Une étape majeure dans le déploiement du biogaz

L’entrée du centre-bus RATP des Pavillons-sous- Bois, avec les postes de charge rapide en biogaz

Sur fond d’incertitudes sur l’avenir des motorisations thermiques, que laisse désormais planer le Conseil européen, le déploiement du biogaz pour les bus de la RATP se poursuit. Le centre-bus des Pavillons-sous-Bois est le dixième de la Régie à se convertir à cette énergie. Et c’est déjà l’avant-avant dernier à être ainsi traité…

La conversion aux énergies propres des bus et cars circulant en Île-de-France avance à grand pas. Une nouvelle étape d’importance a été franchie, le 6 mars dernier, avec l’inauguration des nouvelles installations « gaz » du Centre Opérationnel Bus (COB) des Pavillonssous- Bois, actuellement exploité par la RATP. Représentant un investissement de 19 millions d’euros, cette étape supplémentaire vient s’inscrire, à son tour, dans le programme de renouvellement complet des parcs, qui passe pour être aujourd’hui le plus ambitieux de tous ceux des pays européens. Certes, sur la Région Île de- France, il ne s’agit jamais que du 65e centre-bus converti à l’électrique ou au biométhane (17 autres étant en cours de travaux), sauf que celui-ci revêt un intérêt tout particulier en raison de son importance stratégique.

Un centre-bus ancré dans son territoire

Situé dans le département de la Seine-Saint- Denis, le centre-bus des Pavillons-sous-Bois a été édifié en 1972. Ses emprises s’établissent partiellement sur la commune éponyme, pour l’aire de remisage à l’air libre, et partiellement sur celle d’Aulnay, pour la partie bâtie, avec les halls et l’atelier. Il exploite actuellement 14 lignes d’autobus, dont deux Noctambus et un service urbain. Ses 215 voitures parcourent journellement 27 000 km.

Elles circulent, en service régulier, sur les territoires de 28 communes réparties dans cinq départements : la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne, le Val-d’Oise, la Seine-et- Marne, et même Paris intra-muros, avec une courte incursion dans les rues de la capitale, à laquelle les personnels de Pavillons restent très attachés. Le centre-bus emploie aujourd’hui 900 collaborateurs environ. « L’une de nos spécificités est l’importance des liens que nous tenons à tisser avec notre territoire, assure Karim Mekdad, directeur du COB de Pavillons-sous-Bois. Ainsi avons-nous recruté, l’an dernier, 140 nouveaux jeunes salariés, en lien étroit avec les Missions Locales et France Travail. Dans un autre ordre d’idées, nous coopérons étroitement avec les services de l’État, le commissariat et le tribunal de Bobigny, sur des questions de police et de justice, qui constituent des enjeux importants sur notre territoire ».

Le centre-bus desPavillons-sous-Bois a été construit en 1972 ; au premier plan, un autobus au biogaz Iveco Urbanway
Le centre-bus des Pavillons-sous-Bois a été construit en 1972 ; au premier plan, un autobus au biogaz Iveco Urbanway © Philippe Hérissé

Dialogue constant avec les riverains

Le COB de Pavillons-sous-Bois est le 18e centre-bus de la RATP traité dans le cadre de la transition énergétique, et le 10e à avoir été converti au biométhane. La mise en oeuvre de cette transformation aura nécessité tout un travail préalable de concertation avec les riverains de l’établissement, avec lesquels le dialogue aura été constant tout au long de l’opération. « Il nous a fallu expliciter tout ce que nous allions faire », se souvient François Warnier de Wailly, directeur du programme Bus 2025 à la RATP. Un mur anti-bruit et une bande végétalisée, en bordure des Allées Sainte-Anne, ont été créés pour préserver les habitations. L’emplacement des luminaires a été soigneusement déterminé pour que leur faisceau lumineux ne gêne en aucune manière les riverains. C’est justement après une récente acquisition foncière côté Sainte-Anne qu’ont pu être réservés les emplacements qui accueilleront les 24 autobus articulés nécessaires à la future ligne T-Zen 3, longue de 9,4 km, et qui devrait relier la Porte de Pantin à Pavillons-sous-Bois et Livry-Gargan, en desservant Bobigny, Noisy-le-Sec et Bondy. La mise en service est prévue à l’horizon 2030.

Les portiques de distribution du biogaz pour la charge lente, sur l’aire de remisage à l’air libre.
Les portiques de distribution du biogaz pour la charge lente, sur l’aire de remisage à l’air libre. © Philippe Hérissé

Villiers-le-Bel, centre-bus en construction

Profitant des modifications d’infrastructures nécessaires à la conversion au biogaz, l’établissement de Pavillons-sous-Bois a également été équipé, à l’image de cinq autres centres-bus de la RATP, de panneaux photovoltaïques, qui vont bientôt pouvoir lui permettre de couvrir 10 à 15 % de ses besoins d’électricité en mode solaire.

