Ce que les nouveaux maires écolos vont changer

Maires ecolos

« Jamais les écologistes n’ont été en mesure de peser autant sur le cours des choses », s’est félicité Julien Bayou, le secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts, au soir du second tour des municipales, le 28 juin. De grandes villes de plus de 100 000 habitants sont en effet tombées dans l’escarcelle des écologistes (Lyon, Marseille, Bordeaux, Strasbourg, Annecy, Tours, Besançon, ainsi que Grenoble demeurée fidèle à son maire, Eric Piolle). Sans compter Paris où la socialiste Anne Hidalgo a été réélue, mais avec un programme très vert et le soutien au second tour des écologistes qui obtiennent une mairie d’arrondissement (le XIIe).

De nouveaux maires, certains quasi-inconnus du grand public (souvent aussi des femmes) vont devoir appliquer les programmes sur lesquels ils ont été élus. Jusqu’où pourront-ils aller dans un contexte économique compliqué avec des finances publiques en berne ? Décision symbolique, certains de ces nouveaux maires ont décrété l’état d’urgence climatique comme à Strasbourg ou à Bordeaux. A Tours, Emmnauel Denis a interdit mi-août les voitures sur le pont Wilson qui enjambe la Loire. Une expérimentation pour trois mois qui a été fortement critiquée par l’opposition. S’ils veulent mener à bien leurs projets, les élus devront s’entendre avec les nouveaux exécutifs des conseils métropolitains ou communautaires qui sont devenus, au fil des réformes, les principaux lieux de décisions sur des sujets essentiels comme les politiques transports et l’environnement. Et qui sont dotés de budgets bien supérieurs à ceux des villes membres. La question des présidences de ces conseils, qui a fait l’objet d’intenses tractations, sorte de troisième tour des municipales, est donc primordiale. Si, à Lyon, les Verts l’ont emporté à la mairie et à la métropole, d’autres élus ont réussi à s’entendre sur une gouvernance concertée comme à Strasbourg, où Jeanne Barseghian, la nouvelle maire, est devenue vice-présidente de la métropole, en accord avec Pia Imbs, sans étiquette, portée à la présidence.

carte elus verts 2020
Huit villes de plus de 100 000 habitants sont désormais gérées par des maires EELV.

 

C’est aussi le cas à Bordeaux où un socialiste, Alain Anziani, accède à la présidence de la métropole après avoir scellé une alliance avec le nouveau maire EELV, Pierre Hurmic. Un accord qui met fin au principe de cogestion qui jusqu’alors prévalait à la CUB (Communauté urbaine de Bordeaux), puis à Bordeaux Métropole, au nom d’une équité entre les communes. Mais qui déplaisait à Pierre Hurmic expliquant vouloir en finir avec « la méthode des petits trocs entre maires ».

En revanche, à Marseille, la candidate de droite Martine Vassal a été élue présidente de la Métropole malgré sa défaite dans la course à la mairie face à l’écologiste Michèle Rubirola. La tâche ne sera pas facile… De même qu’à Grenoble, où Eric Piolle conserve son mandat, Christophe Ferrari, socialiste, s’est allié avec les représentants de LREM et de la droite locale pour gagner la présidence.

Quels que soient les jeux d’alliances, les exécutifs communautaires se doivent d’écouter toutes les villes membres, qui n’ont pas forcément les mêmes priorités. Bien souvent, les politiques de diminution du trafic automobile prônées dans les villes-centres, là où EELV a principalement enregistré ses victoires, n’ont pas la même résonance dans les périphéries. S’il y a bien une percée écologiste, elle est aussi à nuancer ; des villes de très grande importance ont été gagnées par les écolos mais elles ne sont que huit sur les 42 villes de plus de 100 000 habitants. Et dans les villes de plus petite taille (moins de 30 000 habitants), les partis de la droite et de la gauche classiques gardent la mainmise. Aux nouveaux élus de faire leurs preuves.

Marie-Hélène Poingt