Comment les écoles s’adaptent à l’évolution des métiers

La formation représente toujours un enjeu majeur pour les entreprises du secteur des transports, qui sont de gros pourvoyeurs d’emplois. De nouvelles tendances apparaissent.
En particulier, l’intelligence artificielle se diffuse peu à peu dans les programmes et transforme les métiers.

Dossier réalisé par Gaëlle GINIBRIERE

 

Les besoins en main-d’œuvre sont toujours aussi conséquents dans le secteur des transports. L’UTPF (Union des transports publics et ferroviaires) avance le chiffre de 100 000 personnes à recruter d’ici à cinq ans. Dans son rapport 2024 rendu public en décembre dernier, l’OPTL (Observatoire prospectif des métiers et qualifications dans le transport et la logistique) comptait de son côté plus de 800 000 salariés dans la branche à la fin 2023. « L’emploi salarié dans le transport routier et la logistique a progressé de 0,3 % en 2023, une légère augmentation après les 4,2 % d’augmentation en 2021 et 1,3 % en 2022. Le nombre de salariés du transport routier de marchandises régresse (-0,5 %) alors qu’il représente plus de 50 % des effectifs de la branche », résument les auteurs de cette enquête.
L’emploi des conducteurs (les deux tiers des salariés de la branche) a été particulièrement dopé par les Jeux olympiques. En 2023, la RATP avait ainsi annoncé l’embauche de 2 700 conducteurs de bus, dont 2 400 sur Paris et la petite couronne. En 2025, le groupe SNCF (les cinq SA ferroviaires, Keolis et Geodis) prévoit de son côté de recruter 15 000 personnes en CDI en France (des conducteurs aux ingénieurs en passant par la maintenance et la relation client). Un chiffre stable par rapport à l’année dernière. L’OPTL observe cependant une baisse globale de plus de 2 700 conducteurs dans la branche en 2023. « En revanche, les effectifs des familles professionnelles direction et exploitation transport progressent respectivement de 10% et 6% », soulignent les auteurs du rapport.
Pour faire face, les acteurs de la branche, historiquement investis dans la formation, maintiennent leurs efforts. La SNCF accompagne ainsi plus de 160 000 stagiaires par an aux métiers de l’exploitation, de la maintenance, des travaux d’infrastructure et des projets, soit près de 2 000 000 d’heures. Et son Université de l’ingénierie (UdI), qui a formé 7 300 apprenants en 2023, devait dépasser ce chiffre en 2024.
Selon l’OPTL, plus de 23 400 FIMO (formation initiale minimale obligatoire), dont 3 500 pour le transport de voyageurs, ont été délivrés en 2023  ainsi que 113 700 FCO (formation continue obligatoire), dont 21 900 dans la transport de voyageurs. Quant aux 12 210 apprentis inscrits dans une formation transport – logistique fin 2023, 45 % étaient positionnés sur une formation « conduite » et 28 % sur une formation « exploitation- gestion ».
En matière de formation comme de ressources humaines, l’intelligence artificielle (IA) imprime sa marque. L’Université de l’ingénierie de la SNCF travaille au développement d’un programme sur l’intelligence artificielle pour 2025. « Il s’agit d’une formation introductive à l’intelligence artificielle destinée à familiariser les apprenants avec ce domaine. Elle est dédiée dans un premier temps aux collaborateurs de SNCF et marque une première étape dans le développement d’un portefeuille de formations IA, essentiel pour accompagner la montée en compétences », explique Pierre Gibbe, directeur de l’université de l’ingénierie. La SNCF, qui avait lancé une chaire pédagogique sur l’IA avec l’école d’ingénieurs ESEO qui a pris fin en août 2024, s’est engagée dans une nouvelle chaire « Intelligence artificielle et optimisation pour les mobilités » avec l’École polytechnique.
S’appuyer sur l’intelligence artificielle pour lever les freins au recrutement des conducteurs, c’est ce à quoi s’attelle par ailleurs Keolis. « Le planning a été identifié comme un irritant fort. Sur le réseau de Dijon, nous expérimentons un outil qui permet d’optimiser le meilleur scénario global en tenant compte des souhaits des conducteurs semaine par semaine », détaille Eric Callé, directeur innovation et industrialisation de Keolis. L’entreprise applique aussi l’IA à l’interprétation automatisée d’image, expérimentée l’année dernière à Lyon et qui permet aux conducteurs de bénéficier d’une rétrovision via des caméras. « Il est important de développer des outils adaptés aux métiers, de façon à ne pas complexifier le travail », note Eric Caillé.
Les formations destinées à accompagner la transformation des métiers se déploient également. Parmi les grandes thématiques proposées sur la plateforme en ligne de Keolis Digital Academy figurent par exemple des cursus sur les bases de l’IA générative ou la façon de réimaginer le travail avec l’IA générative, le pilotage de la transformation par l’IA, les compétences humaines au service de la transformation par l’IA ou encore l’utilisation responsable et les garde-fous à l’IA générative.
Avec le déploiement de nouvelles applications en matière d’information voyageurs ou même de contrôle automatisé et en direct de la validité des titres de transports, de nouveaux métiers se développent par ailleurs autour du traitement de données et de la conception de ces outils. Des champs dont se sont saisis depuis quelques années les écoles d’ingénieurs et masters universitaires dédiés aux transports.