Par ailleurs, ce centre-bus appartient à la catégorie des treize centre-bus de la RATP qui, à terme, doivent accueillir des véhicules au biométhane, les autres étant : Créteil, Bussy, Massy, Nanterre, Thiais, Aubervilliers, Flandre, Ivry, Saint-Denis, Saint-Maur, Fontenay-aux- Roses et Villiers-le-Bel. Le dernier cité sera un tout nouvel établissement qui sort actuellement de terre, en vue d’augmenter les moyens à disposition sur le secteur Nord, et désaturer le centre-bus de Saint-Denis. Implanté sur un terrain de 1,7 hectares, il pratiquera le remisage à l’air libre, avec une capacité de 140 places « équivalent standard », soit en pratique 76 voitures de 12 m et 34 voitures articulées de 18 m. Un atelier de maintenance, équipé pour entretenir les voitures articulées, ainsi qu’un bâtiment administratif complèteront le dispositif. La mise en service devrait intervenir dans quelques mois… Quant aux centres-bus convertis à l’électromobilité, ils seront, à terme, au nombre de 13 également : Lagny, Corentin, Pleyel, Lilas, Belliard, Lebrun, Croix-Nivert, Malakoff et Point-du-Jour. La règle du 50-50 se verra donc parfaitement respectée.

L’un des autobus aubiogaz MAN Lion’s City 12G de toute dernière génération affectés à Pavillons-sous-Bois.
L’un des autobus au biogaz MAN Lion’s City 12G de toute dernière génération affectés à Pavillons-sous-Bois. © Philippe Hérissé

72 % du programme déjà réalisés

Dans le cadre du programme Bus 2025, 21 des 25 centres-bus actuels de la RATP auront été transformés, à la fin de cette année, pour l’électromobilité ou le biogaz. Les quatre derniers – Belliard, Saint-Denis, Asnières et Bords de Marn e- le seront courant 2026. « Un an de retard sur ce programme extrêmement exigeant qui courait sur dix ans, ça n’est rien, devait tempérer Jean Castex, président directeur général de la RATP, lors de l’inauguration des nouvelles installations de Pavillons-sous-Bois. Nous en sommes actuellement à un taux de 72 % de réalisation de notre programme, sur un parc de 4700 véhicules, et notre objectif f

Passerelle d’accès aux toitures des véhicules pour la maintenance des équipements et réservoirs de biogaz.
Passerelle d’accès aux toitures des véhicules pour la maintenance des équipements et réservoirs de biogaz. © Philippe Hérissé

inal reste bien la diminution de 50 % des émissions polluantes émises par nos autobus ».

L’actuelle transformation de la totalité des centres-bus de la RATP, au titre de la transition énergétique, intervient dans le contexte extrêmement complexe de l’ouverture du réseau à la concurrence. « Ce programme Bus 2025, nous l’exécuterons jusqu’au bout avec zèle et efficacité, alors que nous ne sommes plus en situation de monopole depuis le début de l’année, martèle Jean-Castex. Si nous sommes suffisamment bon aujourd’hui, peut-être alors cela augmentera-t-il nos chances de nous succéder à nous-mêmes ? Et ô combien, d’ailleurs, nous espérons qu’il puisse en être ainsi ! ». A Pavillons-sous-Bois, comme dans tous les autres centre-bus traités dans le cadre de la transition énergétique, les transformations nécessaires n’auront eu aucune incidence notoire sur la bonne exécution du service journalier. « Pendant les travaux, la vente continue ! », aime à répéter Jean Castex. Voilà qui est à mettre principalement au crédit de l’ensemble des agents du centre-bus, dont la tâche a parfois été rendue très difficile au cours de cette période.

Affecté à Pavillons en janvier 2023, ce Lion’s City 12G a assuré les navettes réservées aux sportifs des Jeux Olympiques de Paris.
Affecté à Pavillons en janvier 2023, ce Lion’s City 12G a assuré les navettes réservées aux sportifs des Jeux Olympiques de Paris. © Philippe Hérissé

