Votre panier est actuellement vide !
Demain, le sans-contact mobile ?
Écrit par
dans
Minuit, lové dans son canapé, le voyageur lambda se saisit de son téléphone mobile. En deux clics, il achète un billet de train, puis un abonnement au tram. Le lendemain, il stationne son véhicule en ayant ouvert la barrière du parking grâce à son téléphone, paye l’achat de son quotidien, valide ses billets de transport, débloque un vélo en libre-service préréservé en chemin… toujours avec son mobile. Grâce à l’arrivée prochaine en Europe de la technologie NFC (Near Field Communication, voir p. 24) dans les téléphones mobiles, mais aussi sur plein d’autres supports comme les “dongles” de Séoul ou les clés USB, ce scénario va devenir réalité.
Le mobile, près de 80 % des voyageurs l’ont dans la poche. Les trois opérateurs de téléphonie mobile français sont donc dans les starting-blocks. Par rapport à la carte de transport sans contact, avec son écran et son clavier, le téléphone offre plus de possibilités : « l’achat à distance par l’Internet mobile, donc plus de queues au guichet, la vérification du solde des titres achetés et utilisés, le choix du paiement éventuel en fin de mois… », énumère Mung-Ki Woo, directeur des transactions électroniques chez Orange. Intéressant pour l’abonné, mais plus encore pour le voyageur occasionnel, en particulier le touriste de passage. La technologie NFC pourrait intéresser quatre thèmes : billetterie, information, sécurité et loisirs. Car la puce NFC autorise les échanges de données avec des valideurs, mais aussi avec les “tags”, ces étiquettes intelligentes qui jalonneraient le parcours du voyageur pour lui donner à la demande les horaires, l’actu des réseaux… ou même servir de borne d’appel d’urgence.
Ce lobbying n’est pas toujours au goût des décideurs et financeurs. Ainsi le Gart a-t-il découvert, il y a deux ans, les travaux lancés par le groupe Ulysse (réunissant les 3 opérateurs de mobile et les 5 groupes de transport) dans le cadre du pôle de compétitivité TES (transactions électroniques sécurisées) de Basse-Normandie. « Les AO se sont immédiatement mobilisées pour reprendre la main, à partir des spécifications techniques qu’Ulysse a élaborées début 2008, raconte Réginald Babin, responsable du groupe de travail télébillettique du Gart. Il n’était pas question de réitérer l’erreur des cartes sans contact : chacun ayant travaillé dans son coin, il en existe 70 à peu près, toutes non interopérables, leur fonctionnement étant local, dans le meilleur des cas urbain + SNCF ». Les AO se sont penchées sur le “parcours client” et ont soulevé 80 questions non résolues. Cela va du SAV au vol, en passant par l’absence de photo identifiant le porteur, les voyages d’une personne dans différents réseaux ou de plusieurs personnes dans la même ville mais avec un seul mobile…
« Une importante étude sur ces aspects est en cours, car dans le détail on voit vite que la technologie apporte beaucoup de complications de gestion, de répartition des recettes, d’éventuelles fraudes, etc. », rappelle Jean-François Janin, chef de la mission transports intelligents au Meeddat. Piloté par le Stif, ce travail doit aboutir à la rédaction d’un document fonctionnel commun, sans doute début 2010. Les exemples étrangers donnent aussi du grain à moudre : il faut un système ouvert, comme à Séoul. A Tokyo, une solution entièrement propriétaire, avec Sony et NTT Docomo sur le réseau JR East, n’a pas pu s’exporter. Reste encore d’épineuses questions. L’application transport doit-elle être dans le téléphone ou dans la carte SIM ? Les opérateurs télécoms optent pour la SIM, qu’ils jugent plus sécurisée, les AO estiment que ce n’est pas tranché. Quid du modèle économique (voir p. 29). Il faudrait aussi adapter les systèmes de télébillettique existants au nouveau standard NFC. Un travail titanesque qui peut « prendre au moins dix ans », calcule Christophe Badesco, chargé de mission billettique chez Keolis.
Malgré ces doutes, les premières expérimentations françaises ont déjà eu lieu, à Grenoble et en Ile-de-France notamment (voir ci-dessous), et une opération pilote se prépare à Nice pour le premier trimestre 2010 (voir p. 26).
Il y a deux ans, on prévoyait une explosion des services vers 2008 ou 2009. Mais le souci légitime de normalisation et l’absence de mobiles NFC sur le marché ont retardé un décollage attendu maintenant en 2011, avec une réelle pénétration en 2012.
Compte tenu d’un taux d’équipement élevé – « il y a en France 56 millions de comptes mobiles, le potentiel est énorme », assure Pierre Noizat, délégué général de l’AFSCM, créée par les opérateurs télécoms – on mise sur un taux de pénétration des services sans contact de 50 %. Le vrai déclencheur sera vraisemblablement l’Ile-de-France et ses plus de 12 millions de voyages enregistrés chaque jour. Et pour les transporteurs, il y a des économies à la clé. « Si 80 % des accès aux transports urbains se font par un abonnement, les 20 % de titres occasionnels représentent 80 % des actes de vente, souligne-t-on à la RATP. L’économie de maintenance sur les appareils et sur la distribution peut faire gagner plusieurs % du CA. Sur des grosses masses, c’est énorme. » Sans doute un argument de poids.
Cécile NANGERONI