d’un stand situé dans le grand hall, tout comme Systra, qui a récemment connu une croissance externe en Suède. Quant aux stands de Keolis ou Transdev, ils n’avaient rien à envier à celui de MTR, dans le petit hall. Ces trois opérateurs étaient ici à domicile, les Français exploitant des bus et celui venu de Hongkong, le métro et le RER de Stockholm. A noter l’absence d’Arriva (pourtant exploitant de trains de banlieue et de tramways SL) et des grands groupes d’opérateurs britanniques.
Les stands des spécialistes japonais étaient bien visibles dans le grand hall, qu’il s’agisse du métro de Tokyo, de JR East (exploitant en particulier de la ligne Yamanote, petite ceinture de Tokyo où le train autonome est aux essais) ou encore de la recherche ferroviaire (solutions innovantes en matière de portes palières et de comble-lacunes). La présence de la Suisse, autre pays modèle en matière de transports publics, était modeste : une douzaine d’exposants. Parmi ceux-ci, Axon Vibe présentait sur écran la localisation de milliers d’usagers des transports, localisés par leur smartphone. Cette localisation permet aux opérateurs de transport public de fournir les informations contextuelles et personnalisées les plus pertinentes à chacun via une application mobile… le tout en respectant le RGPD !

Ferroviaire : occasion manquée ?

Tramway sans pantographes exposé par Hitachi Rail (design Giugiaro et alimentation par le sol).

Même s’ils savent qu’ils feront moins d’affaires qu’à InnoTrans, les constructeurs ferroviaires sont venus pour la plupart au sommet de l’UITP, mais sans véhicules. Pourtant il y aurait eu tellement à montrer à Stockholm, en particulier pour les exposants Alstom, Bombardier et CAF, respectivement fournisseurs des modèles les plus récents de RER (X60B), de métro (C30) et de tram (A35 et 36) du réseau SL… Quant à Stadler, constructeur de la nouvelle génération de trains régionaux à deux niveaux pour le bassin du lac Mälaren et des futurs trains de banlieue à voie étroite du Roslagen (au nord de Stockholm), il était complètement absent des stands, tout en étant sponsor de la manifestation de l’UITP…
L’actualité la plus récente pour Alstom en matière de transports publics était les récents succès du bus électrique Aptis, que d’aucuns attendaient à Stockholm. Espoir déçu, mais Aptis a toutefois fait l’objet d’un exposé à l’Espace design (voir plus loin).
Comme souvent ces dernières années, le stand Bombardier mettait en œuvre la réalité virtuelle pour faire découvrir ses matériels les plus récents. Fournisseur de la prochaine génération des trams de Göteborg, Bombardier produit également le nouveau métro C30 de Stockholm, que certains invités ont pu visiter dans un atelier de maintenance SL.
Chez CAF, deux maquettes matérialisaient le savoir-faire du constructeur espagnol dans le domaine du métro (Inneo pour Bruxelles) et du tram (Urbos pour Oslo). Mais rien sur l’Urbos pour Lund, première ville suédoise à créer un nouveau réseau depuis plus d’un siècle, ou sur les Urbos AXL de deux longueurs (30 m et 39 m) en service sur trois lignes SL.
Présent dans la signalisation (Hitachi Rail STS) comme dans le matériel roulant (Hitachi Rail), Hitachi avait une riche gamme à présenter, dont le futur tram pour Florence au design signé Giugiaro, à alimentation par le sol TramWave. Inscrit comme exposant italien, en tant que successeur d’Ansaldo STS et d’AnsaldoBreda, Hitachi est aussi chez lui dans les pays nordiques, comme fournisseur d’équipements liés à l’ERTMS en Suède ou réalisateur clés en main du métro de Copenhague, dont la ligne circulaire (Cityringen) doit être inaugurée cet automne.
Sur le grand stand de Siemens cohabitaient les diverses réalisations de l’industriel, tant en matière de construction ferroviaire (train régional Desiro HC pour le réseau Rhin-Ruhr RRX), que pour la « digitalisation » des transports. Le stand Siemens symbolisait ainsi par une maquette en mouvement l’expérience de tram autonome menée l’an passé avec un tram Combino à Potsdam.

Stands géants pour CRRC et Huawei

Tramway sans pantographes exposé par CRRC (modèle hybride à pile à combustible et supercondensateurs).

Parmi les industriels ferroviaires, CRRC se distinguait par la diversité de sa gamme, matérialisée par un étalage de maquettes. La présence incontournable du constructeur chinois est désormais une constante dans les expositions consacrées aux transports publics ou ferroviaires. Mais la présence d’un autre géant chinois en a surpris plus d’un : Huawei, connu pour ses réalisations dans le domaine de la téléphonie. Car avec le développement des applications liées aux transmissions de données, de l’information des voyageurs à la vidéosurveillance, Huawei a également beaucoup à offrir aux transports publics dits « intelligents ».

De l’importance du design
La Suède est souvent considérée comme un modèle pour tout ce qui se fait dans le domaine du design fonctionnel et épuré. Ce qui n’est pas faux, comme l’a montré le jeune designer suédois Björn Fjæstad (cabinet Idesign), en présentant le relooking des aménagements intérieurs d’Arlanda Express, la navette aéroportuaire de Stockholm. Mais même les Suédois peuvent se lasser de trop de simplicité, tout en craignant les éventuelles fautes de goût. Ce qui ouvre une porte au design français, très actif dans le domaine des transports publics. Parmi les représentants de ce design français, Yo Kaminagai a présenté les réalisations de la RATP (nouvelles stations de tram sur le modèle de celles de la ligne T6, hotspots Wi-Fi, stations de métro rénovées…) et Patricia Bastard, du cabinet Yellow Window, le design du bus électrique Aptis d’Alstom, où l’on est reparti de zéro. Les exposés de ces intervenants ont ensuite tourné en boucle sur les écrans de l’Espace design de l’exposition, dont le slogan était « Le design, bon pour le vécu des voyageurs ».

Rendez-vous à Melbourne
Intervenant lors de la session inaugurale, Alwalid Alekrish, vice-président des Programmes et Projets de l’Autorité de développement de Riyad, a présenté le spectaculaire développement des transports en commun de la capitale saoudienne. Lancé en 2013, « le réseau le plus jeune du monde » est parti de zéro pour aboutir à une combinaison de six lignes de métro et de trois niveaux hiérarchisés de lignes de bus (BHNS, communauté et rabattement). Et « la transformation ne fait que commencer », en attendant le King Salman Project ou les boulevards pour vélos ou encore la plantation d’arbres pour réduire la température et de la pollution, afin de faire de Riyad « une des villes les plus vivables du monde », tout en poursuivant sa croissance. Cette place d’honneur accordée aux transports publics de Riyad se retrouvait à l’extrémité du grand hall, où trônait le stand de l’Arabie saoudite.
A l’autre extrémité du grand hall, Moscou avait également vu grand pour présenter ses transports publics, fréquentés par 19 millions de personnes par jour, et leur développement ces dix dernières années : métro, ceinture centrale, nouvel abribus (Wi-Fi, USB), bus électrique Kamaz et carte sans contact Troïka. Le tout avec une visite virtuelle des plus célèbres stations de métro moscovites.
C’est toutefois une ville représentée par un stand plus modeste, celui des transports publics de l’Etat australien de Victoria (PTV), qui accueillera la prochaine édition du sommet de l’UITP : Melbourne, du 6 au 9 juin 2021. Ce sera la première fois depuis presque trente ans que la manifestation mondiale se rendra dans la région Asie-Pacifique.

Patrick LAVAL