Un mix énergétique pour acheter français

Lors de l’inauguration des nouvelles installations de Pavillons-sous-Bois, Laurent Probst, directeur général d’Île-de-France Mobilités, devait replacer la transformation des centrebus de la Régie dans le cadre plus large de la Région toute entière : « Nous allons renouveler totalement tous nos bus en dix ans, soit 10 500 véhicules dont environ la moitié pour la RATP, ce qui correspond à la deuxième plusgrande flotte au monde après l’agglomération de Sao Paulo ! Et le mix énergétique choisi nous permet d’acheter français, avec des bus de marque Iveco ou Heuliez fabriqués dans notre pays, mais aussi d’acheter européen, avec des bus allemands MAN fabriqués en Pologne, comme on en trouve ici à Pavillonsous- Bois, d’où à nouveau l’intérêt du biogaz… ». Pour Île-de-France Mobilités, l’objectif est d’atteindre une flotte de bus 100 % propre dans les zones les plus denses dès la fin de cette année, et pour l’ensemble de la Région d’ici 2029. Au total, l’investissement s’élève à 5,7 milliards d’euros.

Mis en service en 2020, ces deux autobus articulés hybrides Heuliez GX437 ont desservi Magny-les- Hameaux, loin de leur dépôt, durant les épreuves olympiques de golf .
Mis en service en 2020, ces deux autobus articulés hybrides Heuliez GX437 ont desservi Magny-les- Hameaux, loin de leur dépôt, durant les épreuves olympiques de golf . © Philippe Hérissé

4,5 km/h en bus propre et neuf !

Profitant de l’inauguration des nouvelles installations de Pavillons-sous-Bois, Jean Castex en a aussi profité pour faire un rapide bilan des années qu’il a déjà passées à la tête de la RATP : « Lorsqu’on m’a confié, à la fin 2022, la direction de l’entreprise, nous ne réalisions que les 2/3 de l’offre demandée par Île-de-France Mobilités. Et aujourd’hui, nous avons redressé la barre de ce service public, en repassant au-dessus des 90 % ! Comme quoi, le service public est tout à fait capable de se moderniser et d’être performant ! ». La différence à 100 % reste le fait de causes externes, parmi lesquelles la suppression de certains couloirs de bus, les nombreux chantiers pour travaux de voierie, les embouteillages récurrents, ou encore la circulation désordonnée des vélos et des trottinettes… « Ça s’est considérablement dégradé ces dernières années, et le travail des machinistes-receveurs devient, jour après jour, extrêmement difficile, regrette le PDG de la RATP. Il faut absolument que nos bus, qui sont désormais propres, et qui, en plus, sont aujourd’hui neufs, puissent mieux circuler ! ». Selon David Belliard, adjoint à la maire de Paris en charge des transports, la vitesse commerciale actuelle serait redescendue à 4,5 km/h, ce qu’il considère lui-même comme n’étant plus acceptable. A fortiori avec des bus propres et neufs…

En grande partie masquépar le Lion’s City, un autobus diesel Euro 6 Mercedes Citaro, dans la livrée verte RATP.
En grande partie masqué par le Lion’s City, un autobus diesel Euro 6 Mercedes Citaro, dans la livrée verte RATP. © Philippe Hérissé

Des certificats pour un approvisionnement 100 % biométhane

La conversion d’un centre-bus au biométhane requiert, en premier lieu, l’installation d’une station de compression, en un emplacement dédié et sécurisé, qui se situe dans les emprises. Le rôle de cette station est de comprimer à plus de 200 bars le gaz qui arrive du réseau par canalisation, à une faible pression, comprise généralement entre 1 et 6 bars. Ce gaz est ensuite acheminé, à l’intérieur de l’établissement, vers deux secteurs bien distincts : soit l’unique piste de « charge rapide », où une voiture, au cours de son circuit de rentrée, peut faire le plein en deux à quatre minutes avant de rejoindre la zone de remisage ; soit la zone de remisage proprement dite, où des postes de « charge lente », à chaque emplacement de garage, permettent le rechargement de nuit, en quatre heures. Le centre-bus de Pavillons-sous-Bois étant préférentiellement conçu pour le remisage à l’air libre, un ensemble de portiques enjambe les aires correspondantes, pour assurer la distribution du gaz aux différents postes.

En phase de charge rapide, le débit nécessaire est de l’ordre de 3000 Nm3/h. Le « N » présent devant l’unité de mesure signifie ici « normaux », et indique qu’il s’agit du volume équivalent, à pression ambiante, d’un gaz compressé. Ainsi, 100 m3 de gaz à 3 bars correspondraient à 300 Nm3.

Les centre-bus sont raccordés au réseau général de distribution du gaz. Leurs fournisseurs sont GRDF ou GRT gaz, et ils obtiennent, de leur part, des certificats pour un approvisionnement 100 % biométhane. Bien sûr, l’ensemble des aspects sécuritaires -et, tout particulièrement, la protection incendie- fait l’objet d’une attention toute particulière.