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Etats-Unis. Joe Biden, un ami des trains à la Maison-Blanche

Le nouveau président des Etats-Unis, Joe Biden, est un ami de longue date du rail. Pour autant, son mandat sera-t-il celui d’une renaissance du rail et des transports publics aux Etats-Unis ? Pas évident : malgré l’hostilité affichée à leur égard par Donald Trump, de nombreux projets ont quand même progressé ces quatre dernières années. Un président américain n’a pas tous les pouvoirs, dans un système fédéral.
Dossier réalisé par Patrick Laval
Il y a les apparences. Côte démocrate, le président Joe Biden est connu pour être un usager assidu d’Amtrak entre « sa » gare de Wilmington (elle porte son nom depuis 2011 !) et Washington, au point d’être qualifié de « plus grand ami des chemins de fer » par Barack Obama, dont il fut le vice-président pendant huit ans. Alors que côté républicain, parmi les innombrables messages sur Twitter de Donald Trump, certains ont donné l’occasion à l’ancien président de s’acharner contre le financement fédéral du projet de train à grande vitesse californien en des termes peu diplomatiques.
Mais la réalité est plus nuancée. Alors que le double mandat de Barack Obama avait débuté par la énième présentation d’une carte de corridors à fort potentiel pour les trains à grande vitesse et que l’arrivée de son successeur à la Maison-Blanche s’était d’emblée accompagnée de menaces sur l’avenir des dessertes assurées à travers les Etats-Unis par les grandes lignes de l’entreprise nationale Amtrak et sur le financement des projets de transports publics, les mandats des deux présidents n’ont pas vraiment été à l’image des premières impressions. Concrètement, les réalisations des années
Trump ont fini par être bien plus nombreuses que sous l’administration Obama, mais il faut mettre au crédit de cette dernière le lancement de projets qui voient actuellement le jour, alors que les nouvelles infrastructures promises par Trump se font toujours attendre. Comme on le voit, le temps des grands projets ferroviaires et des transports publics est bien plus long que des mandats de quatre ans !
C’est ainsi que ces dernières années ont vu entre autres le renouvellement des trains à grande vitesse Acela (nouvelles rames Alstom commandées par Amtrak peu avant l’élection de Trump en 2016), la mise en service du nouveau train Brightline à travers la Floride (initiative privée), la modernisation des trains Cascades dans le Nord-Ouest (par les Etats de l’Oregon et de Washington), le rajeunissement des dessertes Amtrak Midwest (pour les Etats de l’Illinois, de l’Indiana, du Wisconsin, du Michigan et du Missouri), la commande à Siemens de nouvelles locomotives Charger (y compris pour les trains grande distance – sous l’administration Trump !), l’électrification des lignes Caltrain au sud de San Francisco, la mise en service de nouveaux trains de banlieue Stadler à Dallas (Cotton Belt Project) ou les nombreuses commandes de trains à deux niveaux à Bombardier et de métros légers à Siemens ou CAF (San Francisco, Portland, Houston, Seattle, Sacramento, Phoenix…) Ceci alors que se poursuivent, à allure modérée, les travaux sur la première section de la ligne à grande vitesse californienne, lancés en 2015 par l’Agence d’Etat California High-Speed Rail Authority.
Le temps des grands projets est bien plus long que les mandats électoraux de quatre ans
Ce dernier exemple montre que les décisions politiques sont très décentralisées aux Etats‑Unis, même si un coup de pouce au niveau fédéral est toujours le bienvenu, mais jamais évident. En cohabitation permanente avec les deux chambres de Washington, les Etats et des collectivités locales, qui ne sont pas toujours de la même couleur politique, le président des Etats-Unis n’est pas omnipotent. Malgré son élection, rien ne dit que les engagements personnels de Joe Biden (en particulier le renouvellement – urgent – des ouvrages d’art pour la traversée ferroviaire de New York) seront suivis d’effet : le programme démocrate reste assez flou, même si l’accent vers le développement durable est mis (retour à l’Accord de Paris). De plus, il faudra associer le Congrès et les Etats aux décisions, sans froisser les lobbies et en respectant le Buy America Act. Ce dernier impose une part minimum de production américaine (en valeur) pour le financement au niveau fédéral de projets de transport, ce qui explique l’implantation de sites industriels d’Alstom dans l’Etat de New York ou de Siemens en Californie.
C’est cet équilibre des pouvoirs qui a sauvé le financement de plus d’un projet qualifié d’« inefficace » ou de « raté » par Donald Trump au cours de ces quatre dernières années. Mais il risque maintenant de limiter l’enthousiasme – aussi sincère soit-il – de Joe Biden, comme ce dernier a pu en faire l’expérience du temps où il était vice-président. Mais, depuis les élections sénatoriales partielles de Géorgie, le 5 janvier, le nouveau président américain dispose quand même d’un atout clé : les deux chambres du Congrès sont de la même couleur politique que lui, ce qui devrait faciliter les prises de décisions au niveau fédéral pour les deux années à venir.